‹ Histoire abrégée de différens cultesChapitre 6 sur 27 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Du culte du Phallus en Palestine et chez les Hébreux.

Dans Tordre géographique , la Syrie se présente la première; et la partie de la Syrie la plus voisine de l’Egypte est la Palestine.

Quel fut le cuite du Phallus dans cette dernière contrée qu’habitaient les Hébreux, peuple favorisé de Dieu, qui, toujours dirigé par la main divine dans la voie sainte, ne cessait de s’en écarter; dont les lois , quoique, diton, composées par leur dieu, étaient si mal appropriées au caractère et aux habitudes nationales qu’ elles furent presque continuellement violées ? C’est ce que je vais rechercher.

Les Moabites et les Madianites, peuples voisins de la Palestine, adoraient un dieu appelé Baal-Phégor ou Beel-P oor (1). Les pre-

(1) Baal , Bcel , 11’est qu’une qualification honorable donnée à un objet de culte, qui, chez les Chaldéens,.

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miers écrivains du christianisme qui ont parlé de cette divinité, tels que saint Jérôme , Rufin, Isidore de Séville, et plusieurs savans commentateurs de la Bible, s’accordent à dire que cette divinité était la même que Priape.

Les Hébreux , toujours curieux d’imiter les pratiques supertitieuses de leurs voisins, se firent initier au culte de Beel-Phégor ; ils forniquèrent avec les filles des Moabites; ils mangèrent de leurs sacrifices, et adorèrent leurs dieux (i)..

Le dieu des Hébreux ou des Israélites, étant fort irrité de cette conduite , dit à Moïse : Prenez tous les princes du peuple , et pendez-les à des potences en plein jour (2).

Moïse ne suivit point Tordre de Dieu qui voulait épargner le peuple et punir les chefs: il ne les pendit point, mais il dit aux juges d’Israël : Que chacun tue ceux de ses parens qui se sont consacrés au culte de Beel-Phegor ....

était Téquivalent clu mot Seigneur. Les Samaritains appelaient cette divinité Baal , et les Babyloniens Bel ou Belus. De ce mot Baal , les Grecs ont fait Abello, Apollon ; les Gaulois Belenus , Belisama , Bellus-Ca— drus, etc. Il paraît constant cpie les adjectifs beau, belle , dérivent du nom de ces divinités-soleils.

(1) Nombres, chap. 2.5, v. 1 et 2,

(2) Idem, ibid vers. 3 et 4*

11 y eut alors vingt-quatre mille hommes qui forent tués (1).

Ce ne fut pas tout ; le Seigneur dit encore à Moïse : (c Que les Madianites sentent que vous » êtes leurs ennemis : tuez-les tous , parce qu’ils » vous ont traités en ennemis, en vous sédui- » saut par l’idole de Phégor (2). »

Ainsi le sang ruissela dans Israël: des parens égorgèrent leurs parens; vingt-quatre mille Hébreux furent mis à mort, ainsi que tous les Madianites, pour avoir adressé des hommages au simulacre de ce qui donne la vie (5).

Car il n’en faut pas douter, ce Beel-Phégor était une idole a Phallus, située sur la montagne de Phégor ou Phogor , dont le nom a servi à la composition de celui de cette divinité. C’é-

( 1) Nombres , chap, 25 , vers. 5 et 9.

(2) Idem, chap. 25, vers. 17 et 18.

(3) Cette affreuse boucherie rappelle ce que fit faire Moïse contre les adorateurs du simulacre doré du taureau Apis, appelé communément le veau d’or. Moïse s’adressa à ceux de la tribu de Levi .• Que chacun mette son épée à son côté y passez et repassez au travers du camp d’une porte à l’autre, et que chacun tue son frère , son ami, ET CELUI QUI LUI EST LE PLUS PROCHE.

Les enfans de Levi firent ce que Moïse leur avait ordonné , et il y eut environ vingt-trois mille hommes de tués en ce jour-là. {Exode, cap. 32, vers. 27 et 28.)

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tait le Priape des Grecs et des Romains, comme plusieurs écrivains en conviennent (i).

Celte terrible correction, ce moyen violent de convertir un peuple, ne produisit pas l’effet qu’en attendait le législateur Moïse. En tuant les hommes, on ne tue pas toujours les opinions; et l’on vit, plusieurs siècles après, les Hébreux renouveler leur adoration à l’idole de Beel-Phégor. Voici comment le prophète Osée fait parler le Seigneur :

(( J’ai aimé Israël comme des grappes de » raisin trouvées dans le désert; j’ai vu leurs » pères avec le même plaisir que l’on voit les » premières figues paraître sur le haut du fi- » guier; et cependant ils sont entrés en Beel- » Phégor (où ils ont été initiés aux mystères

( i ) Voyez ce qu’en dit saint Jérôme dans son Commentaire sur le chapitre g du prophète Osée : Tpsi autem educti de Egjpto fornicati sunt cum Madianitis , et ingressi ad Beel-Phegor , idolum Moabitarumfquem nos Priàpum possumus appellare . Isidore, en ses Origines, dit de même : Beel-Phegor interpretatur simulacrum ignominice : idolum enim fuit Moab, cognomento Baal^ super montem Phegor , quem latini PriApum vocant Deum hortorum. Rufin, en son livre 3 sur Osée, dit: Beel-Phegor figuram Priâpi dixerunt tenere. Un autre commentateur de la Bible dit aussi : Beel-Phegor Hebrceis deus turpitudinis , ut PriApus Romanis. (Note sur le chap. 25 du livre des Nombres, vers. 3.)

» de Beel-Phégor). Ils se sont débauchés et » plongés dans le désordre; ils sont devenus » abominables comme les choses qu’ils ont » aimées (i). »

C’étaient des femmes qui desservaient le temple de ce dieu: elles étaient nommées kedeschoths ; et ce nom ,. suivant saint Jérôme, avait la même signification que celui des prostituées qui remplissaient les fonctions de prêtresses de Priape.

Les cérémonies qu’on observait dans le culte rendu à Beel-Phégor ont exercé la plume de plusieurs commentateurs de la Bible, et d’autres savans. Il paraît que la principale consistait à se présenter nu devant l’idole. Les adorateurs , suivant Phillon , mettaient devant elle en évidence toutes les ouvertures extérieures du corps. Le texte de la Bible semble dire qu’ils s’offraient à l’idole pour se prostituer à elle. Beyer, dans ses additions sur Selden, conclut du texte de la Bible que les filles moabites se prostituaient d’abord à l’idole , puis aux Israélites (2).

Cette cérémonie infâme se rapporterait assez au culte que les Égyptiennes rendaient au tau-

(1) Osée, chap 9, vers. 10.

(2) Beyer sur Selden, cap. 5, sintagm, 1, Baal-Poor „

reau Apis, en se découvrant devant luir comme il a été dit plus haut.

Le rabin Salomon-Jarchi attribue au culte de Beel-Phégor une pratique fort indécente et plus ordurière encore. Il serait difficile de trouver dans les fastes des folies humaines un genre d’adoration plus étrange et plus dégoûtant. L’adorateur, suivant ce rabin, présentait devant l’autel son postérieur nu, soulageait ses entrailles, et faisait à l’idole une offrande de sa puante déjection (i).

Saint Jérôme nous représente cette idole comme portant à la bouche le signe caractéristique de Priape (2).

(1) Voici les paroles de Salomon Jarchi, dans son Commentaire sur le livre des Nombres , chap. 25 : Eo quod distendebant coràm illo foramen podicis , et stercus ojferebant. Hottinger ( Hist . orient. , p. i55), exprime la même chose : Turpiter à cultoribus distento ( sit venia verbis ), podicis for amine } egestoque onere molesto.

On peut consulter sur cet usage religieux Selden , de Dis Sjris , Sintagm. 1 , cap. 4î Beyer, Addimenta ad Selden , p. 244 245 ; Elias Schedius, de Dis

Germanis , p. 84 et 85; Antiquitales Gronovii, tom. 7, cap. i3, etc.

(2) Voici le passage de saint Jérôme, dans son Commentaire sur le chapitre 9 du prophète Osée : Deniquè inter pr et atur Beel-Phegor idolum tentiginis habens in ore , id est in summitate pellem , ut turpitudinem raera™ bri virilis ostenderet.

Les livres de la Bible ne disent plus rien de Beel-Pkégor; mais ils font mention de quelques autres cultes qui ne diffèrent nullement de celui du Phallus ou de Priape.

Les aïeux du roi Aza avaient introduit dans Israël plusieurs espèces de cultes idolâtres; et celui du Phallus ou de Priape était du nombre. La grande prêtresse de cette divinité était même la mère du jeune roi.

)> Aza chassa de ses terres les efféminés, » purgea Jérusalem de toutes les idoles sordi-* » des que ses pères avaient érigées (1). »

Il dépouilla sa mère, appelée Maacha , de l’autorité dont elle était revêtue, afin qu’elle ne présidât plus au sacerdoce de Priape, et au bocage sacré où la statue de ce dieu était adorée. Il détruisit la caverne où se célébraient ses mystères, et le simulacre de cette divinité crapuleuse; réduit en pièces, fut brûlé dans le torrent de Cedron (2).

Cette divinité, que la Vulgate nomme Priape , porte, suivant le texte hébraïque, le nom de Mipheletzeth . Quelques commentateurs l’ont jugée du genre féminin , et ont cru qu’elle était

(1) Les Rois, liv. 3, chap. i5, vers. 12.

(2) Idem, ibid. , vers. 1 3, et P araljpomenon , liv. 2, vers. 16.

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la déesse Astarté ou Vénus. Les auteurs de la Vuîgate auraient-ils pris un sexe pour l’autre, etPriapepour Vénus? Cette opinion n’est pas solidement appuyée, à moins qu’on ne regarde comme très-prépondérante, sur une telle matière, l’autorité de Rabelais (i).

On trouve encore, dans les livres des prophètes , un autre témoignage de l’existence du culte de Phallus. Ezéchiel indique, d’une manière assez précise, la fabrication de ce simulacre indécent, et l’abus que les femmes d’Israël en faisaient.

« Vous avez, leur dit-il, pris vos riches vê- » temens, que vous avez cousus l’un à l’autre, » pour en faire les ornemens de vos hauts lieux , » et vous avez forniqué sur ces hauts lieux (a)

( i ) Rabelais fait de Mipheletzeth la souveraine d’une île peuplée par des Andouilles. Pentagruel et ses compagnons , après avoir débarqué dans cette île , eurent de terribles combats à soutenir, et passèrent au fil de l’épée une infinité d’ Andouilles. Le carnage fut si grand que la reine des Andouilles se vit forcée de demander la paix à Pentagruel , qui la lui accorda.

(2) Les hauts lieux étaient des sanctuaires établis sur la cîme de quelques montagnes. Là étaient des autels en pierres brutes , des espèces de colonnes ou d’obélisques grossiers, objets de l’adoration de plusieurs peuples.

» d’une manière qui n’a jamais eu ni qui n’aura » jamais d’exemple.

» Vous avez pris des objets de parure, des )) vases d’or et d’argent qui m’appartenaient* et » que je vous avais donnés; vous en avez fa » briqué des images du sexe masculin , et vous » avez forniqué avec ces images (1). )>

Ainsi les femmes israélites fabriquèrent, à l’exemple sans doute de quelques peuples voisins, des Phallus d’or et d’argent, et en abusèrent d’une étrange manière»

Voila ce que les livres de la Bible et les ouvrages de leurs commentateurs me fournissent sur le culte du Phallus chez les Hébreux. Ce culte , dont l’exercice était une contravention formelle aux lois de ce peuple, commença à se manifester du temps de Moïse, j reparut à différentes époques jusqu’au temps où vivait le prophète Ezéchiel : ce qui comprend un espace d’environ neuf cents ans.

Ci) Fecisti libi imagines masculinas et fornicata es in eis. Ezéchiel, chap. 16, vers, 17.

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