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CHAPITRE VI

LES MISSIONNAIRES

5i. Arrivée des premiers Ministres méthodistes. — Jusqu’alors (i84o) la population de la Rivière-Rouge avait, au point de vue religieux, été divisée en deux camps principaux : les catholiques sous Mgr Provencher et ses trop rares auxiliaires, et les presbytériens, que desservaient des ministres anglicans. Ceux-ci commençaient pourtant à compter quelques adeptes parmi les métis anglais et les sauvages, tandis qu’une douzaine ou deux de blancs appartenaient maintenant à leur propre communion.

Des représentants d’une secte nouvelle au pays, celle des méthodistes, firent leur apparition dans l’Ouest au cours de l’été i84o. C’étaient les Révs. Robert-T. Rundle, qui se rendit au commencement de juin au fort Norw^ay, poste important de la compagnie situé à l’extrémité du lac W^innipeg; James Evans, qui l’atteignit deux mois

plus tard, et un troisième qui était resté au lac la Pluie, dont les Indiens avaient déjà maintes fois été évangélisés par les prêtres catholiques.

Ces nouveaux missionnaires étaient apparemment animés d’intentions droites, et l’un d’eux devait même se rendre célèbre par une invention dont les catholiques devaient profiter aussi bien que les protestants; mais leur présence rendait de plus en plus difficile la conversion d’indiens qui, ne sachant que penser des divergences que la prédication des nouveaux venus ne tarda pas à trahir, demandaient spirituellement aux missionnaires de s’entendre entre eux avant de proposer leurs doctrines à l’acceptation des autres.

52. Le Syllabaire cris. — M. Rundle fut presque immédiatement envoyé au fort Edmonton, où le représentant d’aucun culte n’avait encore pénétré. Quant à M. Evans, il fonda au printemps de i84i une mission près du fort Norway, où il devait faire l’invention dont nous avons parlé plus haut.

Remarquant dans la langue crise un certain nombre de syllabes composées pour la plupart d’une consonne suivie d’une voyelle, il conçut l’idée de rendre ces syllabes par certains signes dont la direction des éléments déterminerait la nature de la voyelle qui s’unissait à la consonne initiale. Ainsi, une espèce de fer à cheval tourné en haut devait se lire té; tourné en bas ce serait ti; avec sa courbe dirigée à droite le signe deviendrait to, et le même se lirait ta lorsque cette courbe aurait une direction contraire. Certains signes de moindre grandeur rendraient en outre les consonnes finales, et indépendantes de toute voyelle.

L’invention faite, restait à en tirer parti. L’ingénieux missionnaire se tailla d’abord des caractères en bois avec

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un couteau de poche; puis il fabriqua des moules, dans lesquels il fondit du plomb provenant de vieilles balles ou de caisses de tbé. Enfin il fit venir une petite presse qui lui permit de faire certaines impressions pour ses Indiens.

Naturellement, tout n’était pas parfait : l’invention d’Evans a été améliorée à l’est et à l’ouest des montagnes Rocheuses; mais le principe fondamental est resté le même partout, et c’est à lui qu’appartient l’honneur de l’avoir découvert.

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