‹ Histoire abrégée de différens cultes (volume 4)Chapitre 15 sur 29 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Des monumens monolithes, carrés ou cubiques, et autres semblables. Origine des autels et des trônes.

Ces monuiiK^as ont tant de rapport avec ceux qui font l'objet du chapitre précédent , que j'ai été long-temps induit à les ranger dans la même classe ; mais^ considérant la différence de leurs formes, et l'usage très-distinct auquel ils ont été employés dans la suite, je me suis déterminé à les regarder comme une espèce particulière.

Ces pierres carrées ou d'une forme approcliante, destinées, dans l'origine de leur institution , à marquer les frontières, ont eu dan» divers pays un sort diffèrent : les unes sont restées simplemèiit des objets d'adoration ; d'autres furent destinées à recevoir les oflFrandes , les libations et le sang des victimes que les hommes y égorgeaient en l'honneur de la divinité ; d'autres enfin dçyînrent des espèces de

308 DES CVlStS

Sièges sacrés^ où de prétendus interprètes des iHeux rendaient des oracles, et sut lesquels les souverains yinslallaient pour recevoir leur inauguration.

C'est sous ces différens rapports que je vais examiner ces monumens.

Quant a leur destination originelle, elle n'est pas douteuse, si l'on considère que ces pierres se trouvent encore pour la plupart sur des frontières, et qu'elles ont porté , chez différens peuples, le nom de la divinité qui y présidait. Les her^ mès^ nom générique des bornes chez les Grecs, étaient le plus souvent des pierres carrées, Pausanias, en parlant de ces figures adorées, nous les désigne sous celte forme. Lorsque les arts et l'idolâtrie eurent fait des progrès parmi ces peuples, on les surmonta d'une tête humaine avec quelques attributs ; ou plutôt , en les fabriquant de cette sorte , on conserva religieusement la forme carrée à la partie de la pierre qui supportait cette tête : c'était un hommage rendu à l'antique habitude , un sacrifice que faisait le bon goût à la superstition. Pausanias ne se borne pas à des exemples particuliers , qui prouvent que beaucoup à! kermès avaient la forme carrée : il généralise sa désignation ,. lorsque , parlant d'une figure d'Âmmon ^ rue

ÀNTERIETIKS A L'IBOLATRIB. %0Q

en Arcadie, il ajoute qu'elle est de figure carrée

comme les kermès (i).

Le même auteur s'exprime plus positivement

encore lorsque , décrivant la Messénie , il dit que sur la porte d'Ithome ^ à Mégapolis , ville d'Arcadie , on voit une statue de Mercure qui est dans le goût antique; « car, ajoute-t-il, les » Athéniens ont fait les kermès de figure car* » rée; et, à leur imitation, les autres peuples » de la Grèce ont donné cette forme à toutes n les statues ^kermès (2). »

Les Romains adoraient, comme les Grecs, des pierres carrées, dont la dénomination était synonyme à!kermès ; ils y ajoutaient une épithète indicative de sa forme : ils les nommaient Mercurius quadraiusy Mercure carré, ou simplement Deus quadratus ; et , sous ce dernier nom , ils comprenaient souvent le dieu Term£, qui présidait aux bornes, et qui en était une : ce qui contribue à établir l'affinité des pierres carrées avec les frontières , et celle de kermès ^

ou Mercure ^ avec le dieu Termes Mercure , à cause de la forme de la pierre

qui le représentait , fut aussi nommé quadri-'

ceps j quadrifrons , quadriformis , le dieu à

quatre faces.

(i) Pausanias, ^rea^.

(a) Pausanias, Messénie, chap. 33.

SIO ]>K5 CULTES

Ces pierres carrées reçurent plusieurs antres dénominations , suivant les pays et les temps ; et, chez les Grecs, le nom spécial de ces pierres

. fit souvent oublier le nom générique kermès. C'est ainsi que la pierre carrée, surmontée d'une tête à cornes de bélier, était adorée en Arcadie ,

* comme je viens de le dire, sous le nom d'-^/nmon; une autre pierre, à Thespie, Tétait sous celui de Cupidon^

Toutes les pierres* carrées ne furent pas des divinités ; mais plusieurs obtinrent un respect religieux et une mention dans les fables mythologiques : telle était la pierre dite de Bont^ Conseil^ qui se voyait hors de la ville de Thè^ bes, parmi plusieurs monumens sacrés et sépulcraux. C'est , dit la Fable , Minerve qui la lança sur Hercule , lorsque , dans sa fureur, ce héros allait tuer Amphitryon : étourdi du coup, il s'endormit , et changea de résolution. Fau*sanias , qui nous fournit ces détails , ajoute que cette {»erre , qu'il qualifie de miraculeuse, était au dessous d'un autel dédié à Apollon svondius y ou le dieu qui préside aux traités , emploi qui est généralement attribué à Mercure , dieu des bornes (i).

Près de Mégare et du tombeau de Mégaréus,

(i) Pausanias, Jon>fie.

ANTERIEURS A L'I0OLÀTRIE. :»i i

était une grosse pierre sur laquelle^ dit Pausfinias^ Apollon déposa sa lyre« De pareilles pier« res étaient placées prè& des tombeaux* On en Toyait de toutes brutes près du tombeau d'Amphian. Elles étaient au nombre de trois près de celui de Mélanippe. Aux Hermès grossiers^ c'est à dire aux pierres brutes, on substitua, dans, la suite , près des tombeaux , des hermès Etçonnés par l'art, mais qui . eonservaient la figure carrée , leur forme originelle : tel était Thermes qui , avec une colonne chargée d'une épilaphe , accompagnait le tombeau de la sybille Hérophile ^ qu'on voyait dans la Troade , du temps de Fausanias (i).

Le même auteur nous parle de deux pierres vénérées , posées l'une sur l'autre , qui se trouvaient en Arcadie , près du temple de Gérés, Elles étaient parfaitement jointes* On posait entre elles un écrit, contenant les rites et les cérémonies qui devaient s'observer lors de la solennité des grands mystères de cette déesse. C'était alors que l'on retirait cet écrit pour en faire usage ; après la féle^ qn le replaçait entre ces deux pierres, ir Gfô pierres sont en si grande » vénération , dit Fausanias , que , dans des

(i) Fausanias, PAociWe.

ail DES CULTES

» afiaires importantes ; plusieurs .personnefi" y » jurent en mettant la main dessus (i). »

Au rang des pierres carrées qui recevaient un cidte, je dois placer la pierre noire adorée par les anciens et les modernes Arabes: on la nomme Brachtaru J'en parlerai plus en détail dans la suite (2).

- Une autre pierre de forme pareille , mais de couleur blanche , est tout aussi respectueusement conservée dans la même ville : elle est renfermée dans un coflfre de fer placé sous un dôme» On croit qu'elle porte l'empreinte des pieds d'Abraham.

Les Arabes adoraient aussi une grosse pierre appelée Manah : ils lui offraient des sacrifiées. On croit que c'est la même divinité que le Méni adoré par les Juifs , et dont parle le prophète Isaïe. Quoiqu'il en soit^ cette dénomination rappelle celle d'une autre pierre très-vénérée chez les anciens Romains , et qu'ils nommaient- Manalis. Festus nous apprend qu'elle était placée à Rome, hors la porte Capèpe, et près , le temple de Mars. Les Romains , ^ans des * T temps de sécheresse , la promenaient en pro-

(ï) Pausanias, Arcaàie.

(a) Toyez ci-aprëSy cliap. ai.^

ÂNTEipEims À l'idolâtrie. jai5

cession pour obtenir de la pluie (i). Noiiius dit qu'on la transportait pour le métne motif , et que cette cérémonie religieuse était nommée manale sacrum (2). Fulgence , d'après Labéon^ qui avait composé quinze volumes sur les rites des Etrusques et autres peuples^ rapporte que l'on faisait mouvoir les pierres manales lorsque, dans les sacrifices, les fibres des victimes étaient trouvées d'une couleur jaunâtre. Il ajoute que ces pierres, qui sans doute étaient nombreuses, avaient la forme cylindrique, et que les anciens étaient en usage de les traîner le long des li-^ mites, lorsqu'ils avaient besoin de pluie (5).

Toutes ces pierres carrées , ou de forme ap-f prochante, rappellent deux pierres pareilles : l'une qui se trouve dans Tîle de Ceylan , et l'autre qu'a vue le major Sjrmes y en se ren-r dant dans la capitale de l'empire des Birmans. Elles portent toutes deux des inscriptione sur leur face supérieure; toutes deux elles ont la forme d'un autel moderne; et les hiéroglyphes dont elles sont chargées passent dans l'un et l'autre pays pour l'empreinte des pieds

( I ) Festus, au mot Manalis.

(2) Nonius, au mot Manalis Lapis,

(3) Fulgentius, deprisco Sermone^sax mot Manales,

jai4 ^^^ GCnLTES

de Bêudh , l^out ou Bou^ham : divinité ipû m

de très-^gnmds fappqtrts avec Mercure (i).

Ces pierres carrées^ oblongues ou cylindri*-ques f grossières ou travaillées ^ ne diffèrent point , pour la forme , des autels antiques; elles n'en diffèrent guère par le genre .de culte qu'on Jeur rendait. On en trouve près des tombeaux^ et Ton sait que près des tombeaux étaient sou- Tent des autels : c'étaient ceux que les Latin» appelaient ara , parce qu'ils étaieni spéciale* ment consacrés aux dieux Lares ^ aux dieux Mânes.

Ces pierres étaient les mêmes que celles appelées AbacUr^ BétheL Les peuples cultivateurs et pasteurs y répandaient des ûeurs^ du lait et de Ubuile^ et quelquefois les enveloppaient de la toison de leurs troupeaux. Lesautek d«s H^ l)reux étaient oints d'aromates et! d'huile (2)* ' Les peuples chasseurs et guerriers^ au lieu d'huile et de lait^ y faisaient couler le sang des animaux qu'ils y égorgeaient, et même trop souvent celui des hommes..

Lçs diiférentejs occupations auxquelles la n^ cessité de pourvoir à leur subsistance avait livré

( I ) Relation de V Ambassade anglaisedans le royaume dtAva, par le major Sjmes, Voyez la note de lapag. 5a^ (3) Exode, chap.. 29 et 3o..

AnTERIEURS À L'iDOLATRIE. 21 S

certains peuples , la nature du sol et du dimat qui avait eommandé ces occupations diverses , transformèrent seules les pierres bétyles en au^ tels de sacrifice.

Si Ton considère les autels antiques^ on y trouvera de nouvelles conformités avec ces pierres vénérées. Ces autels étaient, pour l'ordinaire y des parties de rocher que des accident naturels ou que l'art avait détachées ou mises à découvert. On les transportait ensuite au lieu destiné au culte. Leur grossièreté ne nuisait point à la vénération qu'on leur^ portait. Les peuples alors , pour être attirés vers ces objets sacrés^ n'avaient pas besoin qu'ils se présentas* sent sous des formes gracieuses et séduisantes: ces formes leur étaient inconnues. Même lors-que les arts furent , chez plusieurs nations, ap* pelés à embellir les objets du culte, d'autres peuples les repoussèrent, et regardèrent leur admission dans les lieux saints comme une in-? novation dangereuse, une profanation. Nous avons un exemple bien marqué de cet attache-i. meut pour les vieilles pratiques , de cet éloi-< gnement pour les nouveautés, dans les lois imposées aux Hébreux. « Si vous faites un » autel de pierre , dit leur législateur, vous ^i ne le bâtirez point de pierres taîUées ^

ai6 DES CULTES

» car il sera souillé si vous employez le ci-^ n seau (i). M

La même loi est renouvelée dans le Deutérononie : a Lorsque vous aurez passé le Jour- I) dain .... vous élèverez de grandes pierres » que vous enduirez de chaux pour y pouvoir » écrire toutes les paroles de la loi que je vous M donne; vous élèverez ces pierres sur le mont M Hébal^ et vous les enduirez* de chaux : vous » dresserez là , au Seigneur votre Dieu^ un au- » tel de pierre où le fern' aura point touché; D qu'elles soient brutes et non polies^ Vous y D écrirez distinctement les paroles de la loi » que je vous propose (3).

Cette loi fut exactement mise à exécution par Josué. Il éleva un autel au Seigneur sur le mont Hébal, et^ selon que Moïse l'avait ordonné f il construisit cet autel de pierres, non polies^ que le ciseau n'avait point touchées^ et il écrivit sur les pierres la loi de Moïse (5),

Ces passages sont instructifs : non-seulêment ils nous montrent l'attachement des Hébreux pour les usages anciens; non-sseulement ils constatent positivement l'usage de consaci^eç

(i) JEJxoefe, chap. 20, v. aS..

(2) Deutéronome, chap. 27, t. 2, 3, 4> 5, 6, 7, 8;

(3) Jvsué, çhap. 8^ v. 3o, 3i et:3a«,

ANTERIEURS A L'IDOLATRIE. mj

des pierres grossières de préférence aux pierres façonnées^ et établissent la similitude qui se trouve entre ces autels et les pierres grossières que les autres peuples regardaient comme sacrées; mais encore ils nous décèlent le procédé employé pour écrire facilement sur leg pierres monumentales crt religieuses. Il est trèsprobable que les Hébreux devaient aux Égyptiens l'usage d'inscrire des lois sur des pierres; il est en conséquence très-probable que les Egyptiens i avant qu'ils eussent adopté la méthode plus pénible de graver sur la pierre , enduisaient leurs thoths de chaux ^ et traçaient leurs inscriptions hiéroglyphiques sur cet enduit. '

Ces passagçs constatent encore l'usage antique d'élever des monumens religieux près des rivières et sur des montagnes frontières. C'est a l'entrée de* la terre promise, près des rives du Jourdain, fleuve limitrophe, et sur le mont Hébal, que les Hébreux élèvent des pierres monumentales, et dressent un autel au Seigneur.

La Bible nous oflfre plusieurs autres exemples d'autels placés sur des hauts lieux, sur des montagnes frontières. Les autels de Béihel, du mont Gàlaady de Sichem, et plusieurs autres, en sont les preuves. Les Grecs aussi plaçaient

leurs autels sur des montages et des fron* tières, Pausanias^ dans ses voyages , en à tu plusieurs dans des lieux que la géographie ncms indique comme des frontières; mais il s'exprime d'une manière très-positive, lorsque, parlant d'un autel de forme ronde, situé près d'un temple de Neptune en Arcadie, sur le chemin qui conduit à Tégée, il dit que cet autel sépare le territoire de Mantinée de celui de Tegée (i).

L'abhé Fontenu , qui a composé une Disser** tation sur les autels, regarde la pierre de jBeihel comme le premier exemple des autels votifs , dont il y eut dans la suite un si grand nombre chez les Grecs et chez les Romains. Il croit que les pierres bétyles ont la même origine ; ainsi, en assimilant les pierres bétyles à la pierre béthel, et en regardant cette dernière comme l'origine des autels , il en résulte que les autels sont une dérivation des pierres car^rées auxquelles on rendait un culte.

L'autorité de ce savant est d'un grand poids sur une matière qu'il a si curieusement approfondie. Je l'ai invoquée pour établir l'origine des autels, et je l'invoque encore pour confirmer mon opinion sur leur situation dans

(i) Jf9m^\9A^ Arcadie, chap. it.

ANTERIEURS A L'IDOLATRIE. 2ig

les lieux qui formaient Jes frontières. A propos de Tautel que Jacob fit élever avec Laban sur le mont de Galaad^ où ils jurèrent ensemble une alliance ^ernélle^ l'abbé Fontenu observe i< que ce monument ramène à la plus haute » antiquité l'usage^ observé dans la suite ^ de » placer aux extrémités des terres et sur les » frontières des Etats ces autels et ces bor-* » nés , qui dès-4ors devenaient sacrés et invio- ♦) labiés (i). w

Ces pierres carrées ou oblongues, objets de la vénération publique, eurent une autre destination : elles furent employées comme un siège consacré aux personnes éminentes en dignités civiles ou religieuses. J'en citerai quelques exemples.

A Mégare , et près du temple de Diane , était, suivant Pausanias, une pierre appelée Anach-' tra^ sur laquelle les habitans de cette ville prétendaient que cette déesse vint s'asseoir, pour se reposer des fatigues que lui causait la recherche de sa fille Proserpine. Les femmes , ajoute notre auteur, pratiquent encore tous les ans je ne sais quelles cérémonies qui ont rapport à cette tradition»

(i) Mémoires de P Académie de§ Jnêcriptions, t. ¥»

A trois stades de Gjthéè ^ dit le même aii« teur^ dans son Voyage ea Laconie, on voit une grosse pierre toute brute. On dit qu'Oreste s'y étant assis recouvra son bon sens : c'est pourquoi on a nommé cette roche , en langue dorique y Jupiter-^Cappautas ^ ou Dieu-Cap^' pautas.

En décrivant la ville de Delphes , il parle d'une grosse pierre où la sibylle Hérophile^ lorsqu'elle rendait ses oracles^ avait coutume de s'asseoir..

En Elide^ une pierre grossière, placée sur la cime du mont Sipyle, était nommée l^e trôn^ de Pélops.

Suidas dit que le nom ^aréopage dérive d'une roche élevée , sur laquelle siégeait anciennement ce tribunal célèbre. En effet, ce mot composé àe pages ^ monticule, etd'orex^ Mars, signifie ràonticule de Mars.

Une pierre, placée dans une vallée spacieuse, près des ruines d'une ville antique , servait à l'inauguration des ducs de Carinthie; et. voici comment :

Un paysan , assis sur cette pierre , y reçoit le nouveau duc, lui rappelle, d'une manière trèspiquante , les devoirs qu'il doit remplir, et lui donne une leçon bien faite pour rabaisser son orgueil. Le duc, alors, remplace le ps^ysan

ANTÉRIEURS A L'iDOLATRIE* 32 1

sur la pierre, et, Tépée nue> il jure au peuple de gouverner avec justice. Il va ensuite à l'élise; après quelques céréïnonies, il revient, vêtu des habits de sa dignité, siéger sur la pierre, rend la justice, et y exerce les premiers actes de souveraineté (i).

Non loin d'Upsal, est une grande pierre, brute et ronde, qui sert également à l'intronisation des rois de Suède. Elle est entourée de douze pierres cubiques moins grandes. Cette pierre est nommée morasten : c'est sur elle que sîége d'abord le roij c'est là qu'en présence de tous les grands du royaume il est sacré par les évêques, et qu'il prête son serment au peuple (2).

Dans le pays de Galle, et dans le Flintshire, on volt, parmi plusieurs monumens druidiques et sépulcraux, un tumulus^ appelé Gors-sedden, qui signifie en gallois siège ^ tribunal. Les Druides , suivant le docteur Borlasse , avaient des sièges élevés qui portent ce nom de Gorssedden, d'où ils rendaient la justice (3).

Mallet, dans son histoire de Danemarck,

(i) Joan, Boemius, de Moribus gentium, 1. 3, p. 244-

(2) OlaûsMagnus, de Ritu gentium septent.,\\h. i, cap. 18, et lib. 8, cap. i .

(3) Monumens celtiques, par M. Cambry, p. 86, 8g.

a22 BES CULTES

parle d'une pierre très-élairée, cl pkcée au centre de douze autres qui le soat moins, e* formant autour une espèce d'enceinte : c'est , dit-il 9 sur cette pierre centrale qu^étâit le siége^ où se plaçaient les rois, lors de leur couronne-r. ment. Le même auteur ajoute, à. propos du poids énorme des rochers qui formaient ce monument , w que de tout temps la supersti- M tion a imaginé qu'on ne pouvait adorer la )) divinité qu'en faisant pour elle des tours de )) force. » Il aurait pu dire aussi que de tout temps la politique , pour rendre ses institutions plus augustes et plus vénérables aux yeux des peuples , a emprunté les cérémonies dç la religion.

C'était ainsi que , dans le champ àeRakosch, à trois ou quatre milles de Pest, sur les bords du Danube ^ s'assemblait la nation hongroise , pour élire son souverain , et tenir ses diètes..

Les anciens rois d'Irlande étaient couronnés sur une pierre semblable^ appelée Uafail^ ou pierre fatale. Le nouveau roi s'y asseyait; et l'on prétend qu'alors cette pierre miraculeuse poussait des gémissemens. Suivant une ancienne prophétie , la race desT Scots devait régner par-tout où cette pierre serait conservée. Ce fut sans doute pour en empêcher l'accomplissement qu'Edouard P', roi d'Angleterre ,

ANTÉRIEURS A l'idolatrie. aaS

la fit enlever et déposer dans Tabbaye de Westminster , ou on la voit encore enchâssée dans une caisse de bois.

Près de la petite ville de Reuse , en Aile* magne ^ située sur les bords du Rhin^ et non loin de l'antique château de Marksbergy dont le nom indique sa position sur une frontière y est un monument où se tenaient les anciennes assemblées de la nation^ et où se faisaient les élections des rois. Ce monument présente un édifice heptagone à ciel ouvert, percé de huit arcades. On voit dans l'intérieur une longue pierre, sur laquelle on suppose que s'asseyaient les électeurs. Un pilier massif, élevé au centre, était le trône du roi élu. Les historiens allemands rapportent qu'au quatorzième, et même au quinzième siècle , il fut tenu des assemblées politiques a l'imitation des anciens usages, (i).

L'auteur de la Statistique de Rhin-et-Moselle dit, au sujet de ce monument appelé Banc-- Rojraly qu'il parait qu'au temps des anciens rois gaulois et francs , la nation austrasienne y tenait ses assemblées connues sous le nom de Champ^de-Mars (2).

(i) Monumens celtiques, par M. Cambry, p. 237. (2) J^qyage en Hollande et sur les frontières occidentales de V Allemagne, traduit par Cantwel, t. Il, p. 117.

3^4 ^MLS GVLTfiS

C'est ici un nouvel exemple de l'usage de s'assembler, pour les affaires politiques , sur le terrain des frontières. La pierre , en forme de pilier, qui servait aux intronisations rappelle celle dont je viens de parler; et le bâtiment heptagone qui l'entoure, bien moins ancien , paraît être l'ouvrage des Komains , et remplacer ici les enceintes de pierres brutes dont ces pierres monumentales étaient souvent environnées.

C'est ainsi que ces pierres grossières, destinées d'abord à servir de bornes, devinrent insensiblement, comme on vient de le voir, des autels ou des trônes.

XNTERtEUMÀ L^IDOLÀTRIE. SsS

v^i^;^Mw^svvM^N^^^sv^^^^•^sv^.^^^AMV^^^^^sv.^f^^*^^^^^

€HAPITRB XVf.

Des pierres entassées en forme c<mique ou pyramiidale» ou monticules factices > appelés M oitcsaux de Mea« cunEy Motte, Comble, Tombe, Montjoye, Bàr- «ows^ etc« Origine des pyramides»

Ih ^ d^autres. monumeos grossiers qui , qaçîque ^i^rens par leur forme , sont tout aussi simples , et par conséquent aussi anciens que les monolithes dont je viens de parler; Us eureiit la même destination , et quelquefois le même nom» Ce sont ces pierres amoncelées en forme conique ou pyramidale , souvent recouvertes de terre ou de gazon , qu'on trouve encore dans toutes les parties du monde.

Sans doute les monumens de cette forme furent adoplés parce qu'ils représentaient exactement les montagnes adorées , ou parce que , dans les pays où ils se trouvent^ il était plus commode d'entasser plusieui»s pierres de mé-* diocre grandeur que d'arracher du soin des monbig^es des masses île nudievs proppes à I. i5

Û%6 1D£5 CVLTES

être étigéeè ; peut-être parce que ces masses ne s*y montraient point à découvert , ou qu'on manquait de moyens pour les extraire. Que te soit Fun ou plusieurs de ces motifs qui aient déterminé les hommes à élever de tels monumensy il est certain que lênf origine est si enfoncée dans la nuit des temps que l'histoire ne peut Fatieindre ; il est certain que Tusage en était général chez presque tous les peuples de la tcrre^ dansFancien Comme dans le nouveau monde; et) ce qui est bien digne de remarque , ce sont ces pierres entassées ^ ainsi que les monolithes dont j'ai parlé/ qui furent à la fois des dieux p des monumens politiques^ et plus généralement, des tombeaux.

L>a divinité dont le nom est appliqué à cette espèce de monument est' la même que celle qui était représentée par les monolithes grossiers ci-dessus mentionnés : c^ètsihlfermès chez les Grecs, et Mercure chez les Latins. Nous en avons la preuve dans les proverbes de Salo-^ mon : on y traite de folie l'action de ceux qui , par un motif pieqx , ajoutaient une pierre au monceau de pierres consacrées. Le tejcte hébreu nomme ces amas de pierres inarge^màfi : ex-' pression qui rappelle les mots m^rA:^ marge, merck^ qui ont servi à former le nom de Mér-' cure* Ce qui confirme me^r conjectures. à cet

ANTERIEURS A l'iDOLATAI£. *k!iy

égard , c'est que les rédacteurs d^ la Vulgate ont traduit ce mot hébreu par Celui de Mer-cure : Sicut qui mittit lapidem iri acérvUm Mercurii (i). Ces traducteurs regardaient donc ces espèces de monumens comme des MercureSj et le nom de ce dieu comme l'équivalent de celui de marge^mah% D'ailleurs f on sait qu'en hSavexinuirakynutrk, signifiaient^ comme 7?2ar>che^ mark y merc^ dans les anciennes langue^ de l'Europe, mar^jri^e^ signe: expressions applî«^ pliquées aux frontières et aux bornes; et Ce ^ui est digne de remarque c'est que ^ dans la langue sacrée des Indiens^ le Sanscrit , marced signi-* fie frontière^

c( Dans les lieux où ahoutissaiâit plusieurs » chemins I àilPitiècus, les anciens dressaient i} des monceaux de pierres appelés ThermuUe^ » ou statues de Mercure, que chaque voyageur » avait soin d'augmenter enyjèttant une pierye. M C'est ce qui fait que e^ dieit est souvent ap- » pelé' Lc^idum côngeries (amas de.pien*es); n et c'est ce que nous apprend Didime dans » son Commentaire sur Homère : IIos autem n prœtereunies crebro jactu augëre^ et acervos » mercuriales appellare^ Ces monceaux sont » augmentés par les passans qui j jettent fré-«

(i) Proverbes, ctiap^ a6/

n queiumtnt des pierres , et sont noiuipiés les » monceaux de Mercure (i)« »-

Cette espèce de culte rendu à cçs amas de pierres est encore en usage en Tatarie. Le docteur FaUaSy voyageant sur les bords de l'Âba-^ kan^ et se trouvant surja cime dHine moptagne appelée Kouna^ vît deux tombes ou monticules coniques entourées de pierres ; les Tatars qui Tacconapagnaient y déposèrent pieusement^ en passant^ des rameaux et des pierres (2).

Cet usage , ridiculisé par Salomon , se conserve encore chez les Arabes modernes : ils en** terrent leurs morts dans des fosses sur lesquelles ils élèvent des pierres en forme de pyramide» Qqand les voyageurs du pays passent devant ces amas de pierres, ils y couchent leur bâton ^ (oat une courte prière, et y déposent quelques pierres qui indiquent, les vœux qu'ils ont for«f»és pour le repos du défunt (3).

Vte lettre d'uoi habitant de l'Espagne m'ap*prend que l'on voit souvent, dans les environs des grands sanc/tuaires, des monceaux de pierres semblables, dît-il, «^ux monceaux de Mercure des anciens. Les voyageurs ramassent quelques

( I ) Dictionnaire de Pitiâcus, au mot Lapis. ' (2) f^oj'-age de P allas, t. VI, p. 3 14. (2) Choix de F'qjrages modernes , par John Adam , t- II, p. i4o.

ANTÉRIEURS A. l'iDOLATRTE. Sâ§

fkerrès danft le voisinage > et viennent les ârjou-^- 1er au monceau. Au pied des^eroix situées sMt les chemins , où sont ordînâif etKeni enterrées des personnes assassinées^ on voit aussi de pstreils amas de pierres, hen dévots^ en passant , les amoncellent insensiblement ; et le nombre de ces piètres indique celui des Aife Maria qui ont été rééités pemr Fâme dùrdéfunl*

A Trêves , sur la montagne appelée aujonr^ d'imî de Scùntr^Martin , et atilift^fois ihoni 6ebétia ou CehefMy est un amas de pierres ^ et les pèlerins qui s'y rendent prennent cbacun> aa bas de la montagne ^ une pierre \ ^itTirivés à la cime^ ils la déponent religieusement sur l'ac^/^ vus Mercurii.

Au nord. dé l'AngloteiVe y un voyageur paase rkreuiem pli^ès de ces amonceliemens sans y ajouter une pierre. Quand les montagnards de rÉcosse diiB^ndent une grâce à leurs mattires^ ils finissent leurs {lacets par ces mots : ei le suppliant <ijqutéra une pierpe à voife tomrbeau (i). . . '

Le même usage exista en France dans les montagnes «des Alpes. M. Hérccart de Thury; après avoir décrit un* grand nombre de monu-

(i) V Esprit des Usages et des Coutumes des diffé'^ rens peuples, t. III, p. 295.

aSQ I>ES CULTE15

tiieA8 ciîltiques de diverses formes élevés sivr cette antique jfrobtière , dit : «Panni tous ces }) inoiiiiiiieps^3 montagnes y plasiei^rsportent » )e nom de tombeaux. Dans quelques eols el » passa^^e^ périllsnx des Alpes , on trouve sou-**^ i> tent ^ur les bords de la route des monceaux }x de pierres disposés en prismes .tmngulaires » ou en. cônes* Ce sont des tombeaux très*an«« » ciens^ et sur lesquels les guides font commu:j> némienl de longues et déplorables narratio4[iS« >) Il me serais difficile d'assigner. les dimensions âx de ces mon;iimens^ parce que, p^i* un usage » religieux 9 etdontrorigine remonte aux temps n lea plus reculés^ les monlagn|itds, à cbaque » fois qu'ils passent dans le jour^ .et en quelque A) nombre qu'ils soient^ ont coutume de poser » une pierre ^ur ces monceanxif II est rare de » voir un guide ne pas remplir ce devoir reli-r » gieux (ï)i ^ ^np^

$parmann et John Barrow ont trouvé de pareils monticules sépulcraux ckez les Gailres^ et chez les Hottentots* Ce dernier demanda aux naturels du pays pourquoi quelques-uns de ces monUmens é^ent plus élevés » pliis volumineux que d'autres j on lui répondit que ç'^était

- (i) Monumens celtiques, par M. Cambr^^ p. 253, a54.

purce que le mort avait un plus grand noixibre d'amis qui^ intéressés à sa mémoire^ s'empres^isaient d'y apporter un plus grand nombre de {ûerrés.

Ici on déoDuvre le motif premier de Pasage d'ajouter des pierres aux monceaux funéraires; La grandeur du monceau était la mesure de l'intérêt que le mort avait inspiré ; et un devoir de Famitié devint dans la suite une pratique religieuse.

Ainsi le même usage s'est conservé chez les TaCars^ les Arabes, les Holtentots y les Anglais et les Français, depuis une époque antérieure aif temps du roi Salomon jusqu'à nos jours : tant cet usage a été universel, tant est grande la vertu conservatrice de l'habitude ! Quel vaste champ ouvre à la réflexion la généralité de cet usage ! Quel lointain il découvre dans le passé! El Gûnd>ien les plus anciens monumens de lliistoise écrite paraissent rééens auprès d'une telle antiquité f*

Selden a consacré un chapitre entier sur ce» monumena religieux > intitulé ; de Mercurii Jcavo (du Monceau de Mercure). I^oite plu-sieurs passages d'écrivains de l'antiquité ^ qui attestentrexistence de ces monceaux de pierres « et leur désignation p^r le no«i divin à'ffemi^

:a5a J^%B CVLTWB

^u.4f Meteun (i). Ducange^ qm dâSntt ces nonumièns un assemblage de pierres, leur t:ormé le nom de Mèrcmius{ti):

Isidore^ dans son Glossaire^ regarde att^i lés ainbncelkmens de pierres ccmmiedM Jlfercurès: ils étaient^ dit-il^ élerés sur la eime de^ colonnes; MertutUlapidtim congeriesin cacu^ min& aoniami Eustâfhe lui donne la mëtne dénomination ; et nous apprend qu'ils étaient placés sur les chemins (3).

Suiaboi!^ dît qu'^tt'allantdeSiénne a Pfeîlé^ sur ki froàtières de laHsuie-^Égjpte^ il Vit sur les bords du diemin plusieurs pierres' entas-çées> et il les nomme Manceakde Mercure (4). 'Bu temps de âcipton TAincain^i mi adorait à Carthagène^ en Espagne ^ un pareil monu-^ mental qui y snirao^ Tiie-tLit^e, étek nommépar les b^bÂtan^ du . paj^s Mercure ou Mercure Teutaies (S). £e»«leux nmts, qui èxprimi^t en

(i) Seldecty de Diis Sjris, de Mercurii jiceivé ,

(a) Gl(^sairedj^XifW^fi^e^mMe»tMfrcatrM^

(3) Odrsaée,hy^Z^ . , '

(4) Strabonjlir. 17.

(5) ScipÎQ in iumuîum res^rsus quem Metcurium Teutatemdppièliant: (Tit. tiv., lit. a6.)

n patiiît' que cette dâioinhiation de Tentâtes ou Theut fut admise particulièrement par les Germains^^iC

deux ^n^ttea la même divinitéy hti-Aierùëite des Latins^ et le ThQthosk Theuih dêg Egyptien»^ ne se^ trouvent pas réanis dans tous les ejten»* plaires de Tite-live. Celte rénnion.^ contestée par quelques éi:udits> knportevpeu à mon ^^ jet« Je pourrais^ si elle est certaine /en induite l'identité de Mercure et de Thoth ou Thetffh , déjà suffisamment établie^ mais mon objet est seulement ici de prouver que ces monumens étaient^ ainsi que les monolithes^ des^ divinités^ et recevaient en conséquence un culte*

Celte conformité reconnue, je vais en découvrir une autre* On va voir que les pierres amoncelées ont, comme les monumens moncM lithes, servi a la politique. : on en trouve les preuves les plus anciennes dans la Genèse.

nom de Deutsche, que les Allemands se donnent, en dé-* rive évidemment , ainsi que lesH^ns de Teutons, Tu-^ desque. Plusieiijrs nations ont reçu le nom de leur prindsf^i» diviinlé* Le dieii Tuiaton, ^àùtê par les Germains, a la mém^^ ofi^sse.: iU Vappdbiefit aussi Tis ^u Ttth, et le» Gaulois Dis , qui , suiva^tCésar ^ ^takt le^PloÉim de ces peuples , parce qu'il présidait sur les. amea àe» morts , et avait en cela de grands rapports avec Mercurç^ conducteur des morts. Ce qui prouve ces dérivations |^ c'est qu'mie forêt d'Allemagne, appelée par Tacite Soltus^Ttitftobtifgemis, t&X aujourd'hui nommée par les^Allemands Duisbourg.

;i54 I>£^ CULT£S

; Jftcob y faisant alliance arec Laban ^ prit xmà pierre^ et l'érigea en monument* U dit ensuite à y^ frères : « Apportes des {terres; et , en ayant M ramassé .placeurs ensemble ^ ils en firent un Dt monceau* n (jaban le nomma le Monceau du Témoin i et Jacob , le Monceau du TémoU gnage , exprimé par le mot Gakiad, qui^devint le nom de ce lieu (i).

Josué^ ayant traversé le Jourdain avec Tarç\ke sainte , voulut laisser un monument de son passage : il choisit un homme dans chacune des douze tribus^ ordonni^ à chacun d'eux d'aller au milieu du fleuve^ miraculeusement desséché^ etd'en tirer une grosse pierre. Ces douzepierres futent transportées sur la rive ;^ et , au lieu db campement , ils les entassèrent en monceau*^ Josué éleva ensuite un pareil monument com-» posé aussi de dou^e pierres^ dans le lit: même du Jourdain (a}*

Les conquérans érigèrent de pareils monu-^

infins 9 dans le dessein d'éterniser leurs exploits:

nous en avons un exemple certain dans l'his-

' toire d'Angleterre. Harold^ ayant ravagé et

conquis le pays de Galles^ éleva plusieurs mon-^

' t;éanx de pierres dans les lieux ou ilavaitrem^

, porté des victoires : on y» voyait deà piliers

(i) Genèse, chap. 3i.

(a) Josuéy ciiap. 4-

ANTÉRIEURS A l'iIK)LATRIE. a55

portaiU oeite* inscription t Sic fuit viçtor Ka-roldus{i)»

Mais ces entassemens de pierres ont été plas généralement employés aux sépultutes. \\ semble que tous les peuples de la terre se soient accordés pour donner cette forme wm tom-» beauJi;;ear^ depuis l'exlrémité méridionale de rAfrique jusqu'aux partiesles plus septentrionar les de l'JSurope, dans l'ancien continent comme dans le nouveau^ on trouve par-tout de nom-breux exemples de ces monume/is funéraires, dhez les nations où les arts n'avaient encore fait que peu de progrès^ ces monnmens étaient jg^rossierSy formés seulement de grosses pierres entassées sans ordre ^ ou bien d'une élévation de terre inélée de pierresi, ou simplement de terre, de gazoni tnais^ quelle (jue soit leur com-^ position, il$ conservent. asse;& généralenient la forme conique, la plus propre à leur conserva tion«

Les pluf; apcienne;» traditions historiques font Ijfi^tion de l'érection dé pareils tombeaux. 5émiramis.fit élever ui| mppceau de terre sur la sépulture de son époux Ninus, fondateur de l'empire des Assyriens Qt).

(i) Camben et Joseph Strutt, Tableau Aes Mœurs des anciens habitant de l^Angleterre, p; ilfi. (a) Diodore de Sicile, liv. 2, chàp. i .

356 t)È5 CULTES

~ Josué , après aTOir fait périr sur une pof€tk;é le roi de Haï^ fit jeter son corps hors dé là title^ ^t ^téver dessus tin grand «lïonceaci de pierres, qui subsista }ong«*têmp9 (i).

Âbsaloti f tilé pat* les soldaft^ dé son père Darîd^ fut enterré dans la forêt d'Efdiraïm; et on életei sur sàti tombeau uti pionceau de pierres d'une grandeur ei^ctraordinairie (2).

Hérodote cite lé tombeau d'Alyati;és, tm de Sardeô^ et père de Crésus, domme un ouvragé supérieui* aux monumens de cette espèée^ n Le *) pourtour, dif-il, était eofnpo^é de gra^nde^ » pierres, et le reste de terré amdnceléé. . ; . ; D Cinq Termes^ placés au haut du mehtùneùl , » subsistaient encore de. mon temps (5)\» Ce tombeau avait cinq éent quatre-vingt^dïX-*-huii loîsès, deux pieds dix po^uces de tour j et sa largeur était dé deux cent quarante toises, trois pieds (4)- ' ^

Cléarque, dans ses Erotiques^ rapporte que Gygès fit ériger à une fexhme qu'il avait beaucoup aimée un tombeafu semblable, mais' Hi^i élevé qu'en parcourant tout lé pays en deçt

(1) Josué, cbap. 8, v» 29»

(2) Rois, liv. 2, chap. ifr, v. 17.

^3) Hérodùte^Xvf. tl .. n

(4) Note sur h Km % tSHét^ttoU^traàmttioà àe ïmt^

cher, p. 424-

ANTÉRIEURS A L'iDOLATRIE. 2X7

du Tmolusi montagne de Lydie, il pouvait être aperçu de tous côtés. Ce monceau sépulcral, que l'on croit être le même que celui d'Alyat-^ tes, existe encore , et le voyageur Chandler Ta reconnu dans l'Asie Mineure. Les pluies ont insensiblement fait descendre les terres, en sorte qu'diles couvrent aujourd'hui tout Tonvrage de pierre qui soutenait le pourtour de ce monument (i).

Plusieurs autres écrivains de l'antiquité parlent de ces monticules factices. Qomère décrit ceux qui renfermaient les cendres des héros morts sous les murs de Troye. Pausanias a va de son temps, dans la Phocide, le tombeau de Laifus, père d'OEdipe, et près de Sycyone, celui de Lycus, ainsi que plusieurs autres appartenant à des hommes moins célèbres : ils avaient la même forme. Virgile attribue aux Latins la coutume d'élever des monticules; cette coutume existait donc avant Romulua et la fondation de Rome (2).

Mais tout ce qu'on pourrait recueillir sur l'existence de ces monumens, dans les écrits des anciens, ne donnerait qu'une idée insuffisante de leur nombre et de la généralité de

(i) f^ojrage dans VAsîe Mineure y par Cliandler, t. 2, p. 192.

(2) Enéide, Kb, 1 1, v. 207.

a58 BES GUI.TES

kur usage. Les écfiyains modernes qui 8*eii sont occupés^ et sur^tout les écmafàs roja^ geuts, ont ajouté aux connaissances fournies par l'antiquité des connaissances nouyellesy des données plus nombreuseSé Parcourons rapidement le pays où ces monumens sifbsistent encore^ Us abondent daiib les vastes régions de l'intérieur de l'Asie. Le docteur Pallas, qui a visité la Sibérie et la Tatarie, en a rencontré une quantité considémble. j^n»^^ tous se trouvent réunis dans les di^îneÉde.ipontiignes limitantes, sur les- bords des fleuvea^Nbu des rivières/ et dans les pays incBhes;et ces nïoûtîcules sépulcraux , aujourd'hui presque ton» fouillés par l'avidité des Ta tar^ modernes, semblent avoir appartent» à des peuples tt*èlMth« eiens, dont la religion et les mœurs étaient différentes de celles des habitans actuels de ces contrées* Les dévastations journalières dé cés' tombeaux nationisiux, leur composition, annoncent que des bordes étrangères et barbares ont succédé, dans ces pays, à At% naturels qui avaient atteint un certain-éegré de civilisation ; on ne viole point , on respecte lès tombeaux de ses aïeux.

Notre voyageur a vu des monticules de terre ou de pierre sur les rives du Volga ^ près de Brousiana , ainsi que sur la rivière de Samara^

qui âe jeté dans ce fleuire et aroisine le» Kù^ saqaes» U en a vu près de Bouzoalouky tout le long de l'igincienue frontière des Kirguis (i)» •

Il en est près d'Orembonrg ^ qui ont été respectés , et où les habitans viennent faire des pèlerinages comme dans an lieu sacré (3)*

Un grand nombre de ces monumens existent ^r les bords deTOural ou de llaïk, fleuve frontière des Kirguîs. Ces tombeaux , formés simplemgpt d^^l^ierres entassées^ se trouvent ordinairement Munis près des anciens metsched: lieux conss^és au culte 9: et où sont aussi les sépultures des hommes que ces penples vénèrent comme des saints (3). / c

Si' notre ^giyageur quitte les bords de l'Iaïk pour parcourir ceux du Tobol, il rencontre sur celte rivi^^, autre limite du territoire des Kirguis^ de ixauveaux rassemblemens de tombes (4)» Arrivé au bourg de Kourganskaîa , il aperçoit un monument sépulcral d'une dimension extraordinaire : c'est un amoncellement de terre en forme conique , de cent quarante au-

(i) F'oyage de P allas j 1. 1, p. 33 1, 388.

(2) Jdem. t. II, p. 21, 39 et suiv.

(3) Idenif t. II, p. 3o8 ; et t. III^p. 382. • (4) Idem, t. in, g. 482 ; et t. IV, p. 54-

24o 1>ES CULTES

nés de circonférence^ entouré de plusîeuir^ autres tomj^es pareilles et moins considéra--' blés (ï).

Le bourg, que M« Kotzbuë nomnie Kurgan^ était autrefois, A\l^\i ^ frontière des Kirguis; et il nous apprend que ce mot Kurgan signifie colline des sépulcres (2) : ainsi cette frontière était le lieu des sépultures.

En s avançant toujours sur les rives du même fleuve , Pallas voit, à quelque distance de Souierskoï , une réunion de tombes sembla-» blés , entourées de vieux pins (3).

S^il abandonne les bord du Tobol,il ne rencontre plus de monticules funéraires ; mais , arrivé sur ceux de l'Ischim, il s'en présente un grand nombre sur la rive occidentale, tandis qu'ils sont rares sur la rive opposéex(4)»

A Omsk, sur les bords de Vlrtisch, il retrouve la même abondance de tombes : elles lui paraissent appartenir aux Tatars Barabtni* Plus loin , près de Krivoserskoï, il en voit un grand nombre, formées de cailloux et de mor-

(i) Voyage de Pallas, t. IV, p. 67, 68.

(2) U Année la plus mémorable de ma vie , t. 1, p. 286 et 309.

(3) Fxyyage de Pallas, X, IV, p. 78.

(4) Idem, t. IV, p. 97,* 100, 102, loS, io4-

ANTERIEURS A L'iDOLiLTRIE. ^^i

ceaux de rocs transportés ; ensuite un monticule très-considérable, appelé Gramat par les Kosaques : on croit que c'est la tombe d'un grand personnage (i). Toujours longeant la rire droite de l'Irtisch, il aperçoit sur la rive opposée y dans les landes des Kirguis, un assemblage de tombes, formées d'amoncellemens de pierres. Près de là est une montagne trèsvénérée par ces peuples. Au delà de 'Semipalatnaïa , il est d autres tombes également composées de pierres entassées, et ayant la forme conique; elles sont presque toutes entourées de dalles de pierre (2).

Il vit sur la cime d'une montagne , à Krasnoïarskaïa, une énorme tombe, dans l'intérieur de laquelle on trouva, dit-on, cinquante livres pesant d'or. Une autre montagne qui, suivant notre voyageur, côtoie la contrée de$ Kirguis, offre des tombes assez considérables , formées de blocs de quartz (3).

Sur les rives de l'Iious et de l'Enisscï, et dans le pays montagneux qui sépare ces deux rivières, elles abondent, et sont composées d'amoncellemens de terre , entourés de gros

(i) Fqjrage dePallas,t.l\,f. :97.

(2) Idem, t. IV, p. 23 1, 282.

(3) Idem, t. IV, p. 235 et 286.

morceaux de rochers plats. Plusieurs out, k leur proximité^ troi$ colonnes ou pierres placées Tune à côté de Vautre (i).

Les rives de TAbakan ofirent à notre voyageur une nouvelle abondance de m^onticules sépulcraux. Un terrain d'environ 4ootoise$ d'étendue est tellement couvert de ces tombes qu'à peine existe-t-il entre elles un intervalle de deux toises, filles présentent un carré construit en d^Ues^ quelquefois. revêtu d'un amoncellement de terre (2). Sur le même fleuve, un monticule de quatre toises de hauteur, entouré de dalles énormes, a cent cinquante pas de circonférence. Presque toutes les tombes en monticule qui se voyent çur les bords de TAbakan sont entourées de grosses dalles; et, au lieu d'avoir un plan circulaire et la forme conique, leur plan est carré, et par conséquent leur forme pyramidale. Plusieurs de ces monticules sont accompagnés de pierres longues et plgtes qui s'élèvent de terre, sur lesquelles se trouiwnt quelquefois des figures humaines, et méine des caractères hiéroglyphiques ou des inscrip«> tions en langue inconnue (3).

( I ) Voyage de jp allas, t. V, p. 1 1 , 1 2 .

(2) Idem, t. y, p. 37, 45.

(3) Idem, t. VI, p. 287, 238ct 8uiv.

ANTERIEURS A L'iQOLATRIE. ^45

Sur les bords de rEnisscï, ces tombes^ for-' mées par des amoncellemens^ accompagnées dw non d'une pierre sépulcrale, sont nommées Kourgam (i).

Je ne finirais pas i si je voulais rappeler toutes les tombes que notre voyageur rencontre dans les différentes contrées habitées par les Ta tares, les Kosaques, lesKii^uis, les Mongols, etc. Depuis le fond de la Sibérie, depuis les limite^ de la Chine , ju%qu'aux rives du Volga et jusqu'à la mer Caspienne , il aperçoit presqu'à chaque pas djes rassemblemens de' monticules sépulcraux , des cimetières encore respectés par quelques habitans, ou profanés par l'avarice de quelques autres; et cesmonumens religieux ou funèbres gisent sur des terrains incultes, sur des montagnes ou sur les bords des rivières limitantes.

Un écrivain moderne, qui a écrit sur la Russie, ajoute quelques nouveaux détails sur ces monticules. Il dit que les Russes les nomment Kûiirgans; qu'on en trouve de distance en distance dans les déserts de la Bessarabie, du Dniester, du Bog, d'Azow, d'Astracan, et le long de la rivière méridionale de la Sibérie. Il nous apprend que les fouilles qu'on j a faites

(i) J^oj'age de Pallas^, t. Vï, p. 9.87.

dnt mis à découvert des urnes d'une poterie grossière, des armes rouillées, des mors, des ossemens de chiens et de chevaux. Quelquefois des boucles, des agraffes, des chaînettes, et autres ornemens d'or et d'argent; des médailles avec des inscriplions grecques indéchiffrables , et en langue inconnue (i).

•( . On trouve un grand nombre de ces monu- )) mens, dit Lé Chevalier, sur la côte d'Asie, » en Grèce, en Sicile, etc. (2). )) Moritt, en parlant de ces monticules, dit la même chose, et ajoute qu'il s'en rencontre aussi beaucoup en Thrace (5)* C'est sur-tout dans l'antique Troade que se voy^ent plusieurs sépultures de cette forme : elles rappellefal de grands souvenirs , des , évènemens et des héros célébrés par le Prince des poètes» Leur existence actuelle rattache les temps héroïques au siècle présent , et confirme , en quelque sorte , des faits qui , embellis, exaltés par l'imagination féconde du divin Homère, paraissaient en être entièrement le fruit. Il est certain que les couleurs dont ce poète enlumina l'histoire en déguisèrent les formes austères j mais la vérité, pour être en-

(i) Mémoires secrets sur la Russie, t. 3, p. 127.

(a) Voyage de la Troade , par le Chevalier , t. II ,

p. 2fiîi5.

(3) /rfcm>t. III, p. 256.

ANTJÈRIEURS A l'iDOLÀTRIE. 245l

loppée de mensonges ,- en e^iste-t-elle moins ? Il faudrait donc conclure que l'expédition, des croisades est une fable ^^ parce que le Tasse lui a prêté des évènemens mi^rvciilleux ^ et en a fait éclipser l'affreuse audité pay, de brillantes impostures..

C'est à établir la certitude des principaux évènemeus rapportés dans l'Iliade que s'est attaché sur-^tout le zélé et savant le Chevalier: ce fut l'unique but de ses , recherches , de ses travaux , de ses l^ngs vc^yages. Les nionumens sépulci;aux des guerriers morts, au siège de Troie étaient pour son dessein un objet important; il les a observés,, décrits, et leur a même appliqué des dénominatioiis qui semblent leur être convenables.

Le plus an,cien de ces tombeaux. est sans doute celui diAisjètes : il existail avapt U guerre de Troie* Ce fut sur ce monticule factice que Polytes, fils de Priam, se plaça pour reconnaître le camp des 'Crées. Il est situé près de la côte, entre la mer Egée et le ruisseau du^ Scamandre. Il a e^viron cent pieds de liAui , et quatre cents pas de contour à sa base. Les habitans actuels le nomment. Udjek - Tépé. . Udjek est le npm d'un village voisin; et T^é ou Tapé exprime , dans la langue turque , comme taphy tapfdtis exprimait dans celle des

anciens Ég^^pliens, un tombeau en forme de monticule (t).^ *

Direotemënl Mr Ib» . bords de la liier^ sont de» moBticuieîs semblables. On croît ijué Fuh^ situé près du pas de Troie, est celui de PénJéléusp et l'autre, celui d'-^«/îfo^we. A Pembou-» ohure du Simoas, et près du cap de Sigée,' on voit deux autres tombeaux réunis, attribués à Achille • elt à Patrocle. Ces deux 'tombeaux présentant tme figure conique, dont les soniitoets ^ -forment des. angles, très -obtus. Celui d'AchilW a dix pieds de hauteur sur quatreringt-seite pieds de diamètre; et celui de Pktrocle, liii pieu plus élevé, a seiifcie pieds hWt pouces de haut j elle diamètre de sa base est de quatre-vingt-treize pieds. Cèis monumens sont appelés par les Grecs modernes, Dio

Tépéy iM les deux tombeaux j enfin, sur les bdrdâ de FHelleSpont, sbnt lès ruines dû tom-* beau d'Afax.^

M. le Chéviftîièr voit dans un amoncellement de pierres élevé près de la position de Fantii|ue Tl^îfe,. et sui* les fiordis du Simoïs , le tombeau H! Hector^ dont les cendres, suivaut Pausanias, furent transportées à Thèbes., Plusieurs autires de la même forme se trouvent

(i) P^ojrage de ta Troàde, t. Il, p. 357.

dans rinlériear des terres; et M. le Chevallier pense qu'ils laplmrtiennent aux Troïens; tandis que ceux qu'on voit sur le rirage de la met Egée ou de l'Héllespotit doivent ^tre attribués aux Grecs.

£n ikcè du ciap de Sigée/à l'extrémité de k Ghe^sônnèse de Thrace^ est un autre mon« ticule couvert de gazon^ qu'on présume, avec vraisemblance, être le tombeau de Pmtésilas. Sur le même continent et sur les bords d^ l^Helleâpont, ^iste un semblable monument^ que l'on croit avoiv été érigé à k mémoire ^Hécube.

Ces mp^nutnens, notamment cetfx qui sont

sur le rivage de la mer/en con^ervani lafigm-e

originelle de leur espèce, portent un caractère

de régularité, et oflGrent dans leur intérieur des

constihuetions qui décèlent des progrès dans

les arts. Au centre des tombeaux qu'on a

fouillés, on a découvert de la maçonnerie.

Celui iijijax , ouvétt depuis long -temps,

offre des ruines remarquables : « un noyau de

M maçonnerie en occupait le centre, dit le

» 'Chevalier, et s'élevait en forme de pyramide

)) dépi]f}s la' l)ase jusqu^au sommet. Autour de

» ce noyau , on avait élevé des murailles en

» demi-cercle > dont la cohvexité tournée vers

» le centre du monument, formait une espèce

a48 DES CULTES

» de contrefort^ et opposait une résistance à w Fébonlement des terres (i). »

Le centre du tombeau d'Achille , que .fit fouiller notre ambassadeur à Constantinople, contenait un roc vif^ dans lequel était une ex* cayation d'environ six pieds en carré ^ entourée d'un petit mur de pierres liées avec de la glaise. C'est dans cette excavation que furent trouvés des débris de vases dans le genre étrusque, du charbon de bois, des fragmens osseux, et les restes d'une statue de Minerve , en cuivi'è extrêmement oxidé, qui, jointe à son piédestal, avait dix pouces de hauteur (2).

De pareils monumens sont très-comnlUBs enGrèce. Plusieurs de ceux que Pausanias adér crits, existent encore. Un monticule, situé sur la route qui conduisait d'Athènes à Phalère, a- été reconnu pour le tombeau de l'amazone Anr tiope. M. Fauvcl^ peintre français, le fit ouvrir, y trouva des cendres, du charbon, et un vas^e étrusque de teire blanche ^^ où l'on voyait quelques figures grossières exquissées en rpûge. Le tombeau ^Augé ^ fille d'Alœus, violée par Hercule, était, suivant Pausanias, à Pergame^ et présentait un monceau de. terre environné

(2) Idem, t. II, p. 317 et suiv.

ANTÉRIEURS A l'iDOLATRIE. ^49

d'un épauleihent de pierre. Ge monument se voit encore au même lieu : il est entouré et soutenu par une haute muridUe de pierres énormes y taillées en pointe dé diamantr A Gléone , on voit les deux tombeaux élEurytos. et de Cléatus ; et a Orchomènes , celui de Minfézs. On pourrait citer plusieurs autres exemples qui attestent la solidité de cette formé de tombeaux , et l'exactitude de ^ Pau'sanias (i).

Dans nie de Candie^ l'ancienne Crète ^ sur une des cimes du mont Ida , et sur un rocher très-escarpé , est un monument de la même espèce , qui parait être de la plus haute antn quité. C'est un monceau de grosses pierres à moitié rongées par le temps ;. (^* les anciens appelaient et que les habitans du pays appellent encore le tombeau de Jupiter (2).

(i) Fhjrage de la Troade, t.. BS, p. 257. La note.

(2) Histoire générale des Wojtages 4fim X jircUpel , la Grèce et la Thrace, 1. 1, p. 167 .v

Ceux qui, comme Eyhémère, ont soutenu que tous les dieux du paganisme avaient été djes roisdaxis l'origine, citent le tombeau de Jupiter, en Crète, conmie une preuve que. cette divinité avait été homme et roi de cette Ue; mais l'opinion qui attribuait ce toml>eau à Jupiter n'était pas généralement adoptée chez les Grecs. « Toujours le » Cretois fut menteur , dit Callimaque dans son hymne

aSo BES CULTES

. Plusieurs de ces monticules «xisteiiten Italie et dans le royautne de Naples^ oh ils porteiit le ncto de TutmdUs.

Si Tott fee reporte vt^rs le fi9rd die l'Ëuro^ , ton trouve des monumens de la même fortne: ils aboïkleAt ^ ^Suède , en Sàhemarck , en Russie, en l^olôgne, enÀUemagne> en Aï^gleterre^ en Fran^^e^ etc., lôilt àûtaint qu'en Adie. William Goke en a vu den^ rétmis près de Cracovie. Keysler^ dans son savant x>uTrage sur led antiquités septentrionales, en adiécrit plusieurs. On en reniar^e qui nesont cdmpo^ sésqne d'un amasderoefaets^ pomme eeuJL de Buldbe^ dahs le lieu .a]ppelé le cimetière de W'endén^ et dans les Marches de Brandebourgs près db FurstenvaH (i). :

« J'en ai ooaipté ju^u'à trente entre Go- » penhague et Rc^hild, dit M.'ib Gfaevaiier ; >} et près de cette ville y au milieu du bois de » Letralïoul'g, j'enait>b5eï*véun.très•^onsidé- >) tablé, qu'on dit. être eéltiî de ffaroid], le » guerrier le phiis fameux que le t)anemàrck » aijt vu naître. Ceux qui sont àans là plaine » d'Upsal, près delà maison du célèbre Lin-

» à Jupiter; le Cretois osa bien , Dieu puissant , t'ëlever » un tombeau, à toi qui n'as pu mourir, à toi qui es éter- « nel. » '

(i) Antiquitates selectœ septentrionales et celticœ*

ANTÉRIEURS A l'iDÔLATRIE. aSl

» iiœus> sont appelés par les Suédois^ les. Cbl^ » Unes rojra^ (i). »> Eh général ^ oés monumensporlentetiRtissie, en Danemarck et en Suède f le ném des rois ou des généraux en l'honneur desquels ils ont été élerês.

Us sont, trèsf-nombreut en Angleterre , en Ecosse^ en Irlande et dansleis îles voisines. On les nomme Aromé^ kûîme^ ùatnam^ ce qui signifie amoncellement de pierre^ ; mais en Angleterre particulièrement y on les appelle btznrùws : dérivé de bar^ qui , dans plusieurs langues ^ exprime a la fois une colline , une élévation y une frontièire^ un bord , une limite» Camden^ dans sa Description d'Aïigleterre ; Botlasey dans son ouvragé sur les Antiquités de ComouaiUes; Etienne WiUianiy dans son Essai sur ie^'barrûws ySu même ^ajs ; Stukelejr et plusieurs àuUres savanii/ ont publié des détails sur la forme, et leurs conjectures sur Forigine et la destination de ces monticules.

le ne détaillerai pôîbt les^ nombreux monumens de cette espèce qu'on voit encore 'daùi le» Ilê^ Britanniques;. ]t dWai seulement que le Rolle^-rick^Sione ^ dans le (»mté dX)xlbrd , est de tous les en^ssemifts de rocbèrà, le plus

ronsidérable qae l'on connaisse, et qu'au centre

(0 Voyage de la Troude, t. IlrÇ. a66*

de U plupart de ceiui qui ont été . fouillés on a découvert, ainsi que dans les tombeaux pareils^ de la Tartarie et de la Grèce , une cavité ronde ou quadrangulaire , dans laquelle, sont ordinairement déposés des lirnes, des. Cendres^ du charbon , des fragmens d'os, et quelquefois ^es morceaux de fer oxidé» , .

Les barrows sont si multipliés dans ces pays qu'on a pu fsicilement les diviser en six classes :

i^ Les barrows entourés d'une grande, tmnchée circulaire, au centre de laquelle est une^ petite élévation, Stukeley les appelle barrows druidiques. ' *

2^. Les barrows ordinaires, d'unie forme conique.

3". Les barrows entourés d'un fossé et d'un banc de tenre ou vallum, et qui spnt le plus communément faits* en forme de cloche bien arrondie.

4^. Les barrows oblongs , avec ou sans fossé.

5^. Les barrows oblongs, avec des pierres rangées tout autour.

6^. Une espèce de barrows dont, parle Stuiteley, qui présentent la forme d'un fer à cheval : ils ne sont pas communs (i).

(i) Tableau des Mœurs , des Usages , etCr , des anciens

ANTÉRIEURS A l'IDOLATRIE. a55

En Angleterre , comme dans le nord de l'Europe et dans la Tartarie, ces monticules se trouvent en certain^ nombre réunis dans le même lieu, et quelquefois placés sur la même ligne. Ailleurs, ils sont dans le voisinage de monumens grossiers d'une autre espèce. On en voit notamment près du célèbre monument appelé Stone-Henge (i).

L'origine de l'érection de ces monumens en Europe remonte à une époque qui se perd dans le lointain imperceptible du passé ; mais tons ne sont pas si anciens; l'usage de les ériger comme monumens funéraires s'est toujours continué, et n'a cesisé que depuis quelques siècles. Dans le septième siècle de notre ère vulgaire, en Irlande, on élevait encore de pareils monticules aux morts. Un des canons du concile d'Hibernie porte « Qu'anciennement les » rois seulement étaient inbumés dans les M temples, et que, par cette raison, on nom- » mait ces édifices basiliques ou royales ; car , » ajoute-t-il, les cadavres des autres hommes » sont consumés par le feu, ou enterrés sous » des monceaux de pierres (2). »

Bretons, Anglo-Saxons, Danois et Normands, par Joseph Strutt, p. i44«

(i) J'en parlerai dans le chapitre suivant.

(2) Nam cœteri homines sive igné, sive acervo lapi--

Dujcapge cite des exemples bien |)lu3 récens de la continuité de l'usage d'élevCT des monceaux de pierre sur dejs tombeaux ( % ). Ainsi , les monumens de cette espèce ne sont pa& tous d'une haute antiquité.

Ces monumens abondent e^ France : l'abbé Lebœufy dans son Traité des ancienne^ Sépultures^ en rapporte plusieurs exemples. Il parle sur-tout de ceux qu'on voit dans la ci-dé van t province de la Marche (2).

Les environs d'Abbeville offrent une infinité de ces moi^ticules factices , sur lesquels M. Traullé a dQn9)é , dans un ouvirage périodique^ des détails curieux (5).

Enfin ^ M. Legr^nd d'Aussy^ dans un Mémoire sur les anciennes Sépultures, fournit de nouvelles preuves de la luultiplicité de ces monticules en france (4).

Des noms de tumulùs , cumulus ; que leur donnaient les Romains ^ les Français ont fait

dum conditi sunt. (Capitula ^electa c^nonum Hiberniae, lïb. 42, cap. 26. Spicileg. ; Acherii, 1. 1, p. 5340 (i) Glossaire, aux mots Mons GaudiL

(2) Dissertation sur VÈtat civil et ecclésiastique de Paris, tf I.

(3) Magasin encyclopédique, t. IV.

(4) Mémoires de V Institut national, t. II , partie des Sciences morales et politiques.

ANTÉRIEUIiS A l'ïDOLATRIE. :255

cçux dç tombes, tombels , tumbecfujc , comtes , combles , combellesy combeauçc , qui sç trouvant si fréquen^ment dans la i^omençla tare géographique dç l^ Frapcçé On Appelle aussi ces mouticules ftinéraires moite, buUe : poms qui ne sont pas moins ipultipUés; msiis une dénomîJâiation qui semble prouve)* que , dans ce pays , ces monumens n^éts^iept pas seulement destini^s a^ sépultures^ qu'ils appartenaient aussi au culte, c'est celle de lUforftjqie,, la même que Monfjqu , Jifpntjamul , qui expriment Mont de Dieu oi^ Mont dis^in* Montjou et Montjoie sont les noms de plusieurs montagnes et monticules na4;urels ou factices : ee dernier nom fat long-temps ]p cri de guerre des rois français. On y jpignit l<es noms de Dieu, de la Vierge et .des Saints, et notamment celui de saint Denis. Ducange cite plusieurs exemples pour prouver, contre l'opinion de quelques écrivains, que ce cri religieux et guerrier se rapporte à un monticule ; et ces exemples sont décisifs (i).

Dans le Supplément a ce Glossaire, il est prouvé que MQntjoie'^aint''Denis était le nom

(i) Glossaire de Ducange, aux mots Mons G audit. On y trouve, entr'autres citations, celle d'un vieux poème

a56 DES CULTES

d'un château bâti sur un monticule^ dans la forêt de Marly (i).

Sur la rive gauche de la Loire ^ dans le Saumuroîs^ on voit plusieurs tombelles , dont l'une, située près de la ville de Vihiers , porte le laom de la MoUe^<mX'-Fées. {Recherches his^ toriques sur la ville de Saumur^ par M. Bodin, tome i*^'^, chap. m).

Ces monticules factices étaient aussi élevés pour servir de bornes. L'auteur de l'Histoire du château d'Amboise , qui vivait à la fin du douzième siècle , dit que deux monticules qui siî trouvent dans la paroisse de Sublaine, à quatre lieues de la Loire, ont été élevés en conséquence d'un traité feiit entre Ghildéric, roi des Francs, et Alaric, roi des Goths, afin de déterminer les limites de leurs royaumes. L'auteur nomme ces monticules Globes (i).

manuscrit intitulé le Lusidaire, qui offre des détails sur la composition des Montjoies :

Tant i 6t pierres apportées , Oune montjoiejr fut fondée* "

On peut consulter encore la Dissertation XI* du même auteur sur l'Histoire de saint Louis, p. 208 et suiv.

(i) Supplément au Glossaire de Ducange, par dom Garpentier, au mot Mans Gaudiù

(2) Duos globos terrœ elevaverunt, quos utriusque

ANTERIEURS A L'IDOLATRIE. 25j

On trouve encore de ces mbnumens en Italie, en Sicile, en Espagne et dans le Portugal. U s'en érige encore en Arabie, comme je l'ai remarqué plus haut.

Il est remarquable de trouver l'usage de ces monticules sépulcraux à l'extrémité méridionale de rAfrique,

Sparmann en a vu chez les Cafres et en plusieurs endroits. C'étaitdes monceaux de pierres de trois à quatre , quatre pieds et demi de hauteur et de six, huit ou dix pieds de diamètre, tous placés en ligne droite et parallèle. U ajoute qu'il tient dès colons que ces alignemens de monceaux de pierres se prolongent fort avant dans le Nord, à travers des plaines incultes , où il s'en trouve un bien plus grand nombre (i).

John Barrow, voyageant chez les Hottentots, aperçut plusieurs de ces tombeaux formés de pierres ampncelées (2).

Si l'on est surpris de trouver ces monticules

regni fines constituerunt. ( Spicilegiuin Acherii , t. III , p. 269.)

(i) Vojnge au Cap dé Bonne^ Espérance ^ t. IH, p. 162 et suivt

(2) J^qjrage dans la partie méridionale de V Afrique, en 1797, 1798, 1. 1, p. 191.

à rexlrémlté méridionale de l'Afrique^ on doit rétre davantage d'apprendre qu'il en est en Amérique. Le docteur Jefferson parle de ceox qui existent dans la Virginie, et de la grande vénération que leur portent les naturels (i).

En considérant la composition, la foime et la destination la plus générale de ces monticules, on voit qu'ils ont de très-grands rapports avec les pyramides d'Egypte. Ils n'en diffèrent que par le perfectionnement que les Egyp^ tiens, plus précoces que les autres nations dans les arts, ont apporté à leurs constructions. Leur £Drme est la même, ou en approche beaucoup; leur destination a le même objet; car aujoâird'hui on ne doute plus que ces colosses étonnans n'aient été élevés pour satisfaire Torgueil et contenir les cadavres des anciens souverain» de l'Egypte. Ainsi , les pyran^ides ne sont que des monticules perfectionnés, des monticules entièrement revêtus de maçonnerie*

Ces pyramides d'Egypte n'ont pas été subitement imaginées pour être appliquées aux tombeaux; elles sont des copies perfectîoniiées d'anciens modèles ; car il est de l'essence de l'in^ dustrie humaine d'imiter, d'agrandir, de perfectionner ce qui a déjà existé, plut6t que de

(i) Notes on the state of Vii^me, p. 74 ^ 17'*^

ANTERIE^UBS A l'xDOLATRIE. 25q

créer. Les Egyptiens n'ont donc fait, dans la construction de leurs pyramides, <pi'imiler, ^andir et embellir des monumens déjà existant, consacrés aux sépultures.

Parmi les divers monumens dont je viens de parler, il en est plusieurs qui marquent les degrés intermédiaires que Fart a parcourus pour les faire parvenir du terme de Textrême barbarie au dernier degré de perfectionnement; pour les faire passer de l'état dans lequel ils ne présentaient que des roches ou des pierres entassées, que des terres amoncelées, à l'état dans lequel sont encore aujourd'hui les pyramides d'Egypte.

J'ai cité quelques exemples de ces monu'mens qui offraient des fojrmes très-régulières : ceux de la Troade sont de cei nombre. Outre cette régularité, qui annonce quelques progrès dimsles arts^ on a remarqué, en Tatarie , dans la Troade et en Grèce, que les monticules qui avaient été fouillés contenaient , dans leur centre, une construction pins ou moins régulière, en forme de caveau, où étaient déposées les cendres des morts, des urnes, des armes même, et des idoles de métal. La construction qu'on voit encore au centre du monticule du tombeau di/ijax , et qui s'élève de la base jusqu'au sommet, est considérable : elle offre des

divisions régulières, et annonce encore des progrès dans Fart de bâtir, et une disposition croissante à embellir , à porter à leur perfection ces monumens sépulcraux.

Le monticule qui sert de tombeau à Auge, fille d'Alaeus, qu'on voit encore à Pergame, indique de nouveaux propres : il est entouré d'un épaulement de grosse maçonnerie , et soutenu par un mur dontles pierres sont taillées à facede diamant. D faut ranger dans cette classe plusieurs autres monticules de la Tatarie et de l'Angleterre, qui, comme il a été dit, sont également entourés de grosses pierres, et même de constructions. Le monument d'Alyates, roi de Sardes j et père de Crésus, outre son énorme grandeur et le soubassement formé de grosses pierres qui en soutenaient le pourtour , 4tait décoré, à son sommet, de cinq figures de Termes, qui existaient encore du temps d'Hérodote (i).

Pocoke dit avoir vu en Egypte et en Syrie plusieurs monticules à demi-revêtus de constructions, ou à demi - détruits , qiii, dans cet état, laissaient voir le secret de leur formation, ainsi que le monticule naturel ou factice surle-

(i) Hfrodotëyliv. 1.

ANTERIEURS A L IDOLATRIE. HÔi

qiiel la maçonnerie était en partie appliquée (i).

A ces faits ^ qui indiquent la marche progressive de Fart, veut-on joindre l'autorité d'un savant qui s'est exercé sur ces monticules sépulcraux? Voici ce qu'il en pense : « Les pyra- » mides d'Egypte ne sont elles-mêmes que des » tombeaux de cette espèce , perfectionnés , )) dans lesquels on a pratiqué des galeries pour » introduire les cadavres des princeâ , et des » chambres pour les conserver (2). »

Je ferai observer que la perfection de ces monumens ne dépendait pas des progrès du temps^ mais de ceux de la civilisation et des arts j et , comme la civilisation et les arts n'arrivaient pas instantanément au même degré dans tous les pays , il er résultait que ces mêmes monumens étaient grossiers et sabs art chez certaines nations^ tandis qu'ailleurs ils recevaient les caractères d'une construction régulière et perfectionnée. Ainsi, dans le même siècle où les Egyptiens élevaient à grands frais leurs pyramides superbes, les habitans du nord de l'Europe , pour former un monument destiné au même objet, et dont la forme était appro-

(i) Vojage de Richard Pocoke, t. I, chap. 6. (2) J^oj âge dans la Troade^X. IT, p. iSg. ^

chanle^ se contentaient d'amonceler des terres ou d'entasser grossièrement des pierres ou dés rochers, comme le pratique encore TArabe et le saurage Hottentot*

Élevés , vénérés , depuis les siècles les plus reculés jusqu'à nos jours , chez presque tous l^s peuples de la terre ^ comme monumens sacrés de Mercure^ comme monumeiis politiques et sépulcraux ; grossiers et barbares ainsi que les peuples qui les érigeaient ; suivant chez d'au^très les progrès de leur civilisation , et se perfectionnant successivement jusqu'au point où sont les pyramides d'Egypte : tel fut le sort des monticules factices^ dont lesrestessont si nom-* breux , et présentent encore des monumens précieux de l'histoire du genre humain^

ANTÉRIEURS A L'iDDLATRIE. 205

^s^x^^xx^^,'M^x^^sv.^^x^^^,^!v^.^^sv<v^^,^s^x^^x^^x^^^^^svv^^

GHAPITBE XY.

Des moDUoiens comgoaSs de plusieurs pierres , dont leâ unes dressées en supportent d'autres posées horizontalement, nommées Fans de Misrcure , Gkomleghs, ÂNTAS , PiERRES-LsYÉES , DoLMiN , ctc. Origine des niches , des sacella; des pierres plantées sur un plan ' circulaire ou carré long ; origine des temples.

Je passe à des monumens moins simples^ et par conséquent nK>ins anciens, corapîosés de plusieurs pierres grossières disposées de la manière suivante : deux ou un plus grand nombre de grandes pierres plantées en terre supportent une ou plusieurs pierres longues , et quelquefois aplaties, posées sur les premières dans un sens horizontal.

Les plus simples de ces monumens ne sont composés que de trois pierres. Le savant rabbin Nathan, qui vivaitau quinzième siècle, en donne la description , et les nomme Fanum Mercolis, le Fan ou le monument sacre de Mercure. « Les

» pierres du Fan de^ Mercure étaient , dit-il , » ainsi disposées : une pierre placée d'un cdté , » une seconde de l'autre , supportaient une troi- » sième posée sur les deux premières (i). » Un autre rabbin, ^cité par Drusiui^, décrit de la même manière ce monument : ce sont aussi trois pierres dont deux en supportaient une; et il nomme cet arrangement de pierres Mercure (2).

Ces monumens se trouvent en grand nombre dans plusieurs parties de l'Europe ; mais ceux qui sont composés de trois, quatre et d'un plus grand nombre de pierres, qui en supportentune ou plusieurs, ne le sont pas moins.

Kejsler, Borlase^ Stukelej^ Camden et plusieurs autres écrivains ont donné la description et la gravure de ces espèces de monumens qu'on voit dans le nord de l'Europe et dans les différentes parties des îles Britanniques* Ils abondent sur^tout dans les Iles Hébrides. JVil- Uam Coxe en a observé dans les Iles Danoises.

(i ) Lapides Fani Merkolis sic dispositi erant, ut unus hinc , alter illinc , tertius super utrumque collocaretur. (Selden, de Dis Syris, etc. Syntagm. 2, cap. i5, de Mercurii accFVO. )

(2) Selden, idem., idem.

ÀNTÉRtEURS A l'iÛOLATRIE. 205

Un d^eux représente un roc informe, posé horizontalement sur quatre pierres. Pocoke en a vu en Saxe, près de Butehude, dont la pierre, posée horizontalement, avait huit pieds de long: elle était supportée par trois autres pierres qui s'élevaient de trois pieds au dessus de terre ; on nommait ce monument JVillemswein (i).

En Angleterre , ils portent généralement le nom de Cromlech. En Portugal , où il s'en trouve plusieurs, ils sont nommés Antas, En France, on les appelle ordinairement Pierre-levée , et dans nos provinces méridionales, Pierre-levade. Quelques-uns reçoivent les noms merveilleux de Pierre^de-fée , ou Plèrres-des-fades. Les Bas-Bretons les appellent Dolmiriy Lichaven ou Leck-a-ven. Ce nom a des rapports avec le Cromlech des Anglais. 11 paraît que la syllahe lech ou leck est le nom générique de ces monumens. Camden y qui en a décrit plusieurs, en nomme un, composé d'une longue pierre sup-

(i) Voyage de Pocoke, t. VI, p. 463. Je pense que le nom de TVillemswein qu'on trouve dans Touvrage de Pocoke offre une faute de copiste ou d'impression , et qu'il faut lire fVillemstein , qui signifierait pierre de Guillaume : c'est l'usage , dans le Nord , de donner à ces monumens le nom des hommes auxquels ils sont consacrés.

, 3l66 DES CULTES

portée par quatre piliers, Lhecb^y''gQwrefi ; et BuUet , dans son Dictionnaire celtique ^ nous , apprend qu'en Bretagne et dans le Haut -Léon le nom de Lech est donné à de grandes pierreii^ plates un peu élevées de terre.

Dans le comté de Kent , en Angleterre , est le Cromlech de Gatergène , fils de WSorlimer, roi des Bretons : Stow en a d^nné la description. C'est une grande pierre plate , posée sur trois autres qui sont debout et élevées à une telle hauteur, que les hommes peuvent facilement se placer dessous pour être à l'abri des orages. Entr'autres monumens de cette espèce qu'il décrit, Borlase, dans ses Antiquités, de Cornouail* les, nous en offre qui ont des variétés particulières : l'un présonte une pierre ou un rocher élevé horizontalement sur quatre pierres ; 'un autre est composé de deux piles formées, chacune, de plusieurs assises de rochers informes. Sur ces deux piles e^t élevée une roche dont la forme est un peu aplatie : on la nomme Han-- I ging^Stoney ou le rocher suspendu.

Il existe plusieurs de ces monuiçens en France, et sur -r tout dans les ci-nlevant provinces de Bretagne , du Poitou et du Qoercy. Le plus renommé est celui qu'on appelle , aux environs de Poitiers, la Pierre-levée. Rabelais

ANTERIEimS À L'H>OLATKïE. t6f

Ta renéki -célèbre ; etdayius Fa mieux fait con* nakre par la descripticMi et la gravure qu'il en daune (i)« On en voit un autre sur le ehemin de Poitiers à Mirds^eau ; un troisième à Geay , sur la route de Saintes à Rochefort. A Moulins ^ département de l'Allier, trois pierres en supportent une quatrième ; à Saint^Plantaire , même département^ cinq pierres, en forme de piliers rustiques, supportent une sixième, qui a la forme d'un carré long de douze pieds dans sa [das grande largeur : on la nomme Pierre à la Marthe.

Dans le ci-devant Rouergue , dans la plaine de Sainte-*Radegonde , et au nord-ouest du vil*lage, on voit entre plusieurs monumens cel-tiques unepierre4evée, nommée Z^oZ/m/i^ composée de trois pierres ; deux posées de champ sont taillées en pieds droits , et suj^ortent une large pîeire brute qui sert de couverture à ce petit édifice. On en voit une pareille^ mais mieux ccmservée , dans le même pays , près du village de Pejrrignagols f à deux lieues et à l'ouest de Rhodez* Deux pierres latérales, de neuf pieds cinq pouces de longueur et d'épaisseur inégale, supportent une pierre plus étendue qui sert de couverture • et forment entre elles une

(i) Antiquités, i, IV,p. 171, 172, pi. m.

espèce de case ou sacellum ^ dont Fouverlure , qui regarde le couchant , est remplie par une pierre de trois pieds en tout sens. L'ouverture, qui est à l'orient, reste ouverte. (Description du département de FApejron^ par M. Monteil,

On' voit de ces monumens dans presque toutes les provinces de la France , comme le prouve le savant ouvrage de M. Cambry j mais un de ceux dont il n'a point parlé, et qui est certainement le plus colossal des monumens de cette espèce qui soient en France , est celui qui se trouve dans le ci-devant Quercy, sur les bords du Lot, et près du lieu de Livernon. La pierre horizontale qui est supportée par deux autres a trente-cinq pieds de long , vingt de large et trois d'épaisseur (i). Elle n'est surpassée que par celle d'un monument de la même espèce décrit par Keysler, et situé à Alberdorfs : la pierre horizontale , supportée par cinq ou six autres, a trente-six pieds de'longxiear (2). Quelle force a pu, sans le secours de la mécanique, mouvoir, élever de telles masses? Il est probable que, pour faire parvenir un rocher de

(i) Description des principaux lieux de France, t. III, p. i3, La note.

(2) Antiquitates sélect œ septentrionales.

ANTÉRIEURS A L'iDOLATRIE. 269

ce poids à la hauteur où il devait être placée les hommes avaient recours au plan incUné, qu'ils formaient avec des troncs d'arbres ou du terrain accumulé jusqu'à la cime dés piles^ etqu'ils déblayaient ensuite. C'est aussi par ce moyen simple et facile que , suivant Diodore de Sicile ; furent élevées et placées les pierres énormes employées à la construction des pyramides d'Egypte (i).

La Bretagne contient sur-tout plusieurs de ces pierres-levées, dont la Saùvagère, Gaylus et M. Cambry ont donné la description et la gravure (2). *

L'Espagne, et le Portugal, sur-tout, en présentent un grand nombre. Dans ce dernier, pays , les plus renommées et les plus considé-' râbles se voyent au midi du Tage. A Pomerès, village près de Saradossa ; à. Freixo , près de. Vimiero , et sur la grande route de Lisbonne , entre. Riols et Montemaure ^ ces monumensy sont connus sous la dénomination à^Antas. Les pierres supportées sont très-grosses et très-éle^ véesj et l'ensemble rappelle la figure d'uv portique , d'où l'on croit que ce nom leur est venu.

(i) Diodore de Sicile, liv. i, sect. 63. (2) Gaylus, Antiquités, t. VI, pL 120.

ajo DKS CULTES

Une addition faite à Farrangement de ces pierres leur donna un caractère nouveau. Le y ide que jwmaîent la pierre élevée elles pierres qui la supportaient fut rempli par une large pierre* Tel est le monuinent sHué en Quercy^ près du village de Peyrignagols ^ dont j^e viens de parier.: tel est^ dans le comté de Kent^ en Angleterre y le monument de Catei^ne, fils de Wortimer, roi des Bretons; La pierre^ qui f^mt l'ouverture de cette espèce de p(»rte rustique y et eelle qui est supportée par les autres ^ scmt si larges que , suivant Stow, qui en donne la description^ dix hommes peuvent se tenir de chaque c&té de la pierre du mtilieu dana un temfps d'orage ou de temptéte y et s'y mettre à Fabri du vent et de la pluie (ï).

Sur une montagne voisme de la petite ville de Langeacy est un^monument grossier disposé de la même manière. Les bel^gi^s vont s'y mettre à Fabri du mauvais temps : il est nommé dans le pays^ la TktHe des Fades ou des

Fées.

A douze lieues de Paris ^ dans le bois de la GarermeHie'^Trie ^ <l^artement de FOîse, est un monument pareil. Trois ou quatre grosses

(i) Strutt, Tdikaa des MosHis et TTsages des anciens Bretons^ Anglo-Saûcoa^^Hanois, etc., p. t5t. ^ ^

ANTERIEURS A l'IBOLATRIE. 27 1

pierres en supportent nne beaucoup plus volumineuse posée sur les premières faorizontalementy et sous laquelle vingt personnes peuvent se tenir debout* Le fond de cette espèce de niehe est fermé par une large pierre ^ et tine particularité de ce monument consiste en ce que cette large pierre est percée à jOûr, etque les babitafiBrfontj^asder par ce trou les enfans faibles- et languissans. Cette pratique supevstilieuée est nn reste des idées religieuses que le peuple attachait anciennement à ces espèces de nîo&ûih^us (i).

Borlase parle de semblables piel-res percées qui estent encore dans le coihté de Çornouailles : ejles ont la même forme j et le trou est employé à la ménie pratique supei*stitîeuse. J^ai dit que les moimtnens de cette forme étaient aneiennemcnt nommés Fanant Mer-colis ; je dois ajouter cjne ce moi fdnuin ne signifiait pas seulement un temple y mais qu^il expi^imait encore un monument consacré à là divinité 9 quelles que fussent sa forme et sa gmndeur ^ et quelquefois la divinité même : taf il esl certain que les pierres érigées dans les bois, sur les montagnes, et appelées Fana,

(i) Bulletin de la Société philomatique , diennidor an 7 ; Méml de M. Cftarles Cojùebert.

ont constitué et donné leur nom à la divinité

Faune.

Le concile de Leptines de Tan 743, en énumérant les pratiques superstitieuses ^ les restes du paganisme auxquels se livraient encore les chrétiens, nous donne la juste valeur du mot fanum. On y lit ce titre : De Casulis id est fanis (i)j des casuleSy c'est-à-dire des fans> Ainsi casula^ qui signifie petite case^ niche ^ était alors synonyme de ^wmt» ,• et ce : mot casuta convient parfaitement à l'espèce de monument dont je viens de parler : il serait difficile de l'appliquer plus justement. Ainsi les monumens appelés en France pierre ^ levée ^ seraient les mêmes que ceux appelés autrer foi» Fànum-Mercurii. La dénomination de Mercure et celle de Fées, donnée à ces monumens , prouve qu'ils ont été un objet de culte y ou au moins de superstition. Le tombeau de Catergène en Angleterre ^ qui a la même forme, est un exemple de l'emploi de ces monumens aux sépultures. Ainsi l'on voit qu'à cet égard ils sont en rapport avec les monumens dont j'ai parlé dans les chapitres précédens.

Plusieurs de ces monumens placés dans des

(i) Capùular. regum Franc r^ t. I, p. i5o.

ANTÉRIEURS A L'iDOLATRIE. 273

provinces éloignées entre elles portent un nom commun, qui paraît appartenir à la jJlus haute antiquité. Ce nom est Martre, Martin ou Mar- Une. Le monument situé à Saint-Plantaire, département 'd'Indre, est appelé Pierre à Ù Marthe,' de pareils monumens, découverts par M. BaraiUon, au Mont-Barlot, dans la cidevant Combràilles, dont il sera parlé dans la suite, portent le nom de Jo-Martkre.On m'apprend que le monument de Lii>ernon en Quercy qui est aussi une pierre-levée, e$t appelé dans ie langage du pays, lo pe^ro Marùno , la Pierre Martine. M. Dreux Duradier, dans son Histoire Littéraire du Poitou, parle d'un lieu mentionné dans une ancienne charte, et qu'il croit être un autel rustique, une pierre brute érigée; «t ce lieu se homme Crac-Martin. '

Dans le canton de Saint-Amour, département du Jura, on voit des monticules qui servent de bornes sur le chemin de Saint-Àmour a Orgelet, dans un lieu appelé à la Marre

A mesure qu'on les érigeait, ces monumens ^uivaient les arts dans leurs progrès. On leur donna de nouvelles extensions, des formes

pins grandes,des dispositions plusappropriées «u degré de la civilisation. On réunit, sur lé

même alignement, un grand nombre de pierres-

levées, contiguës entre elles, et dont l'ensemble

!Xj4 i>^^ CULTES

présentait une espèce de galerie ou de salle longue ef couverte. Tel est le monument qu'on voit près de Saumur, sur le chemin qui con- , duit à Montreuil-Bellay , et qu'on nomme la pierre-cou^ferte : il a cinquante pieds de longueur sur seize de largeur^ et s'élève de sept pieds au dessus du sol. Tel est encore un autre monument semblable, mais plus petite situé sur une ancienne route de Saumur à Doué , et sur une élévation qui la domifie (i).

A une demi-lieue de la ville de Beaugé, département de Maine-et-Loire ^ dans la paroisse de Pondgné^ et dans un champ voisin d'un bois taillis^ est un monument semblable^ appelé Pierre-Couverte i^ n'a que quatre pieds six pouces d'élévation dans son intérieur; sa longueur dans œuvre est de quatorze pieds , et sa largeur de huit; il est de plus précédé par une espèce de vestibule de sept pieds de long dans œuvre sur cinq et demi de largeur; l'entrée est tournée du côté de l'cwpient.

A trois lieues, et au nord-ouest de Tours, sur \^ rive droite de la petite rivière dite la

(i) Antiquités de Cajrlus,t, VI, pi. 117.

(2) Sur la rive gauche de la Loire et dans le pays dit Saumurois se trouvent treize pierres-levées ou doïmin. {Recherches historiques sur la ville de Namvr, par M.Bodinît. I| chap. a.)

ANTÉRIEURS A L'iDOLATRïfe. 27 5

fjhoisille ^ commune de Sainte j4ntoine-r du ^ Rocher , on volt dans un lieu qu'aucun rocher n'avoisine, un semblable monument appelé la Grotte aux Fées ou le Château aux Fées. Elle est composée de douze pierres brutes et plates; trois pierres, posées horizontalement, forment la couverture : c^Ue du milieu est plus élevée que les deux autres; Tintérieur est divisé, par une grosse pierre, en deux parties, dont l'une forme une espèce de vestibule.

La longileur de toutlempnument,hors d'œu- Vre, est d'environ trente-deux pieds; et sa hauteur, dans œuvre, est de six pieds; sa largeur intérieure est de neuf pieds*

La direction de la longueur de ce mOnuiHént va du levant au couchant; l'entrée est au levant. *

.En Bretagne, à sept lieues, et au Sud-Est de ïlennes, sur les frontières des p^oîsses d'Fssé^ du Teiletde Màrciller-^Robert , est, sur une petite éminence, une pareille galeriç couverte qu^on nomme la Roche aitx Fées y et, littéralement en langue bretone, la Maison des Petits-NainSy parce que, suivant l'opinion populaire, ce lieu est visité par des êtres de cette espèce. Ce monument, dont le plan est un parallélogrs^me rectaiigle, est divisé en deux parties^ dotot l'une forme le vestibule et a cin-

jtyS 1>£S CULTES

quante-cinq pieds de long tsur seize de large. Les quarante pierres qui le composent sont brutes^ à l'exception des trois pierres qui formedt l'entrée plus large que haute^ lesquelles sont taillées et écarries : ce qui décèle la main de l'art (i). Je dois ces renseignemens à un dessin fort' détaillé.

jCes monumens sont une dérivation de ceux qu'on nomme en France pierre^les^ée y comme eux^ ils furent consacrés au culte ^ et paraissent avoir servi à abriter, contre l'intempérie des saisons , les prêtres qui j célébraient leurs cérémonies religieuses : en ce cas , ils seraient le prototype des temples.

D'autres monumens rustiques confirment mes conjectures y ^t présentent moins de difficultés; leur destination me semble si évidente, que je m'étonne qu'elle ait échappé à la sagacité des savans qui les 6nt décrits.

Je veux parler de monumens composés d'un ou de plusieurs rangs de pierres longues^ plantées sur un plan circulaire, elliptique ou carré,

(2) Gaylus a décrit ce pionument dans ses Antiquités,

t. VI, p. 388 et pi. 123. Mais M. eu a donné

un dessin et une description plus détaillée dans un Mémoire manuscrit envoyé à l'Académie celtique , le 2g avril 1806.

ANTERIEURS A L'iDOLATRIE. 277

supportant ou ne supportant point de longues pierres superposées horizontalement^ el formant une enceinte au centre de laquelle sont ordinairement une pierre isolée, et quelquesfois plusieurs pierres disposées en. forme de pierre-'levée.

Ces monumens> abondans dans le nord de l'Europe y n'appartiennent pas uniquement à cette pai^tie de la terre ; on en voyait dans des pays où les lumières et la civilisation ont devancé d'un grand nombre ^è siècles celle des autres peuples, qui paraissaient remonter. à UQC époque où les arts étàieat peu connus, et €}w s'y étaient coiiservés depuis.

H.e^dstait un de ces' monumens eii Grèce, etf Achaïe, et près de te ville dç Phares. C'est Ik que Pausanias vit un cercle composé d'une trentaine de pierres brutes, au milieu duquel s'élevait un Hermès ou Mercure ; car, ainsi que je l'ai souvent remarqué, c'est toujours a ce Dieu que se rapportent les pierres monumentales, quelles que soient leurs figures et leurs dispositions. Pausanias ajoute que toutes ces pierres environnantes étaient honorées par les habitans comme autant de divinités.

On remarque ici le passage de la barbarie et de la grossièreté du culte aux premiers progrès des arts et de l'idolâtrie. U Hermès placé au

a'jQ DES CULTES

centre de cette enceinte de pierres brutes ^ représentait une pierre dressée ^ surmontée d'une tête humaine. C'est ainsi qu'était^ du temps de PausaniaSy et sont encore aujourd'hui figurés les Hermès. Cette figure devait appartenir à une civihsation avancée^ tandis que les pierres grossières qui l'entouraient tenaient à l'état primitif du culte.

Ailleurs , il en était tout autrement : la pierre qui occupait le centre du cercle conservait la ^orme grossière ; et un respect stiperstîtieux en avait écarté le ciseau , tandis que les piliers qui Fentouraient, semblaient, par la richesse de leurs formes et de leur matière , faire valoir et rendre plus auguste l'objet grossier de la vénération du peuple. Telle était la pierre appelée Za^, que l'on voyait dans la ville de Soumenat, aux Indes. Elle s'élevait à la hauteur de cent verges, au milieu de cinquante -six piliers d*or massif. Mahomet, fils de 3ebéclegin, après avoir conquis celte partie de l'Inde, brisa cette pierre de ses propres mains, et substitua le mahométisme au culte qu'on lui rendait (i).

La Suède, le Danemarck , la Norwège, etc., conservent encore un grand nombre de ces nionumens grossiers et rieligieux. Pendant le

(i) Dictionnaire de la Fabh, par Noë^ au mot £a/^

ANTERIEURS A L'XDOIATRIE. 379

cours de ses voyages dans cette partie de l*Eu-^ rope^ William Coxe en a observé et décrit plusieurs. Il vit dans une plaine, près de Runeby, province de Blekinge, plusieurs rangs de pierres placées debout , formant divers cercles, ce Je » comptai y dit*il , au moins dix de ces cercles. » Parmi ceux qui étaient les mieux formés , n j'en observai un de huit pierres ^^ dont le dia« » mètre était de cinq pas. Un autre , composé » de dix pierres , avait sept pas de diamètre^ Le » plus grand nombre de pierres avait entré » deux et quatre pieda de hauteur; la plus éle« » vée de toutes ne passait pas dix pieds* U y a a aussi ^ près de Skillinge, à une poste de » Carlscrona , plusieurs monumens du même » genre, sur un rocher élevé , disposés en plu^ » sieurs ovales et cercles. La plus grande partie )} est de pierres brutes; et un petit nombre est » de pierres taillées , larges et plates ; d'autres » ressemblent à des espèces de piliers rendus » pointus par le bout d'une manière très-gros- » sière. Au sommet du roc, plusieurs rangs » concentriques renferment un espace d'envî- » ron dix pieds de diamètre , au centre duquel » sont deux pierres plates de trois pieds de » haut , placées sur les côtés; et entre ces deux » pierres on voit un vieux tronc d'arbre a » demi détruit. Il me parut que c'était un

j» chêne....* La pins grande de çed pierres avait }} environ douze pieds de haut. Au midi du » même village , il y a de pareils restes d'anli- A^.quités^ dont le pliis élevé a dix-huit pieds; »' et nous observâmes presque par- tout ^ en » Suède y de pareils moniiimeiis(i)..>^

. Le m^émé voyageur dit que , dans les îleâ danoises ^ dan& Ife Sleswick et le Holstein , ces cercles ne sont pas moins nombreux qu'en Suède : il cite , à ce propos , la description suivante que ddnne de l'un d'eux le colonel ¥loyd.

« A trois ou quatre milles de Corsœr , à Texn trémité d'un bois...... j'observai un des plus

» parfaits de ces monumens. C'était uiie n:^on- » ticule de terre , au somni^et de laquelle étaient ')) placés, à de petites distances , de grands ro- » chers coniques de granit, qui enfermaient M un espace ovale fort étendu. Dans le centre ^ » et sur le point le pliis élevé, une masse » énorme et informe de granit était posée ho- A rizôntalement sur quatre autres pierres prèsn que enterrées.^ Au sommet <i une autre mon- » ticule voisine, était une aulre grosse pierre » placée de la même manière sur quatre au-

( I ) Vcff'age en Pologne, Russie^ Suède, Danemarck, par Williams Coxe^ t. IV, chap. 5.

ANTÉRIEURS A l'IDOLATRIE. !i8l

» très; j'y remarquai quelques restes de fos- » ses (i). »

On voit d«ns ces descriptions y et notamment dans celle du colonel Flojd, plusieurs espèces de monumens combinés et réunis. Hang$ cti^ culaires^ monticule et pierre levée ^ assemblés, forment un seul et niéme monument^ dont 1'^ rection/à cause de cette coifnbinaison d'espèces^ me parait appartenir à une époque assez Vé-- • ceinte, Relativement aux autres monumens qui offrent plus de simplicité.

Dans son Histoire du Danemarck , M. Mallet indique plusieurs rangs circulaires , dont Vun , formé de douze pierres posées perpendiculairement , avait au centre une pierre plus élevée que les autres^ où les anciens rois du pays se faisaient inaugurer (2). Olcms fVormius, savant danois ^ avait ^ avant Mallet ^ donné de grands détails sur ces monumens antiques ; et tous ceul dont il parle n^ont pas la forme circulaire où diliptique : plusieurs présentent^ dans leur plan, un carré long. U en est ainsi de quelques-uns de ceux d<mt Kejrsler et Barlase ont publié la desaription%t la figure.

(i) Williams Coxe^ Voyage en Pologne, Russie, etc., t. rV, chap. 5.

(2} Voyez ci-dessus, chapitre iS^p. 223.

En. Laponie , près du lac de Tornolrescb ^ on voit un pareil assemblage de pierres plantées^ au centre desquelles est une grande pierre que les habitans adorent encore sous le nom de Sejta. Les pierres qui forment Tenceintc passent pour la femme et les enfans de cette divinité. On trouve aussi chez la même nation un dieu appelé âStor/wwAr^rc, dont le simulacre est*quelquefois une pierre brute isolée ; mais souvent cette pierre divine estplacée au centre de plusieurs autres , qui forment cercle autour d'elle, et qui, de même, sont regardées comme membres de la famille de ce dieu»

L'Allemagne ofire quelques monumens de cette espèce , que Keysler a décrits. Pennant ^ dans son tour d'Ecosse, a donné le dessin d'un de ces rangs circulaires, qui SC' rapproche beaucoup de ceux que l'on voit dans le nord de l'Europe. Borlase en a fait graver plusieurs que l'on voit • dans le comté de Cornouailles. Stukeley a donné la description de ceux de la Tête de Serpent ^ d'OvertonrTemple et à^Jlu^ berjr. Mais, de tous les monumens de cette espèce que ce savant a décrits, et ddht il a cherché a deviner la destination , le plus célèbre, et celui qui mérite mieux de l'être, est, sans contredit ; le Stone^Henge. Je m'y arrêterai , uon

A>'T£RI£U&S A l'XDOLÂTRIE* ^5

pas à cause de sa renommée et de sa forme colossale , mais parce qu'il marque les premiers pas que les arts ont faits pour s'élancer de l'état de barbarie vers un état de perfection (i).

Le Stone-^Henge est situé en ' Angleterre , province de Wiltshire,à une distance d'environ six milles de Salisbury, dans un pays montueux el aride. « C'est dans ce' désert que s'élève ce M monument prodigieux , qu'on a peine à rè- » garder, dit William Coxe , comme l'ouvrage » des bommes, et qui a donné lieu a beaucoup » de conjectures. » Cet étonnant édifice est composé de quatre rangs circulaires et concentriques de piliers bruts accouplés. Ces piliers, larges de six pieds, et hauts de vingt à vingthuit, supportent de longues pierres posées horizontalement, et fijcéessùi* leur cime 'par des mortaises , comme le remarque Keyslér.

(i) Stone Henge signifie pierre suspendue. JVistacc pu Eustachç , dans son livre des^ Breton^, compose vers le milieu du 12* siècle, et cité p^ Barbazan dans son Discours sur les révolutions de la langue française ( Ppé" fies du roi de Navarre yX. I, p. .i5o) , parle ainsi du nom qifc portaient en Angleterre et en France ces espèces de; ^^ojiumens :

Ston heng ont nom en anglais , £c pierres pendue t en français.

Quelques savans ont pensé que c'était là uh ouvrage des Romains. D^aulres, avec plus de raison, l'ont regardé comme tin monument druidique. C'est l'opinion du docteur Stuke^ lejr (i). Ce Savant, ainsi que Borlase y y voit un lieu consacré au culte ^ un temple des drui-des.Strutty quia^ dit-il, fait dejs recherches nombreuses et des réflexions profondes sur ce monument, j voit un lieu d'assemblée publique , où se vidaient les affaires générales et particulières. Ces deux opinions peuvent être également fondées. Les lieux consacrés au culte Fêtaient en même temps aux assemblées politiques. Les temples ont été des tribunaux. Ce double emploi des temples a été très-fréquent

(i) Jrtigo JohnjBXcbitecte anglak^ composa^'pâr ordre du roi Jac({ues I^^un Traité sur ce monument, qa'il re— garde comme un ouvrage des Romains. Le docteur CarLtorty mécontent de cétl^ opinion , publia , bientôt après , un ouvrage intitcdé Chorea GigarUum , et prouva que bet édifice était de la même fabrique que ceux de cette espèce quW voit en Danemai'ck.

Lé temps , qui dévore tout, n*a pas épargné le StonC'^ Benge : plusieurs pierres en étaient renversées ; mais ces dégradations ne nuisaient point à l'effet qu'il produisait, lorsque , le 3 janvier 1 797 , une partie de ce qui restait s'écroula. C'est ce monument qui fait l'objet principal de jla dernière décoration de l'opéra èiOssian,

ANTÉRIEURS A l'iDOLATRIE. qB5l

dans raQÛquité ; il Test encore aujourd'hui , à certains égards.

^ J'ai ayancé q[ue ces inonumens étaient les prototypes des temples : je vais canvertir cetbe as£iertiû|i en preuve.

. Je demande d'abord quelle différence existe entre ces sanctuaires rustiques ^ ces premiers essais de Fart^ et les temples de$ Assyriens^ des Perses y de^ Phéniciens et d'autres peuples <)rientaujK. Leurs temples ne consistaient qm'çn <un enclos découvert , ou portion de teiTain ré- :servée et séparée d,e ce qui l'environnait (i). Quelle différence trouve-t-pn entre ces enceintes circulaires^ formées de piliers grossiers et dépourvues de toit, et ces temples grecs appelés Hjrpethres^ élevés sujr un plfin circulaire, &rm.és simplement d'un ou de plusieurs rangs de colonnes, et dépourvus de toit? La seule perfection du travail Êiit la différence. Les colonnes de ces temples grecs étaient couronnées, d'un entablement; mais on voit également, dans le monument de Stone^Henge , et dans Içs pierres longues posées horizontalement sur la cime des pilier-s , une sorte d'entablement. Il est donc évident que le Stone'-Henge offre ,

( I ) Douzième Mémoire sur les Phéniciens, par Tabbé Mignot; Mém^ de VAead. des Inscrip., t. X^^TIII; Mém^, p. 35.

^86 DÈS CtJLTÈS

dans Son ordonnance y lés premiers pifo^â de^ Tart architectural.

Or, voici comment je conçois la marche que cet art a suivie pour franchir l'espace immense qui se trouve entre les constructions les plus barbares et les constructions les plus perfectionnées*

Lorsque les cérémonies du culte furent de-* renues moins simples > eutent reçu plus d'extension ; lorsque la cime des montagnes ou le centre des forêts parut insuffisant aux prêtres , ceux-<ii^ imaginèrent une construction convenable aux nouveaux besoins. Ces constructions sans art ojBraient moins un abri contre l'intem-' périe de l'air, qu'un moyen de rendre plus au-^ guste le sanctuaire, en le séparant, d'une manière plus marquée , de la foule des ado-^ rateurs-

B'abord, une pierre longue ou carrée fut adorée isolément. On crut qu'elle communiquait au terrain environnant une partie de sa divinité. Pour préserver ce terrain sacré dès profanations, on l'entoura d'une enceinte formée

d'un rang de pierres plantées ; on ^oubla , on quadrupla ces rangs. Ces pierres environnante^ participèrent aussi à la divinité, comme le prouvent le monument de Phares, en Âchaïe ^ et ceux de la Laponie. iPour les honorer da van-

AKTEAIEVRS A L'IDOLATRIË. StSj

tâgê| OU pour renchérir sur les monumens déjà existans^ on ajouta sur la cime de ces pierres plantées^ des pierres horizontales qui , les unissant entre elles , formaient un tout de plusieurs parties isolées : tel était le Stone^Henge.

Ailleurs, les progrès de Tàrchitecture semblent s'être ouvert une route différente pour arriver à un but semblable. En France , les monumens de celte espèce qui nous restent , n'offrent point une rotonde , un plan circulaire, mais un plan carré-4ong. Il en est de cette dernière forme en Allemagne, en Suède et en Angleterre. Olaûs Pf^ormius, Kej'sler^ Borkise , en ont rapporté plusieurs exemples. Mais les pierres élevées formant l'enceinte quadi'angulaire ne sont point unies par des pierres horizontales élevées sur leur cime en forme de toit, . comme on le voit dans les monumens appelés galeries cous^rtes , dont il a été parlé; c'est un raffinement de l'art, un degré de perfection dont je ne connais des exemples qu'en France, et qui semble n'appartenir qu'aux Gaulois.

Ces monumens couverts ont à une des extrémités un f ide qui forme l'entrée* Celui qu'on appelle la Roche-'aux^Fées ^ et qui se voit dans le ci-devant évéché de Rennes , a des divisions intérieures : l'une représente une espèce de ves»-

^88 Ï>BS ctJLxqi

tibulci et Faullre division le sanctuaire (i). Aîn3i ces monumens nous offreni ^ d'une msu^ nière grossière y les formes des temples earrés longs f et paraissent en avoir été les modèles.

On trouverait facilement d'autres exemples de monumens de cette forme , qui se rapprochaient davantage de la perfection des temples modernes : de même que dans l'espèce de temples en rotonde , on trouve des exemplçs qui semblent tenir le milieu entre le Stone^Henge et le^ temples circulaires des Grecs. Tel est l'édifice ^tique de Lantefj près de Fontrieux en Bretagne^ qui sert aujourdhui de vestibule à l'église paroissiale de ce village. Son plan circulaire présente une double enceinte de murailles concentriques : la première enceinte est percée de seize arcades de sept pieds de hauteur; au milieu de son élévation y est un cordou uni qui fait saillie dans le pourtour extérieur ; ce cordon est surmonté d'une espèce de corniche , placée à la hauteur de vingt-cinq, pieds au dessus de terre*

La seconde enceinte;^ également élevée , est percée de douze arcades. Ces deux enceintes laissent entre elles un corridor d'environ six pieds de largeur.

(i) Antiquités de Cajlus, t. VI, p. 388, et pi. i23.

Cet édifice est à ciel ouvert , et n'a jamais été couvert ni voûté. Au centre est un if dont la hauteur et la grosseur sont extraordinaires. « Cette ancienne bâtisse^ dit le savant Caylus , )} paraît avoir été, dans son origine, un des » anciens temples gaulois : si l'on n'admet » point cette conjecture, je ne puis dire à quel » usage il était destiné (i). »

J'admets, cette conjecture; car il est impossible d'attribuer raisonnablement à cet édifice une antre destination. J'y vois plusieurs rapports avec le Stone-Henge. L'un et l'aatre monumens sont circulaires, sont à ciel ouvert , et ont plus d'une enceinte; l'un et l'autre ont des ouvertures mtiltipliées à leur pourtour. Le Stone^Henge a celles que laisse l'intervalle de ses piliers; et le monument de Lantef a les ouvertures que laissent ses seize arcades. Toute la diflFérence qui existe entre ces deux constructions, c'est que la première est formée de piliers bruts, tandis que l'autre offre des murailles en pierre de taille, avec quelques ornemens. Cet édifice maçonné, les ornemens qui Tac-^ compagnent, le plain-cintre des arcades dont il est percé, me font conjecturer qu'iL appartient à l'époque où les arts s'introduisirent dans

(i) Antiquités de Cajrlus, t. VI, p. Sgo, et pi. ii^. I. 19

ai^O DES CULTES

les Gâul^^ et qu'il fut bâti vers le deujnèmeoa troisième siècle de notre ère vulgaire. On sait <{ue les efforts des Romains ne|)arvinrent pas à détruire entièrement le culte des druides^ puisqu'il subsiista même long-temps aptes établissement du christianisme dans les <]rkules.

D'après les preuves que je viens de réunir , quel homme instruit pourra douter que ces monuments celtiques^ danois où saxons ^ composés de.rochers informes, de pierres grossières élevées sur un plan circulaire ou catré ïong, îie soient consacrés à là religion , ne soient ie prototype de ces temples admirables dans leur proportion , dans la distribution ût leurs ôrnémens , auxquels la plupart des villes derOriéiit, de la Grèce et de Rome^ devaient autrefois leur principal lustre ? Les temples, comme la plupart des objets du culti^, eurent certainement dans leur origine des formes simples el grossières. Les premiers essais dans ce genre de construction ne furent point des èhefs-d'œuvre : ils devaient correspondre aux mœurs sauvages el barbares des peuples; ils devaient être grossiers coDnme les monumens dont je viens de parler. Or, je le demande , peut-on imaginer aux temples orientaux , grecs et romains, une origine plus vraisemblable , des commencemens qui leur conviennent mieux que ces

ékunehes grossières que tK>ut ont laissées lès Danois, les Saxons, les Celtes, eic« Il est àï§àrcile de trouver ailleurs une dérivation mieux établies, des rapports plus parfaits.

Les anciens habitans de la Grèee^ les Félafrgb%i lorsqu'ils reçurent la loi des colonies orien*^ taies, n'étaient pas plus avazioés dans la carrière des arts , que ne l'étaient^ au deuxième siècle de notre ère va^gaire, les peuples du nord de l'Europe j et plusieurs monumens d^ leur antique barbarie existaient encore en Grèce , même du temps de Pâusanias. Ces habitais fiïrent forcés de se mettre au niveau de la civilisation de leuré vainqueurs. Ce changement politique ayant rompu les liens qui les attachaient à leur eulte grossier, k leurs vieilles habitudes, ils s'avancèrent dans la route nouvelle qui leur était ouverte, la parcoururent avec rapidité; et, toujourtTperfectionnant ce qu'ils avaient d'abord imité, ils atteignirent les dernières limites du vrai beau.

Le nord de l'Europe n'éprouva point cette heureuse révolution. L'âpreté du climat, la pauvreté et le courage des habitans , éloignèrent de leurs contrées les conquérans et la civilisation ; ils conservàren t pendant long-temps leur indépendance et leur barbarie. Us ne furent qu'en partie , et fort tard , subjugués par

des peuples plus éclairés qu'eux : en conséquence, ils n'éprouvèrent que fort tard les cfaangemens et les bienfaits qui résultent de l'introduction des lumières , des arts, et de la civilisation dans un pays barbare. Ce ne fut en effet que vers les premiers siècles de l'ère vulgaire^ que les peuples septentrionaux virent les arts des Homains s'introduire parmi eux ; qu^ils virent des temples bâtis régulièrement , et des dieux représentés sous des figures humaines. Ces nouveautés ne furent ni promptementy ni généralement adoptées; et la routine conserva encore son empire : car le culte des pierres brutes , quoique constamment repoussé^ s'est maintenu^ dans ces contrées^ jusqu'à des temps très-rapprochés de notre siècle.

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