V . , SacrtàH ^èff^êit rhèdio *âe limite saxum ( i
Lé seul trait qui compose la fable du dieu Terme annonce qu'il résista à l'introduction
(i) Juvcnal j satir. i6, t. 38.
des àitùx nouvellement admis par les Romains. Lorsque Tarquin fit reconstruire le Capitole, €t qu'il y fonda le temple de Jupiter, le dieu Terme, qui occupait la place, ne voulut poii^t la céder à ce nouveau dieu, ni à aucun autres Ovide célèbre dans ses vers cette glorieuse résistance } et Virgile qualifie ainsi ce dieu tenace :
. . . . " CapitoliinÈmobile saxurh.
C'est ici une preuve de l'antériorité du fétichisme sur le sabéisme, et un exemple de rattachement des peuples aux objets de leur antique adoration, ainsi que de leur répugnance pour toute nouveauté en matière de culte*
Le dieu Terme était, comme les autres dieo(x dont je viens de parler, une pierre brute plantée sur des frontières, un rocher, saxum* Op lui rendait un culte; et sa fête, appelée Tferrrûnale^ était célébrée le 22 janvier. Ovide, dans ses Fastes, en a décrit les cérémonies, et nous a conservé Thymné qu'on adressait à cette divinité borne : j'en ai rapporté ailleurs un fragment (i)*
Voilà des témoignages assez nombreux de
(i) Toyei ei-dessus, chap. X, p. i49*
\g6 DES CUtTKi
rcxislence de ces pierres monumentales limitantes et adorées chez les anciens. Je passe aux pierres de la même espèce qui existent eucore parmi les modernes.
Les insulaires de Cozumel ou de Sainte- Croix adorent une pierre dressée, de dix pieds de haut^ à laquelle ils donnent la forme d'une croix, forme qu'avaient les anciens Thoihs de rÉgypte. Celte pierre cruciforme, suivant Oviédo, qui me fournit ces détails, est invoquée par les habitans pour en obtenir de la pluie.
Les anciens naturels de Tile de Saint-Domingue adoraient plusieurs de ces pierres en^ forme de croix, qu'ils appelaient Zemez. Charlevôix, dans son Histoire de cette île, parle d'un cacique qui adorait trois pierres, dont l'une avait la vertu de faire croître la récolte; l'autre de procurer aux femmes enceintes un accouchement heureux; et la troisième de produire au besoin la pJuie et le beau temps.
Le même écrivain, dans son Histoire de la Nouvelle-France, parle d'un rocher, ou pierre dressée, placé au midi de la grande baie , que les sauvages adorent comme le dieu tutélaîre de leur pays (i).
{\) Histoire de la Noin»elIê^Franee,t, I, p. 447*
JLI<IT£RI£UKS k L'iDOL\TRI£. 19^
J. Long a yu^ dans ses voyages sur les bords du^lac supérieur, un rocher élevé que les Indien&-Chippeways appellent Kitchée-Manitoo , ou le Maître de la vie de t homme. Ils y portent des offrandes y jetent du tabac et autres choses dans les eaux du lac, et l'adorent comme un dieu suprême (i) ; mais ce rocher, d'après les dimensions que lui a données Tauteur de ce voyage, a été placé là par la nature, et non par la main des hommes; et on peut le mettre au rang de ces bétjles qui, suivant Sanchoniaton, furent fabriqués par Uranus,
Les I^atchez, nation de la Louisiane, adorent une pierre conique. Cette forme rappelle celle des pierres adorées en Grèce et en Asie.
Si Ton se reporte en Europe, on y trouve eu abondance des pierres de celle espèce : l'Espagne, le Portugal, l'Angleterre, l'Ecosse, es sur-tout les îles Hébrides, en offrent de nombreux exemples. Il faudrait des volumes pour les détailler. Je me borne à indiquer les principaux écrivains qui se sout particulièremeiu attachés à les décrire. Stukelejr a décrit i eux (lu comté d'Oxford et d'Overton-TempIe; Perp- Fiant ^ ceux d'Ecosse; Borlasse ^ ceux de Cornouailles; Camden a parlé de plusieurs do ces
[1) T^c^o^ rf« J. Lon§, p. 83 et 84-
nionumens qui existent dans la Grande^-Bre-^ tagne. Keysler^ dans ses Antiquités septentrionales^ a publié de savantes dissertations sur le même sujet. TViUiams Cooce a tu un grand nombre de ces monumens barbares en Suède^ en Danemarck et en Norwège.On ades preuves que la plupart de ces pierres recevaient un culte. Ce dernier voyageur assure que ^ dans une chronique dislande , intitulée Krîstni^ Saga^ on lit que les Islandais, avant qu'ils eussentembrassé le christianisme, allaient adorer, à Gilia, une pierre dans laquelle ils croyaient que résidait leur génie tutélaire. Olaùs Vormius a donné plusieurs descriptions de pareils monumens. Olaûs Magnus a parlé en détail de ces pierres érigées qui abondent en Suède. Il les qualifie ^obélisques ^ de colonnes et de pjramides^ Suivant cet historien , les unes sont destinées à faire passer à la pofr* térité la mémoire de quelques héros, des combats et des victoires; le$ autres sont des mopumens sépulcraux ou des bornes de territoire. La plupart de ces écrivains ont joint a leur description la gravure de ce$ obélisques grossiers.
Pococke a mesuré une de ces pierres, quil a rencontrée près d'un village appelé Hannar^ sur le chemin de Luneboorg à Hambourg j elle
ANTERIEURS A L'IDOLAXRIE. 199
avak trente pieds de hauteur : c'est à peu près là le maximum de leur élévation. Oa sait que ces pierres étaient adorées ayant que le christianisme fût admis dans les contrées septentrionales de r£urope« Elles le sont encore dans celles où cette religion n^a pas encore pénétré. Aux exemples déjà cités je joindrai celui des Vandales^ qui rendaient un culte à un monument de cette espèce, appelé FUntz, mot qui ^gnifie pierre ou rocker ^ et celui des Lapons , qui adorent encore une pierre brute isol^, qu'ils nomment Storjunkare. Je prouverai ailleurs que les Français, long-temps après l'établissement du christianisme parmi eux, ont rendu un culte à des, pierres tarâtes.
Dans le Nord du continent lie l'Europe, ces monumens, suivant ^A^illiam Gaxe, sont nommés monumens celtiques ^ pietés^ cambriens, gothiques j danois ;, saxons. Cette diversité, cette incertitude de noms donnés à ces pierres vénérées par les peuples du Nord, prouvent que leur dénomination primitive, celle qui caractérisait leur culte, a été, par le temps, effacée de la mémoire des hommes; ou qu'un peuple nouveau a succédé, dans cette partie du monde, à un peuple plus ancien ,^ dont la langue et les usage/; sont restés dans l'oubli.
Il en est de même en France,. où de pareils
2IOO BES CULTES
moDumens se trouvent en quantité. Le père iîoj/renen et sur-tout les savans /a «Sai^cag*ére et Cajlus en ont parlé avec détails^ et en ont donné la figure. J'ai trouvé dans des chartes du onzième ou douzième siècle ces pierries indiquées sous les noms de Peira erectay Saxum ereciurriy Terminus antiquus, et plus souvent sous celui de Peira fixa : d'où viennent le$ noms très-nombreux dans notre nomenclature géographique de piefrefiace y pierre-* JitCy pierrefaitey et dans nos parties méridionales, Ae Pierre-fichade y elc; et j'ai la certitude que la plupart des bourgs^ villages^ territoires ainsi nommés^ renferment une trèsgrande borne, ou longue pierre dressée. Celle que Ton voit dans le Bas-Poitou, près d'^wrz'Z/e, dont Caylus a donné la figure et la description ^ porte le nom. de Pierre-^e-bout. On en trouve ailleurs qui sont appelées pierre^longue ^ longue-pierre^ haute-^^borne , rgche-^cornue (i). Aune lieue et demie de Tournay, entre les villages
(ï) Sur la rive gauche de la Loire et dans le pays appelé Saumurois, on trouve se:çt pierres fixes ou Peulvan» On remarque celle qui est située dans Tenclos de la maison neuve, commune de Bessé : on la nomme Pterre-^lon" gue. Sa hauteur est de six mètres et un tiers. (Recherches historiques sur la ville de Saumur, par M..Boiiin , t. i^ chap. 2 et 3.)
ÀMTEAIEURS A l'iDOLATIUE. aoi
d'HoUain et de Rongy^ on voit, au milieu de la campagne y une pierre brute, haute d'environ quin^e pieds, large de dix, épaisse de deux, et enfoncée très-avant dans la terre : on la nomme la pierre BrunehaïU. Cette dénomination, comme celles que je viens de citer, n'est ni originelle, ni indicative de la destination de ce monument; elle appartient, ainsi que les précédentes, à une époque bien postérieure a son érection. A une trentaine de pas de cette pierre, se trouvent les restes d'une des chaussées dites de Brunehaut Le chemin a donné évidemment son nom à la pierre qui la voisinait (i).
Ces obélisques grossiers , fort nombreux en Bretagne, y sont nommés menhir^ qui signifie pierre longue (2).
Toutes ces dénominations expriment Télat
(i) Recueil d'Antiquités romaines et gauloises trouvtes dans la Flandre, par M. J. de Bast.
(2) Le brave et savant Latoun-^' Auvergne noiis apprend, dans ses Antiquités gauloises, (fvCarméné, en celto-breton , signifie montagne , hauteur, d'oii, suivant lui , est venu le nom à^ Arménie , pays fort montagneux. Il est certain que , dans plusieurs dialectes anciens y men , min , maen , signiâent ce qui est élevé , ce qui domine, at que deU a été formé notr« mot émi" natU,
Q02 DES CULT£S
actuel de ces monumens^ mais ne caractérisent ni leur destination antique, ni leurs rapports avec le culte : rapports qu'upe infinité de témoignages anciens et modernes rendent incontestables.
Destinées à fixer la ligne de démarcation des frontières, ces pierres, dont les grands avantages lurent reconnus par les peuples limitrophes, devinrent l'objet de leur respect mutuel, et bientôt de leur adoration. Érigées en divinités, leur présence sur les frontières parut en sanctifier le terrain. Ce fut ce terrain sacré que Ton choisit pour être la sépulture des hommes distingués par leur vertu ou leur courage. Cet honneur, cette espèce d'apothéose décerné au mérite, le fut bientôt à la puissance, ensuite à la richesse; enfin personne n'en fut privé, excepté les scélérats : c'est une vérité historique que j'établirai sur des preuves certaines. Les frontières devinrent un véritable cimetière; et les monumens sépulcraux qu'on y éleva furent semblables aux pierres limitantes et sacrées. Dans ces temps de barbarie, les hommes n'imaginèrent point de formes diflPérentes pour honorer les dieux el les morts.
Dans ses voyages, le docteur Pallas a rencontré une infinité de tombes placées sur des frontières, et accompagTiées d'une , de deux.
AMTERIEUAS A l'iPOLATRIE. ^oS
et même de trois pierres longues érigées, dont quelques-unes élaient chargées de figures ou de caractères inconnus (i).
La politique éleva de pareils monumens pour transmettre à la postérité la mémoire des héros , de leurs exploits et des grands événemens. Dans des pays où les arts avaient fait des progrès, on grava sur ces pierres, encore brutes , des emblèmes , des inscriptions : ce qu'avait fait Sésostris fut imité par plusieurs autres conquérans. Pallas rapporte plusieurs exemples de pierres sépulcrales chargées d'inscriptions ou de figures emblématiques. Borlase et OlaÏLS Magnus décrivent plusieurs pierres grossières élevées en forme de colonne , existant en Suède et en Angleterre , et chargées de figures ou d'inscriptions, dont quelquesunes sont assez récentes : elles attestent des victoires ou la mort de quelque brave.
On ne connaît en France qu'un seul monument de cette espèce qui soit inscrit ; c'est celui qui existe entre Joinville et Saint-Didier, dans le territoire du village de Fontaine, que les habitans du pays appellent la Haute- Borne^ C'est une pierre longue , plate , rustique , et
(i) Voyage de Pallas, t. V, p, 1 1, la; t. VI, p, 237» 338etsuiv.; t. VU, p. 238.
ao4 1>£S CULT£S
haute de dix-huit pieds , sur laquelle est une inscription où se lit le nom de P^iromarus. Les caractères qui suivent ont exercé sans succès l'érudition de plusieurs sa:yans (i).
Ce que je riens d'exposer m'induit naturellement à conclure que ces bornes, que ces pierres brutes, monumentales ou sépulcrales, inscrites ou muettes (car c'est par ces mots qu'on distinguait autrefois celles qui étaient chargées d'inscriptions de celles qui n'en portaient point) ; que ces pierres, dis-je, ont été l'origine des cippes, des colonnes monumentales et des obé* lisques, etc., qui figuraient parmi les constructions fastueuses de l'Egypte , de la Grèce et de Rome.
J'y vois d'abord une conformité de destination ; car, et cela est connu , les cîppes, les colonnes, les obélisques ont été, ainsi que les pierres brutes auxquelles je les compare, employés comme monumens politiques, sépulcraux et religieux. J'y vois encore beaucoup de rapports dans les formes, ou plutôt je n'y vois de différence que celle qui se trouve entre les ouvrages de Findustrie et du goût des peuples qui, favorisés par des circonstances heureuse», ont devancé leurs cotitcmporains dans
(i) Toy. le« Mtm. de VAead. des Jnscrip. , toI. Ï\ ji. içoet «lir.; «t jéntiquiié4 d<t Cajlus, t. ni,i>. {%{.
la carrière des sciences el des beaax-arts ^ et les productions de Tindustrie et du goût des nations qui sont restées dans leur barbarie originelle, ou qui commencent à. peine à s'en débarrasser.
Il serait possible encore que rattachement de certains peuples à leurs anciens usages et leur éloignemenl pour les nouveautés les eussent portés à proscrire les embellissemens dans ces , objets de la vénération, publique^ Une nation très-ancienne , et célèbre parmi nous , avait une loi qui défendait expressément, comme une* action sacrilège, d'attenter à la grossièreté des monumens du culte. J'aurai bientôt occasion de la rapporter.
Cette loi ne fut point générale ; et le peuple même qui la mit en vigueur, entraîné par l'exemple de ses voisins, la transgressa bientôt. Ainsi , malgré quelques obstacles particuliers , la civilisation et les arts relatifs aux constructions suivirent le cours de leurs progrès. Les monumens qui subsistent encore, tels que ces pierres dre^ées sur lesquelles les Tatars et les peuples du nord de l'Europe ont gravé des caractères emblématiques, des inscriptions, des figures d'hommes et d'animaux; tels que ces massifs de maçonnerie , en forme d'obélisque , dont Pallas a vu quelques exemples dans ses
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iroyagfs (i), qu'on nomme en Angleterre Tours danoises y et dont la France oflFre un exemple très-remarquable dans la Pile de Saint-Marc y décrite par la Sauvâgère (2) , indiquent les degi'és intermédiaires que l'art a parcourus dans sa marche , pour faire passer ces monumens de l'état de barbarie a celui de perfection où l'ont porté les Égyptiens et les Grecs,
(i) Notamment à Bolg»*i. Voy.x I, p. iii8. ' (a) Cette pile, bâtie en brique, oifredans son plan ^n carré parfait , dont chaque côté est de douze piedsf six pouces. Sa Iiauteur totale est de quatre-vingt-six pied^ six pouces. Ce n'est pas le seul monument de ce genre qui existe en France ; dans les environs de Sablenceaux est une semblable construction , nommée la Pile-Longue y , elle est bâtie en moellon avec du ciment dur ; chaque côté du plan dd sa basé a dix-huit pieds de longueur ; sa hauteur totale est de soixante-quatorze pieds. H existait de pareijiles piles sur les firontières de la Touraine et du Poitou , et particulièrement une située presqu'au conflue^t de la Creuze et de la Vienne, au lieu nonuné Portde-Pile, {Voj\ les Antiquités de la Sauvaghre.)
ANTERIEURS A L'IDOLATRIE. HOJ
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