CHAPITRE III
PROGRÈS MATÉRIELS ET SPIRITUELS
36. La grande Inondation de 1826. — Quant à Mgr Provencher, il était alors tout entier à l’éducation de la jeunesse catholique. Il faisait même faire des études classi-
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ques à un certain nombre d’enfants métis, chez lesquels il croyait voir des indices d’une vocation sacerdotale, lorsque, au printemps de 1826, tout le pays fut plongé dans la désolation par suite d’une inondation désastreuse qui fit monter la rivière Rouge 4o pieds plus haut que le niveau qu’elle avait jamais atteint de mémoire d’homme. La colonie fut complètement submergée et la plupart de ses maisons détruites et emportées.
Découragés à cette vue, beaucoup de colons, surtout parmi les Meurons et des artisans qui étaient venus de Suisse, émigrèrent aux Etats-Unis, tandis qu’un certain nombre de Canadiens et de métis français prenaient le chemin du lac Manitoba. Là ces derniers se firent pêcheurs et furent, aux fêtes de Noël 1826, visités par Tabbé Destroismaisons, le premier ministre d’un culte qui ait jamais atteint cette pièce d’eau.
Heureusement qu’un renfort d’environ i5o personnes, pour la plupart d’anciens serviteurs de la compagnie de la baie d’Hudson, vint alors du Nord prendre les places laissées vides à Saint-Boniface et ailleurs.
37. Succès agricoles et Echecs industriels. — Une prospérité vraiment remarquable semblait être revenue à la Rivière-Rouge. Délivrés du double fléau des sauterelles et de l’inondation, les colons voyaient enfin leurs efforts couronnés de succès. Les récoltes étaient abondantes, et des moulins pour moudre le blé qui poussait à souhait surgissaient sur divers points du territoire.
Malgré des insuccès précédents, le gouverneur Georges Simpson, homme remarquable qui dirigea de longues années tous les postes de la compagnie de la baie d’Hudson en Amérique, voulut profiter de cet état de choses pour améliorer le sort des cultivateurs par l’établissement d’une ferme modèle qu’il inaugura sur les bords de l’Assiniboine. Des bâtisses superbes pour le pays y furent élevées, et rien
HISTOIRE DE l’oUEST CANADIEN
ne fut épargné pour assurer le succès de l’entreprise. Elle échoua pourtant, faute d’avoir à sa tête un homme compétent, et, après un essai de six ans, le tout fut vendu avec une perte de 3.5oo livres sterling.
Les autorités civiles tournèrent alors leur attention sur l’excès de production de blé, pour lequel il n’y avait d’autre marché que les postes lointains de la compagnie, qui n’en faisaient eux-mêmes qu’une très faible consommation. Pour obvier à cet état de choses on pensa à la culture du lin et du chanvre. Mais, dans les conditions primitives où se trouvait la colonie, on dut bientôt renoncer à l’exploitation de ces deux sources d’industrie, comme on avait précédemment renoncé à l’élevage en grand des moutons pour leur laine.
38. Constructions importantes. — Un signe de prospérité moins équivoque fut l’érection, sur la rivière Rouge, à égale distance de la « Fourche » et du lac Winnipeg, d’un grand établissement en pierre — le « fort de Pierre » d’aujourd’hui — dont on pensa un moment faire le siège du gouvernement et le dépôt général de la compagnie en Amérique. Mais cette double destination fut bientôt transférée à un établissement encore plus important, le fort Garry, dont l’érection date de i835-36.
Située à quelque 4oo mètres de l’embouchure de l’Assiniboine, cette construction consistait dans un rectangle de 260 pieds de long, formé par des murs crénelés et flanqués de bastions qui abritaient dans leur enceinte la résidence du gouverneur et de ses assistants, une maison pour les employés, un magasin, un dépôt et d’autres dépendances.
En i833, fut également commencée à Saint-Boniface l’érection d’un édifice en pierre de 100 pieds sur 45, qui devait remplacer l’église en chêne que Mgr Provencher avait bâtie en 1820. Le nouveau temple est devenu célèbre
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SOUS le nom d’église (( aux tours jumelles )) que lui donna Wtiittier dans une touchante poésie. Par suite de la pénurie de la mission catholique, il devait rester longtemps inachevé.
3g. Recrue pour la Mission catholique. — Les fonds qui avaient permis à l’évêque de Juliopolis d’entreprendre une pareille construction avaient presque tous été recueillis par ce prélat au cours d'un voyage qu’il fit dans le Bas-Canada, d’où il avait amené (i83i) l’un des prêtres qui devaient le plus s’illustrer à la Rivière-Rouge. Jusqu’alors de faibles efforts avaient été faits pour convertir les Indiens à la foi chrétienne. Aucun d’eux n’avait eu d’effet appréciable sur la population indigène avant l’arrivée dans l’Ouest de l’abbé Georges-A. Belcourt, qui devait se faire l’apôtre, pas toujours heureux, de ces races déshéritées.
M. Belcourt était un homme capable et entreprenant, plein d’initiative et de zèle pour le salut des âmes. En i833, il établit sur l’Assiniboine, à environ 3o milles de son embouchure, une mission pour les Sauteux qui eut un moment de vogue sous le nom de mission Saint-Paul. Là il groupa nombre d’indiens, qu’il porta à la culture de la terre autant qu’à la pratique des vertus chrétiennes. Mais, soit que ses méthodes aient été défectueuses, soit que les indigènes qu’il voulait réformer aient été à l’épreuve de toute transformation durable, le résultat de ses travaux à Saint-Paul fut éphémère.
4o. M. Belcourt, Agent de Paix. — Bien plus réelle était l’influence dont il jouissait près des métis et des blancs de la colonie. Il eut bientôt une excellénte occasion de montrer ce qu’il pouvait sous ce rapport.
Un employé du fort local nommé Thomas Simpson ayant gravement blessé dans un moment d’impatience un métis
du nom d’Antoine Larocque, les compatriotes de ce dernier voulurent tirer une vengeance éclatante de l’insulte faite à leur race. Tout fut employé pour les apaiser, mais ils ne voulurent point entendre raison. « Qu’on nous livre l’auteur de cette cruauté, et nous nous ferons justice à nous-mêmes )), ne cessaient de s’écrier les métis enragés. En désespoir de cause, le gouverneur, accompagné de ses fonctionnaires, dut traverser la rivière et demander à l’abbé Belcourt, alors de passage à Saint-Boniface, d’intervenir dans l’intérêt de la paix.
Malgré l’état de surexcitation extrême dans lequel se trouvaient les métis, le prêtre leur adressa quelques-unes de ces paroles auxquelles le caractère de l’orateur donne une autorité irrésistible pour des gens de foi. Il n’eut pas de peine à les calmer, et prévint par là ce qui eût pu dégénérer en un conflit sanglant.
4i. Missionnaire et Educateur. — Cette émeute fut la première affirmation systématique du peuple métis. Elle eut lieu quelque temps avant Noël i834. L’année précédente, les rangs bien trop étroits du clergé catholique s’étaient ouverts à un jeune prêtre, l’abbé Jean-Baptiste Thibault, qui devait se montrer l’un des meilleurs, et certainement le plus persévérant, des missionnaires de l’Ouest avant l’arrivée des Oblats dans ce pays. Il fut d’abord mis à la tête du collège de Saint-Boniface, qui comptait alors six élèves dans le cours classique, en même temps qu’il se préparait par l’étude des langues indiennes à la longue carrière qui l’attendait.
L’évêque catholique avait déjà sous lui tout un système d’écoles, où l’on enseignait le français et l’anglais aux enfants des deux sexes. De même que la première école de garçons dans l’Ouest avait été due à son initiative éclairée, ainsi avait-il lai-même fondé la première école de filles du pays, laquelle s’était ouverte à Saint-Boniface au cours
ORIGINES DE LA VIE POLITIQUE DANS l’oUEST
de 1829. Deux demoiselles Nolin en avaient été les premières institutrices.
QUESTIONNAIRE
1. Décrivez la grande inondation de 1826 et ses conséquences (36) .