‹ Histoire abrégée de différens cultes (volume 4)Chapitre 6 sur 29 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Des principaux objets du Fétichisme naturel; du culte

des montagnes.

LiES principaux objets du Fétichisme naUirH sont: le soleil , la lune^ les montagnes ^ les forets y les eaux en général. On pourrait y joindre plusieurs animaux utiles ou redoutables à rhomme, et autres productions de la nature; mais ces derniers objets^ étrangers à mon sujet, ont ressenti les effets de l'idolàtJ^ie^ sans avoir contribué à l'amener.

Je ne m'arrêterai point sur les preuves. dû culte des deux astres les plus apparens^du ciel'; ces preuves sont ins^i^es dans. les. monumens^ dans les annales de presque . tous le^ peuples de la terre. Il serait superflu de s'appesantir sur ce qui n'est point contesté , sut ce qui est généralement reconnu. Ainsi , par-tout où le soleil répandît sa chaleur régénératrice , sa lumière réjouissant^; par-tout^où lajune sMppléa à son absent y et diminua leç horr^eiLirs deis ié-

uèbres de la nuit ^ l'un et l'autre eurent anciennement et ont encore^ en plusieurs pays, des adorateurs.

Le culte des montagnes, quoique moins unIversellemeKit établi, occupe une place considérable-dans l'histoire des religions primitives. Il était en grande vénération chez les peuples dont l'horizon se trouvait borné par les masses éminentes de ces montagnes; Souvent leurs cimes y cachées par des nuages, semblaient atteindre aus cieux ; de leurs flancs naissaient <lés fontaines, <le8 rivières précieuses à la vie, ou des tK^nhens qui portaient la dëvHsiation. iitHlrs «Ofmnités se couronnaient de nuées ora» l^u^es d'où partaient les é<^lairs et la foudre.

tMk^êts^ àe recofi^aîssatice et de teireuir, de «crftiMe el <respéralice , les môtit&gneâ , tour-à'tour funestes et èiefifitisaiitès , ôppoisàtènt nmcoi^ antt ennë^s 4u voisiMjgé uneîianrtère jmtftMS^ «fl 4i0i€iie à 'ft^àftchk* ; ^ tioiUtnes '^iMiièts ^\ sauvage^ <peùvrieni-41s ^e |>as vanlt ««n éfiets ^ne >puis8aiiee suttwititréllë , une dîvittité? liCiS fhoategne$ ftirent ded dieux qui rc- «çUr^t lefe kotni^gesd^ ^pres^ue tèus lefe pèu- 'j^lèsdelaterne*

~ ^Masinne de ^yr di t «que les ^emiers mortels Vc^^ëkt^reM lë^ Môii^agMs èettUn^ }e^ ^jinholés "de tu cKv^Viifé; qtte ce«tt qtti ♦itirent après se

ANTÉmtijns A lUoplatrie. 45

persiiadèreDt qu il n'y uvaû point 4e mon-* tague qui ne fût le séjour <le quelques didmi« Maxime de Tyr attribue aux premiers iiu:»4eii les Qpiniom de soo siècle* Les symboles résuU leot d'uiie cambînaîson d'idées^ d'une connais^ sauce de Volijet aymbolysé; et les presniets inorleb étaient incsipables de combinaisons^ et dépourvi^ de oette conaatssance.

{4? même auteur eîie à cet égard un fait posUîf 9 q[u'il explique à sa manière, il dit que les luaS^ilaos de la Cappadoce donnent à une ns^ntagpe le nom de Dieu; qu'ils jurent p«r eUe^ et qu'ils la regardent comme le sjmbale de la diviwié qu'ils adorent. Ce n'est point ici l'opimoQ de Ma^im« de Tyr que jHnroqoe , mais setdem^iit les faits qu'il rapporte , et qui témoigoent Tanûquité et l'existence prolongée dtt. cuUe des montagnes;

Ce culte , enSmt de l'ignorance , soutenu paar la feo^ce de l'babitosd^ , mriva jusqu'aux siècles des lunaières^ et se maintint parmi le plus civilisé des peiqdes. anciens.

- Dans les beaux temps de la Grèce , les mon* iafoes y peceraient un oulte. Les monta Cas^ sius et Olympe ^ le mont Ida de File de Crète ^ VJliabyrU de l'ile de Rhodes , étaient le séjour ftrdinaire du plus puissant des dieux. Aussi W|

Grecs cônservèrent-ils à Jupiter des attributs qui décèlent son origine et son affinité avec les montagnes. L'aigle qui accompagne ce djeu ^ par-tout où il est figuré , est un oiseau qui habite ordinairemeijit sur leur cime j et la forme ridicule de la foudre dont on armé ses mains rappelle les éclairs et le tonnerre qui semblent le plus souvent partir des tnontagnes.

Le mont Ida de TAsie-Mineure , les monts Dindjmey Pessinunte, Bérécynthe^ étaient dédiés à Cybèhy mère des dieux. Il faut y joindre le mont Cjbèle lui-même, qui lui était également dédié , ou plutôt qui était la déesse elle-même ; car ce mot Cybèle exprime à-la-fois une montagne* et la déesse de ce nom : ce qui prouve Fidentité qui existe entre Tune et l'autre.

iSoili^r/ze, père de Jupiter, est le nom d'une montagne qui s'élevait dans le voisinage d'Âthè* nés. Saturne était aussi , suivant Justin et Festus , le nom de la montagne sur laquelle les Romains bâtirent depuis le Capitole. Ainsi Sa^ turne n'était qu'une montagne avant que les Romains l'eussent confondu avec le Chrohos des Grecs, dieu du temps. Les âllégoristes donnèrent dans la suite une femme à ce dieu : elle 'te nonmiait Bhéa; et cette Rhéa, si célébrée p^r les poètes, était une montagne située près

ÀNTERlkuRS À l'idolâtrie. ^J

ée Laitipsaque. Il convenait aux deux époux d'être de nature semblable.

\JjiilaSy les monts dUArgée, ^Anazarhe; le Braûijrs y le Chemîs ^ YHippuSy le GauruSj le liban et Y Anti-Liban^ le Pamum^ le Pe/bria, \e Rhodcfpe , le Sipyle^ le Tàuru^ , le Viarus y ainsi qu'une infinité d'autres dont la nomenclature serait fatigante et superflue à établir^ étaient, ds^ns l'opinion des anciens, des .montagnes divines.

lies Gètes adoraient une montagne où résidait leur souverain pontife. C'était le sanctuaire le plus renommé du pays : aussi l'appelait-on la Montagne sainte.

Les Thraces , leurs voisins, avaient aussi leur Montagne sainte y qui fut prise par Philippe , roi de Macédoine. Le célèbre mont Athos était également qualifié de Montagne sainte. Les Gaulois adoraient des montagnes. Sur la cime des Alpes était un sanctuaire révéré. La, sur le Montr-JoUy du temps des Romains, fut bâti un temple à Jupiter-^Penin, qui a été remplacé par Vhospice du Grand Saint-Bernard , dont la montagne a depuis reçu le nom. M. de Saussure j a découvert une inscription sur une plaque de bronze commençant par ces mots : « Joi^i P^- » nino à Jupiier-Penin, on au Dieu montagne; n car il ne faut pas oublier que /ou signifie le nom

ge^^icpie Dieu , et que Jupiter e^iprim^ f^im le père (i).

. Les Gaulois vénéraient le mont Saini-Go-^ ihard comme une de leurs diviuité$^ Les ?yréuées a^raieut pluaieurs mositagnes sacrées, dont le culte a tourné au profit du christianisme i tel est y sur la montagne voisine de Héas , le CcUUau de HÀrajéj célèbre par des fables religieuses et un culte superstitieux» Une inscrîp-tion trouvée près de Bagnères de LuchoUj^ une autre à Beaudean, près de Bagnères en Bigorre^ offrent des voeux Êtits aux montagnes ^ et attestent Texistence d'un culte dans la chaîne des Pyrénées (2). Les Italiens adoraient de même 4e mont Sqracte (3).

(0 VpT^S^ 4e Saussure au mont Saintr'JSertUird ^ iom. 4) p. 2^27.

9 p«raât , d'après M» Murith , chanoine réguUeir de rbosplce du mont Saint-Bernard , que le culte du dieu Jou ou Jujpiter^Penin , ainsi que ses prêtres , existait encore au 1 1* siècle , à l'époque où Thospice fut établi par saint Bernard. Vojrez l'ouvrage indtulé ie Mfont-- JOU y p. i^o.

(2) Nouveaux mélanges de THisloite de France, par le pi^éâdent à^Orbessan, tom. II > p. 35. iies deux inscrip*tions sont gi«véds sur des autels votifs ; elles commencent par ce mot ; Montibus*

(3) Summedeûm, sancti custos Soractis Apollo, Quem prim 1 colimus ,

Tir.G.,//^. XI,*. 785.

ANTERIEURS X l'iDOLATRIE. ^g

C'était de préférence sur les montagnes , et notamment sur celles qui servaient de limites aux différentes nations , qu'on sacrifiait aux dieux ^ qu'on leur portait des offrandes ^ qu'on leur adressait des prières ^ qu^on élevait des autels et des temples. . Tacite remarque , à ce sujet; que, les montagnes étant voisines du ciel, on pensait que les dieux étaient plus à la portée d'entendre les prières des mortels.

C'est sur des montagnes que les dieux reçoivent la naissance^ qu'ils sont élevés ^ qu'ils se maniièstent aux hommes. Les montagnes iSgurent souvent avec distinction dans les fables mythologiques. C'est dans leurs cavités pro-foades que les oracles sont rendus; c'est là que les vapeurs enivrantes qui s'en exhalaient ^ portant le trouble dans le cerveaa des prétendus interprètes de la divinité , en faisaient jaillir ces expressions délirantes que la crédulité recueillait religieusement comme des paroles divines.

Les montagnes^ suivant la plupart des mythologistesy étaient non des symboles, mais des divinités filles de la Terre j quelques autres , pour s'accommoder aux idées de leur temps ^ disent qu'elles étaient pénétrées d'un génie divin : génie que les uns ont appelé Nymphes , et que les Grecs désignaient sousle nom à'Oréades. Cette diversité d'opinions montre l'incertitude

5o i>EÔ GtJLTES

des 'anciens but la nature de la divinité des ffiontagnes; et cette incertitude concourt , avec le raisonnement et les faits historiques, à prouver que ces masses majestueuses n'étaient point des symboles, mais que les anciens les regardaient comme des divinités même.

L'existence de ce culte, attestée par un grand nombre d'écrivains, l'est encore par les monumens numismatiques, où se trouve souvent la figure des montagnes sacrées; elle l'est de plus par la continuité de ce culte , qui , chez plusieurs nations , a , depuis les siècles les plus reculés , subsisté jusqu'à nos jours.

Ce culte s'est sur-tout conservé chez les peu* pies qui n'ont point abandonné leur antique religion. Les Lapons, il y a environ un siècle, avant que le christianisme fôt introduit parmi eux , adoraient encore plusieurs montagnes et rochers, qu'ils regardaient comme sacrés, u Ces » endroits, dit un voyageur moderne, étaient » connus sous le nom général de Pxisse-^waiik , » qui signifie lieu saint; ils étaient tous destinés » aux sacrifices et au culte religieux • . « . Deux » de ces montagnes sont encore connues au- » jourd'hui sous le nom de grandes et petites » Finne-'kirke , que leur donnèrent les habi- K tans de la Norvège . ^ . . La vénération que » les Lapons eurent pour ces montagnes n'a

ANTÉRIEURS A l'IDOLATRIE. 5i

w point cessé. Quelques-uns d'eux les rîsitcnl « tous les ans, revêtus de leurs plus beaux haw bits; et , quoiqu'ils n'y fassent point de sacri- » jfîces , ils portent tant de respect aux os des » premières offrandes qu'ils les y laissent sans » oser y toucher. Ils n'osent y dresser leurs » tentes ni chasser ; ils les traversent avec res- » pect; et, si une femme est du voyage, mainw tenant encore, elle tourne la tête de côté, et » se couvre le visage avec ses mains (i). » ''-

Les Indous et les Thibétains adorent encore la montagne de Cfioumoularie j qui est le point le plus élevé du ThibeU Les Indous y viennent en pèlerinage, dit un voyageur moderne , pour en adorer. le sommet couvert de neige. Les mêmes adorent aussi une montagne appelée Pir-'pen y celle de Soumounang y située sur les frontières du Boulan et du Thibet, et celle de Mouttura ou Maihura, sur laquelle ils prétendent que le dieu Chrisna ou Christen est descendu (2). Les habitans de l'île de Ceylan adorent une montagne appelée Vutérali (3).

Chez les Tatares plusieurs montagnes reçoi-

(1) Voyage au Cap-Nord, par Joseph Acerbi, t* III, p. 260 et suivaates.

(2) Relation de l'ambassade anglaise au Thibet, par Samuel Turner, t. I, p. 228, 29^, Sof.

(3) Voyage au Japon, par Thunberg , t. IV, p. 221.

5a DES CULTES

yent un culte : telles sont celles nommées Chang-pechang ,' celle que les Russes appellent Karaoal mua-gora ou montagne de la garde, parce qu'elle est située sur les frontières de cet Empire et des Kirguis; la montagne dite Ou^ tenni-in, et une autre appelée Sokonda, située sur les frontières de la Mongolie et de la Chine, pour laquelle les Toungouses ont la plus grande vénération. Pallas, qui me fournit ces notions sur le culte existant des Tatares, m'apprend aussi que les Kalmouks adorent une montagne appelée Moo^Bogdo; et^ en parlant des Ostiaks, il nous dit que ces peuples rendent un culte à certaines montagnes que leurs devins ont déclaré sacrées (i)*

Les sectateurs de Confucius^ en Chine, portaient autrefois leurs ofirandes à la divinité sur une grande pierre ^ ou sur un monceau de pierres ^ érigé au sommet d'une haute montagne (2).

En Afrique et dans la Nigritie , les habitans, entr'autres objets du fétichisme , adorent, suivant Loyer y quelques grosses montagnes.

En Amérique, on a vu les Apalaches de la

(i) Voyages dePallas, t. H, p. 5; t. V, p. iSiî-t. VI,

p. 229,410; t. vn, p. 421.

(2) Vojage en Chine, par John Bartow, t. 2, p. 276.

ÀIVTERIEURS À l'idolâtrie. 55

Floride adorer une grande montagne appelée Olaïmi (i).

Les Péruviens adoraient des montagnes ^ et notamment cette haute cKain'e qui s'étend depuis le Pérou jusqu'au détroit de Magellan , et que les Espagnols appellent Apalachites (a).

De plus longs détails ne prouveraient pas mieux l'existence ancienne et moderne , et Tétendue y sur la surface de la terre ^ du culte des montagnes : ^ un des plus anciens qui aient existé parmi les hommes (3).

(i) Histoire des ArUilles , parRochefbrt

(2) Histoire eu Pérou, par Tluca GrarcilaAS<>, Ut. i, «chap. g, 10, etliv. 2^ chap. 4*

(3) La nomenclature des montagnes qui reçoivent encore aujourd'hui un culte serait immense , et formerait des volumes.

5^ pi&s cuLrES

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