‹ Histoire abrégée de différens cultes (volume 4)Chapitre 25 sur 29 · I. Si · texte numérisé non relu

I. Si

génitales de ces deux animaux^ symboles du soleil régénérateur de la nature , appelées PJhul*lus, furent honorées comme des objets sacrés> comme des fétiches qui procuraient l'abon-^ dance , la fertilité des terres , et en éloignaient les accidens contraires. C'est pourquoi on fes adjoignit à des troncs d'arbres, dans les forêts, dans les vergers , dans les jardins , etc. Le Phallus attaché aux arbres des forêts fit qualifier le tronc qui le portait de divinité Paru Placé dans les vergers , les jardins et les vi*gnes, il était la divini\é Priape^ D'autres troncs d'arbres qui, ainsi que les pierres, servaient de bornes aux territoires, aux héritages particuliers , décorés du Phallus j reçurent le nom de Mercure Casmillus , de Mercure au membre érigé, et on confondit souvent ces derniers avec Priape (i).

Tous ces troncs à Phallus, surmontés d'une tête d'homme , dont les traits et les accessoiresf indiquaient leur origine , constituèrent des divinités qui jouèrent un rôle distingué d^ns ks fables religieuses des anciens.

Nous avons dans le trait suivant un exemple

(i) LWigine détaillée de Pan et de Priape ainsi que l'histoire du fuite du Phallus seront \à, matière d'un ouvrage particulier^

ÀîîTERlEURS A L IDOLÂTRIE. 4^5

de ces premiers essais de l'art, et des premiers pas de l'homme incivilîsé vers l'idolàlrie.

Dans l'île d'Owhyhée, une des Sandwichs, est, près de l'habitation du roi et sur les bords de la mer un Morài , lieu consacré à la fois aux sépultures «et à la religion. « Ce Moraï , dît un » voyageur moderne , était le mieux tenu que w nous eussions rencontré: il était orné deplu- » sieurs statues ou idoles taillées dans de gros » troncs d'arbres, et imitant grossièrement la M forme humaine, mais aussi gigantesque et » aussi ridicule que l'on peut se rimaginer(i). n

Je dois faire remarquer ce que j'ai souvent avancé en parlant de l'ancien continent , que le même local sert ici au culte et aux , sépultures; que ce local est voisin de la mer ^ dont les bords ont toujours , pour les insulaires , tenu lieu de frontières ; et que ces premières ébauches de l'art du statuaire se trouvent dans l'asile des morts.

Les symboles des eaux subirent la même loi : la cruche adorée en Egypte , sous le nom de Canope , fut , comme je l'ai déjà dit , surmontée d'une tête humaine.

Le Serpent ou \ Hydre ^ image du courant

(i) Voyage à V Océan Pacifique, par George Van--couver, t, IV, p. ^45.

sinueux des ririères, fut ennobli par une tète dliomme , et devint VJgaihodemon ou le bon démon.

Les Navires , autres sjfrmbples des eaux ^ eurent leur figure humaine. J'ai dit que le navire jirgo avait à sa proue ^ ou à sa poupe ^ une pièce de bois extraite de la forêt sacrée de Dodone ; que celte pièce conservait la vertu des arbres dont elle était extraite , et qu'elle rendait des oracles. Les navires consacrés offrirent à sa place une figure d'homme^ qui constitua les divinités appelées Patcuques on Patèques f^nxquelles les Phéniciens » grands navigateurs^ rendaient un culte assidu ^ et qu'ils considéraient comme les dieux tutélaires des vaisseaux et des nautonniers.

Tels furent les commencemens de Tidolâtrie. Dès que l'homme eut fait les premiers pas dans cette carrière , il ne lui en coûta guère de la parcourir entièrement. Dès quMI eut décoré de tètes humaines les grossiers , objets de leur adoiration , il fut naturellement amené à les re* présenter sous la figure entière d'un homme; mais il n'y arriva que par gradation.

Ces coldnùes limitantes , de pierre ou de bois f qui d'abord n'eurent d'humain que la téte^ forent bientôt représentées avec des pieds , tandis que le reste de la figure conservait la

forme d'un simple pilastre. Plusieurs monu^ mens antiques nous ont conservé la figure de cts Hermès. La cruche appelée Ca?^;:^â ^ suiv montée d'une tête ^ eut aussi ^ danis la suite f deux pieds d'homme.

On renchérit encore sur la façon de ces/fer^ mes i on plaça quelquefois vers le milieu de leur hauteur la figure du sexe; on leur donna la moitié du corps humain ^ tandis que la partie inférieure restait en forme de pilastre. Ce sont ces espèces d'hermès que les artistes nomment fort improprement ^g-wre^ en gaine.

Lorsqu'on eut représenté ces hermès arec un demi-corps d'homme ^ on. fut bientôt induit à leur ajouter des bras, qui leur servirent à tenir les symboles, les signes, les attributs, qui caractérisaient leur divinité; lesquels, ayant cette dernière addition, on appendait à l'hermès. . Il restait peu de chose à faire pour que la' métamorphose, fut complète; elle le devint ; et le statuaire, autorisé par le culte, dans ses nouvelles productions , fit disparaître de ces idoles tout ce qu'elle^ conservaient de leur origine barbare , et présenta les dieux sous la figure entière d'un homme* Le soleil futfi^répar un beau et jeune blondin , à iéte rayonnante , traîné dans les airs $ur un char ^ttelé de chevaux ; la lune , par une femme couronnée du

croissant ; les fleuves , par des vieillards appuyés sur un vase retiversé ; les rivières , les fontaines^ par dé belles femmes dans la même attitude. Le dieu des airs fut représenté par un homme vigoureux , tenant la foudre en main ; le dieu des mers par un homme armé d'un trident , instrument de pèche ; le dieu de la guerre , représenté par une épée ou une lance^ le fut alors par un homme tenant en main cette arme ; enfin , les astres , les élémens , les accidens de la nature ^ ceux de la vie humaine , toutes les affections de l'humanité furent divinisés , et représentés sous la forme d'«n vieillard , d'un homme fait, d'un enfant ou d'une femme.

Il ne faut pas croire que tous les objets sacrés éprouvèreùt cette métamorphose : une nouveauté en religion ne détruit point les anciennes habitudes. L'institution des kermès à tête humaine ne changea rien à la plupart des troncs d'arbres, des pierres brutes, et d'aultes objets grossiers que leur antiquité rendait vénérables. On fabriqua de nouveaux dieux à figure humaine, et on laissa subsister les anciens.

De même l'usage nouveau de représenter les dieux sous la figure entière d'un homme n'empêcha point les différentes espèces ^herme^ de *se maintenir , et de former même une divinité

ANTÉRIEURS A L'iDOLATRIE. 4^7

particulière j car c'est sous cçtte forme que le dieu Hermès, Mercure y ou Terme j, fat, depuis rintroduction des figures hutiiaines^ censtamment représenté sur les frontières, sur les chemins , dans lesjbrumj et à l'entrée des temples et des maisons. La divinité Priape fut aussi presque toujours , depuis la même époque, re* présentée en Hermès , et n'obtint que rarement l'honneur de paraître sous la figure entière d'un homme*

Ce changement arrivé dans la plupart des religions anciennes, cette manie de représenter les dieux .sous des figures humaines, ne furent point adeptes par tous les peuples : les Syriens et les Phéniciens ne représentèrent le soleil ni la lune par aucune figure ; ils pensaient avec raison que , ces dieux étant vus de tout le monde , il était inutile de les représenter par des images (i).

Les Perses avaient en horreur les représen-?. tations des dieux sous des fibres humaines : ils ne les adoptèrent jamais. <&erxès „ conforjcnément à ces principes , détruisit, dans son expédition en Grèce, toutes les,statues qu'il ren-?.. contra sur son passage (2)..

(i) Lucien, Traité de la déesse de Syrie, ^ (a) Hérodote, Uranie.

Le législateur des Hébreux proscrit , de la manière la plus expresse^ Tusage de représenter la divinité sous des formes mortelles* « Vous » ne ferez point d'idoles > lit-çn dans le Lévi- » tique ; yous ne dresserez point d'images tail*- » lées , ni de statues , et ne mettrez point de » pierres peintes en votre pays pour vous y n prosterner devant* » Les prophètes Isaïe et Jérémie se récrièrent avec chaleur contre Tuûage des idoles introduit dans Israël.

Le même éloignement pour les idoles à figure humaine se retrouve chez les Germains et chez les Celtes ; et ce ne fut que fort tard^ comme Je l'ai déjà fait observer^ que l'idolâtrie fut par les Romains introduite cheï ces peuples.

Les Romains même ^ si seryilement imita-teurs des pratiques religieuses des Grecs , repoussèrent^ dans son origine^ le culte des images, ce Numà, dit Plutarque , leur défendit d'at- » tribuer à Dieu aucune forme d'homme ni de » bête ; et il n'y avait parmi eux aucune statue » ni image de la divinité* Fendant les cent )} soixante -dix premières années, ils ne pla- » cèrent dans leâ temple^ et dans les chapelles D qu'ils bâtissaient aucupe figure de Dieu. Us n regardaient comme une impiété de repré- » senter par des objets méprisables, ce qu'il y ï) à de plus parfait, et croyaient qu'on né pou-

AKTÉKIEURS A l'iDOLÂTRIE. 48^

» vait atteindre à Dieu que par la pensée (i). » Les premiers chrétiens résistèrent pendant plusieurs siècles à cette contagion générale ; ils proscrivirent les images. Saint Paul dit aux Athéniens : « Dieu n'est point honoré par des » ouvrages faits de la main des hommes: il n'a » besoin de personne , lui qui donne la v\e à w tous les êtres (2)* »

Les plus anciens Pères dé l'Eglise , Lactance , Tertulien , Arnobe , Minutius Félix , Origène, etc. , professèrent la même doctrine, et traitèrent le culte des images d'impiété et de folie. Le concile d'Elvire , en Espagne , tenu vers la fin. du troisième siècle, défend les peintures sur les murailles des églises, de peur que le Dieu qu'on adore ne s'y . trouvé représenté (5).

U y eut même parmi les chrétiens des personnes recommandables par leur sainteté qui poussèrent leur aversion pour les images jusqu'à détruire publiquement celles qui repré-r sentaient le. dieu, qu'elles adoraient. Voici un fragment de la lettre écrite par saint Épi-

Ci) Plutarque, ViedeWuma, {1) Actes des Apôtres, chap. 17, v: sS. (3) Histoire ecclésiastique de Fleurjr^ liv. 9, t. II, p. 543.

phane , vers la fin du quatrième siècle , à Jean de Jérusalem.

(( Je sais que l'on n^urmure contre moi de ce » que, lorsque nous allions au saint lieu ap- M pelé Béthely pour y célébrer la collecte avec n vous f étant arrivé au village d'Ânablata ^ et » ayant vu , en passant , une lampe allumée , w je demandai quel lieu c'était. J'appris que » c'était une église , et j'y entrai pour prier. Je » trouvai une draperie attachée k la porte de n cette église , où était peinte une image de » Jésus-Christ, ou de quelque saint; car je ne » me souviens pas bien de ce qu'elle représen- ») tait. Ayant donc vu l'image d'un homme ex- » posée dans l'église de Jésus- Christ, contre » l'autorité de l'Écriture , je déchirai la drape- » rie , et je conseillai à ceux qui gardaient ce » lieu d'en envelopper à l'avenir le corps mort » de quelque pauvre pour l'enterrer.

» Je vous prie, ajoute le même saint, de » défendre aux prêtres de ce lieu d'exposer à » l'avenir des draperies de la sorte , qui sont » contre notre religion; car il est digne de vous » d'ôter ce scandale (i). »

La religion chrétienne , née au milieu du paganisme, fut forcée d'en contracter plusieurs

(i) Histoire ccclësiastiquc de Fleury^Xvf, 19, p. 633.

habitudes. On peut facilement changer les dogmes religieux d'un peuple ; mais il n'en est pas de même des pratiques : le vulgaire y tient fortement. Les prêtres chrétiens furent donc obligés de soumettre leur religion à la routine , de christianiser une grande partie du culte ancien^ et de substituer aux figures des dieux et des déesses celles de Dieu , de la Vierge et des Saints. Cette ' condescendance occasionna de longues et vives querelles dans l'Eglise. Les évêques français et l'empereur Gharlemagne 11mprouvèrent. Ce ne fut que vers la fin du huitième siècle que le culte des images fut introduit en France.

Je sortirais de mon sujet , si j'entrais à cet égard dans de plus longs détails. J'en sortirais aussi si je parlais de la perfection que la peinture et la sculpture acquirent par l'introduction des figures humaines dans le culte. Je dirai seulement que ces arts d'imitation. seraient , sans elle , peut*étre restés dans un état de barbarie , ou entièrement inconnus.. . .

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