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CHAPITRE III

Du culte du Phallus chez les Egyptiens.

Est-ce l’Inde, la Phénicie, l’Ethiopie^ la Chaldée ou l’Egypte, qui a vu naître ce culte; ou bien le type en a-t-il été fourni aux habitans de ces contrées par une 'nation plus ancienne encore? Les diverses opinions émises sur cette matière sont subordonnées à la question de l’origine de la religion astronomique , dont ce culte est une dépendance. Plusieurs savans l’ont approfondie sans beaucoup de succès; leurs sentimens sont opposés : je ne m’y arrêterai point.

L’abbé Mignot, qui a recherché avec une constance opiniâtre les antiquités religieuses des Assyriens et des Phéniciens, pense que le Phallus est originaire de l’Assyrie et de la Chaldée qui en faisait partie, et que c’est de ce pays que l’usage de consacrer ce symbole de la génération a passé en Egypte. Il croit,

d’après le savant le Clerc, que le nom de ce symbole est phénicien ; qu’il dérive de Plialou , qui, dans cette langue, signifie une chose secrète et cachée , et du verbe phala , qui veut dire être admirable et être tenu secret. Il en conclut que l’origine du Phallus n’est point égyptienne (i).

Quoi qu’il en soit, c’est en Egypte que se trouvent les mono mens les plus nombreux de ce culte antique; c’est de ce pays qu’il est parti pour se répandre dans l’Asie mineure, en Grèce et en Italie; et l’histoire égyptienne nous offre plus de notions sur le Phallus que celle des autres peuples de l’Orient. Cela me décide à tirer des Égyptiens les premiers traits du tableau que je vais présenter.

Le Phallus, chez ce peuple, recevait des honneurs divins , était placé dans les temples. On le promenait en procession dans les campagnes ; et , aux fêtes célébrées en l’honneur du dieu-soleil Osiris ou Bacchus, il figurait avec distinction. Hérodote , qui a assisté a cette cérémonie, nous la décrit de cette manière :

« Les Egyptiens célèbrent la fête de Bacchus

(i) Second Mémoire sur les anciens philosophes de l'Inde y etc. , par l’abbé Mignot. ( Mém . de V Acad, des Inscriptions . tom. 3i, p. iji .)

)) h peu près de la même manière que les » Grecs; mais, au lieu de Phallus, ils ont in- » venté des figures d’environ une coudée de » haut, qu’on fait mouvoir par le moyen d’une )> corde. Les femmes portent, dans les bourgs » et les villages, ces figures, dont le membre » viril n’est guère moins grand que le reste » du corps, et qu’elles font remuer. Un » joueur de flûte marche à la tête. Elles le » suivent en chantant les louanges de Bac- » chus, etc. (i). »

Il est remarquable que cet usage de promener un grand Phallus en procession, et de le faire mouvoir en le promenant, subsiste encore aujourd’hui dans une contrée éloignée de l’Egypte. M. de Grandpré fut témoin, en 1787, d’une fête célébrée dans les états de Congo. Il y vit des hommes masqués, exécutant une pantomime, et portant, dit-il, avec affectation, un Priape énorme qu’ils agitaient avec un ressort (2).

Cette similitude d’usage chez des peuples dont l’existence est séparée par plus de deux

(1) Hérodote , Euterpe , liv. 2 , sect. 48-

(2) Voyage à la côte occidentale a Afrique, par L. de Grandpré, officier de la marine française, tom . 1, pag. 1 n8.

mille ans, dont les pays laissent entr’eux de vastes déserts et un espace de plus de mille lieues de France en ligne droite, donne matière à plusieurs conjectures sur le lieu où le culte du Phallus a été pour la première fois institué. Serait-il parvenu de l’Egypte à la côte occidentale d’Afrique par l’Ethiopie? Ou bien l’Ethiopie, qui, comme le témoignent plusieurs écrivains de l’antiquité , a fourni ses dieux à l’Egypte, aurait - elle été la source commune où les Egyptiens et les habitans du Congo ont puisé ce culte? Je n’entreprendrai point de résoudre une question si difïicultueuse ; mais le rapprochement que je viens de faire peut donner #une direction nouvelle aux idées des scrutateurs de l’antiquité.

Le premier jour des épagomènës(i), ou cinq jours avant le premier jour de l’année égyptienne, on célébrait la naissance du dieu-soleil Osiris; et, le 2 5 du mois plaménolh, qui répond à l’équinoxe du printemps, 011 fêtait, en l’honneur du même dieu, les pamylies, mot qui, suivant le savant Jablonski, signifie Y annonce d une bonne nouvelle. On promenait alors en procès-

(i) Les jours épagomènes étaient chez les Egyptiens ce qu’étaient, pendant la révolution, en France, les cinq jours complémentaires.

si on , dit Plutarque, une figure d’Osiris, dont le Phallus était triple : « car ce dieu, ajoute-t-il, » est le principe de la génération ; et tout prin- » cipe, par sa faculté productive, multiplie » tout ce qui sort de lui. » Suivant cet auteur, le nombre trois exprime la pluralité indéfinie (i).

Il y avait en Egypte des mystères affectés au culte particulier du Phallus. Diodore de Sicile

nous apprend que ceux qui voulaient parvenir au sacerdoce commençaient par s’y faire initier.

Les monumens antiques des Egyptiens qui témoignent l’existence de ce culte sont trèsnombreux; et leur manière de représenter le Phallus est très-variée : on en voit plusieurs isolés, ou sculptés sur une borne dans un sens horizontal.

Vivant Denon, dans son voyage d’Egypte, a vu ces Phallus isolés sculptés dans les temples, et souvent répétés (a).

Le plus remarquable des Phallus isolés est sans doute celui que le meme voyageur a dé-

(i) Plutarque, OEuvres morales, Traité c VIsis et d’Os iris.

(e) Voyage de Vivant Denon dans la basse et haute Égypte, tom. 3, et l’Atlas, pi. exiv, n. 4y et 54-

couvert à Thèbes dans la haute Egypte, et dans le tombeau d une femme. Ce Phallus, qui avait eu existence, était embaumé et enveloppé de bandelettes : on Ta trouvé posé sur la partie correspondante de cette momie féminine. La gravure qu’il donne de celte momie et de ce Phallus prouve que ce dernier était plus grand que nature, et n’appartenait point à l’espèce humaine. Je serais porté à croire que cette momie était celle d’une femme élevée en dignité, et que le Phallus embaumé était celui d’un des taureaux sacrés, que l’on aura extrait après la mort de l’animal, et placé dans ce tombeau comme un préservatif, comme un moyen propre à détourner les mauvais génies, que les anciens croyaient occupés à tourmenter les âmes des morts (1). Les Grecs et les Romains plaçaient aussi quelquefois les figures de Phallus dans les sépultures, par le même motif : plusieurs vases étrusques et grecs, trouvés dans des tombeaux, offrent en peintures des Phallus, et même des scènes licencieuses, appelées Pria pées (a).

(1) Voyage de Vivant Denon, tom. 3, Atlas, pi. xcvin, n° 35.

(2) T elles sont notamment les peintures de deux vases grecs conservés dans le musée de Portici, du roi d^ ?

58 DES DIVINITES GENERATRICES

Les Phallus isolés et dans une très-petite proportion se trouvent en grand nombre en Egypte, ils sont ordinairement de porcelaine de différentes couleurs, et étaient portés comme des amulètes .

Je ne puis quitter ces détails sur les Phallus isolés, sans parler d’une opinion fort étrange, et relative à une figure qu’on assure être leur représentation, ni sans combattre cette opinion émise par des savans d’un rang distingué.

Ils prétendent que les figures de croix que Ton voit si fréquemment sur les monuments égyptiens et indiens sont des figures de Phallus : ainsi, ces croix, placées sur la cime du couvercle de plusieurs vases égyptiens consacrés aux cérémonies religieuses; ces croix, dont sont souvent parsemés les vêtemens des prêtres et des divinités d’Egypte; ces croix ou croisettes, circonscrites dans un cercle, et qui se voient; sur un grand nombre de monumens antiques; enfin, ces croix annelées ou surmontées d’un anneau que tiennent presque toujours à la main des figures de prêtres, des figures d’Osiris, et sur-tout d’Isis, etc, seraient donc autant de Phallus.

pies, et qui ont été trouvés dans des tombeaux près de Nola. J’en parlerai à la fin de cet ouvrage.

Cette opinion, qui donnerait aux croix des chrétiens une origine impure, a été soutenue par les savans Jablonski dans son Panthéon égyptien (1); Delacroze , dans son Histoire du christianisme des Indes (2); Carli , dans ses Le tires sur l'Amérique (3); enfin Larcher , dans ses notes de la traduction d’Hérodote (4).

Ce dernier donne même la figure de ces prétendus Phallus; et cette ligure est exactement la même que celle des croix qui pendent sur la poitrine de nos femmes dévotes ou galantes, et sur celle des évêques. Il donne aussi la figure du triple Phallus ou triphallus y et cette figure rappelle celle des triples croix qu’on porte en procession devant le pape ou devant des prélats éminens.

Les croix sont fort anciennes, et paraissent originaires de l’Egypte. Le signe sacré du Tau , image des colonnes cruciformes et adorées, que les Egyptiens appelaient Thoth , et dont ils firent une divinité, était une croix. Ce signe formait aussi un caractère alphabétique dont

(1) Lib. 5, cap. 7, section 4, tom. 3, p. 206.

(2) P ag. 43 1 .

(3) Tom. i,p. 499, et tom. 2, p. 5o4 et 5o5.

(4) Traduction d’ Hérodote , par Larcher, dernière édition, tom. 2, p. 270 et 272.

notre T représente , sinon la figure exacte^ du moins la valeur accentuelle.

Lorsque les chrétiens démolirent, vers la fin du quatrième siècle, le fameux temple de Serapis à Alexandrie, ils y trouvèrent plusieurs croix gravées sur des pierres. C’est cette circonstance, dit l’historien Sozoniène, qui détermina plusieurs payens à embrasser le christianisme (i).

Quant à la croix surmontée dun anneau , elle était et elle est encore le signe de la planète appelée p^énus. L’anneau ou le cercle indique la planète ; et le Tau , qui lui est adjoint, la caractérise.

Ceux qui connaissent parfaitement la forme du Phallus ne pourront se persuader qu’une croix est son image. D’ailleurs, dans les memes monumens égyptiens, on voit des croix toutes mples, et des Phallus d’après nature. Les Égyptiens n’auraient pas en même temps représenté le même objet par des figures si dissemblables. Mais revenons a l’histoire du Phallus chez les Egyptiens.

On ajouta un Phallus à des figures d’animaux, à des figures d’hommes ou de divinités. Un exemple singulier de ces additions a été publié

(i) Histoire ecclésiastique de Fleury, liv. 1 9, p 600.

CHEiZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 6l

par M.Knight : c’est une figure, représentant la tête seule du taureau Apis , ornée du disque du soleil, qui caractérisait cet animal divin. Des deux cotés de sa bouche sortent deux formes de Phallus de même proportion, et qui s’étendent horizontalement sur une même ligne (i). C’est le symbole de la force, de la puissance, uni à celui d’une double fécondité.

L’Égypte offre encore des Phallus adhérens à la divinité Terme. M. Vivant Denon a décrit un bas-relief, ou se voit un homme à tête de loup, faisant des offrandes à un Terme, et portant une main sur le Phallus de cette divinité (2).

Les Phallus y unis aux figures humaines, sont très-fréquens dans les monumens égyptiens. On trouve des figures d’enfans représentés assis, au corps desquels adhère un énorme Phallus , qui s’élève au dessus de leur tête , ou dont ils supportent l’extrémité sur leurs épaules. Caylus a fait graver une de ces figures : a Elle représente, dit- il, le plus terrible Phal- » lus qu’on ait vu, proportions gardées, sur au-

(1) An account of the remains of the TVorship of Priapus, etc.

(2) Vojage dans la basse et la haute Égypte. , Atlas, pl. cxxv, n® t 5.

» cun autre ouvrage (i). » Quoique ceux qui lui firent passer cette antiquité assurassent qu’elle était Egyptienne, M. Caylus l’a jugée Romaine. On va voir que ce savant, d’ailleurs très-circonspect dans ses décisions, a prononcé avec trop de précipitation.

M. Vivant Denon a publié deux figures absolument semblables à celle de Caylus; et il les a trouvées en Egypte (2). La suite de cet ouvrage prouvera qu’il existait de pareilles figures dans le temple d’Hiérapolis en Syrie. Ainsi, le type de ces petites figures à grand Phallus venait d’Egypte ou de la Syrie.

Les rapports intimes qui existent entre le soleil printanier et le signe de la génération portèrent les Egyptiens, lorsqu’ils eurent adopté l’usage de donner à leurs divinités des figures humaines, à représenter le dieu-soleil, Osiris ou Bac chus , avec un Phallus dans un état propre à la fécondation. La plupart des monumens antiques nous offrent ce dieu - soleil tenant en main son Phallus très-apparent, et semblant, par cette attitude, prouver à ses

(T) Antiquités de Caylus , tom. 3, p. 52, et pi. xm , 31. 2, 3 et 5.

(2) Voyage dans la baisse et la haute Egypte , par Vivant Denon, pl. 98, n. 36 et 37.

adorateurs sa résurrection au printemps, et sa vigueur renouvelée.

Caylus a fait graver quatre figures antiques d’Osiris qui sont toutes dans cette attitude mystérieuse (1). Dans le cabinet des antiquités de Paris, on en voit plusieurs de cette espèce. On y remarque un Osiris nu, coiffé d’une mitre, soulevant un voile de la main droite, et de la gauche tenant son Phallus. Un souffre, pris sur une amélhiste gravée, représente le même dieu dans la même attitude (2).

La ligure d’ Osiris, coiffée d’une mitre, tenant en main le fléau ou le fouet qui le caractérise, et muni d’un Phallus très-saillant, figurait dans les pompes religieuses. Douze prêtres portaient alors sur leurs épaules un riche brancard couvert d’un tapis parsemé de fleurs de lotus épanouies, sur lequel s’élevait l’idole de ce dieusoleil. Des bas-reliefs, vus dans le temple d’Hermontis, dans celui de Karnakà Thèbes, et dans plusieurs autres lieux de la haute Égypte, représentent cette cérémonie processionnelle,

(1) Antiquités de Caylus, tom. 3, pl. 11 et ni, tom. 6-, pî. 1 et 11.

(2) Dictionnaire de la Fable , par Millin , au mot Osiris .

6/j DES divinités génératrices

et le dieu à Phallus ainsi porté en triom*phe (1).

Quelquefois la même figure de ce dieu se trouve devant un autel chargé d’offrandes composées de fruits ou de volailles. Un bas-relief très-saillant , qui décore un vase de bronze venu d’Egypte, et dont la gravure a été publiée par Caylus, représente ainsi un Osiris nu : son Phallus se trouve en contact avec les offrandes dont l’autel est chargé (2).

Une scène toute semblable a été reproduite dans les monumens égyptiens publiés par M. Vivant Denon (3).

Une particularité très - rare de ce culte se remarque à Tentiris , dans un bas-relief : il représente un Osiris > coiffé de sa mître, absolument nu et couché horizontalement, tandis que son Phallus s’élève dans un sens vertical (4)-

Il serait trop long, il serait fastidieux de décrire toutesles variétés déformés quelesEgyp-

(1) Voyage de Denon , Atlas, pi. li, 11. 1 , 2 et 3; pl. cxxi , n. 5; pi. cxxyi , n. 4; pl- cxxvii , 11. 10; pl. cxxxin, n. 4? et pl. cxxxiv.

(2) Caylus, Antiquités, tom. 6, pl. XV, 11. 1 .

(3) Voyage dans la basse et la haute Egypte , Atlas, pl. xxur, n. 7.

(4) Voyage de Denon, Atlas, pl. cxxvi, n. 12.

tiens donnèrent au cuite du Phallus. Les cabinets et les recueils d’antiquités présentent encore de nouvelles espèces de ce genre de culte chez ces peuples. Je me suis borné aux principales.

Maintenant je dois dire, et il sera curieux de l’apprendre, sous quel voile allégorique les prêtres égyptiens cachèrent au vulgaire cet emblème énergique du Soleil régénérateur; son origine astronomique, et par quel fable ils justifièrent le culte du Phallus .

Osiris (ou le Soleil), principe du bien, génie de la lumière, avait pour ennemi son frère Typhon , principe du mal, génie des frimas et des ténèbres. Ce dernier parvint à se saisir d’Osiris, et le renferma dans un coffre, qu’il jeta dans les eaux du Nil.

Cette disparition d’Osiris est une allégorie grossière de la saison rigoureuse où les nuits, plus longues que les jours, l’absence de la végétation, l’engourdissement de la nature, annoncent le triomphe du génie des ténèbres et de la mort sur le génie de la lumière et de la vie.

Isis (la Lune), femme d’Osiris, fit de longs voyages pour retrouver le corps de son époux. C’est à Biblos, en Phénicie, et à l’époque du printemps, qu’elle en fit la découii. 5

verte. Elle emporta aussitôt le coffre qui contenait ce dépôt précieux; mais, voulant visiter son fils Horus (dieu du jour), elle le déposa dans un lieu secret, loin des regards des mortels.

Typhon , chassant pendant la nuit, aperçoit le coffre, reconnaît le corps d Osiris, s’en empare, le coupe en quatorze ou en vingt-six parties, et les disperse çà et là (i).

Isis, affligée, recherche avec soin les parties éparses du corps de son cher Osiris. A chaque partie qu’elle retrouve, elle élève en son honneur un monument. Elle parvint à les recouvrer toutes, excepté la partie sexuelle que Ty~ phon avait jetée dans le Nil, et qui était devenue la proie des poissons.

La déesse, pour remplacer cette partie perdue , en fit faire une représentation , et lui rendit les mêmes honneurs funèbres qu’avaient reçues les autres parties du corps d’Osiris.

Elle voulut même marquer sa prédilection pour ce simulacre de la virilité, en le faisant placer dans les temples, et en l’exposant à l’ado-

(i) La plupart des anciens qui racontent cette tragique aventure disent que Typhon coupa Osiris en quatorze parties. Diodore de Sicile assure que son corps fut coupé en vingt-six parties , qui furent distribuées aux

Titans.

ration des peuples. O11 assure que les figures de cette partie du corps d’Osiris, les Phallus furent, dans l’origine, en bois de figuier, parce que cet arbre passait pour contenir, à un degré éminent, des principes d’humidité et de reproduction. Quoi qu’il en soit, Isis érigea en divinité ce simulacre de bois, a Elle consacra, dit » Plutarque, le Phallus dont les Egyptiens » célèbrent encore la fête (1). »

Il ajoute « qu’Isis le fabriqua elle-même; » qu elle le fit porter dans les sacrifices, afin » de nous apprendre que la vertu productive » du Dieu-Soleil a eu pour matière première la » substance humide ; et que, par elle, cette » vertu s’est communiquée à tout ce qui en est » susceptible. »

C’est par cette fable, qui fut inventée à une époque où le Phallus était encore isolé, et n’adhérait à aucun corps, que les prêtres égyptiens cherchèrent à rendre raison au peuple du culte de cet emblème; c’est sous cette enveloppe allégorique qu’ils ont caché le mécanisme de

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(1) Sur cette fable, que je n’ai rapportée qu’en substance, on peut consulter le Traité d’Tsis et dé O s iris > par Plutarque ; Diodore de Sicile, lie. 1 , cap. 22, ou tom. 1 , liv. 4, chop. 3 de la traduction de Terrasson ; Jablonski, en son Panthéon égyptien ; Court de Gebelin,, en so wHistoire religieuse du Calendrier , etc»

leur dogme et l’historique des divers états du soleil, ou plutôt de la terre, pendant la révolution annuelle.

On verra que les fables, inventées par les prêtres de chaque nation, pour justifier le culte du Phallus , ne sont pas plus ingénieuses.

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Telles sont les variétés progressives qu’é-

prouva ce simulacre en Egypte. D’abord Phallus simple et isolé, puis Phallus double, triple; Phallus uni à un corps quelconque , arbre , borne, terme, etc.; Phallus adhérent à une figure humaine, sans désignation ; enfin adhérent k celle désignée sous le nom du dieu Osiris .

La, fut fixée en Egypte la fortune du Phallus. Le culte ne pouvait élever cet emblème k un degré plus éminent qu’en l’adjoignant k l’idole du Dieu-Soleil : cette adjonction n’altéra point la simplicité du culte primitif, et l’on continua de vénérer le Phallus isolé ; car, dans les religions antiques , une nouveauté admise ne s’établissait jamais aux dépens des anciennes pratiques ; et le culte des temps les plus reculés, des temps les plus barbares, existait souvent k côté des cultes enrichis et ornés par la civilisation.

Le Phallus simple et grossier ne perdait rien

dans l’opinion publique , tandis que Von fêtait pompeusement le Phallus illustré par son adhésion à la figure du dieu-soleil Osiris.

Ce culte subsista en Égypte jusqu’à la fin du quatrième siècle de l’ère chrétienne.

Cambyse, roi des Perses, vainqueur des Égyptiens, tua le bœuf Apis , et fit fouetter ses prêtres : il était adorateur d’un seul dieu.

Les Grecs, conquérans de l’Egypte, et qui y régnèrent sous le nom de Ptolémée , ne changèrent rien au culte des Egyptiens, s’y soumirent, l'embellirent et le fortifièrent; ils furent imités parles empereurs romains : les Grecs et les Romains adoraient plusieurs dieux. Les chrétiens n’imitèrent ni les Grecs ni les Romains: ils suivirent les traces de Cambyse, résolurent d’anéantir la religion de l’Egypte: et leur persévérance assura leurs succès.

L’évêque Théophile obtint, en 38g, de l’empereur Théodose, la permission de détruire l’idolâtrie égyptienne. Muni de ses pouvoirs, et escorté d’une foule de moines, il mit en fuite les prêtres, brisa les idoles, démolit les temples, ou y établit des monastères. Le fameux temple de Sérapis, à Alexandrie, fut renversé en cette occasion. Le temple d’Osiris ou de Racchus, tombant en ruines, fut converti en temple chrétien. Cette expédition ne se fit pas

JQ DES DIVINITES GENERATRICES

sans exciter de sanglantes émotions parmi le peuple. On trouva dans les souterrains du temple de Bacchus, dit l’historien Socrate , plusieurs de ces ligures infâmes nommées 7 par les Grecs, Phallus (i).

Tels furent les commencemens, les progrès et la ruine du culte du Phallus en Egypte. Je vais rechercher ce que devint ce culte chez d’autres nations.

(i) Socrate, lib. 5, cap. 16; Histoire ecclésiastique de Fleury, liy. 19, p. 5g5.

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