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CHAPITRE IV

Bu culte des forêts et des arbres.

Des forets immenses couvraient anciennement une grande partie de la terre. Leur profondeur impénétrable ou inconnue, fombre mystérieuse que produisaient ces assemblages d’arbres antiques, pénétraient les premiers mortels d’admiration , de respect et d’horreur. « Si » vous rencontrez, dit Sénèque, un bois formé » d’arbres élevés, que le temps a marqués d’une » empreinte vénérable, la hauteur de ce bois, » son ombre, le silence qui y règne , vous per- )) suadent qu’un dieu y fait son séjour. »

Mais les sentimens d’admiration et de terreur

qu imprime la vue d une forêt antique et de ces réunions de végétaux majestueux n’agirent pas seuls sur l’imagination des hommes, et ne purent suffire pour en faire des divinités. Les ressources variées et sans cesse renaissantes que les bois présentèrent aux premiers hommes lurent des motifs plus déterminans pour leur rendre un culte. Les forêts offraient un abri

contre les frimats et les rayons brûlans du soleil. Agitées par les vents, et s’échauffant entre elles, les branches de leurs arbres furent, dit-on, la première cause du feu matériel, si utile à la société, et en devinrent elles-mêmes l’aliment. Les animaux ailés ou quadrupèdes auxquels la sombre épaisseur des bois servait d’asile, et sur-tout les fruits de leurs arbres, furent longtemps la seule nourriture des hommes : le hêtre fournissait la faîne le chêne; le gland; et d’autres arbres, par leurs fruits sauvages, contribuaient aussi à leur snbsistanee.

La nécessité, sentie par les premières sociétés, de conserver ces arbres nourriciers leur fît un devoir de les protéger contre F imprévoyance de quelques individus, qui, peut-être, semblables a ces naturels de l’Amérique , coupaient l’arbre pour en avoir le fruit. Le respect pour ces précieux végétaux fut alors sévèrement recommandé; et une loi de police, longtemps maintenue, devint, comme cela est arrivé souvent, une institution religieuse.

« Les arbres furent les premiers temples des » divinités, dit Pline; et, suivant un culte an- » tique, les habitans des campagnes consacrent » encore aux dieux l’arbre le plus remarquable » de leur canton. » Il ajoute que chaque espèce d’arbres est consacrée a une divinité spéciale:

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le chêne, nommé esculus (c’est-à-dire qm nourrit, du mot latin esca ) , à Jupiter ; le laurier à Apollon; l’olivier à Minerve; le myrthe à Vénus ; le peuplier à Hercule (s).

Aussi les sanctuaires les plus vénérés de l’antiquité étaient-ils le plus souvent au milieu des bois» Les Scythes , les Gaulois , qui habitaient des pays ombragés par de vastes forêts , s’y assemblaient pour célébrer leur cuite. Un espace vide, entouré d’arbres touffus, formait ce lieu sacré, au centre duquel était, comme objet d’adoration, un arbre remarquable par sa beauté et sa hauteur : ils y appendaient les dépouilles de leurs ennemis, des objets consacrés et relatifs à leurs mœurs guerrières. Une hache, une épée , un bouclier exposés sur l’arbre-dieu , devenaient, avec le temps, des objets divins.

Maxime de Tyr et Agathias s’accordent à dire que les Celtes avaient un grand chêne pour divinité.

e Les Germains’, dit Tacite, auraient cru dé- » grader la majesté des dieux célestes en les » emprisonnant entre des murailles, et en les » représentant sous une figure humaine. Ils » n’avaient point d’autres temples que des bois )) et des forêts consacrés à leurs divinités, qu’ils

(i) Plin.? Hist. nat.7 lib. XII. cap. !.

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» adoraient en esprit, sans oser porter les yeux » sur les retraites profondes où elles faisaient » leur séjour (1).

n L’arbre consacré et même les arbres voi- » sins étaient arrosés du sang des hommes et » des animaux qu’ils avaient immolés (2). x>

Ils attachaient à ees arbres sacrés la tête et la main droite des victimes humaines.

Les arbres de ces forêts divines étaient religieusement respectés chez les Romains : on regardait comme un sacrilège d’en arracher la moindre branche. C’est ce qu’exprime Ovide dans ses Métamorphoses :

llle etiam cereale nemus violasse securi Dicitur, et Lucos ferro violasse vetustos (3).

Lucain, parlant d’une forêt sacrée des Gaules, dit qu’elle n’avait jamais été taillée; que, César en ayant fait couper les arbres, les Gaulois en frémirent ; et que le soldat , effrayé par la ma» jesté du lieu, n’y porta la hache qu’en tremblant (4).

. Cependant il était permis de couper des ar-

(1) Tacite, Germ., cap. 9.

(2) Histoire des Celtes, par Pelloutier, liv. 4, chap. 1 s >

(3) Ovid., M étain., lib. 8.

(4) P hors ale , lib. 3.

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bres et des bois sacrés ; mais il fallait préalablement faire un sacrifice, et réciter une prière à la divinité forestière. Pline et Caton enseignent la conduite qu’on devait tenir dans cette affaire délicate ; ce dernier donne même la formule de la prière; et ses expressions prouvent que les arbres et les bois sacrés étaient traités en divinités. Elle commence ainsi : Si cleus , si dea es y etc. (i).

Le nom que les Celtes et les Gaulois donnaient à ces sanctuaires forestiers était synonyme de temple : iis les appelaient Nemet ou Nemetis, Plusieurs autres peuples employaient, pour exprimer un lieu consacré, une dénomination pareille. Les Galates, originaires des Gaules, nommaient leurs sanctuaires Drynemet . Les Tatares Czérémisses, qui habitent aux environs du Yolga, appellent un lieu célèbre de dévotion, Nemda . Les Irlandais ont conservé le mot Nemtha dans la même acception (2). C’est le poète Fortunat qui nous a appris que Nemet ou Nemetis signifiait temple en langue celtique. Cette dénomination s’était conservée

(2) Plin. , lib. XVII , cap. 28. Cato , de re rusticâ > cap. 139, p. 53.

(2) Voyez le Dictionnaire fie la Langue Celtique , de Bullet , aux mots N cm et Nemetis.

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dans les Gaules jusqu’au huitième siècle. Le concile de Leptine, en prohibant les cérémonies célébrées dans l’intérieur des bois , les nomme Nimidæ (i).

Les mots Numen qui signifie divinité; Nemu s , forêt; Némée y forêt consacrée parle premier des travaux d’Hercule , où il parvint à tuer un lion qui dévastait les pays voisins; Né-* mésis y déesse qui inspirait l’horreur et beffroi; Némestrinus y dieu qui présidait aux forêts; NémeteSy surnom de Jupiter, etc., dérivent delà même source, et établissent l’affinité qui existe entre les divinités, les temples et les forêts.

Les Pélasges, anciens habitans de la Grèce, qui, comme les Germains et les Celtes, n’avaient ni temples, ni idoles; qui ne donnaient aucun surnom à leur divinité; qui ne la qualifiaient que d’un nom générique, équivalent à dieu ; qui étaient livrés au fétichisme , et qui n’avaient pas encore embrassé le sabéisme y ou la religion astronomique, qu’ils reçurent ensuite des Egyptiens; les Pélasges, dis-je, nous offrent un exemple célèbre du culte des arbres. Ils adoraient ceux de la forêt de Dodone, dont les chênes el les hêtres fournissaient en abondance

(T) Dans le concile de Leptine, de fan r; p, on lit : De sac ris sylvarnm , quæ Ni mi H as vacant.

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le gland et la faîne, nourriture des premiers hommes. Les arbres de cette forêt étaient leurs divinités : ils rendaient des oracles; et celui de Dodone fut le plus ancien, le plus accrédité, et long-temps le seul de la Grèce. Les Pélasges, forcés d’abandonner cette forêt sacrée aux colonies égyptiennes victorieuses, transportèrent leur oracle dans une forêt de l’Épire, qu’ils nommèrent aussi Dodone . Cependant l’antique Dodone de Thessalie continua d’être sacrée pour les Grecs, de rendre des oracles, et de faire des prodiges attestés sur-tout par le poète Eschyle, dans sa tragédie de Prométhée (i).

Les Grecs endoctrinés par les Egyptiens , donnèrent à leurs antiques divinités les noms que ces étrangers donnaient à leurs dieux. Le nom générique de dieu était , chez les Egyptiens, Thot ou Theuth. Les Grecs en firent leur Theos , leur Zeus ou DseuSj dont les Latins ont fait ensuite Deus , et qu’ils ont traduit par le nom appellatif Jupiter \ Ainsi, par suite de fintroduction de la religion égyptienne en Grèce, il y eut en Thessalie un dieu P lie go s ou Jupiter Phegos , c’est-à-dire un dieu hêtre , auquel les Grecs consacrèrent un temple sous ce nom.

(i) Mémoire du président de Brosses , sur P oracle de Dodone ; Mém . de V Acad, des Jnscrip U XXXV »

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Une divinité qui ri était qu’un arbre ou plusieurs arbres fut, par l’effet des progrès de la civilisation , transformée en une statue de ligure humaine , placée au milieu d’un édifice appelé temple.

Les chênes et les hêtres de la forêt de Dodone n’étaient pas les seuls arbres adorés par les Grecs. Pausanias parle d’un arbre situé sur le mont Cithéron, que les Corinthiens, par l’ordre d’un oracle , adorèrent comme Bacchus luimême. Il ajoute qu’ensuite ces peuples firent , du bois de cet arbre, deux statues de Bacchus, qui étaient encore honorées de son temps dans les places publiques de Corinthe (i).

Le même écrivain cite plusieurs autres arbres remarquables par leur vieillesse , et révérés comme objets de culte : tels étaient le chêne de Dodone, la liane qui croissait dans le temple de Junon , à Samos ; l’olivier de la citadelle d’Athènes, et l’arbre de Ménélas qu’on voyait dans la ville de Caphies , en Arcadie (2).

Le culte des bois se conserva en Grèce dans les temps même ou ce pays atteignitle plus haut degré de civdisation. Presque tous les temples étaient accompagnés d an bois sacré. Ceux de

(1) Pausanias, Corinthe* liv. 2, cliap. 2.

(2) Pausanias, ArcacL, îiv. 8, chap. 2.3.

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Claros, île de la mer Egée , celui d’Epidauré, avaient rang parmi les plus renommés ; on les respectait comme des sanctuaires : c’était un crime d’en arracher la moindre branche, « Tel » était l’excès de la superstition des Athéniens, » dit Elien , que , s’il arrivait à quelqu’un de » couper le plus petit arbre dans un bois con- » sacré , ils le condamnaient à la mort (i). »

Cette superstition était commune aux Grecs, aux Celtes et aux Germains.

Il paraît que la fable de Daphné , nymphe métamorphosée en laurier, lorsqu’elle fuyait les poursuites d’Apollon , fut une allégorie dont le sens caché annonce la répugnance du peuple à adopter le culte d’Apollon, dieu-soleil, ou bien la religion du Sabéisme , apportée dans la Grèce par les colonies égyptiennes. La nymphe, ou l’arbre laurier divinisé, qui résiste avec succès à ce dieu étranger, indique la difficulté qu’on eut à amalgamer le culte antique des arbres Fétiches avec celui des astres. Il est certain que près d’Antioche était un bois de lauriers , trèsrevéré des habitans de cette ville , et au centre duquel ils élevèrent , dans la suite, un temple consacré à Diane et à était alors opéré.

(i) Elien , Histoires diverses , liv. 5, chap. 17.

Apollon. L'amalgame

Celte fable allégorique me porte à croire que, pour obtenir la vérité de la plupart des métamorphoses d’Ovide , il faut prendre l’inverse du fait qu’il raconte; c’est-à-dire que, lorqu’on y voit une personne métamorphosée en chose, c’est qu’il est arrivé le contraire ; et que la chose, par le génie allégorique, a été métamorphosée en personne , comme la fable de Daphné en est un exemple ; car le nom de cette prétendue nymphe signifie laurier . Cette règle est aussi applicable à la fable intéressante et morale de Philémon et JBaucis. D’un tilleuil et d’un chêne adorés et placés en Phrygie près d’un temple de Jupiter-Hospitalier, les poètes firent deux personnes, deux époux métamorphosés en arbres.

Les Romains avaient leur cormier sacré placé au bas du Mont Palatin : ils l’entourèrent de murailles; et, si quelqu’un croyait s’apercevoir que le verd de ses feuilles était altéré et que sa végétation souffrait, alors il répandait l’alarme dans la ville, et chacun, comme à un incendie , courait y apporter de l’eau pour l’arroser. Planté, dit-on , lors de la fondation de Rome , cet arbre existait encore et périt du temps de César (i).

Dans le voisinage de Rome , chez les Lati-

(i) Plutarque , Romu lus, cliap. 26.

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rentins, on adorait un olivier sauvage. Virgile le qualifie àe faune des Laurenlins. Les nautonniers, dit-il , échappés à la tempête , venaient appendre à ses branches les vêtemens qu’ils avaient pendant le danger. Voués à cette divinité arbre , les Troyens , sans le connaître , l’abattirent : ce sacrilège faillit leur être funeste (i).

Ces peuples, lorsque les arts eurent fait chez eux des progrès , et dénaturé les institutions simples de l’antiquité , conservèrent toujours leur vénération pour les bois. Leurs temples , comme ceux des Grecs , étaient toujours accompagnés d’un bocage appelé Lucus ; et c’était, comme chez les Grecs , un sacrilège que d’y porter la moindre atteinte. « Nous avons » encore , dit Pline , la même vénération pour » ces bois sacrés que pour les statues des » dieux , faites d’or et d’ivoire (2). » Malgré les changemens opérés dans leur religion antique , ils continuèrent de regarder certaines forêts et certains arbres , sinon comme des dieux, au moins comme des organes de la divinité , ou comme pénétrés d’un génie divin. C’était dans les forêts qu’habitaient Diane, ses

(1) Kneid.y lib. XII, vers. 766.

(2) Plia., Jïist. nat.y lib. XII, cap. 1.

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Nymphes; les Faunes, les Sylvains, les Dryades , les Hamadryades , et autres divinités subalternes , qui , dans l'origine , étaient ellesmêmes des arbres.

Les Orientaux , dès la plus haute antiquité , rendirent un culte aux forêts , et aux arbres en particulier. Le chêne, ou plutôt le térébinthe de M ambré y fut long-temps chez les Hébreux un objet de vénération, et même de superstition : il existait , dit-on , du temps d’ Abraham ; et quelques voyageurs modernes assurent en avoir vu encore les nombreux rejetons.

L’acacia était le principal objet du culte de la tribu de Coresh. Kaled, par ordre de Mahomet, fit couper l’arbre jusqu’à la racine, et tuer la prêtresse de cette divinité.

Le culte des arbres et des forêts s’est conservé long-temps en Europe, sur-tout chez les liabitans des campagnes , dont l’ignorance rend plus tenace leur attachement aux vieilles pratiques.

Au sixième siècle, Agathias reproche aux Allemands , sujets des Francs, d’adorer les rivières, les montagnes et les arbres (i). Au septième siècle, saint Eloy, évêque de Noyon, et saint Grégoire, pape, font le même reproche

(i) Lib. i, p. 18.

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aux Français (i). Deux capitulaires de Charlemagne , l’un de Fan 789 et l’autre de 794? prohibent le culte des pierres , des fontaines et des arbres ; ordonnent aux prêtres de faire détruire les arbres et les bois consacrés , et traitent de fous ceux qui viennent y faire brûler des chandelles , et y pratiquer quelques autres cérémonies. Les conciles d’Agde, d’Auxerre, ce Nantes, etc., renouvellent les mêmes défenses, et attestent ainsi la continuation de ce culte. Ce dernier concile porte que la multitude gardait un tel respect à ces arbres consacrés au démon qu’elle n’osait en couper aucune branche, en arracher le moindre rejeton , ni même toucher à leurs racines (2). Enfin , au treizième siècle, les Saxons 11’étaient pas encore désabusés à cet égard : ils adoraient, dit llelmoldus , des fontaines et des forêts (5).

On ne se bornait pas à faire brûler des chandelles devant ces arbres ; on y appendait des offrandes ; on leur adressait des prières pour en obtenir la santé des maîtres , des enfans, des serviteurs , pour la conservation des mai-

(1) Jlia sancii Eligii. Spicilegium Acherii , t. II , p. 97. — Gregor.,lib. 2, p. 278.

(2) Capital . , t. ]I, p. 2.69; id. p. 2.55, art. 63.

(3) Chronic. Saxon. Helmoldii, cap. io, p. 106.

sons et la prospérité des récoltes» Ces arbres adorés ne portaient point le nom particulier d’une divinité ; mais , comme la plupart des fétiches de la plus haute antiquité, ils recevaient une dénomination générique : on les appelait sacrivi , mot que l’on croit signifier arbres sa -*■ crés (1).

Ce culte , un des plus antiques monumens du Fétichisme et de la religion des premières sociétés , subsiste encore dans plusieurs parties du monde» Les Siamois adorent ün arbre consacré à Sommonacodom; ils l’appellent, en langue bali , Prasi rnaha Pont : ce qui , suivant Laloubère , signifie l arbre du grand Pont ; mais en langue vulgaire il est nommé Ton-po. Les Siamois croient faire une œuvre méritoire et sainte en se pendant à ses branches (2).

Dans l’île de Cevlan , 011 adore un arbre consacré à Boiuîh ou Bond, ha , appelé Bogahah

(1) Glossaire de Duc ange , ail mot arbores sacrivi.

(2) Relation de V ambassade anglaise dans le royaume d’ Ava, etc., par le major Symes, t. III. — Des Ruines de Mavalipouran , par Williams Chambers , p. 260. Laloubère pense que Pout est le même que Mercure, et il observe qu’en langue bali c’est le nom que l’on donne à la planète de Mercure et au jour de la semaine appelé mercredi. C’est, au surplus, un des noms de Somme ne ** codom .

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ou arbre de Boudh , divinité qui est la même que le Pout des Siamois.

Les habitans des Manilles adorent de vieux arbres; ils croient , dit G emellj -Carrer y , que la fièvre les attaquerait s’ils en coupaient la moindre branche (i).

Pallas nous apprend que les Ostiaks adorent des arbres qui ont été déclarés sacrés par leurs devins (2).

Chardin a vu à Chiras , en Perse , un vieil arbre pour lequel les habitans ont une dévotion particulière. Ils appendent à ses branches des chapelets , des amulettes , des morceaux d’habillemens. Les malades y font brûler de l’encens, et y attachent de petites bougies allumées, afin de recouvrer la santé. Cette pratique est conforme à celle des Gaulois et des Germains dont j’ai parlé. Le même auteur ajoute: « Il y a par-tout, en Perse, de ces vieux arbres » révérés superstitieusement par le peuple , qui » les appelle Dract-Fasel , c’est-à-dire , des » arbres par excellence. On les voit tout lardés » de clous pour y attacher des hahillemens, » par vœu , ou d’autres enseignes. Les dévots,

(1) Collection de Voyages autour du Monde , U II ,

(2) Voyage de P allas f t. V, p. 1 5 r .

» et particulièrement les gens consacrés k la » vie religieuse , aiment à se reposer dessous , et » a y passer la nuît(i). »

Pockoke, retournant de Suez au Caire, vit à Derb-el-7fammer un de ces arbres sacrés couvert des haillons dont les pèlerins de la Mecque lui font hommage (V).

L’usage d’appendre aux arbres sacrés des vêtemens en manière à1 2 3 ex voto est fort ancien, puisque Virgile, comme je l’ai remarqué, en cite un exemple qui remonte à l’époque où les Troyens abordèrent en Italie : les nautonniers attachaient de pareils voeux aux branches de Tolivier sacré des Laurenlins.

Pline dit , d’après Théophraste , qu'il y eut long-temps dans la place publique de Mégare un olivier sauvage auquel les guerriers suspendaient leurs armes; que ces armes, parla suite des temps, furent enveloppées par l’écorce de cet arbre dont la destinée de la ville dépendait; et que l’oracle avertit les habitans qu’elle serait ruinée lorsque l’olivier enfanterait des armes. Pline nous assure que l’oracle fut accompli (3j.

(1) Voyage de Chardin, t. IX, p. 182.

(2) Voyage de Richard Pockoke , en Orient, t, I, p. 482.

(3) Plin., lib. XVI, cap. 3$.

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Suivant le même écrivain, il existait à Rome un arbre de la plus haute antiquité, il était surnommé le Chevelu , parce que les Vestales, lors de leur consécration , y suspendaient leur chevelures (i)k

En France même, non loin d’Angers , il existe un chêne, nommé Lapalud , remarquable par Fespèce de vénération dont il est encore aujourd’hui l’objet. Cet arbre, que les habitans regardent comme aussi vieux que la ville , est tout couvert de clous jusqu’à la hauteur de dix pieds environ. Il est d’usage, depuis un temps immémorial, que chaque ouvrier charpentier, charron, menuisier, maçon, etc., passant près de ce chêne, y fiche un clou.

Loyer a trouvé dans la Nigritie , le même culte conservé. Les arbres y font partie des nombreux fétiches qu’on y adore. « Si quclT » qu’un, ditr-il, était assez impie pour les cou- « per ou les défigurer, il serait certainement » puni de mort (a), n

L’arbre appelé JVansey est sacré chez les Gallas , habitans de l’Afrique : c’est à l’abri de ses rameaux que les Rois de ce peuple sont couronnés. « Il est adoré , dit le voyageur

(0 Pli n.. lib. XVI, cap. 44,

(2) Voyage (T hsini, par Loyer.

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» Bruce , comme une diyinité par leurs diffé- » rentes tribus (1), »

La relation du voyage dans la Basse et Haute-Égypte, parM. Vivant Denon, nous offre de ce culte un exemple plus récent encore. « A Chendaougéh , un sapeur français avait » coupé une branche sèche d’un tronc pourri » pour faire bouillir la soupe ; cette action » causa beaucoup de tumulte de la part des » habitans : ils pensaient que de tels arbres » recélaient un bon ou mauvais génie, et qu’on » n’en peut rien détacher sans profanation . . . » Le culte en est mystérieux et secret, mais on a les révère publiquement (2). a

On voit que le culte des forêts et des arbres s’est soutenu depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours; qu’il était et qu’il est encore établi chez des peuples séparés par de grandes distances, et qu’il offre aujourd’hui, comme il offrait anciennement, les mêmes motifs et les mêmes pratiques.

(1) Voyage aux Sources du Nil, par Bruce.

(2) T' orage dans la Basse et Haute-Egj'pte . par

M. Denon, t. î , p. 229, 23 o.

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