L’ÉGLISE A LA RIVIÈRE ROUGE
28. Conditions à la Rivière=Rouge. — Peu après (12 août 1818), arrivèrent une quarantaine de Canadiens-français, dont quelques-uns étaient accompagnés de leur famille. Ces nouveaux venus avaient l’intention de s’établir dans le voisinage du fort Douglas; mais des nuées de sauterelles qui venaient de tout ravager dans la colonie les forcèrent à chercher refuge à Pembina, où ils passèrent l’hiver à chasser le buffle, en compagnie de plusieurs fermiers écossais ruinés par le fléau qui s’était abattu sur leur pays d’adoption.
Cette circonstance ^ça M. Provencher, qui jouissait des pouvoirs de vicaire général, à envoyer à cette localité, qu’habitaient depuis longtemps beaucoup d’autres Canadiens et des métis français, l’abbé Dumoulin avec M. Edge, qui y établit aussitôt une école.
Quant au supérieur des deux ecclésiastiques, il inaugurait le novembre 1818, en face du confluent des deux rivières, un humble édifice en troncs d’arbres qui devait pendant deux ans lui servir d’église et d’habitation. Là il jeta aussi, l’hiver suivant, les fondations d’une école qui allait dans la suite devenir célèbre sous le nom de collège
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de Saint-Boniface. Il mit lui-même sous la protection de cet apôtre de l’Allemagne son essai de colonie sur les bords du ruisseau appelé aujourd’hui la Seine.
29. Difficultés et Travaux évangéliques. — Les colons écossais qui avaient passé l’hiver à Pembina retournèrent à leurs foyers au printemps de 1819. Là une nouvelle épreuve les attendait : vers la fin de juin, leurs champs furent assaillis par des myriades de sauterelles, qui provenaient des œufs laissés par celles qui avaient dévasté le pays l’année précédente. Toute la verdure y passa, et l’on fut obligé d’envoyer chercher du grain pour la semence à la Prairie-du-Chien, sur le Mississipi. Cette expédition ne coûta pas moins de io4o livres sterling, que défraya généreusement le fondateur de la colonie.
Cependant les deux missionnaires catholiques travaillaient avec zèle et succès à la réforme des mœurs des habitants qui leur étaient confiés, et leur donnaient, en même temps qu’une teinture des lettres, une idée exacte des lois de Dieu et des châtiments destinés à leurs transgresseurs. Bientôt leur tâche devint plus facile par suite de l’union (26 mars 1821), sous le nom de compagnie de la baie d’Hudson, des deux corporations qui s’étaient jusquelà fait une guerre acharnée et avaient occasionné tant de désordres.
30. Arrivée du Premier Ministre protestant. — Mais l’automne précédent une cause de rivalité d’un nouveau genre s’était produite par l’arrivée, le 4 octobre 1820, du premier ministre protestant qui eût mis les pieds dans la colonie. C’était le Rév. John West, représentant de l’Eglise d’Angleterre. Tous les colons protestants, presque sans exception, étant des presbytériens de langue gaélique, ils furent très chagrins de recevoir, au lieu du ministre de leur propre secte qu’ils avaient demandé, un fonctionnaire
HISTOIRE DE l’oUEST CANADIEN
d’une autre communion qui ne savait pas un mot de leur langue.
Dans cette fausse position, M. West fît ce qu’il put pour répondre aux besoins spirituels de ses ouailles involontaires. Comme ses succès étaient des plus médiocres, il se tourna du côté des catholiques de M. Provencher, qu’il tenta d’embaucher. Il essaya aussi de convertir les Indiens à sa secte, et instruisit quelques-uns de leurs enfants, dont deux demeurèrent fidèles à ses enseignements.
3i. L’Abbé Provencher nommé Evêque. — Quant au chef de la mission catholique, ayant dû retourner au Bas- Canada pour y rendre compte des résultats de ses travaux, il ne fut pas peu surpris d’apprendre qu’il venait d’être nommé évêque de Juliopolis et coadjuteur de l’évêque de Québec pour le Nord-Ouest. Après beaucoup d’hésitation,
11 consentit à accepter le fardeau que cette nomination imposait, et fut sacré aux Trois-Rivières par Mgr Plessis le
12 mai 1822.
Cette acceptation était pour lui l’équivalent d’une condamnation volontaire à un exil perpétuel et à des privations dont il est aujourd’hui difficile de se faire une idée.
Il reprit alors le chemin de la Rivière-Rouge, où il avait laissé un abbé Destroismaisons comme compagnon à M. Dumoulin. Il emmenait avec lui un séminariste du nom de Jean Harper, qu’il ne devait pas tarder à ordonner prêtre, et qui remplaça M. Edge, retourné dans l’Est faute de vocation à l’état ecclésiastique. MM. Harper et Edge étaient de langue française malgré leur nom anglais.
QUESTIONNAIRE
1. Quelle fut la cause de l’établissement d’un prêtre à Pembina (28)?