Histoire abrégée de différens cultes
X>J jES anciens voilaient la tête du dieu du ^ Nil, pour signifier que les sources de ce 1^, fleuve leur étaient inconnues. Ils auraient V pu employer la même figure allégorique pour représenter leur mythologie j car , dans les plus beaux siècles de la Grèce et de Home , lorsque la littérature et les jbeaux-arts y répandaient le plus d'éclat, [lies sources de Fidolàtrie , des dieux et de leurs fables, étaient également inconnues [i\ Toutes les instructions que les
(0 Quelquefois les aticiens allaient porter leurs vœux et leurs offrandes dans un temple, et ils ignoraient à quel dieu il était consacré. Ils n'étaient guère plus instruits sur le nom des statues qu'ils adoraient. Adressaient-ils une prière à vme divinité , dans la crainte de se tromper,
ij PRÉFACE.
écrivains de ces pays célèbres nous ont laissées sur ces matières n'ont fait qu'épaissir le nuage qui cachait la vérité , qu'ac- , croître les difficultés , qu'autoriser les in- ♦• certitudes, et qu'égarer les modernes qui^ les ont prises pour guides ; de sorte que . chacun d'eux a pu , suivant son goût et le mode de son génie , former sur ces ori-, gines son système particulier, et lui donner même les apparences de la réalité.
Aussi avons-nous vu soutenir que l'histoire de quelques dieux n'était qu'und^ imitation de celle de quelques personnage^ illustrés dans la Bible ; que toutes les fables mythologiques ne contenaient, sous une enveloppe allégorique qu'un sens moral ,
ils lui donnaient plusieurs noms. Ils étaient incertains sur le sexe de certains dieux. Ils appliquaient la même fable à des dieux différens, et plusieurs fables à un même dieu. Enfin, ils avaient leurs dieux certains, leurs dieux incertains, ambigus et inconnus.
PREFACE. lij
que la règle des actions des hommes ; qu'elles ne contenaient que des connaissances profondes dans la physique du monde , ou seulement la doctrine de la philosophie hermétique et les secrets cabalistiques. Les uns ont encore cru que tous les dieux de l'antiquité n'étaient que des hommes déifiés par leurs vertus , leurs services. D'autres y ont vu des esprits infernaux , des démons , qui se sont amusés , pendant plusieurs siècles , à égarer par leurs prestiges l'esprit des nations. Enfin , une opinion plus raisonnable nous montre dans la mythologie l'histoire allégorique de l'agriculture : elle appartient au savant Court de Gehelin.
Cet écrivain a saisi la vérité dans plusieurs points ; mais , généralisant trop son système , il ne Ta point embrassée tout entière. L'agriculture a certainement contribué beaucoup aux institutions religieuses
de l'antiquité j elle a donné naissance ail sahéisme ; mais elle n'a pas été la cause unique des allégories et des compositions mythologiques : compositions qui sont IWvrage de plusieurs siècles , de plusieurs peuples, régis par des usages et des principes différens ; compositions qui n'ont entre elles ni harmonie ni unité , qui ne forment point un tout complet dont toutes les parties soient en rapport , et qui ne présentent qu'un amas confus de matières hétérogènes , dont l'incohérence indique suffisamment la pluralité de leurs origines. Diipuis a su , dans son savant ouvrage ( i ], tirer de ce chaos toutes les parties homogènes , toutes celles qui se rapportent au culte des astres ou au sahéisme ; il les a réunies, et en a formé un corps de preuves éclatant de vérité. Tout ce qu'il a écrit sur cette religion , sur ses ramifications nom-
(i) Origine des Cultes.
PUEFACE. V
breuses, ses altérations, ses amalgames, porte la conviction dans tous les esprits dégagés de préventions, peut déplaire aux partisans des vieilles erreurs , et ne doit rien souffrir de leurs atteintes.
L'estime particulière que je porte à Tau teur et à son ouvrage ne m'empêchera point de publier des vérités que j'ai senties ; d'exprimer ce en quoi je diffère d'opinion avec lui, et de dire que, tout vaste qui soit le champ que son génie a parcouru et éclairé , il lui restait encore au delà d'autres champs à parcourir. Il n'a vu dans l'antiquité que le sabéisme ; il a tout rapporté à cette religion ; et cependant , comme je le prouverai , elle n'est pas la plus ancienne , la religion universelle , \ origine de tous les cultes (i).
(i) Ces titres de l'ouvrage de M. Diipuis sont à-peuprès tout ce que j'y trouve de contraire à mon opinion. Je crois que le titre Ôl Histoire du Sabéisme lui aurait mieux convenu.