‹ Histoire abrégée de l'ouest canadienChapitre 52 sur 78 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

MANITOBA ET NORD-OUEST

107. Fins tragiques. — Pendant ce temps, un autre Père Oblat, le P. Lacombe, Tapôtre des Pieds-Noirs, publiait un volume monumental contenant le dictionnaire et la grammaire de la langue des Cris, ouvrage important qui n’était, après tout, que le précurseur de beaucoup d’autres productions du même genre dues aux missionnaires catholiques.

Les années 1873-75 furent marquées par des événements tragiques dans les territoires évangélisés par ces ouvriers aussi savants que zélés. Ainsi le 6 août 1878, un P. Eynard, ancien fonctionnaire du gouvernement français, fut trouvé noyé sur les bords du lac Athabaska, où il se dévouait depuis longtemps au salut des pauvres Indiens. En novembre de l’année suivante, un humble auxiliaire des missionnaires de l’Extrême-Ouest, nommé Louis Dazé, perdit la vie dans l’une des tempêtes de neige qui ne sont que trop fréquentes dans ces régions dénudées. Enfin, plus terrible encore fut le sort du frère Alexis : tué et mangé par un compagnon iroquois au commencement de juillet 1875!

108. Voies de communications. — Depuis l’organisation de la province du Manitoba, l’un de ses désavantages les plus évidents était son isolement du monde civilisé. En attendant la construction de la grande ligne qui devait s’appeler le Pacifique-Canadien, on voulut remédier à cet état de choses en commençant, vers la fin de septembre 1874, une voie ferrée qui devait relier Winnipeg avec Pembina et le réseau américain.

MANITOBA ET NORD-OUEST

On ne négligea point non plus les moyens de communication offerts par la nature. Trois bateaux à vapeur faisaient depuis 1872 le service entre les Etats-Unis et la capitale du Manitoba. En mai 1876, les commerçants de cette ville formèrent eux-mêmes une compagnie qui ajouta deux steamers à la petite flotte de la rivière Rouge, et Tannée suivante il n’y en avait pas moins de sept à faire régulièrement le même trajet.

Par terre, des diligences mettaient déjà en communication Winnipeg avec le Portage-la-Prairie. En 1876, un service postal fut organisé entre la première ville et la vallée de la Saskatchewan. En même temps, des communications télégraphiques furent inaugurées (6 avril 1876) entre la future ville de Battleford, alors simple campement d’ouvriers, et la capitale manitobaine.

109. Politique d’ Economie. — Le gouvernement Girard étant tombé le 9 décembre 1874, Thon. R. Davis fut chargé de former une nouvelle administration. Pour cela, celui-ci s’adjoignit Thon. Joseph Royal comme ministre des Travaux publics et secrétaire provincial, ainsi que Thon.

HISTOIRE DE l'oUEST CANADIEN

Colin Inkster, qui cumula les charges de président de la chambre et du conseil exécutif.

L'un des plus grands soucis du nouveau cabinet fut la réduction des dépenses. Dans ce but, on songea à diminuer les honoraires des députés et même à abolir la chambre haute, ou conseil législatif. Pour aboutir, cette dernière mesure devait recevoir l'approbation des conseillers ou sénateurs eux-mêmes. Ceux qui étaient de langue française voyant le flot de l’immigration anglaise les envahir, n’étaient point pressés de voter leur propre déchéance. Ils considéraient le corps politique auquel ils appartenaient comme nécessaire à la sauvegarde des intérêts de leur race. Mais, sur l’avis de Mgr Taché et pour attirer sur leur pays certains avantages d’ordre pécuniaire qu’on ne promettait qu’à cette condition, ils contribuèrent euxmêmes à l’abolition du conseil législatif, qui se fit au cours de 1876.

iio. Les Territoires du Nord=Ouest. — Pendant que l’outillage administratif du Manitoba était ainsi en voie de se simplifier, les vastes plaines à l’ouest et au nord de cette province recevaient elles-mêmes un commencement d’organisation. Ces territoires avaient d’abord été gouvernés de Winnipeg par le lieutenant-gouverneur du Manitoba assisté d’un conseil dont la première session s’était tenue le 27 août 1873. Ce ne fut que le 7 octobre 1876 que ces immenses territoires reçurent d’Ottawa une organisation distincte, en attendant qu’ils fussent divisés en quatre districts, ceux de l’Assiniboia, de la Saskatchewan, de l’Alberta et de l’Athabaska. M. David Laird en fut nommé lieutenant-gouverneur et surintendant des Indiens avec résidence à Battleford. Il fut dès lors assisté de trois juges, MM. McLeod, Ryan et Richardson, d’un officier militaire, d’un secrétaire (M. E.-A. Forget) et d’un chérif.

Sujette à des restrictions, parmi lesquelles était celle qui

MANITOBA ET NORD-OUEST

consacrait l’existence des écoles séparées, cette organisation conférait une certaine mesure d’indépendance, tout en réserxant de notables prérogatives au pouvoir fédéral. Le même jour (7 octobre 1876), le district du Keewatin fut constitué et sa création proclamée par le gouverneur Morris qui, en qualité de premier magistrat du Manitoba, en restait l’administrateur, assisté d’un conseil de six membres.

III. L’Université du Manitoba. — Le commencement de l’année suivante (1877) vit la fondation de l’Université du Manitoba, qui fut dès lors composée d’un conseil représentant les trois collèges alors existant dans la province, à savoir celui de Saint-Boniface (catholique) , celui de Saint-Jean (anglican) et le collège Manitoba (presbytérien). Cette combinaison sauvegardait les intérêts religieux des principales communions alors au Manitoba, en même temps qu’elle contribuait à entretenir une saine émulation entre les différents corps enseignants de la province.

L’évêque anglican de la Terre de Rupert fut nommé premier chancelier de la nouvelle institution, tandis que M. Royal en devenait le premier vice-chancelier. Puis, au mois d’octobre 1877, un Canadien-français, M. Joseph Cauchon, devenait lieutenant-gouverneur du Manitoba, où l’amélioration dans les communications faisait affluer nombre d’émigrants de langues anglaise, allemande et française. Ceux qui parlaient la dernière étaient en grande partie des Canadiens rapatriés des Etats-Unis, dont l’arrivée occasionna bientôt l’érection de nouvelles paroisses comme celles de Saint-Jean-Baptiste, Saint-Joseph et Saint- Pie, aujourd’hui Letellier.

1. Racontez la mort du P. Eynard, de Louis Dazé et du Frère Alexis (107).

2. Quelles voies de communication furent ouvertes en 1874-76 (108) ?

Page 1