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Histoire abrégée de différens cultes

PONTHIEU, PALAIS-ROYAL 7 GALERIES DE BOIS, N° 2$2 PEYTIEUX , GALERIE DELORME, N09 II ET l3.

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PRÉFACE

JLj ouvrage que je publie manquait à notre Iitteratuie. Les mythologues, les scrutateurs de l’antiquité y trouveront quelques aperçus , quelques faits nouveaux, des explications sur l’origine, jusqu a présent inconnue , de plusieurs divinités, queh|ues découvertes, et sur «tout le rapprochement d un grand nombre de traits épars dans une immensité de livres peu communs, de notions inédites, puisées dans des manuscrits, ou fournies par des amateurs , dont Fensemble offrira une face de 1 histoire qui n’a point encore été aperçue.

Je ne me borne point a 1 historique du culte des divinités génératrices , à débrouiller le chaos de son origine , à suivre ses ramifications, ses différences, ses rapports dans chaque pays; j’y joins le tableau

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des opinions, des mœurs , des institutions correspondantes qui dirigeaient les différentes nations où ce culte a été en vigueur. On verra qu’entr’ elles et lui il existe une harmonie parfaite. Je traite aussi de toutes les divinités créées par le meme motif, adorées dans la meme intention. J établis leui source commune , leur filiation , leurs altérations diverses.

L’histoire des mœurs, des institutions des cultes et des usages , lorsqu elle est détachée des évènemens politiques , pi csente l’espèce humaine sous un jour nouveau , ouvre un vaste champ aux réflexions } agrandit la carrière des conjectures, et prépare des découvertes dans l’océan du passé. Elle ne se rapporte plus à un seul peuple , à un seul pays; elle ne se borne pas à des traits particuliers; elle s’étend sur la généralité des nations de la terre ; elle embrasse tous les rapports qui les unissent , qui les divisent; elle classe les différentes familles primitives qui, en se séparant, ont formé les différens peuples; elle indique les sources d’où chacun d’eux est découlé, ainsi

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que les altérations qu'a fait subir à leur caractère antique l’influence des climats , du sol, desévénemens et des lois.

La comparaison des usages, des cultes, des idiomes, des costumes meme, celle des moyens de transmettre le langage ou de Fécrire; celle des cérémonies superstitieuses observées lors des naissances., des mariages et des morts; des pratiques propres à détourner les accidens fâcheux, les calamités, les maladies, à amener l'abôndance et la prospérité, à implorer la divinité pour se la rendre favorable; ces comparaisons, dis-je, peuvent procurer, sur l’origine des différons peuples, des connaissances plus certaines que celles qu'on peut retirer de la plupart de nos traditions historiques.

Mais un obstacle peut arrêter la plume de l'historien des mœurs et des cultes; et cet obstacle résulte de la grande différence que la distance des temps et celle des lieux ont établie entre les opinions , les bienséances et la langue des siècles passés, des pays étrangers, et celles

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du siècle présent, et du pays pour lequel on écrit. Est-il permis de dire aujourd’hui, et parmi nous, sans craindre de blesser les convenances, ce qu’il était permis de dire et de faire autrefois , et ce qui se fait encore maintenant chez certaines nations éloignées de nous ? Faut-il franchir brusquement cet obstacle en bravant les bienséances, ou bien faut-il renoncer à l’histoire des mœurs, aux leçons et aux lumières qui en résultent?

Il m’importe de fixer les idées sur ces questions indécises.

Ces deux partis sont extrêmes ; mais il est un terme moyen où je dois m’arrêter. Il faut tout dire, parce que, pour faire connaître une matière à fond, il ne faut rien cacher; mais il faut tout dire convenablement à nos mœurs; mais, en disant tout, ne point heurter les formes reçues; car la délicatesse extrême de notre langue, notre hypocrisie, ou si l’on veut nos bienséances, exigent impérieusement que ces formes soient respectées. J’y soumettrai donc mes expressions; elles seront ici

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comme un voile léger qui, satisfaisant à la décence, couvre des nudités choquantes sans en dérober les formes.

C’est à ce terme moyen que je m’arrête. Je décrirai des institutions, des pratiques, des divinités , indécentes pour nos mœurs; mais je les décrirai décemment.

L’histoire n’existerait pas , ou ne présenterait qu’un corps desséché, qu’un triste squelette, si l’on en bannissait les faits qui choquent la raison, la justice , qui blessent la décence , qui révoltent l’humanité. Aucune leçon n’en ressortirait, si la corruption, les erreurs çt les crimes qui ont si long-temps souillé l’espèce humaine, y étaient passés sous silence. Comment pouvoir juger du mérite de telles institutions religieuses ou civiles , si l’on laisse ignorer l’influence funeste ou heureuse qu’elles ont exercée sur la conduite des hommes? Comment apprécier la valeur des causes, si leurs effets restent inconnus?

Pour retracer des crimes, l’historien n’est point criminel; pour retracer des indécences , l’historien n’est point indécent.

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L’historien, pénétré de ses devoirs, ne connaît d’indécent, dans une histoire, que ia grossièreté de l’expression et le mensonge Il faut avouer qu’à certains égards notre raison a fait peu de progrès., et que nos mœurs se ressentent encore de notre barbarie originelle. Les mots bourreaux , assassins, etc. , rdont pour nous rien d’indécent. Notre délicatesse n’est point blessée , lorsque nous nommons un poignard, une épée, un stylet, du poison, etc. Nous prononçons sans honte les noms des instrumens qui donnent la mort, et nous rougissons de désigner, de prononcer les noms de ceux qui donnent la vie(i).

(i) Montaigne censure, à sa manière, cette disposition déraisonnable de nos mœurs ; disposition qui , depuis le siècle où il a vécu , n’a fait qu’empirer : « Chacun » fuit à le voir naître , dit-il en parlant de l’homme , » chacun court à le voir mourir. Pour le détruire, on » cherche un champ spacieux en pleine lumière ; pour « le construire, on se musse {cache) dans un creux té- » nébreux, et le plus contraint qu’il se peut. C’est le » devoir de se cacher pour le faire , et c’est gloire, et » naissent plusieurs vertus ( honneurs ) de le savoir dé— « faire. L’un est injure, l’autre est faveur. » {Rssais de Michel de Montaigne , liv. 3.)

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