CHAPITRE XXYII
Des mystères : ils doivent leur origine au culte des
morts.
J'ai parlé de ces lieux privilégiés consacrés aux sépultures , situés hors des territoires^ loin des regards des mortels y sur les cimes désertes des hautes montagnes ou dans des îles inhabitées , dernier séjour des héros , des hommes illustres ; j'ai dit que la vénération qu'inspirait leur mémoire , transmise et accrue de siècle en siècle y avait communiqué à ces lieux* où ils étaient inhumés un caractère de sainteté qui leur valut les qualifications de Champs Sacrés ou Champs Éljséens, à' Iles Fortunées , de Sé-^ jour des Bienheureux , etc. Ces qualifications divines^ une fois adoptées, disposèrent les es^ prits à donner une plus grande extension à ridée qu'elles présentaient. L'imagination ardente des Orientatix, ainsi préparée, abandonns^ la réalité pour embrasser des chimères qui ^f rapporteraient.
5l6 1)£S CULTSS
Cea lieux ne furent plus un cimetière vénéré à cause des cendres illustres qui v étaient dé- "posées ; ils deyinrent pour le vulgaire un pays idéal , enchanté , où les âmes des justes erraient délicieusement sous des bosquets toujours verts, dans des prairies émaillées de fleurs sans cesse renaissantes , et , sous un ciel toujours pur , respiraient un air embaumé , rafraîchi par les zéphyrs y jouissaient d'un printems éternel, et recevaient y dans le séjour divin , le prix de leurs l>onnes actions.
Tel était le tableau imaginaire que faisaient anciennement lesj)oètes.y devins ou prêtres^ de la dernière -demeure des héros ; et tel est le penchant naturel de Thonfune pour le merveilleux qu'il crut facilement que des cadavres enterrés dans un lieu saint y conservaient une portion de leur existence passée; que cette portion d'existence y infiniment pure ^ était d'une Bàture surnaturelle, d'une substance déliée qui , conservant la figure, la sensibilité et les organes des corps vivans, n'en avait cependant point la matière, l'opacité, le poids , les besoins ni les î-nfinnités.; il <;rut que ces esprits fantastiques , ces âmes, ces ombres, ces mânes, doués d'une saj;esse profonde, d'une raison sublime, ne différaient guère de la divinité , et pouvaient lire facilement dans l'avenir les destinées des hommes.
ANTÉRIEURS À l'idolâtrie. ^17
 côté de ce séjour fortuné quliabitaient ces éfres merveilleux, les métnes poètes plaçaient un lieu de souffrances ou les âmes des hommes pervers expiaient, après leur mort, leurs mauvaises actions.
Pourquoi s'étonnerait-on de ce que rimagination des Grecs se prétait à cette métamorphose ; de ce qu'ils considéraient un cimetière comme un lieu de délices et d'enchantement^ et fe terrain qui était au delà comme un séjour de tourmens?Ne croyaient-ils pas fortement que la cime glacée du mont Olympe était le palais de tous les dieux , et que là se tenait ordinatrement lia cour céleste ? Si les dieux du ciel se contentaient de ce séjour froid , aride et nébuleux , Tes héros, les demi-dieux , les âmes des morts , enfin , pouvaient bien être logés parmi des tombeaux.
Dès que le sabéisme , ou le culte des astres , fut institué , il exista des collèges de prêtres. Pour élre admis dans cette congrégation religieuse , pour se rendre digne de partager les honneurs et autres avantages du sacerdoce , le candidat était soumis à des études longues , à des épreuves pénibles , et n^obtenait son admission qu'après avoir prouvé suffisamment sa capacité et sa discrétion. L^nsfruction qu'exig[eait la connaissance de cette religion savante
5l8 DES CULTES
faisait une nécessité de ce long apprentissage ; et l'esprit de corps , inhérent à toute réuniaa d'individus^ en faisait une loi. C'était successivement, et en le faisant monter de grade en grade , qu'on révélait à l'initié quelques parties nouvelles du secret de la religion; enfin , parvenu au grade le plus éminent , il apprenait qu'elle avait pour base unique les révolutions célestes 9 et que les dieux étaient des astres. C'était là le mot de l'énigme , que les grandsprêtres ne confiaient que fort tard h un petit nombre d'initiés Irès-éprouvés. Ces initiations , ces épreuves , ce secret , constituèrent, dans les premiers temps du sabéisme, ce qu'on appelle mjsières.
MaiS| lorsque le culte des morts eut amené une nouvelle doctrine ; lorsque les prêtres eurent persuadé aux hommes qu'une portion d'eux-mêmes leur survivait ; lorsque le dogme de l'immortalité de l'âme fut établi^ et par suite celui des chàtimens et des récompenses futures, le sacerdocis saisit cotte circonstance pour i^ccroitre sa puissance et son ascendant sur les esprits. Il oflfrit aux méchans des moyens d'expier, dans ce monde , des crimes dont ils devaient être punis dans l'autre j des moyens de dissiper leurs craintes sur l'avenir , et de les fortifier dans l'espérance de jouir ;, après leur
AisTÉRiEURS A l'idolathie. 5i9
mort y du bonheur ineffable, réservé aux âmes des justes.
' Il faUaift preuver la vérité du dogme des dbâtimeAS et des récompenses fetures^ et eji même temps réunir à cette preuve le mtojen expiatoire; k1 fallaâi fiiire sentir matérieUemenl: et Ja preu?ire et llexpialion-^. firatpperibrtement le» sens et l'îmiagination des hommes par le tableau des destinées différentes quiatlendaient les âmes des bons et des médians après leur mort ; il fallait > pour y faire croire ,. offrir aux homme» de ee monde le tableau de ce qui se passait dans l'autreî:
FourattMMb^e berbuft^ tes prêtres alors donnèrent aux cérémonies- des mystères «une extension et une forme nouvelle j appropriée à ce0 motifs n^uiveanx* Ils imaginèrent ^un ispeéta^le où rinttié devait jouer U2L râle très^actif. Ce. ^ spedaxîle •^ffiraîtîd'abord les toun&ess dé Tenfôr :i e% finies disait: iressefitir à l'initié en proportion de la granrité de. ses crimes. Après en avoir été complètemteiiiptErgéy onluipiiocurail un état de repos et de bonheur, ou» pressefftiment des jouissances des bienheureux dan& l'autre monde« On faisait considérer l'initiation comme une mort véritable; et les peines et les plaisirs qu'y ressentait l'initié étaient l'image
5aO DES CULTES
du sot*t qui attendait tous les hommes au sortir de la rie.
Des lieux secrets, des souterrains appelés adyteSy pratiqués sous les temples ou* dans des grottes profondes ; un vaste enclos voisin , souvent arrosé par une rivière et ombragé par un bocage sacré , étaient les différens théâtres où Von promenait Finitié. La mécanique et la physique fournissaient leurs nombreuses ressources aux illusions quV>n lui fai^it éprouver.
On j dévoilait y mais graduellement ^ quelques secrets religieux pour le commun des ini-^ tiés ; ce n'était là qu*un objet accessoire ; le prin-^ cipal était les préparations > les tourmens expiatoires , et le tableau du séjour des bîen-^ heureux^
Des^jeûnes rigoureux^ l'abstinence des vian-^ des ^l'observation scrupuleuse d'un état de chasteté y la confession de ses crimes (i) , tes ablutions purificatives y ou une espèce de baptême administré par immersion on par injection , étaient les préludes de Finîtiation.
Cette dernière cérémoûie se pratiquait ^ à
(i) Les imti& aux mystères de Samotrace se confes-^ saient; et lé prêtre qui i^eevait leur confession était nommé kofis, J^ojcez ce moidaDs-Hésychius.
ANTÉRIEURS A LIDOLATRIE. 5^1
Eleusis , par immersion ; et c'était dans les eaux sacrées de la petite rivière dllissus qu'on plongeait rinitié. Dans les mystères d-lsis ,- on versait de l'eau sur la léte. « Après cjue je me fus » lavé , dit Apulée^ et que le prêtre eut fait les >j prières pour obtenir mon pardon des dieux, » il versa de Teau sur moi , et me purifia.
» Le prêtre me commanda tout haut, ajoufn- » t-il ensuite , de jeûner pendant dix jours, de » m'abâlenir de vin et de chair d'animaux (l). »
Dans les mystères de Mithra^Ies prêtres faisaient sur le front des initiés le signe du Tau ou de la croix (2).
(i) Apulée, Méi^t^orphoses, liv. 1 1.
(2) Ces cérémonies subsistaient dans les antiques leligions , avant que les chrétiens les adoptassent. Tertulien le témoigne en disant que^ dans leurs mystères, les idolâtres emploient les cérémonies même des sacreméns divins ; qu'ils administrent le baptême aux initiés, et assu-' rent que cette cérémonie efface les péchés ; que les séc^ tateurs du dieu Mithra sont en usage de faire un signe de croix sur leur front; qu'ils célèbrent l'oblation du pain ; qu'ils croient à la résurrection, et que ceux qui sont victimes de leur attachement A leur religion , obtiennent la couronne du martyre. Tertulien parle aussi de la ressemblance des rits institués par Nutna , avec ceux des chrétiens . ( De Prœscriptione heretic . , cap .40)' '
Saint Justin rapporte à-peu-prës les mêmes faits : il dit que , dans les mystères de Mithra , on emploie Id
Les wfy^tères de Mithra^diet» «oleil <4q& Pei*ses, étaient les plus pén^Ues, les plus dangereux. On y purifiait l'initié dniis trois élemens : Teau^ Fair et le ff.u ; et souvent il perdait la rie au milieu de ce^ épreuves.
eonsecration 4^ |ttda tt èa > r'm , la Astiibuiion au pain et du calice. ( Saint Justin ^ jipol: 1 1 ^ p. 98 , édU* i&îS.)
Ces deuxPèi-es de l'Eglise ne sont point du tout. em— bardasses pour expliquer la cause de cette étonnante' ressemblance; ils disent Tuu et l'autre que c'est le diable quij instruit d'avance de l'établissement du christianisme,' et des cérémonies de cette religion, les inspira aux pa'iens^ afin de rivaliser avec Dieu^ et de nuire au cuhe des chrétiens. ( Fo^cz aussi les Mémoires d'Arts ^uetil sur les liwresixend» MémL^l'Aead. des Inseripi^, t. a8,p. î^37-) : . '
Dom Antmne de S<£s, ayant raconta que le bàptènie^ la confession , la communion , les jubilés , les processions^ les enceiuemens \ et [jusqu'au nom de Pape 'y domié au chef des.àacrifioateurs, existaient chez les Méxicaân^ avant 1-an^vée iMjfhxêÙKXSB en Ataftéi^que, assure aussi que la dialiile â(«it l'apputoui^ de ees invevtions; ( Histoire de la Confu/$e'du Mexique, liv. 3.)
Les Chinois ont des idoles tout-ià4ait ressèmblatft^ aux
figures de la vierge Marie. L'auteur de ta Relation de r Ambassade anglaiàe dit ^ à ee propos , que le missionnaire Prémore pensait, en considérant les pratiques de^ sectaires de Fo, que c'était un tour que le diable avait voulu jouer aux jésuites. {Vojfage dans V intérieur de ia Chine, du lord Macartney, t. II, p. 3o5.)
ANTÉRIEUilS A l'iDOLATRIE. 5^5
L'ensemble de ce'& mystères offirait limage de la moi't, celle des toùrméns que s^issent les hommes en pohition dé leurs crimes ^ et ensuite le tableau des délices du.s^ourdes bienheureux, u L'initiatioudans les rn^^stères , }) dit Apulée , est le siinulacre d'uàe moi^t vo- » Ion taire et> du salut de Tàme. te Le même , parlant de son initiation ^ dit : a le fus conduit M aux portes du trépas^ et je posïi le p^ed jus- )) que sûi^ rentrée du palais de Proserpine (i). »
Un ancien, d'après Strobée , s^exprime'plus formellement encore : « L'âme éprouve ^ à la » moart , les mêmes pasidon» qu'elle ressent » dans les Jniliationsr; les mots' même répon- » dent aux mots^coifame lés choses répondent » aux choses : mourir ou ^ré initié , S'exprime D par des termes semblobies (a). » j
Le corps exténué ,Iës organes affaiblis par les jeûnes^ disposaient l'initié aux lUusioÀsdont l'artifice des prêtres allait l'etatourer^ et lui étaient la fiiotilté de râfSOAtver , et de distinguer la réalité d'avec le prestige.
« Ce n'esl d'abord qu'erreurs et incertitudes, » que courses laborieuses, que marches péni- » blés et effrayantes à travers lés ténèbres
(i) Apvléey uHétamorphoses^hy, 11.
(a) Recherches sur les Initiaiwns anciennes.
» épaisses de la nuit. Arrivé aux confins de la » mort, de V initiation ^ tout se présenle sou» n un aspect terrible ; ce n'est qu'horreur, que » trenablement , craintes, frayeurs. Une di- » vermlé .surprenante de spectacle mystérieux » s'offre à la vue; la lumière et les ténèbres » affecletit altenialivemeiit ses sens, et mille » autres choses extraordinaires se présen- » tent(i). » Plélhen parle de fantômes qu'on faisait paraître sous la figure de chietls^ on de plusieurs autres spectres et figures monstrueuses (a)k
Vir^e,.dàBS son livre sixième, qui ofllre un tableau précicu:ifc des initiations , fait mugir la terre , ébranler les cimes des forêls, apparaître, au milieu des ombres, des chiens qui aboient. Glaudien semble avoir peint les horreurs des initiations dans ce tableau : uDejà s'ébranlent n et chancellent à mes yeux les bases de ce » temple ,. dont la: voûte , par de brillantes » clartés ,: aiutonce la présence d'un dieu. Uii » horrible fracas se fait entendre au seini de lîi )) tetre; les autels des. enfans de Gécrops re- » tentissent de niugissemens sourds ; et les » torches sacrées d'Eleusis étincellent dans
{4) Dion Chrisostôme.
(a) Scolics sur les Oraetes imaginaires de Zcroastre.
ANTÉRIEURS A L'ïDOLATRIE. 5^5
k) les airs. Les serpens de Triptolème ont » sifflé y etc. (i). » . *.
 ces scènes ténébteuse^ ^ bruyantes et terribles, qui remplissaient Tâme de l'initié de trouble et d'effroi , succédaient subitemeiB un jour pur et briUaniy.et le spectacle de scènes riantes et champ^res. «c^^Une lumière miraculeuse et JD divine frappe ksyeux; des plaines brillanles, » des prés émaillés de fleurs se découvrent de ï) toutes parts; des hymnes et des 4;haeurs de JD musique, enchantent les oreilles. Les <toc- » tri ncs sublimes de la science sacrée y font le >i sujet des entretiens. Des visions saintes et » respectables tiennent les sens, dans Tadinira- M tion ; l'initié est re^nda parfait.; désormais li- » bre y il n'est plus asservi à aucune contrainte. a Couronné et triomphant, il -se promène par » lés régions des bienheureux, et converse » avec des hommes saints et vertueux (2). »
(c Je revins 9 dit Apulée, passant par tous les » élémens ; je vis, au milieu de la nuit^le soi) leil brillant d'une lumière très-vive; j'arrivai H en la présence des dieux du ciel et des en- » fers , et je les adorai de très-près (5). »
(î) Claudia^., de Raptu Proserpinœ, lib. i, v. 7.
(2) Fragment de Strobée.
(3) Apulée, Métamorph., liv. 11.
5a6 DE5 CULTES
Claudien parle des Champs-^Ëlysëens et dti séjour réservé aux bienheureux dans l'autre » mpnde^ comme d'4ia lieu consacré aux sépultures f et nous ramène à ce que j'ai déjà exprimé»
a Ce séjour de la mort n'est pM celui de la u, trâatesae : la joie règne parmi ces habitans >i des tombeaux ; ils se livrent aux plaisirs de M Ja table ^ et l'on y voit les mânes , oouron- M nés de fleurs^ s'égay^raoe milka d'un festin » agréable; dès accorda mélodieux retentissent » dtJBS ceiîeu de téaèbrés et de silence (i). »
. Virgile a peiât ainsi ce ^diangement de scène, ir Us arrivèrent dans <ës contrées délicieuses , » dans ces bocages fortunés ^ où les âmes » pièttscs goûtent une félicité tranquille. Va )è air pur, use dduce lumière rendent ces M campagnes riantes ; ceux qui les habitent ont » leur soleil et leurs astres. Les uns montrent , » sur le gaion, leur ^souplesse dans les exer-- » âces du corps , et s'amusent à lutter sur le » sable; les autres frappent )a terre en ca- D dence , et forment entre eux des danses et
(i) Pallida Imtatur regio , genîesque sepultœ
Luxuriant, epuUsque vacant genialibui umbrœ. Grata conmaii peragunt conyiuia mânes, Rumpunt insolUi tenehrosa sUentia eantus.
De liapta Proserpinae > lib. ii.
antérieuk» a l'idolâtrie. 5^7
» des chœurs de musique. . . • D autres ombres , » couchées sur des lits de gazon , passent le » temps en d'agréables festins, et chantent en » chœur des cantiques de joie. Dans un bois » de lauriers odoriférans , où l'Éridan forme » dirers canaux ayant de couler sur la terre , . » sont les guerrie^'S qui ont prodigué leur » sang pour la défense de leur patrie ; les » pi^étres dévoués au culte des dieux pendant M leur vie ; les poètes religieux qui ont chanté » des rers dignes d'Apollon ; ceux qui ont » contribué au bonheur de la société par Tin-^ » vention de$ arts; enfin tous ceux qui, par » leurs bienfaits , ont mérité de vivre dans la ^ mémoire des hommes : tontes ces ombres h ont la tète ceinte d'un bandeau aussi blanc » que la neige (i). »
Tels étaient les tableaux de ténèbres et d'horreurs , de lumière et de félicité que , dans les mystères, on présentait successivement aux sens de l'initié.. Les formalités de l'initiation , les épreuves, les cérémonies qu'on j observait, diftéraient suivant la divinité et les lieux oit elle était adorée. En général , les mystères offraient a la fois la révélation de quelques secrets religieux , un moyen d'expiation , et des
(0 ^^''S'^*? ^neid,, lib.6, v. 637.
!Sa8 DES CULTES
uiolifk de crainte et d'espérance pour la vie future y dont ces représentations mystérieuses
otf'raient Fimage.
Je nVntrerai pas dans de plus grands détails à cet égard : plusieurs savans distingués ont traité ayant moi ce sujet ; j'y rei>voie les- lecteurs (i). Mon unique objet est de faire con-naître l'origine et les motifs de cette institution religieuse , d'en donner une légère idée , et de prouver sur-tout qu'elle dérivait directement du culte des morts. Il est certain que si ce culte n'eût pas existé , si les fables des Iles des Bienheureux f Aes Prairies sacrées ^ desChamps- Elysées , etc. ^ qui en sont les conséquences , n'eussent pas été imaginées, les mystères auxquels ces fables servaient de bases n'auraient jamais eu lieu.
Quant à l'origine de la fable des enfers , du séjour des âmes bienheureuses, et du lieu de tourmens réservé aux âmes des criminels, ainsi ^ ■ .' »
(i) L^abbé Terrassan, dans son roman de Sethos , a donné des détails précieux sur les mystères de l'Egypte^ On en trouve aussi dans Court de Gebelin , et dans les Mémoires pour servir à r Histoire de la Religion secrète des anciens Peuples , par Sainte^Croix^ On peut consulter aussi avec fruit V Histoire critique des Mjrstères de l'Antiquité, et les Recherches sur les Initiations ancien^ nés et modernes, par l'abbé JR. . .
ÀJNTÉRIEtJRS A l'iDOLA^TRIE. 52^
que de certaines cérémonies pratiquées dans les mystères, Biodore de Sicile dit formellement que cette origine est due au terrain sacré des cimetières , et aux cérémonies employées, lors des obsèques (i).
« Orphée , en introduisant lés peines des n médians dans les enfers ^ et en admettant ) les prairie^ des bienheureux, n'avait fait ) qu'imiter ce qui se pratiquait aux funérailles ) des Egyptiens. Homère, suivant les traces ) d'Orphée ^ dit que les morts habitent ces ) lieux , puisque c'est là que se font la plupart des funérailles des Egyptiens , et sur-tout ) les plus magnifiques, et qu'on n'y dépose ) les cadavres qu'après qu'ils ont passé le lac Achérusien (2). »
Les premiers chrétiens eurent leurs mystères, et n'y admirent que ceux qui s'y étaient préparés par des épreuves, par des purifications et des jeûnes. Lors de leur célébration, le prêtre chrétien, à l'exemiple du prêtre païen, s'écriait î Qu'on éloigne les profanes ^ qu'on ferme les portes ! les mystères vont commencer. Comme les initiés païens , les initiés chrétiens avalent un signe pour se reconnaître , des formules
(i) Voyez chap. XXVI, p. 495 et suiv.
(2) Voyez ci-dessus, la note des pages 498 et 499- 1^ 34
55o DES CULTES
particulières et mystérieuses, et un secret à garder. (V On cachait les mystères , dit l'abbé >} Fleuï^y , non-seulement aux infidèles , mais » aux catéchumènes ; non-seulement on ne les » célébrait pas devant eux , mais on n'osait pas » même leur raconter ce qui s'y passait, ni » prononcer en leur présence les paroles so- » lennelles , ni même parler de la nature du » sacrement; etc. (i). » Les catéchumènes, ou aspirans à l'initiation du christianisme, étaient, comme les disciples de Pythagore , divisés en muditeurs et compétens , ou illuminés.
Lorsque toute une nation fut initiée aux mystères du christianisme , il ne dut plus y en avoir ; ou plutôt les mystères connus de tout le monde , ne furent plus un secret , quoique quelques cérémonies en aient conservé le nom {2).
Néanmoins les mystères, dans l'acception stricte que les anciens donnaient à ce mot , se maintinrent encore parmi les chrétiens. Les chevaliers du Temple puisèrent en Orient ces cérémonies secrètes, les adoptèrent et les trans-
( I ) Mœu rs des Chrétiens , chap . XV .
(2) Un docteur en théologie, appelé de fallemont, a cpmposé, en 17 10, un gros livre intitule du Secret des Mjsthres , où se trouvent plusieurs faits curieux sur les mystères des premiers chrétiens.
ANTéRÎEÛlIS A L^lDQLATRtE. 55 1
mirent m lE^urope^ où il se foirina des sociétés oiystécietLçe^ ^ qpi r^^vm^M une grande, con-r sistapçe ^n Ecosse sfous le nom de Fra^çs;^ Maçons y et de là $e protpagèirent dans tout^
r£urope«
Ces sQCÎétés n'étaient et ne soat compojsée^ que de séculiers. Mais voici un e^^emple fourni par des moines catholiquçs , où l'on voit toutes les forme.s des mystères de l'antiquité bien conservées , et aj^iquées à la religion chrétiçiine. Je veux parler de ce qu'on appelait en ^ Irlande k PurgeUoire de , Saint-Patrice» he lieu de f;e purgatoire était situé dans la province d'Ul^'Qr, à de^q;: lieues de Qungall^ et dans une petite Ue qui s'élevait s^n nsiilieu d'un lac ap-^ pelé Derg. Le$ Irlandais nomment cette ile EUanu-Frugadory^ ou Vile du Purgatoire.
Là était une caverne profonde où se célébraient les mystères. Les jeûnes , les ablutions y la confession ^ les scènes terrifiantes , l'image oiSerte à l'initié des peines du purga-toire ou de l'enfer, formaient le premier acte, A des épreuves longues, eflFrayantes et douloureuses , succédait le tableau riant du séjour des bienheureux. On y introduisait l'initié, qui, comparant son état présent aux peines qu'il venait de subir, se croyait ravi dans le ciel. Sous le règne du roi Jacques , ces mystères »
OÙ une extrême crédulité venait s'alimenter dans le sein de l'imposture^ furent abolis, les moines chassés , leur habitation et la caverne mj'Stérieuse détruites. Mais les religieux espagnols et portugais ont rétabli y en divers lieux > des purgatoires de Saint - Patrice , cjui subsistent encore (i).
Telles furent les institutions diverses qui dérivèrent de trois cuUes principaux : le cuUe des fétiches , le culte astronomique et celui des morts ou des héros. Le fétichisme fournit des noms aux planètes; le cube astronomique peupla le ciel de dis^îrdtéss le culte des morts en— gendra les fables mythologiques ; la doctrine des peines et des récompenses dans l'autre vfe^ engendra les mystères, les purifications, et expiations, préservatifs des peines futures.
J'ai remonté à la source de toutes les insti-
(ï) Si je ne craignais pas de m'écarter de mon sujet, je citerais tous les détails des cérémonies de ces mystères y et je les puiserais dans un ouvrage intitulé: Histoire de la Vit et du Purgatoire de saint Patrice, par Fran^ çois Bouillon, franciscain, où se trouve la description des épreuves terribles que subissaient les dévots et courageux aspirans, et du lieu de délices où ils étaient ensuite transportés , où ils avaient les avant -goûts de la gloire des bienheureux. On peut consulter aussi Reeher^ ches sur l'Irlande, p. 263 et suiv^.
ANTÉRIEURS A L'iDOLilTRIE. 555
tutions religieuses ; je les ai suivies pas à pas
It dans leurs progrès ; j'ai montré leur filiation ,:
\ les altérations , les accroissemens qu'elles ont
f éprouvés dans différens temps , chez différens.
peuples : il ne me reste plus , pour compléter
cet ouvrage^ qu'à indiquer la place qu'elles
doivent occuper dans l'ordre des temps , et à
réunir en un seul faisceau tous les faits dont
j'ai donné la preuve.
'v^v.'^^(\.^^lv^M\•^(vv^^(^v^^<^^tvv^l^•'4M^^^x'«Wv^Al^.^jv\>>^
CHAPITBE XXTIII.
K^sumé chronologique des faits çoDtenus dans cet
ouvrage.
Le soleil, ]a lune ,, les montagnes, les fleuves,, les rivières, les forêts , tous objets que j^ai qualifiés àe fétiches naturels, furent les premières divinités des hommes , et appartiennent au premier âge des religions.
Les extraits ou les images de ces mêmes oh-* jets, les pierres limitantes de diverses formes, dont chacune déciles était indifféremment une borne, un dieu, un tombeau, un monument civil, et qui, réunies sur le large terrain des frontières, le transformèrent en lieu saint, à la fois consacré au culte, aux sépultures, aux assemblées politiques, et par suite aux plaiâirs et au commerce. Ces mêmes pierres, diversement disposées, furent Forigine des obélisques, des pyramides, des temples, des autels et des trônes. Les troncs d'arbres furent également considérés comme des bornes et des dieux. Des eaux extraites des fleuves, des rivières ou des fontaines
ANTÉRIEURS k L'iDOLATRIÈ. 555
sacrés , et transportées dans des vases qui devinrent sacrés à leur tour; une massue, une épée;, une lance , et d'autres objets que j'ai nommés fétiches artificiels , doivisnt être classés dans le second âge des religions.
Les progrès de l'agriculture faisant sentir le besoin de mesurer le lemps , d'indiquer les saisons convenables aux divers travaux des champs., on divisa le cours annuel du SiÇileU ep douze parties, et ce nombre fut fdur^i par les douze phases de }a lune. L*a tdiffére;ace qui se trouve edire la durée du cours anfiuél du soleil et cdle 4es douze phases «de la^Jupe , fit bientôt reconnaître combien ceXi&xnéùioAe ,était défectueuse et insuffisante pour marquer Ifss époques des travaux des champis* On len chercha une autre. On inventa le J3oe&7^£^6.^;<espèeie decalendriermécaniquequirepréfientaitl'aniiée divisée, comme auparavant, en douze.parties, et dont les divisions correspondaient à d'auti^ formées idéalement dans la partie du ciel que le soleil semble parcourir dans une année , et que les groupes d'étoiles remplissaient et déterminaient. Dans ces douze divisions du zodiaque mécanique , on plaça des signes pour les distinguer et les reconnaître. Ces signes étaient des symboles indicatifs des principaux accidens du soleil dans sa course, et des travaux de la cam-^
pagne. Les noms de ces douze signes furent appliqués aux groupes d^éloiles qui leur correspondaient dans la division céleste. Presque toutes ces divisions^ identifiées avec le soleil déjà adoré , furent bientôt des divinités eUes-mêmes.
La précession des équinoxes , qu'on n'avait pu pi^évoir, apporta quelques changémens dans le zodiaque*. On /ut forcé de déplacer quelques signes. L'habitude d'observer le ciel fit découvrir le cours réglé de ^quelques planètes. On les considéra comme des divinités solaires. Ces découvertes, gravées sur des pierres limitantes ou monumentales déjà adorées , 'Valurent à ces €lernières le titre de divinités savantes et inventrices ; et les pierres appelées Thoth , Hermès ', Mer cure ^ furent regardées comme des dieux qui avaient inventé les langues, les arts et les sciences. Les savans consultèrent ce premier dépôt des connaissances humaines , et leurs livres n'en furent d'abord que des extraits : ces connaissances acquises établirent la religion as^ trônomique , ou le sabeisme , et se rapportent au troisième âge des religions.
Des guerriers, des législateurs, des sa vans avaient rendu des services éclatans à leurpa-^ trie. Leurs tombeaux vénérés par la reconnaissance , situés dans des lieux privilégiés et loin
ANTÉRIEURS A L'iDOLATRIE. 587
des regards de la multitude y devinrent , dans la suite des temps, un objet de culte , et le terrain sur lequel ils étaient placés fut un champ sacré y le séjour des âmes des bienheureux. Des rois prétendirent à cet honneur. Les arts cherchèrent à préserver leurs corps morts d'une destruction totale. On offrit à la vénération publique leurs corps embaumés; on en ofirit la figure ou celle de la caisse qui les contenait , ainsi que le récit des actions louables qui leur méritaient les hommages de la postérité. De là les figures humaines adorées, les hymnes, les éloges et les jeux funèbres qui, répétés a chaque fête anniversaire , donnèrent heu à plusieurs cérémonies rehgieuses. Ce fut le quatrième âge des reUgions.
Le culte des dieux du ciel ou des dieux-astres ne devait pas être inférieur au culte des morts. Oh leur appliqua toutes les cérémonies obser- ' vées dans les palais des rois pendant leur vie , et sur leur tombeau après leur mort ; d'où est venue la grande conformité entre les honneurs Tendus aux rois morts ou vivans , et ceux qu'on rendait aux dieux.
On appliqua aussi au culte des dieux du ciel, les hymnes et les éloges funèbres que Ton chan*tait ou récitait pour honorer la mémoire des héros ou des rois. De là les fables mytholo-
54o TABLE
geur , de leur dénomination • • • p. i^g
Chàp. IX. — Les principales montagnes adorées faisaient partie des frontières. • 142
Ghàp. X. — Quels furent les Fétiches artificiels extraits des montagnes adorées : preuves de cette extraction • . • • • 149
Ghàp. XI. — Les noms des pierres limitantes et adorées dérivent des noms des frontières i6a
Ghàp. XII. — - Des monumens monolithes; des bornes ou colonnes grossières, isolées ou accouplées, appelées Thoths, Hebmès, Termes, Bethels, BiTTLES, etc. Origine des cippes, des colonnes et des obélisques « 180
Cbap. Xm. — Des monumens monolithes, carrés ou cubiques , et autres semblables. Origine des autels et des trônes. 207
Ghap. XIY . — Des pierres entassées en forme conique et pyramidale , ou monticules factices , appelés Mon CEiiTX DE Mercure, Motte, Gomble, T'oMBE , MoifTJOYE , Bàrrows , ctc Origine des Pyramides • . • • . naS
Ghàp. XY . — Des monumens composés de plusieurs pierres , dont les unes dressées en supportent d'autres posées horizontalement, nommés Fans DE Mercure, Cromlechs, Astas, Pierresj.svi£s, etc. Origine des niches, des sacella.
DES dHAPltRES. 54 1
des pierres plantées sur un plan circulaire ou carré, long ; origine des temples • • p . 363
Ghàp* Xyi. ^-^ Des pierres branlantes, et des rangs de pierre de Garnac ••••.•• 292
Ghàp. Xyn. — Conformité du culte rendu aux pierres limitantes et monumentales , en différens temps et en différens pays . • • . 3o2
Ghàp. Xym. — Les pierres monumentales , sépulcrales et divines , quelle que soit leur forme , sont toutes placées sur des frontières, et n'étaient, dans leur origine, que des bornes • 869
Ghàp. XIX. — Réunion de plusieurs institutions civiles et religieuses, hors de l'enceinte des villes, ou sur les frontières de leur territoire 320
Ghàp. XX. — Du mythe ou de la fable de Mercure. Ses fonctions et ses attributions se rap-> portent aux institutions établies sur les frontières ..•••• 827
Ghap. XXI. -^ De quelques autres divinités auxquelles les pierres limitantes ont donné naissauce, et notamment de la divinité de Vénus et de son culte • • l^i^
Ghàp. XXn. — Des fétiches artificiels extraits des forêts sacrées • 4^S
Ghàp. XXin. — ^es fétiches artificiels symboles des eaux 44?