‹ Histoire abrégée de différens cultes (volume 4)Chapitre 4 sur 29 · QUI ONT PRÉCÉDÉ · texte numérisé non relu

QUI ONT PRÉCÉDÉ

ET

A19IENÉ l'idolâtrie

GHAPITBE PREMIER^

lïOTIOtîS PRJÉLIMINAIRES.

Uî9 navigateur habile qui a découvert une terre inconnue ne se borne pas à la décrire : il fait connaître^ avant le gisement de la cdte^sonre* lèyement^ le rappcu't des sondes , la direction des courans , enfin les détails de toutes les ma* nœuvres qui lui ont servi pour attérir heureusement. Je crois devoir , à son exemple, avant d'ouvrir à mes lecteurs la carrière peu connue où je me suis engagé , leur dire quels moyens j'ai employés pour pénétrer, à travers Vobscurite des siècles, jusqu'aux temps les plus reculés ;

commeût j'ai suppléé au silence de Thistoire ; quelles preuves m'ont appuyé , quels principes m'ont dirigé dans cette marche.

Il est dans l'homme en société une affection souvent nuisible aux progrès de la raison , mais toujours conservatrice des usages antiques : cette affection esiY habitude. L'histoire n'a point de témoignages plus antiques^ de tradition plus certaine. L'habitude transmet^ de génération en génération'^ toutes les pratiques originellement instituées , les conserve souvent intactes à tra- .. vers le^rî^vages des siècles, et Içs met à l'abri ». ' t. des s^tteintés des institutions contraires; elle résiste à la violence des gouvernemens les plus tyranniques , et ne cède enfin qu'à une persécution constante , énergique , et long-^'temps prolongée.

L'habitude rapproche l'intervalle immense qui se trouve entre le passé et le présent. C'est par elle , par sa continuité, que les usages, les mœurs de» siècles les plus reculés^ des premières époque&'d^s sociétés , ont été fidèlement con^ «ervés et transmis à des temps où la civilisation avancée a permis à l'histoire d'en esquisser le tableau.

Ghes les peuples où les révolution&politiqiies n'ont point existé , ^ ou n'ont point opposé à rfaabihide des obstacles assez puissans , lès

ANTÉRIBURS A l'H«)LATRIE. l5

mœurs ; les usages, les pratiques anciennes se sont continuées et maintenues jusqu'à nos

jours.

Ainsi l'histoire, en noustransmettant aujourd'hui ce queThabitude lui a transmis autrefois , fourairakdes lumières suffisantes pour éclairer cette partie ténébreuse de l'antiquité, si ^ par ses nombreuses lacunes , elle ne laissait elle* même beaucoup à désirer. Mais ce qui peut suppléer a ce défaut de l'histoire , c'est l'observation des moeurs , des usages et des pratiqués des peuples existans , dont la civilisation est nulle ou n'est qu'ébauchée. Us nous offirent l'image vivante des siècles les plus reculés. La comparaison qu'on peut faire des usages de la plus haute antiquité , qui n'existe plus que dans l'histoire de quelques peuples civilisés , avec les usages existans de quelques peuples sau*vages , explique les motifs des institutions , et ofire de grande! ressources axix scrutateurs de l'antiquité. Ce rapprochement , cette comparaison, m'ont quelquefois fourni d'heureux résultats; car , et c'est une vérité bien digne de remarque , il existe entre les mœurs , les pratiques et même les opinions Me certains peuples de l'antiquité , et celles d'un grand nombre de peuples qui sont aujourd'hui sauvages ou demi-ci vilîsés , quelles que soient les

l4 1ÙE6 CWÎE»

distances et les mers qui les séparent, mm eonformité si frappante qu'on ne peut se rdFoser à soupçonner qu'à une certaine époque, sans doute ayant la catastrophe qui a bouleversé la surface du globe, les communications entre les différens peuples étaient plus faciles qu'elles ne le sont aujourd'hui; qu'ils ont pour la plupart reçu une loi, une religion, uniques. En éfièt, 1^ mémesopîniont, le$ mêmes erreurs, les mêmes pratiques et les mêmes absurdités, se trbuveni établies maintenant, comme dans les temps les plus anciens, chez différens peuples , habitant des points de la terre les plus éloignés entr'eux* J'en rapporterai quelques exemples. Ainsi, j'ai àt tirer un grand parti des relations devoyage&i elles m'ont fourni plusieurs objets de comparaison : c'est souvent par elles que le présent m'a éclairé sur le passé.

Il est des monumens grossiers , existant encore dans toutes les parties de^la terre , dont l'origine remonte aux premiers âges des sociétés^ qui sont mentionnés et décrits par plusieurs écrivains de l'antiquité, et qui peuvent, si on les compare , si on saisit leur rapport , leur analogie , répandre de grandes lumières sur Forigine et les motifs des institutions primitives.

Des recherches sur ces monumens curieux , trop dédaignés par les modernes ; leur diWsion

ANTÉniEirftS A l'idolâtrie. i5

en différentes classes , leur destination ^ et les institutions civiles ^ religieuses , les divinités même qui en sont dérivées ^ feront la matière d'une partie de cet ouvrage*.

J'ai pu encore tirer quelques secours des fa<* blés mythologiques : toutes ^ j'en suis certain , ne sont point allégoriques ^ comme on le pense généralement ; mais celles qui le sont ne ctH^ chent pas tellement la vérité qu'il soit impos^ sible de la découvrir. Quelques anciens ont levé un cœn du voile* Diodore de Sicile a ré-* rélé 1a ikble des juges des enfers, des jugemena que subissent les âmes des morts , et celle de l'Achéron. Ces données indiquent le seo^et du génie allégorique des anciens, et£3nt connaître le tissu de l'enveloppe mystique.

Voilà les principaux moyens qui ont assuré ma marche ; voici les principes qui l'ont dirigée :

i\ Ce qui est- simple est plus caicien que ce qui est composé. C'est ce principe qui m'a servi à établir un ordre relatif de chronologie dans les diverses institutions religieuses dont j'ai à parler. Il est généralement reconnu ; il me suffit de l'exposer.

a^« Dans les sociétés primitives , rétat mond de f homme différait peu de celui du saui^e actuel; ses opinions religieuses étaient des er^

j6 bes cultes

reurs. Ce principe exige quelqueiB dévelop*f pemens.

Le degré d'intelligence de l'homme qui vivait dans des temps très-reculésy etcheZjlequel laci-r vilisation n'avait encore opéré aucun changemeni, devait être leméme que le degré d'intelr ligencede l'homme qui vit aujourd'hui , et chez lequel la civilisation n'a point opéré dej^iange^ ment. Cette conformitéestréelle^ sur<^tout si le$ climats et les sols habités par le sauvage an-r eien et par le sauvage moderne sont les mêmes. Ainsi les habitans des vastes contrées encore trèfr-peu connues , de l'Afrique , ceux del'Amé-f rique et de l'Açie septentrionales , etc. , nous ofirent^ dans leurs majeurs, dans leurs opinion$ religieuses^ l'image fidèle des moeurs , des opi-^ nions des premières sociétés de la terre. .C'est ohez les sauvages modernes, qu'il faut aller puiser la vérité sur l'origine des sociétés primitives, et non dans ces traditions mensongères inventées long-temps après l'événement , par l'orgueil national ou par l'intérêt de certaines castes (i).

(i) Robertson exprime la même opinion. Après avoir offert à ses lecteurs le tableau des mœurs et des usages de différens peuples de l'Aménque, il ajoute : « Si. nous » pouvions remonter à la source des idées des autres na-

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De tels hommes ne pouvaient avoir que des idées fausses^ des opinions erronnées en matière de religion. L'idée de la Divinité ^ <^mme nous la concevons , ne pouvait les frapper. Est-il à espérer quelque chose de ces êtres qui pas-*saient leur vie entière ^ tels qu'ils étaient sortis ; des mains de la nature^ dans une continuelle en«- i fance ; dont toute Ifintelligencesebornaitàsuivre' ' Fimpulsion de l'instinct animal ; qui , assaillis de besoins toujours renaissans , uniquement occupés k les satisfaire , n'avaient pour cela que des mojens uniformes et peu nombreux ? De tels hommes^ que leur profonde ignorance n'élevait guère au dessus de la condition des brutes , pouvaient-ils apercevoir ce qui n'était pk>int'k la portée de leur vue? pouvaient-ils connaître des vérités qui, pour être découvertes y demandent une longue suite d'observations, des méditations ; des combinaisons

» ûans jus<{u'à ce premier état de société ou rhistoire » commence à les offrir à nos regards , nous apercen Trions une ressemblame frappante entre leurs opi- » nions et leurs pratiques et celles dont nous venons de «* parler; nous noi|S convaincrions aisément que, dans » des circonstances semblables, l'esprit humaÎR suit » par-tout à-peu-près la même route dans ses projets, » et arrive presqu'aux mêmes résultats. » ( Hist. d'Ame" rique , tom. !i, p. 4^7.)

;i« DES CULTES

•d'idéeifi^ tatidîs que leurs ôrganèâ n'étaient liul-^ lement exei^cés à dcfs opérations subtiles de l'es^ prit y et qu'ils manquàietit des méthodes qui Tendent ces opérations faciles ? Poùtaient-ils donc. avoir des idées saines en métaphysique ? Et , quand même il eût existé dans ces temps d^ ténèbres quelques individus assez heiâreusement organisés , doués d'ùilie intelligence assez transcendante pour concevoir subil^ment des vérités iaconnue^r jusqu'alors^ quels eussent été leurs moyens de les expliquer et de les transmettre à leurs contemporains , à leur» descendans ?

€e$ moyens, qui seuls ont petiré l'homme de son état de sauvage , qui ont semé , pour Àînst dire, les idées , et les ont fait germer même dans les têtes qui n'avaient pu les concevoir ; ces moyens , dis-*je ^ leur manquaient. Leur langue, pauvre et grossière, était dépourvue de mots propres à exprimer les opérations de l'esprit, des idées abstraites (i)» Ils ne posssédaient

(i) Entr'auims preuves de l'état d'igriôrancfe et dé brutalité des peuples avant la civilisation résulte là pauvreté de leur langue. Même chey les modernes , left mots employés pour rendre des êtres métaphysiques : lexercice de la pensée y les opérations de l'esprit , pafi* exemple, n'exprimaient dans leur origine que des êtres physiques , des actions matérielles.

ÂliT^RIEURS A L'IDOLATRIE. ig

point Tari d'écrire : cause puissante de la pro-* pagatîon des connaissances humaines, instrument indispensable à leur conservation > et dont rimprimerie n'est qu'une extension hciureufti?. Ainsi, dépourvttî^ des connais^nces nécestoires àl'exercice de la pensée, dépourvus des moyens de les acquérir et de les propager, les hommes restèrent long -temps dans l'état d'enfance et de barbarie où la nature les avait placés. Les premières idées qu'ils conçurent de la Divinité durent être bornées et grossières comme leurs organes, et par conséquent durent être fausses: je me crois donc fondé à dire que, les ténèbres de l'ignorance ayant précédé les lumières de la raison, les premiers pas de l'homme vers la religion se dirigèrent danâ la carrière dé l'er^^ reur (i).

(i) Les faibles marques de religion que Ton obsët>ve^ chez la plupart des sociétés qu'on appelle aiTjoùrd'hui, sauvages , consistent dans Tadoration du soleil , de la. lune 9 ou dans celle des montagnes y des fleuves et de quelques animaux; leurs pratiques religieuses ressema? blent à de la magie grossière ; et leurs prêtres ne sont que des espèces de devins^ ou sorciers. Tels ont été. les premiers élémens des religions de Tantiquité. Il est encore aujourd'hui, certains peuples qui n^ont pas même ridée d'un culte* ïlntre plusieurs preuves que je pourrais produire , je me borne à celle-ci : « On a découvert

;jO DES CULTES

3^. Les erreurs antiques ^ malgré les progrès des lumières , furent respectées. La cmlisation^ en croissant , ne fit que les élaborer^ les cmbgfUr pu les cacher sous lin voile allégorique.

La vérité 4^ ce principe est prouvée par le

» en Amérique 9 dit Robertaon, plusieurs tribus qui I» n'ont aucune idée d'an être suprême y ni aucune pra- » tique de culte religieux. Indifférens au spectacle nuu- » gnifique d'ordre et de beauté que le monde présente à » leurs regards y ne songeant ni à réfléchir sur ce qu'ils » sont eux-mêmes , ni à rechercher quel est l'auteur de » leur existence , les hommes dans l'état sauvage con* » sument leurs jours, semblables aux animaux qui » vivent autour d'eux. Ils n'ont dans leur langue aucun > mot pour désigner la divinité , et les observateurs les » plus attentifs n'ont, pu découvrir parmi eux aucune » institution , aucun us^e, qui parussent supposer qu'ils » reconnussent l'autorité d'un dieu, et qu'ils s'occu- » passent à mériter ses faveurs. » {Hist, de V Amérique, tom. 2, p. 4^1*)

Un voyageur célèbre parle ainsi des Hottentots Namaquois ; « Pour ce qui est de la religion , du culte, des » prêtres , des temples , de l'idée d'une âme immortelle , « tout cela est nul pour eux : ils sont sur cet objet ee que • sont tons les autres sauvages leurs voisins, c'est-à-dire » qu'ils n'en ont pas la plus légère notion. » ( Second J^qjrage en Afrique , par le J^mllant, tom. ET, p. Sao.)

Don Félix de Azara*, qxd a passé treize années consécutives parmi les nations sauvages de l'Amérique méridionale , dit qu'ils n'ont aucune id^e de la divinité , et qu'ik vivent sans culte et sans lois. (Voyez Voyage dans

ANTÉRIEURS A L'iDOLATRIE. il

fait; elle est prouvée par l'histoire des peuples anciens et modernes. On la découvre en comparant les mœurs qu'ils avaient avant leur civilisation f avec les mœurs qu'ils ont eues depuis; en comparant les usages, les pratiques, les opinions religieuses des peuples qui sont civi<*« lises, avec les mœurs,. les pratiques, les opinions religieuses des peuples qui ne le sont point, ou dont la civilisation n'est qu'ébauchée» S'il s'est trouvé quelques peuples , quelques sectes , ou même quelques individus qui aient rejeté ces erreurs primitives , le phis grand ûonibre des notions et] le plus grand nomlH*e des individus dans une nation les a conscrvées*^ C'est le propre de Fhomme sans instruction de

r Amérique méridionale, par Don Félix de Azara, toro. a, chap. X-)

Dom Pemetti ,, après avoir décrit les vertus des Bra-* silienSy ajoute : « La religion n'a cependant point de part » aux idées des Brasiliens. Ils ne connadssent aucune di- » vinité, ils n'adorent rien , et leur langue n'a pas même » de terme qni exprime le nom ou l'idée d'un dieu. » Dans leurs fables , on ne trouve rien qui ait du rap- » port à leur origine ou à la création du monde... Il ne » leur tombe pas dans l'esprit que cette vie puisse être » succédée d'une autre. Ils n'ont .point de terme pour » exprimer le paradis et l'enfer. » ( Voyage aux îles Malouines, en 1763, 17641 par Dom Pemetti, tom. i*', chap. é,p. 330.5 •

s^àbandonner à la routine , dé respecter les vieilles habitudes sans les raisonner, de croire sur parole, et de juger du mérite d'une institu-tion d'après le jugement de ses prédécesseurs. Il aime mieux souiinettre sa raison , souvent révoltée , à ce que ses institutions ont de plus absilrde que se livrer à l'examen , parce que ce travail est toujours pénible pour celui qui ne s'y est point exercé. Les pères transr* iliettent à leurs enfans des dispositions à leurs habitudes anciennes ; l'éducation et l'exemple développent ces dispositions j l'usage les fortifie. Jjsl soumission aux erreurs antiques devient un besoin j et Iji crainte d'être persécuté par c^ifi qui Qnf intérêt à le^ maintenir en fait uu devoir (i).

(i) Par les premiers humains le mensonge inventé S'accrut en vieillissant , tous les jours répété. La crainte fit les dieux , l'intérêt fit les prêtres ^ Nos pères effrayés en ont cru leurs ancêtres , Qui , des mêmes frayeurs se laissant dominer , S'étaient pressés de croire au lieu dWaminer. Vous craignez j vous croyez ; et vos enfans timidesi Suçant ) avec le lait , des préjugés stupides, Vont peut-étre inspirer cette antique terreur A des enfans comme eux héritiers de l'erreur. Avec notre univers le mensonge commence.

M.-J. CHEifiER, t. ndes OEus^res posthumes, poëme sur la Ffature des Choses.

ANTiRIEUKS A L'i1>OLATRI£. :a5:

Voilà pourqacM y a^ grand étonnemeût de la postérité y le plus^ matériel ^ le plus ancien ^ le plus.absardje des cultes,, le fétichisme y existait chez les Egyptiens ^ les Grecs et les Romains^ lors même que ces peuples étaient arrivés à un^ très-rhaut degré de civilisation j et voilà pour-* quoi quelques parties de ce culte déshonorent encore 1^ plupart des. religions modernes.

Pans des temps de lumières , on- vit quelques homines raisonnables de l'antiquité, firaip-*^ pés de la grossièreté ^t de rînsignîfiance des anciens cultes , mais en même temps fortement: attachés à la gloire de leurs aïeux , à, leurs ins*. titutions , et voulant respecter la croyance populaire, se donner bien de la peine, mettre leur génie à la torture pour la justifier, pour prêter à ces vieilles et absurdes relations un sens favorable, et le^ mettre en rapport avec l'état des lumières de leur temps^ Ils attri-« huèrent , en conséquence , aux instituteurs des anciens. cultes d^ projets sages auxquels ils n'avaiept pas pensé j des vues vastes , une connaissance pyofoade des secrètes opérations de la nature , qu'ils jie pouvaient avoir : c'était le génie qui commentait et cherchait à ennoblir les productions de l'ignorance.

A combien d'explications forcées , insoutenables, diverses et contradictoires ^ ne se sont

pas Uyrés plusieurs écrivains de Tantiquité y tels que Platon ^ Diodore de Sicile^ Plniarque , Porphyre , Jamblique , Varron , à qui saint Augustin reproche souvent d'avoir voula spiritualiser les divinités purement matérielles (i)^ et la foule des - mythologues anciens et mo-* dernes y pour donner un sens raisonnable aux fables y aux dogmes^ aux pratiques des religions anciennes ; pour trouver des allégories fines , ingénieuses et savantes dans les productions simples et grossières de la barbarie et de l'igno^ rance ! C'était chercher Fe^ritdans là matière ksierte^ . .

, Les prêtres de l'antiquité ont^ il est vrai^ k une certaine époque , réduit en allégories les grandes opérations de la nature ; ont personnifié le soleil y la lune , les planètes , les élémens y le ciel et la terre ; les ont fait naître y vivre et agir comme des hommes , et quelquefois les ont fait mourir; mais ces allégories, souvent ridicules et monstrueuses, ne sont point le résukat de théories savantes / ni de découvertes bien étendues dans la science de la nature.: Ce ne fut pas pour rendre leur culte et eux plus vénérables y comme on le pense ordinairement^ qu'ils cachèrent au vulgaire

,(t) De Cmtate Dei, lib, VII.

ANTÉRIEURS A L'idOLATRIE. a5

qaeiques vérités sous un ' voile allégorique j mais ils j furent déterminés , dans Torigine , par Texemple et par la nécessité , comme je rétablirai dans la suite de cet ouvrage. C'est k ce double motif que l'on doit les fables mythologiques , dont l'invention est rarement heu^ reuse^.et dont le setas caché indique des connaissances supei^cielles' et souvent erronnées. Ainsi , les écrivains philosophes , par leurs interprétations complaisantes ^ ont donné de Vîmporfknce aux erreurs primitives', lés ont embeUies'^ sans ks détruire ^cependatitik ne sont pas y ainsi qu'on le pense^ vulgairement , les auteurs de& fictions allégoriques , et ils n'ont point y sous le voile de ces fictions, caché letir^' igrstème^ parce ipie, da^sla chronologie des productions humsdnes> leâ fkusses^ idiéesT sont plus ' anciennes (|ue les systèmes scientifiques) et^le^' erreurs que la vérité. Uii- deà pltis «habiles êàfhvains dé l'antiquité, Diodore de' Sicile ^ décteré , ' en eommençaht son ouvragé, que le^ hoili^^ ' écrivirent des fables av'aut à^ctité l'hisfosréi

4^, Les sjrmboles ne sont point d^ ëbjfits' purerment naturels y nm^ soMdès ouMi^eè ^ Fart. " '" '■ ^ •

S'il' est quelques exceptions^ à opposer i<ii, elles n'empbrtent point là règle. Définiësôils'ce qu'on entend^ar sjrmbole : c'est ordiiiairemenl\

a6 DBS CULTES

rîHUtge dW objet représentable, qui a des. rappoi:tjs widens avec un autre objet qu'on n^ . peut représenter. Une image est un ouvrage de l'art: donc un symbole doit Tétre*^

De plus : pour concevoir un symbole , on doit préalablement savoir la connaissance. par« faite de l'objet qu'on veut symboliser, sans laquelle le . symbole ne peut être exact. Cette connaissance suppose d'abord le besoin d'un symbole, ensuite une certaine instrucuon, l'art de.pombiner les, idées j^ et d'apprécier les rapports qui épatent en|;re des objets étrangers à lym-niémes. Ce besoin , ces lumières , ces . opérf^tions. de l'esprit, n'appartiennent points à dei; peuples qiai sont encore syuvages^

Ainsi , lorsque certains écrivains ont dit de quelques iiations barbares que, si elles adoraient le soleil, la. lune, les montagnes^ lès. fleuves, etc., elles, les çojisidéraient comme ^ de^ symbçles, et non comme des divinités, ils. pm proféré upe erreur j ils ont prêté leurs idé^s, leurs conuaissaQ^es ta des bomm^ quii ne pouvaient les avoir*

5^ Lesdmux: de Fantiquite paiemie s(mi des choses , et non des personnes»

La preuve.de cette vérité peu connue résulte des piriucipes que j'ai établis ejQt traitant du fétichisme i.^W^ ep est une conséquence néces-n.

ANT^EIEURS a: l'idolâtrie. 2J

saire. L'homme sauvage et entièrement matériel ^ avant d'adorer son semblable ^ a dû porter son culte vers les phénomènes les plus irap- . pans, vers les productions les plus utiles de la nature. Le culte des personnes, d'ailleurs borné à peu près aux temps et aux lieux où elles ont * vécu, décèle des progrès avancés dans la civi-* lisation , un gouvernement organisé , et par conséquent une époque postérieure au culte antique et matériel des premières sociétés.

Terminons par quelques observatioiis que m'ont suggérées mon travail.

Je crois avoir découvert que la source prln<« cipale des erreurs, des abus, des superstitions de tout genre ^ont furent entachées les relira gîons de l'antiquité , existe dans la croyance où ont été la plupart des peuples , que le signe , la figure ou le symbole avait la même vertu , la même puissance surnaturelle, les. mêmes facultés bieiifaisantës ou préservatrices, que celles qu'on attribuait k l'objet divin , figuré ou symbolisé } que lesignû valait autant que l'objet signifié.

Si l'on détruirait cette croyance , on verrait toutes ses conséquences funestes disparaître avec eUe , et la vérité remplacer l'erreur dan» les religions.

J'observerai encore que leschangemëns dans

les institutions religieuses, amenés par les prd-' grès successifs de la civilisation, se sont opérés graduellement et d'une manière presqu'insensible ; que la nécessité presque toujours seule ^ dans les temps antiques , imprimait le mouvement; que chaque pas, dans cette marche progressive , était l'effet nécessaire du pas qui l'avait précédé. Une innovation reçue çn appelait une autre à son secours. Une première erreur, une première vérité ^ étaient poussées vers un état de raffinement assorti au nouvel état de la civilisation croissante. Ainsi , lea piajntes vénéneuses et salutaires éprouvent un pareil développement par l'action de la chaleur * croissant^ du soleil.

Ce filt par uti- enchaînement de néceissîtés que rhomtne parcounit l'intervaDe immense qui se tfouvé entrte le j^oint où il rendait des honneuris divins k la matière informe, à un talisman, à un préseryatif ridibulé, à tîn ani-^ mal, et celui où il conçut l'idée d'iin Etre sa^ prême, créateur etrégulateur de tout ; entre te point où il adorait des objets grossiers, d^s^ troncs d^arbres, des pierres inforrties, et celui où il rendit un cuire' aux chefs-d'œuvre de l'arCy représentant sa propre figure.

Tout se tient, s'attire dans la marché des institutions humaines ; et , si la violence des

ANTEKIEURS A L IDOLATRIE. 2g

conquérans , l'impéritie des chefs des nations , ne reiidaient stagnante^ ne faisaient quelquefois rétrograder la civilisation^ on la verrait partout s'avancer sans interruption vers son perfectionnement^ et méme^ arrivée à un certain degré, s'y précipiter brusquement, combattre et anéantir les erreurs auparavant consacrées. Les progrès lents et insensibles appartiennent à une civilisation naissante, et les passages brusques à une civilisation trèfr-avancée.

Tels sont les moyens qui m'ont servi à confectionner cet ouvrage. Tels sont les principes qui en ont coordonné les diverses parties, et qui m'ont guidé dans la route ténébreuse et infréquentée que j'ai parcourue.

So DES CULTES

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