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CHAPITRE XVI

Suite du même sujet. De la Fête des Fous et des Sousdiacres ; des Processions composées de personnes en. chemise ou entièrement nues ; des Flagellations publiques ; de Fusage de donner les Innocens , etc.

Quelques sectes du christianisme prescrivaient des actes généralement réprouvés par la bienséance et la religion. Les Adcnnistes , les Turlupins , les Picards P et certains anabaptistes, allaient nus, et commettaient publiquement l’œuvre de la chair. On a vu trèsrécemment quelques libertins , couvrant d’un voile religieux leurs dispositions à la débauche, chercher, mais vainement , à propager la même doctrine.

Passons à d’autres sujets.

Les fêtes des fous P des sous-diacres , de l'âne , etc. , etc. , imitées des saturnales antiques , et qui se célébraient dans presque toutes les églises de France, mériteraient ici

une longue exposition. Quoique leurs cérémonies burlesques et indécentes soient très-connues et attestées par un grand nombre de témoignages authentiques , mon sujet exigeant que j’en fasse mention , j’en parlerai , mais le plus succinctement qu’il me sera possible.

Les prêtres d’une église élisaient un évêque des fous , qui venait, pompeusement accompagné, se placer dans le chœur sur le siège épiscopal. La grand’messe commençait alors; tous les ecclésiastiques y. assistaient , le visage barbouillé de noir, ou couvert d’un mascpie hideux ou ridicule. Pendant la célébration , les uns , vêtus en baladins ou en femmes , dansaient au milieu du chœur, et y chantaient des chansons bouffonnes ou obscènes. Les autres venaient manger sur l’autel des saucisses et des boudins , jouer aux cartes ou aux dés devant le prêtre célébrant, l’encensaient avec un encensoir, ou brûlaient de vieilles savates , et lui en faisaient respirer la fumée.

Après la messe, nouveaux actes d’extravagance et d’impiété. Les prêtres, confondus avec les habi tans des deux sexes, couraient, dansaient dans l’église , s’excitaient à toutes les folies , à toutes les actions licencieuses que leur inspirait une imagination effrénée. Plus de honte, plus de pudeur; aucune digue n’arrè-

t9.it le débordement de Ici folie et des passions. Le lieu saint, qui en était le théâtre, n’en imposait plus.

Au milieu du tumulte , des blasphèmes et des chants dissolus, on voyait les uns se dépouiller entièrement de leurs habits , d’autres se livrer aux actes du plus honteux libertinage.

La scène se portait ensuite hors de l’église. Moins sacrilège , elle n’en était pas plus décente. Les acteurs, montes sur des tombereaux pleins d’ordures, s’amusaient à en jeter sur la populace qui les entourait. Ils s’arrêtaient, de distance en distance, vers des théâtres dressés exprès pour leurs folies. Là ils renouvelaient leurs jeux en face du public. Les plus libertins d’entre les séculiers se mêlaient parmi le clergé, et, sous des habits de moines ou de religieuses, exécutaient des mouvemens lascifs , prenaient toutes les postures de la débauche la plus effrénée : ces scenes étaient toujours accompagnées de chansons ordurières et impies.

Ces cérémonies , étonnantes par leur mélange avec la religion, par le lieu sacré où elles s’exécutaient en partie, et par la dignité sacerdotale dont étaient revêtus les acteurs, ont subsisté pendant douze ou quinze siècles * elles ont trouvé des apologistes parmi les doc-

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teurs de l’église, et n’ont été abolies qu’avec lat plus grande difficulté (i).

Dans les premiers siècles du christianisme, les prélats fouettaient les pénitens pour les réconcilier à l’église (2).

Lorsque, vers la fin du douzième siècle, la confession fut généralement établie parmi les chrétiens, les confesseurs fouettèrent eux^mêmes leurs pénitens et pénitentes qui , pour cette exécution , se plaçaient dans un lieu secret de l’église. Saint Louis, roi de France, se laissait fouetter très-rudement par ses confesseurs. On sent quels désordres devaient résulter de pareilles pénitences, plus propres d’ailleurs à allumer qu’à éteindre certaines passions (5).

(1) Voyez Mémoires pour servir à la fête des Fous , par Duiilliot.

(2) De sacrd episcoporum autoritate J. Filesac , p. 365 ; — Glossaire de Ducange , au mot Palmata ; — - Glossaire de Carpentier, au mot Disciplina.

(3) Les prêtres vendaient la confession. Il arrivait que les jeunes filles qui voulaient gagner leurs pâques et qui n’avaient point d’argent pour payer le confesseur , se prostituaient pour en avoir. Voici ce que rapporte dont. Carpentier , dans son Supplément au Glossaire de Ducange , et au mot Confessio.

« Le suppliant ayant rencontré une jeune fille de » qeinze à seize ans , lui requiert qu’elle voulut qu’il

Ceux qui étaient excommuniés , pour obtenir leur absolution, étaient fouettés publiquement; et souvent on les forçait de suivre, tout nus les processions , et de porter à la main , ou pendu au cou, l’instrument de leur supplice.

Quelquefois le patient ou la patiente, entièrement nu, recevait le fouet pendant tout le cours de la procession. Il ne s’en faisait guère qui ne fût accompagnée de quelques individus de l’un ou de l’autre sexe, le corps entièrement découvert et rougi par les coups de fouet. Cet usage barbare et indécent s’est conservé jusqu’au seizième siècle.

Ce fut sans doute 1 habitude de voir des pé— nitens tout nus et fouettés, suivre les processions pour obtenir l’absolution de leurs péchés, qui inspira l’idée de ces attroupemens d’hommes et de femmes nus, de ces nuees de fouetteurs qui, vagabondant en procession de ville en ville, offrirent, pendant trois ou quatre siècles , le spectacle de leur nudité , de leur dévotion extravagante , et de leur noble émulation à se déchirer le dos à grands coups de fouet. L Allemagne fut, en 12D7, ^ premier

» eût sa compagnie charnelle , ce qui lui fut accordé » par elle; par ce qu’il lui promist de donner une » robe et chaperon , de l’argent pour avoir des souliers » et pour aller à confesse le jour de Pâques,

556 DES DIVINITÉS GENERATRICES

théâtre de ces tristes et lamentables farces. Bientôt, en iu6o, l’Italie imita un si bel exemple ; elle offrit un peuple entier, transporté d’une sainte fureur, armé du fouet, marchant en procession et se flagellant à tour de bras. « Nobles et roturiers, jeunes et vieux, les en- » fans même de cinq ans parcouraient les rues » et les places publiques des villes , et , sans » pudeur, s’y montraient entièrement nus , à » l’exception des parties sexuelles, qui étaient

» seules couvertes On les voyait par

» troupes de cent , de mille , de dix mille , » précédés de prêtres , portant la croix et la » bannière, remplir les villes, les églises, et se » prosterner devant les autels. Les bourgs , les » villages n’en étaient point exempts. Les plai- » nés , les montagnes semblaient retentir de » leurs lamentations (i). »

Les femmes s’en mêlèrent ; nobles ou non , vierges ou épouses , se fouettèrent sans pitié ; point de bras qui ne fût fouettant , point de dos qui ne fût fouetté. Mais ces flagellations ne furent pas du goût de tout le monde. Le pape Alexandre 1Y refusa de les approuver, la France de les adopter; et le roi de Pologne porta des peines graves contre les flagellans qui tenteraient de s’introduire dans ses états.

(i) Histoire des Flagellans , par l’abbé Boileau,

En 1296 , cle nouvelles troupes de fouetteurs parurent en Allemagne; mais, en 1349, con" tagion était générale. L’Allemagne fut inondée d’hommes et de femmes nus, qui se fouettaient à toute outrance. L’Angleterre devint aussi le théâtre de leur religieuse fureur. On vit cette fois les femmes, animées d’un beau zèle , courir les villes et les campagnes, et exposer à l’admiration publique leur nudité ensanglantée, La France seule se préserva de la contagion.

Cette manie ne se calma un peu qu’au seizième siècle, où les fouetteurs furent organisés en sociétés de pénitens ou de battus , qui se sont maintenus jusqu’à ces derniers temps. Ils eurent la permission de se déchirer la peau tant qu’ils le voudraient , et non pas celle de vagabonder en se fouettant (1).

De si beaux exemples ne furent point sans fruits; ils autorisèrent une autre institution

(1) Voyez sur ces différentes insurrections de fouetteurs , le Glossaire de Ducange , aux mots verberatio , pœnitentiarum redemptiones , gesla trevirorum archiepiscoporum , sub anno 1 296 ; — Amplissima collectio , tome 4, p • 362, 419 — Chronic. Alberti continuatio

Altéra Chronici Guillelmi de Nangis ; — Spicileg, d’ Achery , tom. 3, p. m — Anonimi Carihusiensis , de religionum origine , amplissima collectio , tom. 4? p 8i — Thésaurus anecdotorum . tom. n, p, 906 , etc.

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moins cruelle, aussi dévote et aussi indécente. Depuis le treizième jusqu’au dix-septième siècle,, on vit des processions composées d’hommes , de femmes et d’enfans en chemise ou absolument nus.

Les Romains , pour obtenir de leurs dieux la pluie ou le bean temps , faisaient anciennement des processions, nus-pieds, appelées nudipedalia . Les premiers chrétiens s?en moquaient (i); mais les chrétiens, dans les siècles suivans, ne s’en moquèrent plus, imitèrent les nudipedalia y et firent, par les mêmes motifs, des processions nus-pieds.

Déjà, au septième siècle, on voit l’empereur Héraclius faire une procession les pieds et la tête nus. Au huitième, Charlemagne en fit une pareille avant d’aller soumettre les Huns. Ces exemples furent généralement imités. C’est le sort des abus, lorsqu’ils ne sont point réprimés dans leur origine, d’aller toujours en croissant. On poussa plus loin cette dévotion ; la nudité ne se borna point aux pieds ; on se dépouilla de ses habits, et l’on fit des processions en chemise.

(i) C’est Tertulien sur-tout qui se moque du nudipedalia , et de plusieurs autres pratiques payennes que les chrétiens ont depuis imitées Trojez Tertuliani apologetiens , cap. 4 o ad finem.

CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 5 5g

Les treizième , quatorzième et quinzième siècles offrent un grand nombre d’exemples de processions composées de personnes de tous les âges , de tous les états , de tous les sexes , nus-pieds et en langes , comme on s’exprimait alors, c’est-à-dire, n’ayant pour tout vêtement qu’une chemise. C’était aussi dans cet équipage qu’on allait faire des pèlerinages volontaires ou forcés.

Lorsqu’en 1224, Louis VIH se rendit à la Rochelle pour en chasser les Anglais, la reine Isemburge , et autres princesses , firent célébrer à Paris, pour le succès de ses armes, une belle procession , où les habitans , et même des étrangers , figuraient nus-pieds et en chemise ; quelques-uns même étaient absolument nus (1).

En 1241 , les habitans de Liège 7 à cause d’une grande sécheresse , instituèrent une procession , où il fut résolu que le clergé et le peuple marcheraient , pendant trois jours consécutifs, les pieds nus et en chemise (2).

(1) Guillaume Guy art, dans son livre intitule la Branche aux royaux lignages , dit à ce sujet:

De gens prives et d’étranges

Par Paris , nus-pieds et en langes ,

One mil des trois n’ot chemise.

(2) Amplissima Colleçtio , tom. 4 ? ?* 1 101 ’

S6o DES DIVINITES GENEBATRICES

Joinville avoue que lui-même , prêt à partir pour la croisade r visita plusieurs monastères où étaient des corps saints , et qu’il fit cette espèce de pèlerinage , pieds déchaus et en langes (i).

Saint Louis , étant en Palestine, ordonna une procession où les chrétiens devaient se trouver nus-pieds et en langes (2).

Une jeune fille fut guérie au tombeau de saint Louis. Sa mère fit vœu d’aller avec elle chaque année en pèlerinage vers ce tombeau , nus-pieds et en langes »

Un ancien commentaire sur le Pseautier porte ces mots : C’est encore coutume en seinte église que li peneanciers ( pénitens ) vont nuz piez et en langes (5).

(1) Histoire de saint Louis , par Joinville, édit, de 1761 , p. 27.

(2) Vie de saint Louis , par le confesseur de la reine Marguerite, p. 826.

(3) Voyez le Glossaire qui est à la suite des Vies , Annales , Histoires et Miracles de saint Louis , au mot langes. On y trouve aussi ces deux vers tirés du fabliau de la Patrenostre du vin »

S’irez en langes et deschaux ,

Et par les froiz et par les chaux.

Dans le roman de Wacce , on lit ces deux vers , cités

Il est inutile de fatiguer le lecteur par de nouvelles citations, de s’arrêter à prouver moins, quand on peut prouver plus, et d’ajouter de nouveaux témoignages de l’usage de faire des processions en chemise , lorsque je peux démontrer que l’on s’y montrait tout nu et dépouillé de ce dernier voile, et que les chrétiens se portèrent, par excès de dévotion , à cet excès de folie et d’indécence.

Nous avons déjà vu que , dans la procession faite à Paris en 1224 pour le succès des armes de Louis VIII , parmi ceux qui figuraient en chemise , il s’en trouvait de plus zélés qui s’y présentèrent tout nus. On lit, dans le livre des Miracles de saint Dominique , qu’un particulier fit vœu de venir visiter les reliques de ce saint , les pieds nus et sans chemise ( midis pe~ dibus et sine camisiâ ) (1).

Des lettres de grâce de l’an 1 354 condamnent

par Ducange , au mot peregrinatio :

En Jérusalem fit pérégrination ,

En langes et nuz-piez à grand dévotion.

V oyez aussi le Supplément au Glossaire de Ducange, par Carpentier , aux mots lingius et roba lingia .

(1) Supplément au Glossaire de Ducange , par Carpentier, au mot camisia .

56^ DÈS DIVINITES GENERATRICES

un coupable à faire un pèlerinage nus-pieds^ sans vêtemens et sans chemise (i).

En i3i 5, des pluies abondantes , accompagnées de frimas , firent , au mois de juillet , désespérer de la récolte. Pour obvier à cette calamité , on eut recours aux processions. Il s en fit une, de Paris à Saint-Denis, célèbre par la grande multitude de personnes des deux sexes qui s’y trouvèrent. Elle fut suivie de plusieurs processions particulières , où tous les assistans, excepté les femmes, étaient entièrement nus ( 2 ).

On pensait sans doute alors que les femmes étaient moins susceptibles de s’enflammer à la vue des nudilés viriles, que les hommes l’étaient à celle des nudités féminines.

Vers la fin du seizième siècle, époque où la raison commençait à faire quelques progrès , mais qui furent presque neutralisés par les progrès que fit en même temps le fanatisme , on vit plusieurs processions où les hommes et les

(1) Nudus pedes et sine robis lin gis , Supplément au Glossaire de Ducange , au mot lingius.

(2) Quin imo , excepiis mulieribus , lotis nudis cor poribus processionaliter confluentem . ( Continuatio

Chronic. de Nangis , an i3i5 ; Spicilegium d’ A cher y 9 tom. 3 , p. 70.

femmes marchaient nus-pieds et en chemise. Quelques écrivains du temps en font mention , et s’en moquent ; l’esprit de parti peut avoir dirigé leur plume , peut les avoir portés à exagérer les folies de leurs antagonistes : ils sont suspects. Ce n’est point de leurs écrits que je veux emprunter mes citations , mais de celui d’un bon et zélé catholique, dont je rapporterai scrupuleusement les paroles.

« Ledit jour ( 3o janvier i58g) de lundi, » se fit aussi, en ladite ville (de Paris), plu- » sieurs processions auxquelles il y a quantité » d’enfans, tant fils que filles, hommes que » femmes, qui sont tous nus en chemise , tel- » lement qu’on ne vit jamais si belle chose, » Dieu merci. Il y a telle paroisse où se voit » de cinq à six cents personnes tous nus , et à » quelques autres , huit à neuf cents. . . . , selon » la grandeur des paroisses.

)) Le lendemain , mardi , dernier jour dudit » mois, se firent de pareilles processions , les- » quelles s’augmentent de jour en jour en dé- » votion, Dieu merci.

» Ledit jour (3 février), se firent, comme » aux précédens jours, de belles processions, » où il y en avait grande quantité de tous nus , » et portant de très-belles croix. Quelques-uns

» qui étaient à ladite procession, nus, avaient » attaché à leurs cierges ou flambeaux de cire » blanche qu’ils portaient, des croix de Jéru- » salem ; les autres , les armoiries desdits dé- » funts cardinal et ducs de Guise ; aussi quel- » ques^uns desdits qui étaient en procession » avaient par-dessus leur chemise ou autre » linge blanc qu’ils avaient de grands chape- » lets de patenotes.

» Le lendemain , quatrième dudit mois de » février...., fut fait de pareilles processions.

» Ledit jour de mardi , quatorzième dudit » mois de février, et jour de caresme-prenant, » et jour que l’on avait accoutumé que de voir » des mascarades et folies , furent faites , par » les églises de ladite ville, grande quantité de » processions que y allaient en grande dévo- » tion, même la paroisse de Saint-Nicolas-des- » Champs, où il y avait plus de mille per- » sonnes, tantfils, filles, hommes que femmes, >1 tous nus , et même tous les religieux de » Saint-Martin-des-Champs qui étaient tous » nus-pieds ; et les prêtres de ladite église de » Saint-Nicolas, aussi nus-pieds , et quelques- » uns tous nus ; comme était le curé , nommé » François Pigenat , duquel on fait plus d’estat » que d’aucun autre, qui était tout nu, et

» n’avait qu’une guilbe de toile blanche sur » lui (i).

» Ledit jour, vendredi vingt-quatre dudit » mois de février, tout du long du jour, l’on » ne cessa de voir aussi les processions, et ez » quelles il y avait beaucoup de personnes, » tant enfans que femmes et hommes , qui » étaient tous nus , et lesquels portaient et re- )) présentaient tous les engins et instrumens » desquels notre Seigneur avait été affligé en » sa passion, et entr’autres les enfans des jé- » suites , joints à ceux qui j vont à la leçon , » lesquels étaient tous nus et étaient plus de « trois cents , deux desquels portaient une » grosse croix de bois neuf pesant plus de » cinquante, voire soixante livres, et y avait » trois chœurs de musique (2), »

(1) Guilbe est certainement le même que guimple , dont nous avons fait guimpe , Guimple était une bande de toile dont les femmes couvraient leur gorge , et que les chevaliers plaçaient sur leurs casques. ( Voyez Ducange , au mot Guimpla. ) Ainsi le curé Pigenat , un des plus célèbres boute-feux de la ligue , ne devait être, par cette faible draperie , que très-légèrement couvert.

(2) Journal des choses advenues à Paris , depuis le 23 décembre i588 jusqu’au dernier jour d’avril 1589, imprimé parmi les preuves du Journal d’Henri II J , t. 2,

566 DES DIVINITES GENERATRICES

Le curé de Saint-Eustache, plus raisonnable que les autres curés de Paris, voulut faire quelques remontrances sur ces pieuses indécences ; on le traita de politique et d’hérétique. Il fut contraint, pour éviter la fureur populaire , de se mettre à la tête des processions , « où , dit » l’Estoile, hommes et femmes, garçons et » filles, marchaient pêle-mêle, et où tout était » de caresme-prenant ; c’est assez dire qu’on » en vit des fruits (i). »

Voilà l’usage des nudités, des indécences religieuses, bien prouvé par des témoins oculaires, et sur-tout par un témoin qui en fait l’apologie, comme d’une chose louable et sainte. Cette apologie naïve est une conséquence nécessaire des opinions du temps où elle a été faite. Les nudités n’étaient point encore des indécences , et pouvaient s’associer avec les actes religieux.

On portera le même jugement sur un autre usage en vigueur dans les mêmes temps ; quoique ennobli par des qualifications et des cérémonies religieuses^ il était plus indécent et plus susceptible d’abus que celui dont je viens de

(i) Journal d’Henri III, par YEstoile, sous l’année 1589.

parler

CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 56j

Le jour, la veille ou le lendemain de quelques fêtes solennelles de l’église , les personnes les plus vigilantes, soit séculières, soit ecclésiastiques , allaient de grand matin , en céî'émonie, trouver dans leur lit ceux ou celles qui y dormaient encore.

Au Puy-en-Velay , le jour de Pâques et les six jours suivans , quelques chanoines, après matines , accompagnés de choriers et d’enfans de chœur, précédés de la croix et du bénitier, se rendaient processionnellement chez leurs confrères paresseux, entraient furtivement dans leur chambre , les surprenaient au lit , leur donnaient de l’eau bénite, et chantaient l’antienne : Hœc dies quam fecit Deus , etc. Le chanoine paresseux s’habillait aussitôt, était conduit avec cérémonie à l’église, et condamné

à payer un déjeûné à ceux qui l’avaient réveillé (i).

Le même usage se pratiquait à Nevers. Les chanoines , et autres membres du clergé , allaient , dans l’intervalle de la fête de Pâques et de celle de la Pentecôte, réveiller en cérémonie leurs confrères paresseux. Sans doute cette pratique était , à Nevers , accompagnée de circonstances indécentes ou criminelles ; car,

(i) Mercure de Fronce , mai 1^35 , p. 898.

en 1246, elle fut prohibée sous peine cf excommunication ; et le statut qui porte cette prohibition la traite d'usage détestable (i).

On verra bientôt , par les faits suivans , de quelle nature pouvaient être ces indécences , et ce qui a pu mériter , à cette cérémonie , la qualification de détestable.

Dans quelques villes, les habitans, le lendemain de la Pentecôte , et de grand matin , s’introduisaient dans les maisons de ceux qui n’étaient point encore éveillés, en emportaient quelques effets qu’ils trouvaient sous leurs mains , et allaient ensuite faire un repas à l’auberge. Celui à qui on avait enlevé ces effets était obligé , pour les ravoir , de payer Fécot (a).

À Nantes , une cérémonie pareille était en usage le lendemain de la fête de Pâques. Voici ce qu’on trouve dans le concile tenu en cette ville en i/fii , où cet usage fut prohibé : « Les » prêtres des églises et quelques autres per- » sonnes se répandent dans les maisons de la » ville, entrent dans les chambres, saisissent % 1 1 * • *

(1) Fragmentum statutorum ecclesiœ Nivernensis , ihesaur. anecd. , tom. 4jP* i070,

(2) Supplément du Glossaire de Ducange , au mot Pentecoste.

CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 56g

» ceux qui sont couchés dans leur lit, les cm- » mènent tout nus dans les rues et dans les « places publiques , les conduisent ensuite, en » poussant de grands cris , dans les églises, les » placent sur l’autel et ailleurs, et jètent de » l’eau sur eux : ce qui trouble l’office divin , » occasionne des accidens, comme des lésions » et quelquefois des mutilations de membre. » En outre , quelques autres personnes, prêtres )) ou laïcs, vont, de grand matin, le premier » jour du mois de mai , dans les maisons de » leurs voisins. Ils en emportent quelques ef- » fets, et forcent ceux à qui ils appartiennent » de payer pour les ravoir (i). »

A Angers , même coutume : les personnes trouvées le matin dans leur lit étaient également portées dans l’église et sur l’autel, entièrement nues . Ce sont les expressions du concile d’Angers, qui, en i/f4^? prohiba cette pratique.

On la nommait dans quelques villes Prisio ; mais , dans d’autres pays ou elle avait lieu le jour de la fête des Saints-Innocens , elle en reçut le nom. On disait innocenter , donner les

(i) Concilium N anetense y anno 1491 , Supplément au Glossaire de Ducange , par Carpentier, au mot Prisio.

5y() DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES

innocens , pour exprimer Faction d’aller, le jour de cette fête, réveiller quelqu’un , et en même temps lui donner le fouet. La flagellation formait, ce jour-là, une partie essentielle de la cérémonie. Elle était la peine infligée à la personne paresseuse. On croit que Piabelais avait en vue cet usage , lorsqu’il fait dire au juge Grippeminaut : « Or çà , vous autres gentils » innocens y or çà , y serez bien innocen - » tés , etc. (i). »

La galanterie du vieux temps parvint, en certains lieux , à enlever cette cérémonie à la religion; elle s’en empara entièrement. C’était Fusage des jeunes gens , c’était même leur privilège d’aller ce jour-là, de grand matin, surprendre leurs maîtresses au lit, et dagir auprès d’elles comme un maître d’école agit envers ses élèves indociles. On prévoit que la jeunesse des acteurs de cette scène aiguillonnante les portait à étendre ce privilège au delà de ses bornes, et que l’abus, trop voisin de Fusage, devait naturellement en être la suite.

On raconte qu’un seigneur du Rivciu , prenant congé de quelques dames pour se rendre a une partie de chasse, dans un lieu fort éloi~

(2) Pentagruel , liv . 5 , cliap. i-2>

CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 3yi

gué, entendit l’une d’elles dire : Nous allons dormir à notre aise , et nous passerons les Innocens sans les recevoir . Ces paroles frappèrent du Rivau. Il yole à son rendez-vous, puis fait rapidement vingt lieues de chemin pour arriver de grand matin le jour des Innocens chez la dame, la surprend au lit, et use du privilège de la fête (i).

Cette coutume existait à Dijon» Voici ce qu’on ht dans les Escraignes Dijonnaises : « Vous » savez que l’on a à Dijon cette peute coutume » de fouetter les filles le jour des Innocens, » laquelle est entretenue par les braves amou- » reux , pour avoir occasion de donner quel- » ques choses aux estrennes à leurs aïnou- » reuses. » C’est à ce sujet que l’auteur rapporte deux aventures qu’on ne trouvera point ici (i).

Marot témoigne l’existence de cet usage , et sur-tout de son abus, dans les vers suivans :

Très cliere sœur , si je savoys où couche Vostre personne au jour des innocents ,

De bon matin je yrois à vostre couche

Voir ce gent corps que j’ayme entre cinq cents.

(i) Alphabet de fauteur français à la suite du Pentagruel de Rabelais , aux mots fouetteurs du Rivau*

(0 Les Escraignes Dijonnaises , liv, i , sect, *8.

A donc ma main ( veu l’ardeur que je sens )

Ne se pourroit bonnement contenter Sans vous toucher , tenir, taster , tenter ;

Et si quelcqu’ung survenoit d’aventure ,

Semblant ferroys de vous innocenter 1 Seroit-ce pas honneste couverture ?

On voit que les jeux des Innocent 11e méritaient pas toujours cette qualification.

Henri de Guise écrivait , vers l’an i556, à son père François, duc de Guise. . . c/ l’avons » été en grand danger, car le jour des Inno- » cens nous a fait belle peur; car madame Isa- » beau étoit venu pour nous donner les Inno - » cens , mais fêtions déjà levé, et le duc de » Bavière, qui est venu aussi pour nous les « donner, a été bien étreillé; et si je les avons » donné à monsieur de Lorraine dedans son » lit. Je ferons bon guet à l’advenir de peur » des coups (1). »

Cet usage, si j’en crois une personne digne de foi, se pratiquait encore, il n’y a pas longtemps, le premier mai elles jours suivans, dans la Lorraine allemande. On allait ces jours-là, de grand matin, chez ses voisins. Ceux ou celles qui se trouvaient endormis étaient impi-

(1 ) Mémoires de la Société royale des Antiquaires de F rance , tom. 4 > P- i56.

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toyablement fouettés avec des orties. L'on m'assure que le même usage existe encore en Piémont.

Comment les mœurs n’auraient-elles pas été portées au dernier degré de corruption, dans ces siècles d’ignorance et de crimes, puisque ceux-là même qui étaient préposés pour les diriger donnaient l’exemple de la dissolution la plus immodérée? Comment la pudeur eût-eile pu être respectée, puisque ceux qui devaient la recommander ne l’observaientpas ? J’en ai déjà rapporté quelques preuves, en voici de nouvelles.

Le concubinage des prêtres était alors, comme dans les siècles précédens, universel et public.

Vers le milieu du treizième siècle, les chanoines de l’église de Sainte-Marie de Rome , avaient, à l’imitation des prostitutions religieuses de l’antiquité, placé le théâtre de leur dé« bauche dans le lieu consacré au culte. C’était dans la chapelle souterraine de l’église de Sainte-Marie qu’ils réunissaient des femmes publiques; c’était en face des objets les plus révérés du christianisme qu’ils se livraient sans crainte à la brutalité de leurs passions. Ce fait est attesté par une lettre du pape Urbain IV,

Sy4 DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES

qui se récrie avec force contre ces débauches sacrilèges (i).

Des prélats profitaient de ce désordre, et vendaient aux ecclésiastiques qui n'étaient point mariés , la permission d'avoir des concubines. Chaque prêtre, même ceux qui, à cause de leur âge , ne se souciaient plus de cette facilité, étaient obligés, dans quelques diocèses d'Allemagne, de payer une taxe pour cette permission*

Les habitans de Strasbourg se plaignirent au cardinal Campège, de ce que leur évêque s'opposait au mariage des prêtres de son diocèse, tandis que les ecclésiastiques non mariés menaient une vie infâme, et, au grand scandale du public, entretenaient plusieurs femmes libertines dans leurs maisons. Le cardinal ré~ pondit qu'il savait que les évêques d’Allemagne étaient en usage de faire payer aux prêtres la

(2) Ecce siquidem , sicut horribili refertur infamiâ, quidam vestrûm infra cryptant basilicœ gloriosce virginis , quœ castitatis mater , pudoris aula , pudici tice conservatrix et munditice vas existit , constituere Lupanar ibidem y in crucifxi et suce genitricis oppro brium , exterminationem farnce propriceque salut is perniciemy meretricium exercendo. ( Epistolæ Pontificiæ selectæ ex registro antiquo XTrbani Papæ IA. Yeterum ^criptorum amplissima collée tio , tom. 2 , col 1260,)

CHEZ LES ANCIENS ET LES M0DER1NES. 3y5

permission de vivre dans la débauche; que peut-être ces prélats avaient leur raison pour en agir ainsi; que, pour lui, il ne pouvait permettre aux prêtres de se marier; qu’il valait mieux qu’ils entretinssent plusieurs concubines dans leur maison , qu’une épouse (i).

(i) S cire se Germaniœ episcoporum hune esse morem , ut accepta pecuniâ scortationem suis permittant . Fore etiam , ut ejus facti rationem aliquando red dant : sed tamen idcirco non istis licere matrimonium contrahere ; et quod sacerdotes fiant mariti , multo esse gravius peccatum , quàm si plurimas domi mere trices alant . ( Jo. Sleidani , de statu religionis et rei— publicæ lib. 4., anno i524 > p> 62 verso . )

Cet usage adopté par les évêques de vendre aux prêtres subalternes la permission d’avoir des concubines, se trouve encore attesté par une pièce , composée en 1 522 , à la diète de Nuremberg imprimée dans le Catalogus testium veritatis , et intitulée Centum gra— rumina. Voici ce qu’on y lit , à l’article 75 : « Les of- » ficiaux , en tirant des religieux et prêtres séculiers » tribut annuel , leur permettent d’entretenir publique- » ment des concubines et des femmes de joie , dont ils » ont des enfans. »

A l’article 91 , on lit aussi : « La plupart des évêques » et leurs officialités ne permettent pas seulement aux » prêtres d’avoir des concubines , en payant un tribut ; » mais meme , s il y a quelques prêtres sages qui veu- » lent vivre en continence, on ne laisse pas de leur » faire payer le tribut du concubinage ^ sous le prétexte » que M. l’évêque a besoin d’argent. »

O76 DES DIVINITES GENERATRICES

Un prédicateur de Tordre de Saint-François vint prêcher, en 14 55, le carême dans la ville de Liège; il débuta par une déclamation contre les concubines des prêtres et des chanoines. Les magistrats, réveillés sur ces désordres, rendirent plusieurs ordonnances. Une d’elles portait que les adultères et les concubines des prêtres auraient, sur la partie supérieure de leurs habits, une marque distinctive. Les prêtres indignés se révoltèrent contre le prédicateur qui avait provoqué cette mesure de police; après plusieurs altercations, ils refusèrent d’admettre le prédicateur, et finirent par faire annuler les ordonnances (1).

Ailleurs, on vit des habitans des campagnes qui ne voulaient point recevoir de curé, à moins qu’il 11’eût une concubine, de crainte que ces curés ne débauchassent leurs femmes. Des prêtres du Milanais assassinèrent un certain Heribalde Corta, parce que, le premier, il voulut, parmi eux, proscrire le mariage (2).

Aussi les prêtres étaient si méprisés, qu’un

(1) Rerum Leodiensium 1 etc. amplissima Coîlect. , tom. 4 ? P- I22^ et la note.

(2) Voyez sur ces deux faits ? Silo ce nuptiaîis Joan — nis de Nevizanis , lib. 1 , p. 70-72; et Nicolas de Clémangis , de Prœsilibus Sim onia ci $ , p. 1 65 , col, 1 .

auteur contemporain dit, au commencement du treizième siècle , que les seigneurs ne permettaient plus qu’aux fils de leurs fermiers, de leurs domestiques, de leurs serfs, d’embrasser l’état ecclésiastique; queles prêtres eux-mêmes avaient tellement avili leur état, qu’ils n’osaient plus se montrer en public pour ce qu’ils étaient, et avaient soin de cacher leur couronne ou tonsure qui pouvait les faire connaître; qu’ils étaient, par les séculiers, plus méprisés que les juifs mêmes, ce qui est beaucoup dire; enfin, que, pour exprimer la pire de toutes les conditions, on employait vulgairement cette imprécation proverbiale : J’aimerais mieux être prêtre que d avoir fait telle chose (1).

Lorsque le concile de Constance s’assembla dans cette ville, on vit, au grand scandale des séculiers, un nombre incroyable de prostituées y accourir à la suite des prélats qui le composaient (2).

(1) Chrome. Guillelm. de Podio Laurent. , cap. 6 et Histoire générale du Languedoc 3 par dom Yaissette, tom. 3,liv. 21 , pag. 12 1.

(2) Fuit denique fama commuais virorum jide digno -

rum 3 eo tempore quo Constantiense concilium generale celebratur quod verecundum est dictu , incre -

dibilis meretricnm multitudo aderat ( Francisci Joannis Nider , ordinis prædicatorum , de Maleficiis , cap. 9, ad fin em . )

5y8 DES DIVINITÉS GENERATRICES

Thierry de Niem, secrétaire du pape Urbain "VI, et depuis évêque, nous apprend que c’est un usage reçu parmi les prélats et les prêtres de l’Islande et de la Norwège , de tenir publiquement des concubines. « Lorsque les » évêques, dit-il, vont deux fois Tan faire des » visites chez les prêtres subalternes, chez les » curés, ils amènent avec eux leurs maîtresses, » qui ne leur permettent point de faire ces » voyages sans elles, parce qu elles sont reçues » magnifiquement par les curés et par leurs » concubines, qu’elles en reçoivent des pré- » sens, et parce qu’elles craignent que leur » évêque, trouvant les concubines des prêtres » visités plus belles qu’elles , en devienne » amoureux (i). »

(1) In eisdem etîam partibus Hjberniœ et Norwegiœ , juxta consuetudines patriœ , licet episcopîs et prœsbj teris tenere publiée concubinas, et eisdem visitantibus bis in anno subditos sibi prœsbyteros ac ecclesiasti — corum parochialiumque redores , suam dilectam du eere secum ad domos et hospitia eorumdem subditorum prœsbiterorum. Nec ipsa dilecta permittit episcopum amasium visitare sine ipsâ : his de causis , ut tune laut'e vivat cum prœsbiteris visitatis in hospiliis eorumdem preesbyterorum , vidcatque amasias eorumdem y neenon dona seu mimera seorsum à quolibet prœsbytero copiât visilalo , et ne amasius visitons ,

L'auteur du livre intitulé Spéculum liumanœ vitœ , après avoir passé en revue les abus multipliés qui existaient de son temps dans toutes les classes du clergé, parle ainsi des chanoines : « Plus ils sont libres, plus ils sont licencieux, » et se livrent à tous les vices. Une seule » femme ne suffit point à un seul chanoine ; et, » outre celle qui vit avec eux dans leur maison » comme leur épouse, ils ont encore un » grand nombre de jeunes filles pour concu- » bines (1). »

Pierre d’Ailly, cardinal, qui vivait au quatorzième siècle, dans son Traité sur la réformation de l’église , après avoir dit que la corruption des ecclésiastiques est excessive; que leur oisiveté, leur orgueil, leur colère,, leur gourmandise, leur luxure, scandalisent les séculiers, ajoute : « Ce qui est plus scandaleux

» encore, c’est la coutume abominable que

episcopo forte vidente eam pulchriorein , illam etiam adamaret , etc . ( Nemoris unionis tractatus , cap. 35,

(1) Demum quantb liberiores sunt canonici , tanto licentius in plurima debacchantur vitia . Nec una uni sufficit muliercula , nisî relentam in domo habeal ut uxorem , concubinas vero et adolescentulas quorum non est numcrus . (Spéculum humanæ vitæ , lib 2^ cap . 19, )

38û DES DIVINITES GENERATRICES

» plusieurs d’entre eux ont aujourd’hui adop- » tée; ils n’ont pas de honte d’avoir des concu- » bines, et de les avouer publiquement (i). »

Gerson, chancelier de Paris, et disciple du cardinal Pierre d’Ailly, ne déclame pas moins vivement contre les prêtres concubinaires et les désordres du clergé. L’un et l’autre parlent encore des couvens de religieuses, qu’ils traitent de lieux de débauche, d’assemblages de prostituées (2).

L’évêque Thierry de Niem, déjà cité, parle avec plus de détails des débauches de religieuses; elles étaient, suivant lui, en proie à la luxure des évêques, des moines et des frères convers. Les enfans, nés de ce libertinage,

(1) Et maxime obviandum esset illi scandalosissimce consuetudini seu potius corruptelœ , quâ plures hodie non verentur tenere etiam publiée , concubinas. (De reformatione ecclesiæ ,• sect. de reformatione cætero rum ecclesiasticorum . )

(2) Item circà claustra monialium y quœ jam ( proh dolorl ) ultrà quam dicere audiam , dehonestate sunt, esset correctio adhibenda ( Pétri de Aliaco , cap. de reformatione religionum et religiosorum. )

Rursus oculos aperite , et inquirite , si quce hodie claustra monialium facta sunt , quasi prostibula meretncum . (Johanni Gersonis, in déclarations defectuum virorum ecclesiasticorum ,p. 65, ).

étaient placés dans les couvens; quelquefois les religieuses se faisaient avorter; ou bien, ajoutant crime sur crime , de leurs mains maternelles et scélérates, elles arrachaient la vie à l’être auquel elles venaient delà donner. «Si des » personnes séculières, dit-il, se rendaient » coupables des forfaits que commettent ces » religieuses, elles seraient condamnées, sui- » vant les lois, au dernier des supplices (i). »

(i) Fornicantur etiam quamplures hujusmodi momahum cum eisdem suis prcelatis ac monachis et conversis , et iisdem monasteriis plures parturiunt filios et Jîlias , quos ab eisdem prcelatis , monachis et conversis, forme arie s eu ex incesto coitu, conceperunt. Filios autem in monachos , et filias taliter conceptas quandoque in moniales dictorum monasteriorum re— dpi faciunt et procurant : et, quod miser andum est , nonnullæ ex hujusmodi moniahbus maternee pietatis oblitce , ac mala malis accumulando , aliquos fœtus earum. mortifeant , et infantes in lucem editos trucidant , seque habent scevissime circa illas , etiam Dei timoré secluso. ZJnde si taies moniales , quee talia perpétrant , essent personce seculares , ipsee pro tam inhumanis sceleribus eorum, juxta leges seculi, morte s œ vis sim a damnarentur. (Nemoris unionis tractatus6? cap. 34 ,p. 374* )

Les prédicateurs B ariette et Maillard parlent de ces assassinats commis par des religieuses : O quot luxurice ! 6 quot sodomiœ ! ô quot fornicationes ! Clamant la rmœ latibula ubi suntpueri suffocati ( fol. 262, col. 2. )

Ceci rappelle ce que rapporte le moine Mathieu Paris, historien anglais, de l’évêque de Lincoln, qui, sous le règne d’Henri III, pour s’assurer de la débauche ou de la chastété des religieuses, parcourait leur couvent, et touchah la gorge de chacune (i).

Ceci rappelle encore la dissolution de la plu part des religieuses de France, avant, depuis et après les guerres civiles de la Ligue : leurs couvens étaient appelés des lieux de plaisirs , et recevaient des qualifications plus déshonorantes, Sauvai nous apprend que les religieuses de Montmartre, abandonnées à la prostitution, empoisonnèrent l’abbesse qui voulut les réformer.

Les religieuses de l’abbaye de Maubuisson , près de Pontoise, celles de la ville de Saintes , de la Trinité , à Poitiers; de V illemur, en Albigeois; de l’abbaye du Lys, près Melun; celles de Sainte-Catherine-* les- Provins , célèbres par leurs galanteries avec les Cordeliers de cette

Le second dit aussi : JJtinam haberemus mires apertas f et audiremus voces puerorum in latrinis projectorum et in fluminibus l (fol. 74? col. 2. )

(1) Ad donios religiosarum veniens , facit expnmi mammillas e arum dem , ut sic physice, etc. ( Hist. Anglic. Hernie. TII, p. io5. )

ville , et une infinités d’autres, peuvent être rangées dans la même classe.

Ces individus, dévoués à la chasteté, se li~ vraient à des débauches plus excessives encore. Le libertinage, autorisé parmi quelques prêtres des religions antiques, n’était pas plus grand que celui des prêtres du christianisme, quoiqu’il fût proscrit sévèrement par cette religion. Le débordement était porté à son dernier degré; les lois de la société, et celles de la nature, étaient horriblement outragées (i).

(i) Je n ose pas détailler , mais j’indique ici quelques goûts honteux , quelques habitudes infâmes , auxquels étaient livrés plusieurs membres du clergé. Cependant mon assertion moderee est pour ainsi dire cuirassée de preuves. En voici quelques-unes. Thierj de Nient parle ainsi des monastères de la Frise : In quibus pene omnis religio et observantia dicti ordinis , ac timor Dei abscessit. Libido et corruptio carnis inter ipsos mares et moniales necnon alia multa mala , excessus et vitia quæ pudor est effari , per singula ( monasteria ) suc creverunt , ac de die in diem magis pullulant et vigent in ipsis . ( Nemoris unionis tractatus 6 , cap. 3z£ ^ p. 374. )

François Alvar Paes , pénitencier du pape Jean XXII? évêque de Sylves et nonce en Portugal , s’exprime plus positivement encore : Adolescentibus impudice abusi sunt : heu ! heu ! intra sanctam ecclesiam mulli re~ hgiosi cl clerici y in suis latebris et conventicuhs et laid jam in plerisque cidlatibus maxime in II ali ci

Plusieurs autres écrivains ecclésiastiques , respectables par leur doctrine, et dont l’état doit inspirer la plus entière confiance, nous

publiée quodammodb nefandum gymnasium constituunt , et p cilœstram illius filagitii abominatione se exercentes , et optimi quique epheborum in lupanari ponuntur. (De planctu ecclesiæ , lib. 2 , cap. 2 ,fol. 3. )

François Pic de la Mirandole , dans son discours intitulé De reformandis moribus , adressé au pape Léon X et au concile de Latran , dit : Nostra verb et in sacras œdes fit irruptio , et ab illis etiam ( ‘proh dolor!) fcemince abiguntur ad eorum libinides explendas, et meritorii pueri à parentibus commodantur, et condonantur bis qui ab omni corporis etiam concessa voluptate sese immaculatos custodire deberent } hi post ea ad sacerdotorum gradus promoventur , œtatis flore transacto jam exoleti.

Outre les ouvrages déjà cites sur cette matière, on trouvera des preuves générales et particulières de la corruption du clergé dans presque toutes les histoires des treizième , quatorzième , quinzième et dix-septième siècles. On peut consulter Bermond Chauveron , chanoine de la cathédrale de Viviers , qui a composé un gros livre intitulé : De pub licis concubinariis y lequel ne traite que du concubinage des prêtres ; Paul Olearius d’Heydelbergue > auteur d’un petit traité intitulé : Defide concubinarum in sacerdotes , où il parle de 1 arrogance et de l’esprit dominateur des concubines des prêtres. Il dit qu’elles sont les maîtresses absolues dans leurs maisons, et quelles veulent avoir les places les plus distinguées à l’église.

fout avec les mêmes couleurs, et en traits généiaux, la peinture de cette partie des moeurs du cleige des siècles passés. Je pourrais joindre leurs témoignages à ceux que je viens de rapporter. Je pourrais, pour compléter le tableau, y réunir la longue série des lois qui, pendant près de douze siècles, ont recommandé aux prêtres une continence absolue: lois qui, toujours reproduites, ont toujours eu besoin de l’être; lois impuissantes, dont l’inexécution continuelle atteste, ou leur propre vice, ou la continuité de l’infraction.

A ces traits généraux, je pourrais joindre encore une infinité de traits particuliers répandus dans diverses histoires, dans les annales des tribunaux, ou dans les différentes archives, et qui s’appliquent aux individus, même à ceux ' qui, dans l’ordre sacerdotal, sont les plus éminens en dignité. L’histoire des papes fournirait une lecoite abondante. Je pourrais encore enrichir cette matière des déclamations virulentes et très-multipliées de la plupart des prédicateurs du quinzième siècle, et sur-tout de celles des écrivains du protestantisme, que mon impartialité m’a fait un devoir d’écarter; mais Je peu que j’ai dit suffit à mon sujet. Ce que j’ai découvert, en ne levant qu’un coin du voile, doit faire juger de ce qui reste à découvrir-

d’ailleurs je suis las de remuer ces ordures; et mon lecteur , sans doute, éprouve la même lassitude.

Est- ce, je le demande, à la corruption étrange des siècles passés, ou à la loi qui commande la continence, est-ce à ces deux causes réunies qu’il faut attribuer les désordres du clergé? Cette question sort de mon sujet: j’en laisse à d’autres la solution ; mais je ne puis m’empêcher de rapporter ici ce que disait le savant Pie II : j Si I on a eu de bonnes raisons pour défendre le mariage aux prêtres , il en est de meilleures pour le leur permettre (i).

Voilà cependant quels étaient ces siècles si vantés par l’ignorance et par l’habitude indéracinable de louer le passé aux dépens du présen t; voilà quels étaient ces temps où régnaient, diton, l’innocence* et la pureté; voilà ces mœurs qu’on nous donne pour exemple; voilà ces hommes, ces bons dieux , qu’on nous cite pour modèles (2).

(v) Sacerdotibus magna ratione sublatas nuptias , majori restituendas viden. ( Platin , de vitis Fonti— ficum. )

(2) Les mœurs dont je viens de donner un faible aperçu ne se rapportent à peu près qu aux quatorzième , quinzième et seizième siècles. Les louangeurs du temps passé, ne sachant, guères fixer l’époque fortunée où re—

CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 5Sj

Indécences dans les lois, indécences dans les mœurs publiques et dans la vie privée, indécences dans les jeux, indécences dans les productions des arts, indécences dans les cérémonies civiles, dans le culte, et jusque dans les lieux les plus sacrés.

Je le demande maintenant, le culte du Phallus ou de Priape était-il étranger à de telles mœurs? Son indécence ne pouvait-elle pas s’associer à de telles indécences ? Ceux qui souffraient des nudités réelles, des actions bouffonnes et obscènes jusque dans les cérémonies religieuses, jusque dans les lieux saints, jusque sur les autels de la divinité, ne pouvaient-ils pas s’accommoder d’une nudité fac-

gnaient rinnoeence et les v( rtus , diront peut-être qu’elle existait dans les siècles précédons. Si mon sujet m’eût permis de parler des mœurs des dixième , onzième et douzième siècles , quels tableaux affreux de crimes , d’erreurs absurdes et de malheurs j’aurais eu à offrir! Des maladies contagieuses, la famine, les guerres , ont désolé presque continuellement la France pendant ces trois siècles ; point de lois , point d’administration publique. Le plus fort se faisait obéir : les crimes restaient impunis et quelquefois honorés; la religion était de la magie ; une grande partie des États restaient incultes ; on vendait publiquement , dans les marchés , de la chair humaine : la stupidité et la férocité des hommes égalaient la misère publique.

üce, d une nudité en représentation? Le culte de Priape, qualifié du nom de quelque saint , présenté sous les formes chrétiennes, pouvaitil choquer les opinions de nos bons dieux , et ne pas concorder avec elles? Des mœurs aussi corrompues, des pratiques aussi abusives, n’étaient-elles pas enharmonie avec les pratiques des cultes antiques? Ceux qui rendaient un culte à de prétendus nombrils , à de prétendus prépuces de Jésus-Christ , h la queue de Fane conservée à Gènes, étaient-ils bien éloignés du culte du Phallus (i)?

(i) On compte une douzaine de prépuces à Jésus- Christ. Il y en avait un chez les moines de Coulombs , un autre à l’abbaye de Char roux , un troisième à H ildesheim en Allemagne , un quatrième à Rome, dans Saint-Jean-de-Latran , un cinquième à Anvers , dont j’ai parlé dans cet ouvrage ; un sixième au Pujr-en- Velcii dans l’église de Notre-Dame , etc. , etc.

Les nombrils de Dieu étaient tout aussi multipliés. Je ne puis m’empêcher de citer , à cet égard une anecdote peu connue. À Châlons , dans l’église collégiale de Notre-Bame-dfc-Yaux, était un saint nombril de Dieu , qui faisait beaucoup de miracles. L’évêque du diocèse, J. B. de N o ailles , s’avisa, en 1707 , de faire ouvrir, en présence de plusieurs experts , le reliquaire qui le contenait. On y trouva , au lieu du saint nombril , trois grains de sable. Les chirurgiens et autres gens de 1 art en dressèrent leur procès-verbal. Les chanoines, fu~

CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 58ÿ

Quant à moi, je pense, et plusieurs personnes partageront mon sentiment, que le culte de Priape christianisé est moins attentatoire à la pudeur publique, choque moins la raison , est moins opposé à la religion, moins avilissant pour elle, que ne le sont la plupart des usages, des cérémonies, des abus, des désordres que je viens d’exposer.

Les mœurs des temps auxquels existait le culte de Priape parmi les chrétiens étant bien connues, 1 existence de ce culte n’a plus rien

vieux de cette découverte , qui nuisait à la dévotion populaire , se pourvurent contre l’évêque indiscret , et soutinrent, avec chaleur, que ces trois grains de sable étaient le saint nombril. Il y eut plusieurs procédures à ce sujet qu’on peut voir dans un imprimé intitulé : Lettre d’un Ecclesiastique de Chcilons au oc D octeurs de Paris.

Quant à la queue d une , conservée précieusement à Gênes , dans l’église des Dominicains, il en est fait mention dans un livre d’église contenant l’office de la semaine sainte. En voici les expressions :

« Degno e encor a di sapere corne la coda d’une di quei duo an il n ali , in questo atto adoperati d’el signet e , sen^a arte Jiumana incorreptibile si conserva hoggi di in Genoa presso mei padri di san Dominico , facendo pia remenbrenza d’ell humilita c’hebbe il figliolo di Dio per noi in questa intrata. » ( Jeaninus e Capugnano ord. Prædicatorum, in declarationibus super officium hebdomadæ sanctæ. Yenitiis, 1786, p. 12.)

5gO DES DIVINITÉS gÉnÉIUTIUCES

d’étrange, d’invraisemblable: il prospérait par de telles mœurs, comme prospère un végétal placé sur le sol qui lui est le plus convenable.

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