‹ Histoire abrégée de différens cultesChapitre 2 sur 27 · VI · texte numérisé non relu

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Cette inconséquence dans nos mœurs ne doit pas empêcher l’écrivain de s’y soumettre. 11 doit, en peignant les erreurs et les vices, les improuver, et faire partager à son lecteur l’horreur qu’ils lui inspirent; il doit , afin que l’expression ne soit pas jugée aussi criminelle que l’action exprimée, la présenter sous des formes et des couleurs qui ne blessent point les yeux faibles de ceux à qui le tableau en est offert. Si la raison condamne notre délicatesse extrême , la raison veut aussi que cette délicatesse , lorsqu’elle existe , soit respectée*

Tels sont les principes qui m’ont dirigé dans la composition de cet ouvrage; et, pour concilier la vérité des faits avec la délicatesse de notre langue , j’ai eu soin de ne jamais les perdre de vue.

Il est des personnes dont la pudeur est semblable à une plaie enflammée qui s’irrite au moindre attouchement; des personnes qui, du temps de Molière, auraient été nommées collets montés précieuses ridicules , qui , sans avoir égard à la décence soutenue de mes expressions, s’attachant/

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uniquement à la matière de cet ouvrage , pourront lui appliquer cette maxime d7i Socrates ; Ce qui est malhonnête à faire est malhonnête à dire.

Cette maxime n’est point applicable ici 5 elle est en outre fausse dans le plus grand nombre des cas.

Elle n’est point applicable, parce que les institutions, les cérémonies, les idoles dont je parle dans mon ouvrage , étaient et sont encore des choses très-honnêtes, puisqu’elles étaient et quelles sont des choses sacrées et religieuses, des objets de la vé-' nération de plusieurs peuples, depuis une longue suite de siècles.

Elle est fausse, parce qu’en la suivant on ferait plus de mal qu’on n’en empêcherait. Il faudrait brûler toutes les histoires et tous les ouvrages de morale qui présentent des tableaux de la dépravation des mœurs; tous les livres sur la jurisprudence criminelle, et une infinité d’autres; parce que ces divers ouvrages contiennent souvent le récit d’actions fort malhonnêtes. Si le rhéteur athénien eût dit : On ne doit jamais ,

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sans les improuver , rapporter des actions malhonnêtes, sa maxime moins tranchante eût été plus raisonnable.

Ce que je vais exposer fera connaître le plan de mon ouvrage , et justifiera le motif qui me l a fait entreprendre.

Tout ce qui peut agrandir le champ des connaissances humaines, tout ce qui tend à augmenter le faisceau de nos lumières, est incontestablement utile; et les efforts de ceux qui, par de longues méditations et de pénibles recherches, se dévouent à de telles entreprises, ne peuvent être que louables. Leurs résultats, ne fussent-ils que des erreurs, doivent encore mériter la reconnaissance publique, parce que ce n’est qu’en s’avançant au milieu du tourbillon d erreurs qui la cachent, qu’on parvient à découvrir la vérité; et des erreurs, bien reconnues , sont des pas de plus faits vers son sanctuaire.

Les difficultés nombreuses de la mythologie sont de nature à piquer la curiosité, à exercer l’esprit, à enflammer le courage des amateurs de l’antiquité , et de tous ceux

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qui voient avec inquiétude le voile qui couvre encore nos origines. J'essaie de lever un coin de ce voile , d'expliquer quelques difficultés, et de mettre au jour quelques vérités inconnues.

On connaissait l'existence du Phallus , celle de Priape; mais on ignorait leur origine. On savait que chez les anciens ils étaient les emblèmes de la fécondité, parce que leur forme indiquait trèsclairement ce motif ; mais on ne savait pas à quelle occasion ces emblèmes furent établis ; et on n'avait à cet égard d'autres notions à donner que celles que fournissent leurs fables, c'est-à-dre, qu’on était réduit à prouver le certain par l'incertain, et la vérité par le mensonge.

On savait que le culte du Phallus existait chez différens peuples de la terre ; mais on n'avait pas encore observé les altérations qu'il avait subies , ni son union constante avec les divinités-soleil de chaque pays; union qui contribue à lier ensemble les différentes parties du système qui établit forigine de cette divinité.

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On ignorait que, clans le principe, le Phallus avait été absolument isolé. On ignorait la cause de sa disproportion avec le corps humain, auquel on l’adjoignit ensuite ; on ignorait que son adjonction à clifférens corps, tels que troncs d’arbres, bornes, figures humaines, avait donné naissance à plusieurs divinités : aux Hermès, à Phallus , à Priape , à Pan , aux Faunes , aux Satyres. On se doutait de Faffinité de ces diverses divinités ; mais on n’avait pas encore aperçu le lien qui les unissait, ni ce qu’ils avaient de commun dans leur origine.

On ne savait pas non plus , ou l’on ne savait que vaguement, que le culte de Phallus se fût conservé en Europe jusqu’à nos jours.

On n’avait jamais comparé ce culte avec celui des autres divinités génératrices , ni montré l’identité de leurs motifs; on ne l’avait point comparé avec des institutions, des mœurs qui y ont un grand rapport 5 comparaison qui démontre une uniformité d’intentions chez les anciens, et donne

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I mplication de plusieurs pratiques , qui , présentées isolées ^ restaient inexplicables.

Mon ouvrage a pour objet d’éclairer ces points ignorés, de dissiper ces doutes, de fixer ces incertitudes.

Je prouve^ d une manière incontestable, l’origine de Phallus. Je suis son culte dans ses ramifications, ses progrès, ses altérations, ses abus, durant plusieurs siècles, et chez diverses nations de la terre où il a été établi. Je le trouve presque par-tout où le soleil a été adoré , où la religion astronomique a été en vigueur.

Ce culte a existé long-temps chez les peuples modernes de l’Europe ; ils ont conservé au Phallus sa forme, ont cru ^ comme les anciens, à sa vertu fécondante; mais ils ont déguisé son nom, et lui ont appliqué des dénominations appropriées au temps >, et conformes à la religion dominante. J’ai recueilli avec soin les différens matériaux que l’histoire et les monumens m’ont fournis sur la continuation de ce culte. Cette partie de mon ouvrage, qui n’est pas la moins intéressante, montre quelle est la

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force des habitudes religieuses chez les peuples, puisqu'elles peuvent se maintenir très-long-temps , malgré les efforts que lui opposent les religions contraires et exclusives.

Pour rendre plus vraisemblable l'existence de ce culte indécent parmi les chrétiens, pour prouver qu'il n était pas aussi étranger à leurs mœurs qu'on ïe pense, il a fallu donner le tableau des mœurs du temps où ce culte existait, y joindre celui de quelques pratiques ^ de quelques institutions dont l'indécence s’accorde assez bien avec celle du Phallus . On en conclura facilement qu'un peuple, habitué à de telles mœurs, à de telles pratiques, à de telles institutions, pouvait bien accueillir, loin de les rejeter, le culte et la figure obscènes du dieu des jardins.

D'après cet exposé, on pourrait croire qu il m'a fallu entrer dans des détails qui, par leur nature, peuvent alarmer des esprits timides et ombrageux. Qu'ils se rassurent cependant : ils ne trouveront dans cet ouvrage aucun tableau capable d e-

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mouvoir les sens ; son ton scientifique repoussera d’ailleurs les lecteurs qui , par leur âge, pourraient y puiser des instructions prématurées. Je serai décent, je le répète, et je le serai plus que la plupart des autorités respectables dont je me suis appuyé; je le serai plus que le sont certains livres de la Bible, plus que certains pères de l’église , que je n’ai cités qu’en employant des circonlocutions. Je serai plus décent que ne l’était Arnobe , un des premiers défenseurs du christianisme , que ne l’étaient saint Clément d’ Alexandrie 3 et plusieurs autres écrivains ecclésiastiques; plus décent que plusieurs prélats rédacteurs de certains Canons pénitentiaux , dont les expressions sont d’une naïveté, d’une liberté étonnantes, et que, par respect pour nos mœurs, je me suis bien gardé de traduire, mais que, pour les progrès de l’instruction que je respecte aussi beaucoup, j’ai conservées dans leur texte original.

Mes expressions seront conformes aux convenances actuelles; mais dois-je sacrifier à la pusillanimité de certains lecteurs

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des couleurs que réclamait la vérité du tableau?

Tout ce que peut trouver à reprendre dans mon ouvrage la pudeur la plus susceptible de s effaroucher, ne m appartient point, mais appartient le plus souvent a des écrivains ecclésiastiques, recommandables par leur piété et leur doctrine. Et si, sous ce rapport, mon ouvrage a quel* que blâme à encourir, ce n’est pas sur moi, c’est sur eux qu’il doit tomber ( i).

Au reste, mon intention, que j’ai développée, est mon excuse.

Je sens que, sur ce point, j’en ai déjà

(i) On verra que je suis bien éloigné du sentiment d’un moine du neuvième siècle, qui a écrit différens traités théologiques , et qui , pour s’affranchir des entraves de la bienséance , prétend qu’il n’y a rien de honteux dans la nature. « Ce qui est utile est honnête, dit-il, et ce » qui est honnête n’est point indécent; tout ce qui a été » créé n’a rien d’indécent. » Et il ajoute : Jgitur et mu - » lieris vulva non turpis , sed honesta siquidem partes » omnes créatures honestœ. » ( Ratramni monachi Corbiensis , liber de eo quod Christus ex Virgine natus est, cap. 3. Spicilegium d’ A chery, tom. i, p. 53.)

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