CHAPITRE XXTI
Des fables mythologiques : elles proyiennent du culte
des morts.
La plapart des mythologues semblent s'acrcorder à dire qu'à une certaine époque les prêtres de Tantiquîté se sont réunis pour se concerter sur la composition dès faibles religieuses; que , d'un commun accord ^ ils ont dit : (c Pour acquérir la vénération des peuples'» nos » dogmes ne doivent être ni trop, simples , ni w trop coiinus. Qu'un voile mystérieu:^ et im- » pénétrable aux yeux du vulgaire, en Içs^ca- » chant ^ les rende plus augustes et plus » saints : gardons pour nous la vérité : qu'elle >» soit notre secret » et alimentons l'esprit du » peuple de mensonges merveilleux, dont il » est avide; composons des fables allégoriques » sur tous les dieux ; que le peuple soit con- M traint à les croire ; il les croira. Nous ne dé-
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» couvrirons une partie ou la totalité de noti e » secret^ de nos mystères ^ qii'à des hommes }) incapables de les divulguer ^ et que nous au- » rons jugés tels d'après de longues et pénibles >) épreuves. »^
Tout ce que je nlets ici dans la bouche des prêtres a pu être pensé , car cela a été fait, mais n'a point été concerté par un petit nombre d'hommes , ni exécuté sur un même plan, dans un même temps y dans un seul pays : cet ordre de choses a été ^duellement amené par diverses circofistances ou par la nécessité.
U semibleràit, à entendre plusieurs écrivains anciens , et même modernes , qu'une connaissance parÊiite des lois de la nature y que la sagesse la plus profonde, ont présidé aux compositions des fables allégoriques ; qu'elles renferment , sous une enveloppe adroitement tis-^ sue, un sens caché, dont la sublimité surpasse de beaucoup le degré de connaissances auquel nous avons atteint.
Un examen approfondi de la plupart de ces compositions mythologîcpies m'en a donné une idée différente. J'avoue que plusieurs d'entre elles sont des allégorie^ assez justes de la marche ordinaire de la nature , mais qu'elles ne cachent que^ des vérités communes et à la portée de tous les esprits. Plusieurs autres sont
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dépourvues de justesse j et le voile mystérieux qui couvre ces vérités , bien ou mal traduites en allégories ^ offre des actions extravagantes , désordonnées ou criminelles , et, le plus souventy des absurdités monstrueuses. Enfin^ il est*, d autres fables qui ne peuvent être des allégories , et ne présentent que des contes grossiers, , ridicules , et fort souvent d'une obscénité dégoûtante.
Si ces compositions mythologiques ne sont point l'ouvrage d'une rédnion d'hommes instraits; si elles n'ont point été concertées; si elles sont plutôt le résultat des circonstances , de la nécessité , que celui d'une volonté réfléchie , d'une mûre délibération , je dois rechercher quelles furent ces circonstances^ quelle fut cette nécessité.
Je rappellerai d'abord ce principe, que l'homme , strictement parlant , n'invente point. Les oeuvres qu'on nomme ses inventions^ quand, elles ne proviennent pas du hasard , ne sont que des imitations modifiées , étendues , perfectionnées de ce qui existait déjà : toiijours la nature ou l'art ont fourni le modèle. Il en fut de même des institutions humaines. La nature, ou les affections qu'elle fit naître , en fournit les élémens , que la civilisation ensuite organisa.
Ainsi on n'imagina point , on ne composa
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point simultanément les fables où les légendes des dieux; on ne les exposa point brusquement au peuple pour en faire un objet de sa croyance. Ce procédé, contraire à la marche ordinaire de Tesprit humain , aurait été sans succès.
Il est donc présumable qu'avant ces compositions fabuleuses il exista une institution à' peu près semblable , qui les a autorisées , et qui a préparé le peuple à les admettre.
Cette institution première faisait partie des cérémonies funèbres^ Voici comment.
En parlant du culte des morts , j'ai peint les regrets y\& qu'excitait dans une peuplade, dans une famille , le trépas d'un homme chéri ou vénéré. J'ai dit que ces regrets firent naître le désir de conserver ce qui restait de sa personne , et rechercher et découvrir l'art des embaumemens. J'ai ajouté que ces mêmes re^ grets firent aussi désirer de proclamer et de transmettre a la postérité le récit des bienfaitis , des actions mémorables du mort, qui justifiaient les larmes de ses parens, de ses amis(i).
A ce désir bien naturel , et qui put être facilement accompli , se mêlait celui de procurer aux morts une sépulture honorable. L'amour-« propre le fortifiait ; car les honneurs rendus
(i) Voyez ci-dessus, p. 4^4*
aux morts rejaiUissent sur lés vivaus qui les décernent.
• J'ai parlé de ces réunions de sépultures privilégiées^ situées dans des lieux choisis^ loin de la demeure des hommes y dans des îles désertes^ sur lé sommet des montagnes, ou sur le terrain inhabité des frontières*
Ces lieux y sanctifiés par les corps des héros qui y reposaient, et qu'on a nommés Champs Sacrés , lies Fortunées ^ Séjour des Bienheureux y Cliumps Éfyséens y etc. , avant d'avoir dégénéré en simples cimetières , étaient l'objet de l'ambition des familles et des individus : chacun aspirait à l'honneur d'y être inhumé, parce que cette inhumation était une espèce d'apothéose. C'est sans doute pour juger le droit de chaque défunt, sur ce lieu de sépàl^ ture , que les Égyptiens établirent ce tribunal fameux , où les actions des vivans étaient jugées après leur mort.
Voici ce que rapporte à cet égard Diodore de Sicile :
«Les parens du mort fixent le jour des obsè- » ques, et conduisent le cercueil sur les bords » du lac de son nom. Arrivent les juges au » nombre de plus de quarante : ils se placent » et forment un demi - cercle au delà du lac. M On approche de ses bords un bateau , que
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D tieuaeat prêt ceux qui sont chargés de colt^ i) cérémonie , et sur lequel est un na^ton^îçr, » que les Égyptiens nonoime^t en leur languQ » Charon. Aussi dit-on qu'Orphée, ayant re- » marqué cet usage dans son joyage en Egyplp^ » en prit occasion d'imaginer \a^Jàble des erw » firs , en imitant unie partie de ces cérénpiOT^ M nies , et ^yv ^ ajoutant d'autres de spn in- » vention.
» Avant de plajcer le cercueil sur le bateau ^ » la loi peritKt à chacun de l'accaser. Si Fan » prouve qu'il a mal reçu , l€s juges le con^ ») damnent, et il est exclu du lieu de sa sépul-* » tore* S'il parait qu'il a été accusé injustement, » on punit sévèrement l'accusateur. S'il ne se » présente personne pour l'accuser, ou si celui » qui Fa fait est reconnu pour un calomnia^ » teur, les parens se dépouillent des marque* » de leur douleur , ^ijont V éloge du mort.
)) Ils s'étejckdent sur la manière dont il a été » élevé et iïistruit depuis son en&uce , sur sa » piété , sa justice, sa tempérance et ses autres » vertus , depuis qu'il est parvenu à Fâge viril; » et ils prient les dieux des enfers de l'ad- » mettre dans la demeure des gens pieux (i}.-
(i) jEuphante a traduit la prière récitée. en cette occa- I. • .52
» Le peuple applaudit et glorifie le tnort, qui » doit passer toute rétemité dans les enfers n avec les bienheureux (i). »
Le même auteur ajoute que les morts exclus de la sépulture , pour crime ou pour dettes , Testent dans leurs maisons, etque, dans la suite, on parvient à réintégrer leur mémoire ^ lorsque leurs petits-enfans, devenus riches, payent leurs dettes, et les font absoudre.
Voilà la vérité découverte ; voilà la fable du Jugement des âmes après leur nK>rt,de Charqn, de sa Barque fatale , des Enfers et du Séjour ■ des Bienheureux , fabriquée par le poète Orphée , et entièrement dévoilée par l'historien que je viens de citer (2).
sion ;et Porphyre nous Va transmise dans son Traité de r Abstinence, liv, 4-
(i) Diodore de Sicile, 1. 1, p. 107 etsuiv.
(2) Le génie des poètes grecs les portait à étendre , à magnifier, à diviniser les choses les plus communes, à ' substituer les chimères de leur imagination à la simple réalité ; écoutons encore Diodore de Sicile. « Les prêtres » d'Egypte disent qu'Orphée, en introduisant les peines » des méchans dans les enfers, et en admettant les Prai- » ries des Bienheureux , n'avait fait qu'imiter ce qui se » pratiquait aux funérailles des Egyptiens. » Il cite ensuite ce passage de l'Odyssée d'Homère, où ce poète parle des âmes des morts : « Elles traversèrent l'Océan, pas--
ANTERIEURS A L'iDOLATRIE. 499
Mais ce n'est point ici mon objet : je ne dois m*occuper que de l'usage de faire , à la mort de chaque individu , son éloge funèbre et l'histo-
» shrent près de Leucade, entrèrent, par la porte du » Soleil, dans lepajrs des Songes; et bientôt elles ar^ » rivèrent dans la prairie d* Asphodèle , oà habitent les w dmes qui sont les images des morts* »
L'asphodèle est une plante à fleurs blanches ou jaunes.. Les anciens la semaient auprès des tombeaux, comme une nourriture agréable aux morts.
Ce convoi funèbre, si poétiquement dénaturé, si reli--
gieusement travesti parle poète, est ainsi réduit à Texacte
vérité par l'historien. « Le poète donne le nom ^ Océan
N au fleuve, parce que les Égyptiens appelaient ainsi le
» UiL II entend par les portes du Soleil la ville d'flé-
M liopolis. Il pense que la prairie ^t la demeure feinte
M des morts est le lieu qui borde le marais Achérusia,
M près de Memphis, où il y a de très-belles prairies, des
» marais , et des campagnes de Lot^ios. Cest en suivant
» les traces d'Orphée qu'il dit que les morts habitent
» ces lieux, puisque c'est là que se font sur-tout les plus
» magnifiques funérailles des Egyptiens, et qu'on n'y dé-
* pose les cadavres qu'après qu'ils ont passé le fleuve et
» le lac Achérusien. >*
L'imagination de ces poètes théologiens, qui transforment des cimetières en champs élyséens , peut être comparée à celle de Don Quichotte, qui convertit un moulin à vent en un géant , un misérable barbier de village en un magicien , et un plat à barbe en l'armet de Mambrin.
5oO DES Cl/LTES
rique de sa vie entière. Ce fait est nettement attesté par Diodore de Sicile, qui nous apprend en même temps qu'un pareil usage était prati-^ que par les Grecs > avec cette différence qu'ils faisaient l'éloge de la naissance et de la noblesse des morts, tandis que les Égyptiens^qui étaient tous également nobles, ne parlaient point de cette circonstance.
Gicérnn dit aussi que les Grecs, lors des funérailles, donnaient un banquet funèbre où assistaient lesparens, couronnés de fleurs. C'était pendant la durée de ce repas que Ton prononçait l'éloge du défunt, lorsqu'il y avait, ajoute-t-il, matière à louer j car c'était un crime de mentir en ces occasions (i).
Les Romains adoptèrent cette coutume :
lorsqu'une personne de considération était morte, son fils, ou quelqu'un de ses proches, prononçait publiquement sur la tribune aux harangues son éloge funèbre. Cicéron atteste l'existence de cet usage , et ajoute que les éloges des personnes distinguées se chantaient avec accompagnement de flûte : ce qu'on appelait lamentation , nom que L. Gracchus donna aux chants funèbres (2).
. (1) Cicer., de Le gibus, lib. 2.
{p) Idem, ibid.
ANTÉRIEURS A l'iDOLATRIE. 5oI
Les éloges funèbres étaient si prodigués k Rome qu'on disait ordinairement^ par impré-* cation : Que tu ne sois pas même loué dans ton festin funèbre !
Cet usage a été fort répandu ; il existe encore dans plusieurs parties de l'Europe et chez plusieurs nations de TAmérique.
Plus anciennement, les éloges du mort étaient chantés. On composait des hymnes dont les vers et les chants gravaient plus facilement dans la mémoire les événemens qu'ils retra-çaient : aussi ces hymnes sont-ils mis au rang des preniiers monumens de l'histoire.
Les plus anciennes pièces de ce genre dont il ^it fait mention sont celles d'Olen de Lycîe, poëte et devin à Délos , qui vivait bien avant Homère, Paraphus et Orphée. Il composa plusieurs hymnes en l'honneur de certaines vierges qui, députées par les nations hyperboréennes pour porter des offrandes au temple de Délos, moururent dans celte ville, et furent inhumées dans un tombeau , sur lequel les jeunes personnes des deux sexes étaient obligées , avant leur mariage, de faire hommage d'une partie de leur chevelure, qu'elles y déposaient. L'hymne qu'Olen composa pour une de ces vierges ap-
5oa DES CULTES
pelée Achœia se chantait encore du temps d'Hérodote et de Pansanias (i).
Les hymnes chantés par les Grecs en l'honneur des morts s'appelaient Trènes. Pindare en avait composé plusieurs: il ne nous en reste aucun. Les Grecs, dit Lucien ^ faisaient venir, pendant les obsèques , un^ homme savant qui récitait dés lamentations sur la mort du défunte Quelques peuples, dit le même auteur, ont institué des jeux funèbres dans lesquels ils prononcent les éloges des morts sur leurs tombeaux. « Il semble qu'on veuille , ajoule-t-îl , » les défendre, et rendre témoignage de leurs » vertus auprès des juges infernaux (2). »
Denys d'Halicarnasse parle des vers appelés les Hymnes de la patrie , que l'on chantait à la louange des grands hommes morts pour sa défense 3 il nous apprend que c'était une pratique établie à Athènes et à Rome , dans les triomphes et dans les funérailles (5).
£n Arcadie • on instruisait les enfans mtoïe,
(i^ Hérodote , Meipomène ^ liv. 4*-~ Pausanias , Béotie , liv .9, cap. 27 ; et notes du traducteur d'Hérodote , t. ni, p. 443 et suiv.
(2) Lucien , Traité du Deuil,
(3) Dionys, Halicarna$. ,libi i.
ANTÉRIEURS A l'iDOLATRIE. 5o5
à chanter les lois de la patrie et les louanges des héros (i).
Il i^'élait point d'événement remarquablo^^ dans une nation ancienne ^ qui ne fournit matière à des chants poétiques^. Les sauvages actuels observent la même pratique: ils ont leurs chants de guerre , de victoire , de départ et de moi*t.
Les exemples que j'ai cités prouvent que , dès la plus haute antiquité, on faisait, lors des funérailles , des éloges en prose et en vers ^ parlés et chantés ; mais il paraît que les compositions poétiques étaient spécialement destinées à chanter la gloire des héros, à faire passer leur mémoire et le récit de leurs exploits à la postérité. Ces chants, où Thyperbole n'était pas. ménagée, où les poètes avaient usé du privilège antique d'embellir les faits, et de les exagérer, transmis de génération en génération , furent recueillis lorsque l'art d'écrire s'établit, et for-* mèrent les plus anciens élémens de la fable et de l'histoire.
Ces hymnes, ces chants héroïques, ces éloges
(i) Discours sur les Monumens qui ont suppUé au défaut de V Écriture, et servi de Mémoires aux premiers historiens, par l'abbé Anselme, Mém, de FAcad* des Jnscript,, t. IV, p. 889, 890.
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funèbres con>pôsés jjour dei héros , pour des deini*dieux, firent naiti*e l'idée ou firent sentir la nécessité d'en composer de pareils pour les dieux du cîel, et devinrent les modèles des fables mythologiques.
Us furent les modèles, et non les copies des fables mythologiques, parce que celles-ci portent tous les caractères de l'humanité , et décèlent leur source ; parce que^ si l'on eût commencé par composer les fables des dieux avant celles des héros , on ne leur eût pas appliqué des actions humaines ; on n'eût pas raconté que les divinités naissaient, étaient àlaitées^ buvaient, mangeaient, dormaient, entraient en fureur, étaient vindicatives, amoureuses, cruelles, et jalouses des honneurs ; on n'eût pas parlé, dans ces fables, de leurs voyages, de leurs combats, de leurs défaites ou de leurs victoires, et de plusieurs crimes qu'on leur attribue. Toutes ces actions , tous ces besoins appartiennent à l'homme ; et les idées que le fétichisme et le sabéisme pouvaient fournir de la divinité n'ont aucun rapport avec de pareils faits.
Quelqu'extravagante qu'ait été l'imagination dès anciens poëtes, on ne peut suf^osei* qu'ils eussent, de leur propre mouvement, créé tant de contes absurdes , si l'exemple des £âblés
ANTÉRIEURS A L'iDOLATRIE. 5o5
héroïques ne les eût pas autorisés. Jamais ils n'auraient osé publier que le soleil ^ sous le nom d'Apollon , fut chassé du ciel , et réduit à l'état de berger; que le soleil ou l'atmosphère , BOUS le nom de Jupiter, fut un être très-lib€r-^ lin ; qu'une épée ou une lance ^ appelée Mars, fut un dieu cruel et galant, qui versa le sang , et eut une aventure scandaleuse avec Vénus ; qu'une pierre brute, dite Vénus , eut les plus beaux yeux du monde , fut d'une beauté accomplie ; que cette pierre , déesse des Grâces et des Amours , eut des aventures galantes avec les dieux, et même avec les hommes; qu'une autre pierre , appelée Mercure , fut a la fois un voleur,' un messager, un proxénète, et l'inventeur de toutes les sciences et de tous les arts. Toutes ces absurdités, et mille autres qui abondent dans les fables mythologiques, n'auraient pu entrer dans la tête des anciens poètes, si les hymnes et les éloges des hommes puissans, deâ héros, ne leur eussent pas servi de modèles. D'ailleurs , la réalité existe avant la fiction ; et la réalité existait dans les actions des hommes , dont les fables mythologiques ne sont qu'une imitation exagérée.
Mais voici ce qui prouve encore que les fables mythologiques dérivent des éloges et des hymnes faits en l'honneur des morts :
Ôo6 DES CULTES
(( La mythologie^ ditun savant, u était autre » chose que Vhistoire ou le récit des actions » des morts, comme son nom même l'indique : » le grec mjrthos étant dérivé du mot égyplien » muth, c'est-à-dire mort : terme qui se trouve » de même dans la langue chananéenne. Phi- » Ion de Biblos traduit l'expression mouth ^ }) qu'il trouve dans le texte de Sanchoûiaton , » par Thanatos oaPluton : traduction qui nous )} indique un rapport formel entre les deux » langues égyptienne et phénicienne. Horace » semble s'être plu à rendre en latin l'idée at- » tachée au mot grec mjrthologiej par la ver- » sion purement littérale fahulœ mânes , les » fables des morts.
» Ainsi la simple origine du terme mythoU)^ » gique en donne à la fois la véritable sîgnifî- » cation, montre sous quelle face la mythologie » doit être considérée, et enseigne la meilleure » méthode de l'expliquer (i). »
Le président de Brosses établit ici le principe , mais n'en suit pas les conséquences ; montre la route qu'on doit tenir pour expliquer l'origine des fables mythologiques, mais
( 1 ) Du Culte des Dieux fétiches, sOVi parallèle de Fancieune religion de l'Egypte avec la religion actuelle, pai le président de Brosses, p. 8 et 9.
ANTÉRIEURS A l'iDOLA.TRIE. 5o7
ne s'y engage point : il avait lin autre sujet à traiter.
Il est reconnu que , dès les premières époques des sociétés, l'usage 'de célébrer la méjHioire des morts par des compositions en vers ou en prose était établi : on sait que les Romains célébraient, par des hymnes et des fêtés, la mémoire de leurs fondateurs Romulus et Rémus y avant d'avoir adopté les fables des dieux : fables qui ne furent reçues chez eux que du temps des Tàrquins.
Parce qu'on avait adressé des prières aux héros, aux chefs des nations pendant leur vie, on continua à leur en adresser après leur mort, persuadé qu'il restait dans leurs tombeaux une partie de leur existence ; et, lorsqu'on eut appliqué le culte des héros aux dieux du ciel, on adressa de même à ceux-ci des prières. Les parfums, les chants, la musique^ les danses, les jeux, la chair des animaux , avaient flatté . leurs sens pendant leur vie : après leur mort , on fît, dans la même opinion , fumer l'encens sur leurs tombeaux; on y exécuta des chanis, des danses^ des jeux; on y. sacrifia des animaux^ et on leur en offrit la chair. Les mêmes cérémonies furei^ ensuite , et par imitation , appliquées aux dieux du ciel. De même , les éloges qui avaient flatte la vanité des héros
5o8 DES CULTES
pendant leur vie , leur furent continués après leur mort, et, par la même cause, appliqués ensuite aux divinités célestes*
Le culte des astres ou des dieux du ciel ne devait pas être inférieur à celm des homm^^ divinisés. Les honneurs qu'on rendait à ceà$ derniers auraient pu eflPacer ceur que Recevaient les premiers , et anéantir le sabéisme t afin d'obvier a cet accident , les prêtres Sentirent la nécessité d'employer, pour célébî*èi* les fêtes des dieux célestes , des formes au n^ôiné pareilles à celles qu'on employait dans les fêtes dés héros.
Les légendes, qui contenaient la vie des héros, ces hymnes où se trouvait l'éloge de letii^ actions, flattaient l'imagination du peuple, et augmentaient sa dévotion. Il fallut donc appliquer ce cérémonial au culte des astres; et Je» prêtres leur composèrent des légendes et dëé hymnes, dans lesquels ils supposèrent que ce* dieux-astres avaient vécu, étaient morts, et avaient eu des aventures merveilleuses. Si, dani ces compositions , les légendes des héros servirent de canevas , le cours des astres , lettt* influence sur les élémens, sur la nature en-^ tière , fournirent le dessin et la broderie.
Sanchoniaton fait mention du prêtre qui , le premier chez les Phéniciens, composa les
ANTERIEURS k L'ï0OLATME. Sag
fobles des dieux du ciel« Après aroir parié de ces divinités , il dit : « Ce ^oni ees objets que » le fils de Tbabion , le premier hyérophante , n tourna en allégorie$ , et qu'il laissa , après y D avoir jpint des idées physiques et des phéfu noiit^è^^ naturels à eeux qui célébraient I0& » prgie3> et auj^ prophètes qui présidaient aux }) mystères. Ceu3i.*H;iy cherchant à exciter Féton- » n^QX^nt et l'admiration des mortels , transn mirent fidèlement ces choses à leurs succès-^ » seurs et à leurs initiés (i). » On yoit^ par cette ressource employée , le besoin de raviver le culte des astres affaibli par un culte rival.
Ainsi , le Ciel ou Uranus , fut l'époux de là Terre; Cybèle, qui était une montagne ^ * et dont, le culte remontait aux premières institua tîons religieuses^ devint, à cause de son ancien?^ neté, la mère des dieux. Saturne, qui étaitaussi une montagne , eut pour femme une autre montagne appelée Rhéa.
Un culte commenca-t-il à être établi dan» un ciwton , avant de se propager chez «ne natio» , entière ? les poètes dirent que le dieudet ce culte avait pris naissance dans ce canton.
(1 ) Sêc0nd Fragment de SancTioniaton , traduit du grec de Philoa de Biblos , et cité parEusèbe; Prépara^ tion évangélique, Uv. i, cha|i. 10.
5l3 D£5 CULTES
Toujours ks événemensd'un culte nouveau^ et ceux qu'éprouvent les prêtres qui l'introduisent, deviennent, dans lësiâbles, les évènemens des dieux. Le style figuré des Orientaux se prétait d'ailleurs à ces fictions , et le» rendait moins extraordinaires au commun des > hommes/^
Non^seulement le cours des astres , la succession des saisons, les divers accidens de la nature; non-seulement les événemens qu'éprouvèrent les cultes nouveaux, et ceux qui les introduisirent, mais encore le$ propriétés merveiJU^uses qu'on supposait aux divinités, les maladies pour lesquelles on les invoquait , les inalhejors particuliers qu'ils avaient, croyait-^ on, la vertu de détourner, les symboles où le» attributs qui les <îaractérisent , les cérémonies particulières qu'on célébrait en leur honneur , servirent de texte aux fables différentes qu'on leur composa dans les hymnes ou les légendes qui, recueillies lorsque Fart d'écrire fut connu, formèrent rensemblé monstrueux de la mythologie.
ccânte des jardins impériaux , érigés sur des montagnes artificielles : l'empereur continue à y offrir des sacrifices C'est dans les temps d« l'équinoxc que se font ces sacrifices.
ANïÉRÏEUFft A î/ïDOLATRIE. 5l5
Telle fut Toriglue des théogonies , des mythes dci chaque divinité.
Le:' culte des hommes déifiées eut une grande influence sur le culte en général. La liturgie , toutes les parties' du cérémonial religieux , furent empruntées du culte rendu aux morts; car les fêtes y les pratiques , les sacrifices que Ton . célébrait pour les morts distingués ^ pour les .héros y ne différaient point de ceux dont ou .croyait honorer les dieux du ciel : les mêmes formes étaient employées pour prier , pour chanter les louanges des uns et des autres (i).
Tout, en eftet, dans les cérémonies reli* gleuses , se rapporte aux passions , aux faiblesses humaines ; et les dieux y sont toujours traités comme des hommes. Les prières , les postures humiliantes, les supplications, les louanges, les présens, les offrandes, tout ce qu'on emploie dans les palais des rois pour flatter leur orgueil , calmer leur colère , solliciter leur justice inactive , pour la corrompre , pour se les rendre favorables, fut employé auprès des dieux du ciel.
C'est cette influence du culte des morts sur
(i) Horace exprime la conformité du balte rendu aux mânes et aux dieux du ciel, par ce rers :
Carminé Dt superi ^placantur , carminé mânes.
(Epistol. I, /iV 11,1». 3»)-
5l4 ^^^ CULTES
le culte des dieux célestes ; c'est la confusion <{u*elle apporta dans le système théologique 4es anciens , qui fit croire a Evhémère de Messine que tous les anciens ^eux n'étaient que des hommes ., que des rois divinisés ; opinion que Plutarque regarde comme ahsurde et sans fondement , <c et dont l'audace a semé , dit-il , >) l'impiété dans tout l'univers ( i ) » : opinion renouvelée de nos jours par qiayelques savans ^ «t notamment par Fourmont et l!abbé Banier ^ mais qui , aujourd'hui , n'a plus de partisans parmi les hommes instruits.
<i) Traité (This et d^Osiris.
ÀNTÉRtEXJRS A L'IDOLATRII^. 5i5
N^x^J^sv^s^sv^^x^^x^^ïv\^!v^^^'^^^^^x^^x^^Jv.^^v^^^^xx^f^^