‹ Histoire abrégée de différens cultesChapitre 15 sur 27 · II · texte numérisé non relu

II

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Les Grecs étaient tout aussi indifférens sur les nudités que les autres peuples de l’Orient: ils s’en servirent comme d’un moyen politique, et propre à ramener un sexe vers l’autre, à exciter des désirs qui devaient tourner au profit de la population.

C’étaient les vues de Lycurgue, lorsqu’à Sparte il institua des exercices et des danses où les jeunes filles et les jeunes garçons figuraient en public entièrement nus. « Pour prévenir la » mollesse d’une éducation sédentaire, dit Plu- » tarque, il accoutuma les jeunes filles à pa- » raître nues en public, comme les jeunes gens; » à danser, à chanter, à certaines solennités, en » présence de ceux à qui, dans leurs chansons, » elles lançaient à propos des traits piquans de » raillerie, lorsqu’ils avaient fait quelques f> fautes, comme elles leur donnaient des louan- » ges quand il les avaient méritées. ... La nu- » dité des filles n’avait rien de honteux, parce » que la vertu leur servait de voile, et écartait » toute idée d’intempérance. Cet usage leur » faisait contracter des mœurs simples, leur » inspirait entr’elles une vive émulation de vi- » gueur et de force, et leur donnait des senti- » mens élevés, en leur montrant quelles pou- » vaient partager avec les hommes le prix de » la gloire et de la vertu ....

» C’était aussi une amorce pour le mariage, » que ces danses et ces exercices que les jeunes » filles faisaient en cet état , devant les jeunes » gens qui se sentaient attirés, non par cette » nécessité géométrique dont parle Platon, » mais par une nécessité plus forte encore: » celle de l’amour. Non content de cela, Ly- » curgue attacha au célibat une note d’infamie : » les célibataires étaient exclus des combats » gymniques de ces filles; et les magistrats les » obligeaient, pendant l’hiver, de faire le tour i< de la place tous nus, en chantant une chan- » son faite contre eux, et qui disait qu’ils » étaient punis avec justice pour avoir désobéi a aux lois (i). »

Cette dernière disposition démontre évidemment le but du législateur : il voulait peupler

(i) Plutarque , Vie de Lycurgue , chap. 21 et 22.

On a beaucoup raisonné sur les institutions de Lycurgue, et notamment sur celle dont je viens de parler. On s’est beaucoup récrié sur l’indécence de ces filles offertes nues aux regards du public , et même sur l’indécence plus irritante encore de leur costume ordinaire, qui laissait en partie leurs cuisses à découvert.

Pour juger sainement de pareilles institutions , on doit commencer par se dépouiller de ses préjugés , connaître ensuite la situation , le caractère du peuple où elles ont été établies , ses rapports avec les peuples

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sa république; il voulait la peupler de citoyens forts, robustes, et capables de la défendre avec zèle, avec vigueur. Connaissant toute 1 influence des femmes sur les hommes, il forma celles-ci de manière qu’elles pussent à leur tour former au moral, comme au physique, des hommes propres à remplir ses sages intentions. Le succès qu’il obtint prouve son grand génie, l’excellence de ses institutions.

Platon adopta ces mêmes idées, qui, sans doute, n’étaient point contraires à celles de son temps et de son pays : il voulait que les filles , avant l’âge de puberté, entrassent nues dans la carrière, et que les jeunes gens des deux sexes

voisins , les différons caractères de ceux-ci ; se reporter , s’il est possible , au temps où vivait le législateur ; connaître ses données et ses moyens.-

Lycurgue sentit la nécessité de former pour sa république des hommes d’une trempe extraordinaire , d’une force d’âme et de corps capable de faire prospérer son ouvrage. Tl savait que les femmes contribuent beaucoup , dans une nation , à former le caractère des hommes : il étendit ses institutions jusqu’aux sources de l’existence. Il lui fallait des femmes qui ne fussent ni délicates , ni bégueules , ni timides , mais des viragos dont la plus grande vertu fût l’amour de la patrie. Cette république de Sparte, qui a fait l’admiration des anciens et des modernes , a duré plus de cinq cents ans

dansassent ensemble nus, afin de se connaître réciproquement (i).

ïl faudrait joindre ici la description des exercices gymniques, des scènes indécentes qui accompagnaient les pompes religieuses, et les fêtes de diverses divinités, des danses lascives des Grecs et des Romains, où les nudités et même les gestes lubriques ne blessaient aucunement la décence, et ne rappelaient souvent que des idées religieuses; mais mon objet n’est point d’offrir ces nouveaux tableaux. Le lecteur judicieux conclura facilement de F exposition des opinions, des mœurs, des usages et des institutions que je viens de lui faire, que ces opinions, que ces mœurs, que ces institutions dérivent de la chaleur du climat et de la nécessité de favoriser la population.

Il conclura que la pudeur, vertu de convenance, n’en est une que pour les peuples qui en ont pris l’habitude; que cette habitude résulte ordinairement de la température du pay s qu’ils habitent, et de la nécessité de se vêtir; et que la pudeur diffère de la chasteté.

Il conclura que la différence des climats produit la différence des opinions sur ce qui paraît décent, et sur ce qui ne le paraît pas; que

(i) Lois de Platon , tom. i, H v . 6; et tom, 2, liv. 8,

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les mêmes causes ont agi sur les pratiques religieuses ; que ce qui , dans les religions comme dans les coutumes civiles, choque dans un temps, dans un pays, n’a rien de choquant dans un autre temps, dansun autre pays; enfin, ils concluront que le culte du Phallus , du Priape, dont j’ai exposé les diverses cérémonies dans ce chapitre, 11e blessait nullement la pudeur, ne contrariait point les préjugés des nations où il était en vigueur. En effet, on ne trouve chez les écrivains de l’antiquité aucune plainte, aucune déclamation contre ce culte; ce ne fut que dans un siècle corrompu qu’ils plaisantèrent sur Priape et son Phallus, comme sur la plupart des autres divinités. Les chrétiens sont les premiers qui s’élevèrent sérieusement et avec force contre ce dieu et ses images (1).

(1) Les écrivains du christianisme, dans leurs déclamations , nous ont fait connaître , mieux que ceux du paganisme, les détails de ce culte.

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