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CHAPITRE V

LA COLONIE DE LORD SELKIRK

22. Premiers Colons. — Pendant que les deux compagnies rivales s’efforçaient ainsi de s’exclure mutuellement du pays, un homme à l’esprit noble et généreux projetait, dans la lointaine Ecosse, de fonder une colonie dans la vallée de la rivière Rouge. Ce bienfaiteur public était Thomas Douglas, comte de Selkirk. Ayant acquis une influence prépondérante dans la compagnie de la baie d’Hudson par l’achat d’un grand nombre de ses actions, il se procura quelque 1 16.000 milles carrés de terre dans cette région et y envoya un certain nombre d’Ecossais et d’Irlandais, sous la conduite d’un excellent catholique. Miles Macdonell, qu’il nomma gouverneur de la nouvelle colonie.

Le nombre des émigrés était, à leur départ de Stornow^ay, de io5 personnes, dont un assez grand nombre étaient catholiques. Ils arrivèrent le 24 septembre 1811 à la factorerie de York, dans le voisinage de laquelle ils passèrent l’hiver. De là 70 d’entre eux se dirigèrent vers le confluent de TAssiniboine avec la rivière Rouge, qu’ils atteignirent le 3o août 1812 — les autres avaient pour la plupart pris du service dans la compagnie de la baie d’Hudson. Un prêtre, l’abbé Charles Bourke, les avait accompagnés jusqu’à la baie, mais était retourné en Irlande le printemps précédent.

23. Divers Appoints à la Colonie. — La compagnie du Nord-Ouest, qui était représentée au pays par le fort Gibraltar situé au confluent même des deux rivières, fut très froissée de l’établissement, sous les auspices de sa rivale, d’une colonie dans un pays où elle régnait en maîtresse.

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Aussi les gens de Miles Macdonell durent-ils aller passer riiiver à Pembina, environ 6o milles au sud, où ils établirent un poste qu’ils nommèrent fort Daer. Pendant ce temps, la résidence du gouverneur lui-même fut bâtie sur une pointe de terre formée par un détour de la rivière Rouge, à deux milles du fort Gibraltar. Puis, comme la réception plus que froide dont on avait été gratifié faisait présager de l’opposition, ce poste fut bientôt entouré d’une palissade et plus ou moins fortifié sous le nom de fort Douglas.

En i8i3, quinze ou vingt Irlandais rejoignirent les premiers colons, sous la conduite d’un Owen Keveney, homme despotique qui n’allait pas tarder à tomber victime de l’animosité des gens du « Nord-Ouest », ainsi qu’on appelait communément la corporation canadienne. L’année suivante, le nombre des colons fut augmenté de g3 et, en i8i5, d’une centaine de fermiers écossais.

24. Premières Hostilités. — La principale difficulté qui se présenta à M. Macdonell fut celle de nourrir tant de bouches. La terre était, il est vrai, des plus fertiles, et la plupart des nouveaux venus manifestaient baucoup de bonne volonté; mais les instruments agricoles manquaient. Et puis il fallait attendre un an le rendement des petits champs ensemencés, sans compter que les représentants de la compagnie du Nord-Ouest faisaient secrètement leur possible pour décourager les colons et les porter à quitter le pays.

Ce que voyant, le gouverneur Macdonell défendit publiquement (8 janvier i8i4) l’exportation des provisions de bouche qui n’étaient point absolument nécessaires au soutien des traiteurs et de leurs employés.

Ceux du (( Nord-Ouest » s’opposèrent à l’exécution de cette mesure et, après une série d’actes plus ou moins hostiles, au cours desquels leurs adversaires eurent bien

HISTOIRE DE l’oUEST CANADIEN

aussi leurs torts, ils attaquèrent, le 25 juin i8i5, le fort Douglas et dispersèrent les colons, qui durent ou bien partir pour le Canada, où on leur promettait monts et merveilles, ou bien reprendre le chemin de TEurope par la voie de la baie d’Hudson. Ceux qui se décidèrent à cette dernière alternative furent heureusement ramenés à leurs champs par un Colin Robertson, officier plein de détermination qui arrivait à la « Fourche » avec un contingent de vingt Canadiens-français.

25. Bataille de la Grenouillère. — Puis, le 17 mars 1816, le même Robertson prit et rasa le fort Gibraltar, en l’absence du gouverneur Macdonell, qui avait maintenant comme supérieur sous certains rapports un nommé Robert Semple, gentilhomme sans aucune expérience des mœurs du pays, dont la présomption n’allait pas tarder à causer un désastre.

Pour se mettre en état de faire face à toute éventualité, les autorités de la compagnie du Nord-Ouest réunirent près de la (( Fourche », ou confluent de l’Assiniboine avec la Rouge, un certain nombre d’hommes dont une bande composée de 64 métis et Canadiens-français, avec 6 sauvages, passa le 19 juin 1816 en vue du fort Douglas, à un endroit marécageux connu sous le nom de la Grenouillère. Sans s’assurer ni de leur nombre, ni de leurs intentions réelles, Semple alla les .rencontrer avec 27 hommes armés et voulut arrêter leur représentant, François-F. Boucher, Canadien avec lequel il parlementait. Une décharge de mousqueterie s’ensuivit qui tua l’un des Anglais, pendant que Boucher s’enfuyait du côté des siens. Presque aussitôt, le gouverneur lui-même tombait frappé d’une balle, et en un clin d’œil la fusillade devenait générale.

Les métis, qui étaient sous la conduite d’un Cuthbert Grant, eurent un homme tué et quatre blessés, tandis que du côté des Anglais pas moins de 21 mordirent la pous-

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sière, entre autres Semple lui-même, qui fut lâchement achevé par un sauvage malgré un Canadien qui le gardait.

Là-dessus Grant s’empara du fort Douglas et dispersa complètement les colons de lord Selkirk.

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