CHAPITRE IT
Du culte des forets et des arbres.
Des forets immenses couvraient anciennement une grande partie de la terrç. Leur profondeur impénétrable ou inconnue, l'ombre mystérieuse que produisaient ces assemblages d'arbres antiques, pénétraient les premiers mortels d'admiration , de respect et d'horreur. « Si » vous rencontrez , dit Sénèque y un bois formé )) d'arbres élevés, que le temps a marqués d'une » empreinte vénérable^ la hauteur de ce bois, )) son ombre, le silence qui y règne, vous per- » suadent qu'un dieu y fait son séjour. »
Mais les sentimens d'admiration et de terreur qu'imprime la vue d'une forêt antique et de ces réunions de végétaux majestueux n'agirent pas seuls sur l'imagination des hommes, et ne purent suflSre pour en faire des divinités. Les ressources variées et sans cesse renaissantes que les bois présentèrent aux premiers hommes furent des motifs plus déterminans pour leur rendre un culte. Les forêts ofFrajent un abri
ÀNtERIEURS A. l'idolâtrie. 55
contre les frimats et les rayons brûlans du soleil. Agitées par les vents, et s'échauffant entre elles, les branches de leurs arbres furent , dit-on , la première cause duieu matériel, si utile à la société, et en devinrent elles-mêmes l'aliment. Les animaux ailés ou quadrupèdes auxquels la sombre épaisseur des bois servait d'asile, et sor-tout les fruits de leurs arbres , furent longtemps la seule nourriture des hommes : le hêtre fournissait la faine le chêne; le gland; et d'autres arbres, par leurs fruits sauvages, contribuaient aussi à leur subsistance.
La nécessité, sentie par les. premières sociétés, de conserver ces arbres nourriciers leur fit un devoir de les protéger contre l'imprévoyance de quelques individus, qui, peut-être, semblables à ces naturels de l'Amérique , coupaient l'arbre pour en avoir le fruit. Le respect pour ces précieux végétaux fut alors sévèrement recommandé; et une loi de police, longtemps maintenue , devint, comme cela est arrivé souvent , une institution religieuse.
(c Les arbres furent les premiers temples des » divinités, dit Pline; et, suivant un culte an- » tique, les habitans des campagnes consacrent » encore aux dieux l'arbre le plus remarquable » de leur canton. » Il ajoute que chaque espèce d'arbres est consacrée à une divinité spéciale:.
le chéAe, BomHié esculus (c'est-à-dire qui nourrit^ du mot latin esca ) ^ à Jupiter; le kurier à Apollon ; Tolivicr à Minerve ; le myrthe à VënHS j le peuplier à Hercule (i).
Aussi les sanctuaires les plus Ténérés de l-an-* tiquité étaient-ils le plus souvent au mibeu des bois. Les Scythes y les Gaulois /qui habitaient des pays ombragés par de vastes forêts y s'y assemblaient pour célébrer leur culte* Un espace vide^ entouré d'arbres touilte> formait ce lieu sacré^ au centre duquel était, comme objet d'adoration, un arbre remarquable par sa beauté et sa hauteur : ils y appendaient les dépouilles de leurs ennemis, des objets consacrés et relatifs à leurs, mœurs guerrières. Une hache, une épée , un bouclier exposés sur l'arbre-dieu , devenaient, avec le temps, des objets divins*
Maxime de Tyr et Agathias s'accordent à dire que les Celtes avaient un grand chêne pour divinité.
ff Les Germains^ dit Tacite, auraient cru dé- » grader la majesté des dieux célestes en les » emprisonnant entre des murailles , et en les » représentant sous une figure humaine. Us i> n'avaient point d'autres temples que des bois A et des forêts consacrés à leurs divinités, qu'ils
(i) VXïa.yHist, naf.;lib. XU^cap. i^
ANTÉRIEURS A l'iIK)LATRÏE. 5j
n adoraient en esprit, sans oser porter le9 yeux n SOT les retraites profondes oiïi elles faisaient » leur séjour (i).
» L'arbre consacré et même les arbres yoi- » sîns étaient arrosés du sang des hommes et » des animaux qu'ils arâient immolés (a). »
Us attachaient à ees arbres sacrés la tète et la main droite des victimes humaines.
Les arbres de ces forêts divines étaient religieusement respectés chez les Romains : on re* gardsôt comme un sacrilège d'en arracher la moindre branche. C'est ce qu'exprime Ovide dans ses Métamorphoses :
Jlle etiam céréale nemus violasse securi Dicitur, et Lucos ferro violasse vetustos (3).
Lucain, parlant d'une forêt sacrée des Gaules, dit qu'elle n'avait jamais été taillée; que, César en ayant fait couper les arbres , les Gaulois en frémirent ; et que le soldat , eflFrayé par la majesté du lieu, n'y porta la hache qu'en tremblant (4),
Cependant il était permis de couper des ar-
(i) Tacite, Germ,, cap. 9.
(2) Histoire des Celtes, par Pelloutier, liv. 4? chap . 1 1 •
(3) Os\A.yMétam.,\)h, 8.
(4) Pharsale, lib. 3.
bres et des bois sacrés ; mais il fallait préalablement faire un sacrifice , et réciter une prière a la divinité forestière. Pline et Gaton enseignent la conduite qu'on devait tenir dans cette affaire délicate ; ce dernier donne même la formule de la prière ; et ses expressions prouvent que les arbres et les bois sacrés étaient traités en divinités. Elle commence ainsi : Si deus, si dea eSj etc. (i).
Le nom que les Celtes et les Gaulois donnaient à ces sanctuaires forestiers était syno-^ nypie de temple : ils les appelaient Nemet ou Nemetis. Plusieurs autres peuples employaient, pour exprimer un lieu consacré , une dénomination pareille. Les Galates, originaires des Gaules, nommaient leurs sanctuaires DrjnemeU Les T^res Gzérémisses, qui habitent aux environs du Volg*a , appellent un lieu célèbre de dévotion, Nemda. Les Irlandais ont conservé le mot Nemtha dans la même acception (2). C'est le poète Fortunat qui nous a appris que Nemet ou Nemetis signifiait temple en langue celtique. Cette dénomination s'était conservée
(2) Plin. , lib. XVII, cap. 28. Gato, de re rusticâ , cap. iSg, p. 53.
(2) Voyez le Dictionnaire de la Langue Celtique , de BuUet, aux mots Nem et Nemeti.f.
ANTERIEURS A l'iDOLATRIE. 59
dans les Gaules jusqu'au huitième siècle. Le concile de Leptine, en prohibant les cérémonies célébrées dans l'intérieur des bois • les nomme Nimidœ (i)*
Les mots Numeriy qui signifie divinité; iVemuSy forêt; Némée, forêt consacrée par le premier des travaux d'Hercule ^ où il parvint à tuer un lion qui dévastait les pays voisins; iVemésis , déesse qui inspirait l'horreur et l'eflFroi; Némestrinus y dieu qui présidait aux forêts; Német&s, surnom de Jupiter, e te, dérivent de Içi même source, et établissent l'affinité qui existe entre les divinités,, les temples et les forêts,
LesPélasges, anciens habitans de la Grèce^ qui, comme les Germains et les Celtes, n'avaient ni temples, ni idoles; qui ne donnaient aucun surnom à leur divinité; qui ne la qualifiaient que d'un nom générique^ équivalent à dieu; qui étaient livrés an fétichisme ^ et qui n'avaient pas encore embrassé le sahéisme, ou la religion astronomique, qu'ils reçurent ensuite des Egyptiens; les Pélasges,dis-je, nous oflrent nn exemple célèbre du culte des arbres. Ils adoraient ceux de la forêt de Dodone, dont les chênes et les hêtres fournissaient en abondance
(i) Dsms le concile de Leptine, de Tan 70, on lit ? De sacn'f .sjrlvarum, quœ Nimidas vacant.
6o DES CULTES
le gland et la faîne, nourriture des premiers hommes. Les arbres de cette forêt étaient leurs divinités : ils rendaient des oracles; et celui de Dodone fut le plus ancien ; le plus accrédité , et long-temps le seul de la Grèce, Les Pélasges, forcés d'abandonner cette forêt sacrée dux colonies égyptiennes victorieuses, transportèrent leur oracle dans une forêt de l'Epire, qu'ils nommèrent aussi Dodone. Cependant l'antique Dodone de Thessalie continua d'être sacrée pour les Grecs , de rendre des oracles , et de faire des prodiges attestés sur-tout par le poète Eschyle, dans sa tragédie de Prométhée (i).
Les Grecs , endoctrinés par les Egyptiens , donnèrent à leurs antiques divinités les noms que ces étrangers donnaient à leurs dieux. Le nom générique de dieu était , chez les Egyptiens, ThotOM Theuth. Les Grecs en firent leur Theos , leur Zeus ou Dsezis, dont les Latins ont fait ensuite Deiis , et qu'ils ont traduit par le nom appellatif Jupiter* Ainsi , par suite de l'introduction de la religion égyptienne en Grèce , il y eut en Thessalie un dieu Phegos on Jupiter Phegos , c'est-à-dire un dieu hêtre , auquel les Grecs consacrèrent un temple sous ce nom.
(i) Mémoire du président de Brosses, sur l'oracle de Dodone j Mém, de VAcad* des Inscrip>, t. XXXV.
ANTÉRIEURS A l'IDOLATRIE. 6i
Une divinité qui n'était qu'un arbre ou plusieurs arbres fut, par l'effet des progrès de la civilisation , transformée en une statue de fi-^ gure humaine , placée au milieu d'un édifice appelé temple-
Les chênes et les hêtres de la foret de Dodone n'étaient pas les seuls arbres adorés par les Grecs. Pausanias parle d'un arbre situé sur le mont Cithéron, que les Corinthiens, par l'ordre d'un oracle , adorèrent comme Bacchus luimême. 11 ajoute qu'ensuite ces peuples firent , du bois de cet arbre, deux statues de Bacchus, qui étaient encore honorées de son temps dans les places publiques de Corinthe (i).
Le même écrivain cite plusieurs autres arbres remarquables par leur vieillesse , et révérés comme objets de culte : tels étaient le chêne de Dodone, la liane qui croissait dans le temple de Junon , à Samos ; l'olivier de la citadelle d'Athènes , et l'arbre de Ménélas qu'on voyait dans la ville de Caphies , en Arcadie (2).
Le culte des bois se conserva en Grèce dans les temps même où ce pays atteignit le plus haut degré de civilisation. Presque tous les temples étaient accompagnés d on bois sacré. Ceux de
(i) Pausanias, Corinth,Aïy- 2, chap. 2.
(2) Pausanias, Arcad,, liv. 8, chap. 23.
Claros, île de la mer Egée , celui d'Epidaure y avaient rang parmi les plus renommés ; on les respectait comme des sanctuaires : c'était un crime d'en arracher la moindre branche» (c Tel » était l'excès de la superstition des Athéniens, » dit Elien , que , s'il arrivait à quelqu'un de » couper le plus petit arbre dans un bois con- » sacré , ils le condamnaient à la mort (i). »
Cette superstition était commune aux Grecs , aux Celtes et aux Germains.
Il paraît que la fable de Daphné > hyïnphe métamorphosée en laurier, lorsqu'ellefuyôit les poursuites d'Apollon , fut une allégorie dont le sens caché annonce la répugnance du peuple à adopter le culte d'Apollon, dieu-soleil , ou bien la religion du l^abéisiney apportée dans la Grèce par les colonies égyptiennes. La nymphe, ou l'arbre laurier divinisé, qui résiste avec succès à ce dieu étranger, indique la difficulté qu'on eut à amalgamer le culte antique des arbres Fétiches avec celui des astres. Il est certain que près d'Antioche était un bois de lauriers , trèsrévéré des habitans de cette ville , et au centre duquel ils élevèrent , dans la suite, un temple consacré à Diane et à Apollon. L'amalgame était alors opéré.
(i) Elien, Histoires diverses , liv. 5, chap. 17.
ANTÉRIEURS A l'iDOLATRIE. 65
Celte fable allégorique me porte à croire que, pour obtenir la vérité de la plupart des métamorphoses d'Ovide , il faut preadre l'inverse du fait qu'il raconte; c'est-à-dire que, lorqu'on y voit une personne métamorphosée en chose, c'est qu'il est arrivé le contraire j et que la chose, par le génie allégorique, a été métamorphosée en personne , comme la fable de Daphné en est un exemple; car le nom de cette prétendue nymphe signifie laurier. Cette règle est aussi applicable à la fable intéressante et morale de Philémon et Baucis. D'un tilleuil et d'un chêne adorés et placés en Phrygie près d'un temple de Jupiter-Hospitalier, les poètesfirent deuxper<sonnes, deux époux métamorphosés en arbres.
Les Romains avaient leur cormier sacré flsLcé au bas duMont Palatin : ils l'entourèrent de murailles; et, si quelqu'un croyait s'apercevoir que le verd de ses feuilles était altéré et que sa végétation souffrait, alors il répandait l'alarme dans la ville, et chacun, comme à un incendie , courait y apporter de l'eau pour l'arroser. Planté, dit-on , lors de la fondation de Rome , cet arbre existait encore et périt du temps de César (i).
Dans le voisinage de Rome , chez les Lau-
(i) Plutarquc,/lt>mii/i/5, chap. 26.
rentins, on adorait un olmer sauvage. Virgile le qualifie At faune des Laurentins. Les nautonniers^ dit-il, échappés à la tempête , venaient appendre à ses branches les vêtemens qu'ils avaient pendant le danger. Voués à cette divinité arbre, les Troyens , sans le connaître , l'abattirent : ce sacrilège faillit leur être funeste (i).
Ces peuples , lorsque les arts eurent fait chez eux des progrès , et dénaturé les institutions simples de l'antiquité , conservèrent toujours leur vénération pour les bois. Leurs temples , comme ceux des Grecs , étaient toujours accompagnés d'un bocage appelé Lucus ; et c'était , comme chez les Grecs , un sacrilège que d'y porter la moindre atteinte. « Nous avons » encore , dit Pline , la même vénération pour » ces bois sacrés que pour les statues des » dieux , faites d'or et d'ivoire (2). » Malgré les changemens opérés dans leur religion antique , ils continuèrent de regarder certaines forêts et certains arbres , sinon comme des dieux, au moins comme des organes de la divinité y ou comme pénétrés d'un génie divin. C'était dans les forêts qu'habitaient Diane, ses
(ï) Eneid.,\ïh. XII, vers. 766.
(2) Plin., Hisi, nat,, lib, XII, cap. i.
AîîTERIEURS A L'IDOLATRIE. 65
Nymphes ; les Faanes , les Sylvains , les Ih^yades y les Hamadryades , et autres divinités sabaltcmes ,. qui ^ dans Torigine , étaient ellesmêmss des arbres.
Les Orientaux , dès la plus haute antiquité , rendirent un culte aux forêts , et aux arbres en particulier* Le chêne, ou plutôt le térébinthe de Mambréy fut long-temps chez les Hébreux un objet de vénération , et même de superstition : il existait , dit-on , du temps d* Abraham ; et queli^es voyageurs modernes assurent en avoir vu encore les nombreux rejetons.
L'acacia était le principal objet du culte de la tribu de Coresh. Kaled , par ordre de Mahomet, fit couper l'arbre jusqu^à la racine, et tuer la prêtresse de cette divinité.
Le culte des arbres et des forêts s'est conservé long-temps en Europe, sur-tout chez les habitans des campagnes , dont l'ignorance rend plus tenace leur attachement aux vieilles pratiques.
Au sixième siècle, Agathias reproche aux^ Allemands , sujets des Francs, d'adorer les rivières, les montagnes et les arbres (i). Au septième siècle, saint Eloy, évêque de Noyon, et saint Grégoire, pape, font le même reproche
(i) Lib. I, p. i8.
66 BKS CULTES
aux Fnipçais (i). Deux capitulaires de Gharle-^ magne , V%xn de l'an 789 et Faulre de 794 , prohibent le culte des pierres ^ des fontaines et des arbres ; ordonnent aux prêtres d^ faire détruire les arbres et les bois consacrés , et traitent de fous ceux qui viennent y faire brûler des chandelles , et y pratiquer quelques autres cérémonies. Les conciles d'Agde, d'Auxerre , de Nantes , etc. , renouvellent les mêmes défenses , et attestent ainsi la continuation de ce culte. Ce dernier concile porte que la multitude gardait un tel respect à ces arbres consacrés au démon qu'elle n'osait en couper aucune branche, en arracher le moindre rejeton > ni même toucher à leurs racines (2). Enfin , au treizième siècle , les Saxons n'étaient pas entore désabusés à cet égard : ils adoraient, dit Ilelmoldus , des fontaines et des forêts (5).
On ne se bornait pas à faire brûler des chan^delles devant ces arbres; on y appendait des offrandes ; on leur adressait des prières pour en obtenir la santé des maîtres , des enfans, des serviteurs , pour la conservation des mai-
(i) Vka sancii Eligiin SpiciîegiUm Acherii^t.W^ p. 97. — Gregor., lib. 2, p» 278,
(!>.) CapituL, t. II) p. 269; id. p. 255, art. 63. (3) Chronic. Sa.Toii. Helmoldii, cap. 10, p. 106.
sons et la prospérité des récoltes* Ces arbres adorés ne portaient point le nom particulier d'une divinité ; mais , comme la plupart des fétiches de la plus haute antiquité, ils recevaient une dénomination générique : on les appelait sacrii^i , mot que Ton croit signifier arb^gs sa-^ cr€s{i).
Ce culte , un des plus antiques monumens du Fétichisme et de la religion des premières sociétés , subsiste encore dans plusieurs parties du mondcé Les Siamois adorent un arbre con^ ssicré Si Soînmqnacodom; ils l'appellent, enlangue bail , Prasi maha Pout : ce qui y suivant Laloubere , signifie t arbre du grand Pout ; maïs en langue vulgaire il est nommé Ton-po. Les Siamois croient faire une œuvre méritoire et sainte en se pendant à ses branches (2).
Dans l'île de Ceylan y on adore un arbre consacré à Boudh ou Boudha y appelé Bogahah
(i) Glossaire de Ducangc , akiimot arbores s acrwi.
(2) Relation de V ambassade anglaise dans le roj'au" me d^Ava, etc., par le major Sjrmes, t. IH. — Des Ruines de MaKfalipouraji , par TVilliams Chambers , p. 260. Laloubère pense que Pout est le même que Mercure, et ilobserve qu'en langue bali c* est le nom que Ton donne à la planète de Mercure et au jour de la semaine appelé mercredi. C'est, ausui^plus, un des noms de Sommonc'^ eodom.
66 MES CtTLTCS
OU «rbre de Bàndh , dmaité qui wi la même que le Pout'ées Siàmob.
Le& hâbitans deï; Manilles adorent de tiéux aiinres; ils croient y dit OèmeUjr'^CkaT&fj > que k fièvre les attaqueratk »'il& en eou^ieut la moindre branche (i).
Fallas nous apprend que les Ostiaks adorent des arbres qui pnt été déclarés sacrés plir leurs devins (i).
Chardin a vu à Chiras > en Perse ^ un vieil arbre pour lequel les habitans ont une dévo-^ tion particulière. Ils appendent à ses branches des chapelets^ des amulettes , des morceaux d'habillemens. Les maladei^ y font brûler de l'encens^ et y attachent de petites bougies allumées^ afin de recouvrer la santé. Cette pratique est conforme à celle des Gaulois et des Ger^ mains dont j'ai parlé. Le même auteur ajoute : i< Il y a par-tout^ en Perse, de ces vieux arbres n révérés superstitieusement parle peuple , qui » les appelle Dract-^Fasel 5 c'est-k-dire , des » arbres par excellence. On les voit tout i^ardés )) de clous pour y attacher des habillemens , » par vœu , ou d'autres enseignes. Les dévots,
(i) Collection de f^ojrages autour du Monde , t. II> p. 334*
(2) Vûjr âge de P allas , t. V, p. i5i.
ANTÉRIEURS A l'iDÔLATRIE* (k^
>} et parlMHili^emcpt le« geM oouimié^ k la n yieTQtigiieu9eyaftiiientà«evepos^rd#$«HiS|tt n kj pasaet ia 9iiiit(i). »
Fodkoke^ retaa?Bjwl àe Suestu Caire > yU k Derb^el^Ifammer un de ce^ arbfM 9a€irés couvert de^ ha^Uop^ dont l^ç^ pél6rip$ 44 la Mecque lui font hommage (;Q.
L'u^ge d'a;pt>epdre aux arbres ^<^f9 dei vétemeps en maniçre d'eo? V^^ ^ ^^^ iMP^iqu, puisque Virgile , oomme je l'ai remarqué, ep cite un exemple, qui remonte à l'époque çn les Trojens abordèrent eu Italie ; les nautOQuiers attachaient de pareils vopu^c aux bra^eheSi d^ Tolivier sacré des Lc^ureptins*
Pline dit , d'après Théophraste , quil y ec^t loiig**temps dans la place publique de Mé^e un olivier sauvage auquel les guerriers susr pendaient leurs armes; que ceç armes, j)ar la suite des temps, furent enveloppées par l'é^ corce de cet arbre dpnt la destinée de la ville dépendait; et que l'oracle averlil les b^bit^us qu'elle serait ruinée lorsque l'olivier enfanterait des armes. Fbne uous assure que l'oraclt fut accompli (3).
(0 Foy^getle Chardin, t. Et, p. 183.
(2) Voyage de Richard Pockcke , en Orient^ t. I, p. 48a*
(3) Plin.,lib. XVI,c^.39.
' Suivant le même écrivain^ il existait à Rome ttn arbre de la plu» haute antiquité, il était surnommé le Chevelu > parce que les Vteslales, lors de leur consécration , y suspendaient leur iïhevelures (i). •
' Eh France, même , non loin d^Angers, ii existe un chêne, nommé Lapalud^ remarquable par l'espèce de vénération dont il est encore aujourd'hui robjci. Cet arbre, que îes habitans regardent comme aussi vieux que la ville , e&t tout couvert de clous jusqu'à la hauteur de dix pieda environ. 11 est d'usage, depuis un temps immémorial ;i que chaque ouvrier charpentierj^ charron, menuisier, maçon, etc., passant près de ce chêne, y fiche un clou.
Loyer a trouvé dans la Nigritie , le même culte conservé. Les arbres y font partie des nombreux fétiches qu'on y adore. « Si quel-- ^ qu'un» dit-^il, était assez impie pour les çou- > per ou les défigurer, il serait certainement » puni de mort (2).»
L'arbre appelé Wansej est sacré chez les Gallas , habitans de l'Afrique : c'est à l'abri de ses rameaux que les Rois de ce peuple sont couronnés. «( Il eat ?ido]fé , dit Iç voyageur
(i) Plin.,lib. XVI,çap.44, (2) Vojage (Tlssini, par Loy«r^
ANTERIEURS A L'iDOMTRÎÏ. 71
» Bruce j, comme une divinité par leurs diSé^ » rentes tribus (i)* >*
La relation du voyage dans la Basse et Haute-Egypte, par M. J^ivantDenon, nous offre de ce culte un exemple plus récent encore* tf A Chendaougéh, un sapeur . français avait n coupé une branche sèche d'un tronc pourri » pour faire bouillir la soupe ; cette action A causa beaucoup de tumulte de la part des » habitans : ils pensaient que de tels arbres » recelaient un bon ou niauvais génie^ et qu on }) n'en peut rien détacher sans profanation . . . » Le culte en est mystérieux et secret, maison » les révère publiquement (2). »
Ou voit que le culte des forêts et des arbres s'est soutenu depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours; qu'il était et qu'il est encore établi chez des peuples séparés par de grandes distances^ et qu'il offre aujourd'hui, comme il ofirait anciennement, les mêmes motifs et les mêmes pratiques,
(i) Vojagt aux Sources du Nil, par Bruce. {1) Voyage dans la Basse et Hakte-Ègjrpie ^ xt^t M. Denon , 1. 1 ^ p. 239^ ado. •
7 a DES CtLTES
€BAPITll£ Y,
Bu cuUe eux eovKy des fleuTes, des rmèi^s, des lacs, des
fontaines, de la mer.
Voici une autre partie du Fétichisme rut-^ turel qui n'a été ni moins générale , ni moins révérée que les précédentes. Le culte des fleuves, des rivières, des lacs, des fontaines, de la mer, se répandît chez la plupart des nations de la terre. Par -tout où les fleuves portaient l'abondance ou la dévastation , ils furent adorés comme des divinités bienfaisantes ou redoutables : VEuphratey V Indus y le Gange ^ et surtout le Nil, que les Égyptiens plaçaient au rang de leurs principales divinités , et auquel ils donnaient le titre de Dieu saint, recurent des hommages divins , qu'une longiie succession de siècles n'a point diminués (i).
Les ^Musagètes adoraient le Tanaïs et les
(i ) Dans le Mercure T.riinegiste , le Nil est qualifié de saint. On trouve , sur une ancienne médaille du <:abinet de Morosini, cette légende : Deo sancto Nilo.
ANTEAlErRft À l'iBOLÂTRIE. 7 5
Pàtus^MéoUdes ; les Phrygiens de la ville de Gelène y le Méandre^ le ManiM; les habilans de la vallée de Tempe, le Pénée; les Troyens, le Scamandre; les Smyrnéens, le Mêlés; les Amazones, le Thermodon; les Ârcadiens, le Ladon; les Romains, le Tibre; les Germains, le Bhin; les Scythes , le Ddawbey etc.
\JInachusy qu'Hésiode nomme le favori du ciel; VEurotas, auquel les Lacédémoniens ^ par une loi expresse , rendirent les honneurs divins ; VJlphée ^ surnommé le favori de Jupiter; \eCliturane, fleuve de l'Umbrie, qui rendait des oracles, et dont Pline le jeune a célébré la source sacrée; YEridan^ dans les eaux duquel Phaéton fut précipité^ et que Virgile nomme le Roi des Fleuves ; YJlUssus^ surnommé le dii^in^ où les prêtres de Cém plongeaient ceux qui sa disaient initier aux petits mystères d'Eleusis : tous ces fleuves et rivières^ ainsi qu'une infinité d'autres, formaient, chez les anciens, autaSat de divinités auxquelles les Grecsdon^aient le nom générique de Potanudes (i).
Les lacs eurent aussi leur culte , dont la di*r* TÎnité générique était nommée Limnade ou Lùnnée. Lesdifféréns lacs appelés Acbérusie,
(i) Vojrc^ JElien , ffislofre diverses , liv. 2, chap. 33? des Statues des fleuves*
74 I>PS Cl^LTPS
aijUiés en Egypte et en Grèce ; le lac d^ Vjéiferne en Italie^ jouaient un rôle distingué dans les (ables mythologiques^ et recevaient les bon-iieurs divins. Ce culte existait chez les Gaulois. Les habitans de TquIousb avaient un lac sacré ^ auquel ils portaient des offrandes ^ en jetant dans ses «aux For et l'argent qu'ils avaient pris sur leurs ennemis.
. Strabon piarle d'un autre lae que la superstition des habitans des Gaules avait également rendu célèbi^. Il était nommé le lac des deux Corbeaux ^ ctle^ peuples s'y livraient à plusieurs pratiques de dévotion. Grégoire de Tours fait mention d'un lac^ situé dans le Gé«vâudan^ que les habitans du pays honoraient comme une divinité. Us venaient^ chaque année , célébrer une fête qui durait trois jours ; et, pour offrandes, ils jetaient dans ses eaux çles pièces de toile, d'étoffes, des toisons de troupeaux, du fromage, de la cire , etc. Cette dévotion fût, dit-^on, abolie au sixième sièclcf, La mer eut un culte très-^répandu, La divinité qui y présidait portait dans divers pays des noms différens. Cette diversité de noms procura à la mer un grand nombre^ de dieux , dont les principaux sont: Océan y Pontus ^ Néré y Poséidon y Neptune, etc. Une dénomination féminihe, Téthrs^ fit iniaginer en cer-
ANTÉRIEURS A l'iDOLATRÎK. . 7 5
tains lieux une divinité femelle^ qui fut la sœur eirépouse de Poséidon ou de Neptune. Ailleurs, le nom A^ Amphitrite donna naissance à une autre déesse qui passa ])Our la fille de Y Océan et de Téthjrs , ou bien pour la soeur de Tétfifs^ i amante et la femme de Neptune. De ces mariages iiaquirent un grand nombre de filles, appelées Océanides ^ qu'Hésiode et ÂpoUodore font mon ter jusque trois mille. Ce nombre est augmenté par celui des Néréides et des Tritons ^ autres divinités marines de la même famille*
Le culte rendu à la mer est attesté par plusieurs faits historiques. Jason lui sacrifia sur le rivage , avant de s'embarquer avec les Argo^ nautes. Mithridate lui sacrifia , en faisant plonger dans ses eaux des charrîots attelés de quatre chevaux. On lui feisait aussi des libations : c'est ce que pratiquèrent Alexandre -le -Grand, Alcîbiade , Nicius et Lamachus^ généraux de la flotte athénienne.
Les Égyptiens regardaient la mer comme une divinité malfaisante , comme le principe du mal , comme Typhon lui-même, Aussi l'a-» vaîent-ils en horreur (i).
(«) Typhon, Gâaie des téjBèirres at du mal; c'est la diable des chrétiens.
76 i DES CULTES
Il re$te epcora ànns plusieurs parties de la terre des traces de cet aaoien eulte. Les Indiens fQnt aujourd'hui i^sk sacrifices à la meit. On porte en cérémonie sur le rivage un va^ foat^ mé avec de la paille et recouvert d'un voile* Après plusieurs pratiques religieuses, on jette le vase daDS l'eau» Dans une autre drcons-*tanc0> le$ Indieiis jettent des cocos. Quelques peuples qui habitent la côte oeeidentale de l'Afrique regardent la mer comme umPâècAe. Ceux du royaume de Saka , aur la cote d-ivoire , jetteiit pompeusement dans ses eaux de vieux haillons^ des carpes de bouc remplies de poivre^ et des pierres de plusieurs sortes* Les habitans du cap Corse, sur la o^te dç Guinée , immolent une chèvre sur un rocher qui s'avance dans la n^er- Le sacrificate^r m^Pge une partie de la victijoç^e j le re*tç e^t j^t4 d^n^
Lç but de ces Q^Traudei était , çhw U^ aft-clensj comme ill'est encore ché^lesm^d^^r^i^s»
de calmer les Hots de Qet élémeat terrible^ ei de sç le rendre favorable.
U e$t possible que l'usage^ ^î fréquent Qhei^ les anciens^ de jeter des présens et d^ offi*anda» dans la mer pour se la rendre propice , soit Torique de la cérémonie civile pratiquée par le doge de Venise , qui jetait un anneau d'or
ÂNTERIEUBS k L'IDOLATAIE. 77
éoins la mer ^ comme un. témoignage cie soa attiaoce arec elle. Il époosait civilement cet élément indocile ^ poui^ donner au peuple Ta»* surance apparente de la bonne intelligence qui devait régner entre le gmtvetnement ve* nitîen et celle épouse capricieuse. Ainsi ^ une cérémonie ^ religieuse dans son principe ^ se serait perpétuée ea se transformant en cérémonie pdiitique.
On rendsât un coke semblable aux rivières et aux fontaines*
Les Phrygiens, de la ville de Célœne, rendaient, comme je l'ai dit, un culte aux deux rivières du Méandre et du Marsiàs. On leuroffi*aitdes sacrificesséparémentouen commun; mais, dans le premier cas, on ne manquait point de désigner par son nom le Dieu fleuve auquel s'adressait la cérémonie. On jetait dans le lac, source commune de ces deux rivières, léft caisses des victimes ; et l'on croyait que l'offrande arrivait miraculeusement a celui des deux fleuves auquel elle était destinée, et que jamais l'un n'envahissait les dons consacrés à lautre.
Les fontaines eurent aussi leur culte : elles furent des divinités appelées Nymphes , Naïades, CrénéeSy Pégées. Elles étaient trèsHrévérées chez les Grecs et les Romains , qui se fai-
sateni même ùa scrupule de trpubler leuM eaux en s'y baignant. Les Romains avaient con->sacré une fête appelée Fontinaley en l'honneur des divinités fontaine^ Pendant celte fête^ ce— l^rée le 1 5 d'octobre ^ on courorînait > dit Varron^ les puils avec des guirlandes^ et l'on jetait des couronnes dé fleurs dansles fontainesé
(c Nous adorons ^ dit Sénèqûe y les soturces n des grandes fleuves , et nous plaçons dés au- » tels à l'endroit où les eaux sortiint brusque- >/ ment des souterrains. Nous adorons aussi .les » fontaines d'eaux chaudes ^ et lès lacs distin- » gués par leur profondeur immense. »
Les fontaines adorées sont en trop grand nombre pour les détailler ici. On attribuait généralement H leurs eaux defe vertus merveilleuses : plusieurs rendaient des oracles, inspiraient ceux qui s'abreuvaient de leurs eaux. Les fontaines thermales , qui avaient aussi leur culte , pouvant soulager ou guérir plusieurs maladies, méritaient mieux le respect des peuples , et avaient plus de droit à la divinisation que la plupart de celles qui étaien t dépourvues de cette faculté.
Les Gaulois et les Germains adoraient des fontaines; et, malgré les efforts du christia*nisme, ce culte s'est long-temps maintenu chex eux. J'ai cité , en parlant du culte des forints ^
ÀNTEHIEURS A L'iDOLATRtE. 79
les êapitulaires, les lois civiles et Religieuses qui proscrivaient l'adoration des fontaines an Irai^ tième siècle : suivant le chroniqueur Helmol-^ duSy cette superstition antique était en vigueur chez les Saxons au tteizième siècle. On trouve encore en France des fontaine qui conservent les noms de quelques divinités du paganisme , et notamment celui de Diane.
Le culte des eaux suhsiste aujourd'hui ^ en tout ou en partie, chez plusieurs nations de la terre. Quelle que soit la différence des religions qu elles professent, quelles que soient les opinions qui lesi divisent , elles s'accordent plus ou moins sur ce point du Fétichisme naturel.
Les prêtres du christianisme , ne pouvant triompher des vieilles habitudes des peuples , les laissèrent subsis.ter, en changeant le nom de Fobjet du culte , en substituant des saints aux dieux du paganisme ; c'est pourquoi plusieurs fontaines antiques, et sur-tout lesfontaines thermales et minérales, portent encore aujourd'hui des noms de saints. Quelques-uns , à la faveur de ces noms sacrés , opèrent encore , dit -on , des guérisons miraculeuses : la fontaine des Andelys, dont le culte se célèbre le jour de Sainte- Clotide , en est un exemple.
La Grèce moderne,* malgré les siècles, les rvènemcns politiques et les religions diverses,
8o mes CULTES
causes de tant de révolutions glorieuses et fa«nestes y conserve encore ce culte antique. Ces révolutions qui ^ de l'état de barbarie ^ ont éle« vé cette nation au plus haut degré de gloire^ et Tout replongée dans la servitude et l'abjection; cpii ont ÊdVédifier et renverser |^nt de villes , tant de monu^iens magnifiques et durables y n'ont pu cependant porter que de faibles atteintes aux habitudes héréditaires de ses habitans ^ au culte le plus ancien du monde : le Féti-chisme naturel^ qu'ils professent encore ^ et qui s'est maintenu presque intact après de si nombreuses vicissitudes. Us rendent, un culte aux forétSy aux fontaines.. Yoici le tableau des restes vénérables de ce culte primitif^ ti^acé par un voyageur moderne.
(( Il faut voir les fêtes religieuses qu'ils célè- » brent à la campagne: elles rappellent les dé- » votions des anciens pour une fontaine sacrée, » pour une antique forét^ objets de vénération » et de culte. Or, Toujours dans ces lieux déserts, » dans ces bois respectés , vous trouverez une » fontaine célèbre pour les guérisons et les min racles qui s'y opèrent. La découverte, d'une » source abondante , ou de ces eaux minérales » propres pour tant de maladies , a donné lieu » à celte dévotion. Airfsi les Grecs ont encore » dans leurs montagnes, des cavernes, des fo-
Mn?£RI^UA& A l'idolâtrie. ftl
Il rets , des eaux cooi^Érés par la deFOtioji ; ils » y vont ea foule , dans certains jours de Tann née , et boivent de ces eaux : c'est une fête » publique. Ils attachent ensuite près de la D mèoie fontaine ou de sa source des mor-^ » ceaux de linge ou d'étoffe» en signe de la x> gaérison qu'ils ont obtenue (i)^. n
Lé tulte des lacs était €ti vigueur chez les La* ponS «u dix-sepûème siècle. Leur usage était d'y jeter le foie et d'y faire couler le sang des victimes qu'ils immolaient sur leurs bords (2). Ce culte existe encore en plusieurs lieuxt. Les Kftfanouks vont en dévotion sur la grande montagne de Bogdo, près des bords du Volga, jettent dans une espèce de laô en forme de goufire quelques pièces d'argent , quelques effets, et y récitent des prières (5).
Quant aux cultes des fleuves et des rivières , il n'a point cessé dans certaines parties du monde. Le Nil reçoit encore^ même des chrétiens Coptes^ un hommage religieux. Le 24 septembre , jour de la fête de Sainte-Croix,
(1) Noui^eauxJ^oyagcs dans UArchipel^ le Continent de la Grèce, etc., t. Il, p; 585.
(a) F'qyage au Cup^Nord, par Joeeph Aeerbi, t. HI, p, 259.
(3) Voyage iù P allât, t. Vil, p. ^1^^ 4^i. L 6
itmpt ancjucl ce fleuve commence à (îécroftre, les prêtres coptes font une cérémonie cjui esirùii reste de Fancîen culte. Après avoir célébré la messe et rendu grâces à Dieu des heureux eflfets du débordement, ils jettent éans les eaux du Nil une croix de bois (i).
Le voyageur Bruce, parvenu aux sources ée- ce fleuve-, y a trouvé son culte conservé dans son intégrité première. II a logé cIidK celui qui remplissait les. fonctions de prêtre du Dieu Nil. Les habitans appelés Agows , honorent ce fleuve des titres pompeux de Dieu éternel^ de Lumière du Mofide, à'OEil ife la Terre j de Dieu de paix, de Sciu\>eurj de Père de VUnii^ers. Bruce a aussi entendu lé prêtre qualifier, dans ses prières, le Nil de Dieu très-puissant et de Sauveur du Monde. Ce serait commettre un sacifîlége que de se baigner dans les eaux de sa source (â).
Cftie* les peuples de l'Inde et du Thitiret, le Gange est encore une divinité très-^vériêrée. Plusieurs dévots mdiens se noient dans ce
(r) Mémcif^ sur te culte des diimàés dès eau^,i^9ix Tabbë Fontenu. Mém. deFAcatk de» Fnscrip, , t. Xlt',
(2) Voyage aux sources du Nil, par James Bwice tom. VI. • •
ANTÉRIEURS k L'iDOLATRtE. 83
fleure^ afin darriver au séjour des bienheureux. Les habitans qui en sont trop éloignés pour jouir facilement du bienfait imaginaire de ses eaux les font à grands frais, transporter fort loin, a J'ai yu, dit Samuel Turnery des » hommes gravir sur les montagnes du Bou- )) tan , traverser une partie du Thibet , empor-* D tant sur leurs épaules des vases remplis d'eau » du Gange (i). w
Ce Qeuve n'est pas le seul dans l'Inde qui reçoive les honneurs divins; les habitans comptent sept fleuves o<u rivières qui ont cette prérogative, et qu'ils nomment du nom collectif de Sidnud, ou les sept rivières. Ces rivières sont : le Gange, la Jumnah, la Goda-* vefy y la Strsooiy, la Nerbuddah, Je Sind ou ( Indus ) , et la Cous^rjr {p!).
On voit, par ces exemples , que le culte des eaux en général a été ausâi universel, aussi répandu , et s'est tout autant conservé que les cultes des montagnes et des forets.
Tels sent 1q^ principaux objets du Fétir^ chisme naturel; fiels sont ceux qui ont le plus particulièrement Iburni matière à Fidolâtrie.
(i) Relation dé t! ambassade anglaise au TTiibct et au Boutany'Çdcc Samuel Turner, 1. 1, p. 8i'.
(2) Manaécriis de Kirhpatrich, Description géogra^ phiquû de l*lHdasi4tn^^9it le major Rennell, t, U^ p. 364-
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