Fondation de la Compagnie de la Baie d’Hudson
La tempête ayant séparé les deux vaisseaux, le Non-Such, qui portait Desgroseillers, put seul se rendre à destination. Desgroseillers bâtit alors sur la baie un poste de traite
otre-Dame du Bon-Conse»
qu’il appela fort Charles; puis, après un commerce des plus lucratifs avec les indigènes, il retourna en Angleterre dans l’été de 1669.
Ce succès donna lieu à la fondation de la puissante cor poration qui, sous le nom de compagnie de la baie d’Hudson, devait avoir une si grande influence sur les destinées de rOuest canadien. Charles II lui octroya, le 2 mai 1670, une charte des plus généreuses, et mit à sa tête le prince Rupert et d’autres nobles, avec un certain nombre de marchands de Londres, tout en laissant à son service les aventuriers français dont l’intervention avait occasionné sa fondation.
En peu de temps, des navires chargés de provisions et d’articles de commerce destinés aux sauvages furent expédiés de la capitale anglaise, où ils revenaient avec des fourrures de toutes sortes que les représentants de la compagnie avaient obtenues aux forts, ou comptoirs, qu’ils établirent sur la rivière Albany, à l’île Hayes, à la rivière Rupert, à Port Nelson et à New Severn. Les Esquimaux, les Cris et les Montagnais furent les premiers à bénéficier de ces fondations, et le premier gouverneur local fut un nommé Charles Bailey qui, de concert avec Radisson et son neveu Jean-Baptiste Desgroseillers, fut mis à la tête du fort Charles.
9. Nouvelles Preuves d’inconstance. — Cependant les Français du Canada disputaient aux Anglais le droit d’établir des forts de traite dans un pays qu’ils considéraient comme leur appartenant. Ils purent d’autant plus facilement affirmer ce droit, réel ou supposé, que Radisson et Desgroseillers, négligés par ceux vers qui le dépit les avait seul poussés, étaient en 1674 retournés au service de la France, qu’ils n’auraient jamais dû quitter. Représentant la compagnie du Nord, nouvellement fondée dans
RADISSON ET DESGROSEILLERS
ce pays, ils arrivaient en 1682 dans deux grandes barques en face du fort Charles; puis, passant outre, ils entraient dans la rivière Hayes, où ils érigeaient un poste qudls appelèrent fort Bourbon. Peu après, ils trouvèrent un rival dans la personne du gouverneur Bridgar, de la compagnie de la baie d’Hudson, près duquel ils exagérèrent habilement leurs propres ressources pour se protéger contre leur faiblesse réelle. Cette conduite n’empêcha pas Radisson de repasser en 1684 au service des Anglais et de s’emparer au fort Bourbon de 20.000 pièces de fourrures que son neveu, le jeune Desgroseillers, dut lui livrer.
10. Hostilités à la Baie d’Hudson. — Indignés de pareils procédés, les Français du Canada résolurent d’agir par eux-mêmes. En 1686, le chevalier de Troyes se rendit de Montréal à la baie, à la tête de 80 compatriotes, parmi lesquels se trouvait un audacieux du nom de Le Moyne d’Iberville, et, tombant à l’improviste sur le fort Hayes, il s’en empara avant que ses défenseurs fussent revenus de leur surprise. Les forts Charles et Albany eurent bientôt le même sort, pendant qu’un des vaisseaux de la compagnie anglaise devenait la proie d’une poignée de Français commandés par d’Iberville. H ne restait plus aux Anglais qu’une place importante sur la baie. Port Nelson, non loin du fort Bourbon.
En 1689, l’intrépide d’Iberville défendit avec succès contre une attaque de ces derniers le fort Albany, qui tomba plus tard entre leurs mains, pour être ensuite repris par les Français et finalement (1692) par une force imposante d’Anglais, qui redevinrent les maîtres sur la baie.
Mais en 1694 d’Iberville s’empara du fort Bourbon; puis, en 1697, lit dans ces parages des captures qui jetèrent le plus vif éclat sur les armes françaises. Avec un seul vaisseau, le Pélican qui n’avait que 5o canons, il eut le
Histoire de l’Ouest Canadien.
HISTOIRE DE l’oUEST CANADIEN
courage d’attaquer trois navires anglais qui en portaient 124. Il en coula un et reçut la soumission de l'autre, pendant que le troisième parvenait à s’évader; après quoi l’audacieux marin s’emparait du fort Nelson.
Cette même année 1697, traité de Ryswick, confirmait la France dans la possession de la baie d’Hudson, qui, en 1713, devait être finalement rendue à l’Angleterre par le traité d’Utrecht.
II. Explorations anglaises et françaises. — Cette dernière puissance profita de l’espèce de paix qui s’ensuivit pour faire explorer cette mer intérieure en vue d’y décou-
RADISSON ET DESGROSEILLERS
vrir un passage vers l’océan Pacifique, ou la « mer de l’Ouest », comme on disait alors. Ses principaux représentants dans ces régions glacées furent les capitaines James Knight, Georges Barlow et surtout Christophe Middleton, tous au service de la compagnie de la baie d’Hudson.
Nous pourrions mentionner aussi les explorations, ou plutôt vagabondages, d’un nommé Henri Kelsey, jeune homme qui, en 1691-92, suivit des bandes d’indiens dans l’intérieur des terres et fut comme le précurseur d’un véritable explorateur du nom d’Antoine Hendry, qui devait se rendre (lySA-SB) de la baie d’Hudson au pays des Pieds- Noirs, dans ce qui est aujourd’hui l’Alberta.
De leur côté, les Français cherchaient aussi la a mer de l’Ouest », mais par la voie de terre. Zacharie de la Noue, un des adversaires des Anglais lors des démêlés de la baie d’Hudson, établit dans ce but (1717) un poste sur le lac Supérieur qui devait plus tard devenir fameux sous le nom de fort William. Il prépara ainsi les voies au véritable découvreur de l’Ouest canadien, le grand Lavérendrye.
QUESTIONNAIRE
1. Qui furent les premiers blancs du pays et quel mobile les y conduisit (6) ?