‹ Histoire abrégée de l'ouest canadienChapitre 72 sur 78 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

DERNIERS ÉVÉNEIVIENTS.

161. Chemin de fer et Cyclone. — Le développement de rOuest canadien était dû en très grande partie à l’introduction des chemins de fer. Les lignes de deux grandes compagnies, celles du Pacifique-Canadien et celle du Nord- Canadien, sillonnaient déjà dans tous les sens les immenses prairies naguère encore peuplées exclusivement d’indiens. Dans le but de rendre ce développement encore plus intense, une troisième compagnie, celle du Grand-Tronc- Pacifique, qu’avait surtout favorisée le gouvernement Laurier, construisait depuis quelques années une ligne allant des provinces de l’Est à la côte nord du Pacifique. En attendant l’achèvement de cette ligne, elle terminait en 1911 un embranchement qui reliait Melville à Régina.

DERNIERS ÉVÉNEMENTS

Cette dernière ville fut rudement éprouvée, le dimanche 3o juin 1912, par un cyclone qui détruisit tout sur son passage. Un vent irrésistible transporta à de grandes distances, des bateaux qui se trouvaient en face du palais législatif, fit voler briques et planches, et rasa jusqu'à leurs fondations les édifices compris dans la zone étroite sur laquelle il s’abattit. Il y eut même plusieurs pertes de vie.

Quelques mois plus tard (19 octobre 1912), la province dont la capitale était ainsi éprouvée recevait un nouveau juge en chef dans la personne de M. Haultain dont nous avons déjà plus d’une fois parlé.

162. Le Manitoba agrandi. — Mentionnons maintenant l’élévation au rang de chevalier de l’ex-magistrat qui devenait par là Sir Joseph Dubuc, ainsi que celle du premier ministre du Manitoba, Sir Rodmond Roblin (i4 juin 1912). M. Robert-L. Borden ayant succédé à Sir Wilfrid Laurier, battu aux élections générales de septembre 1911, les limites du Manitoba furent enfin étendues, l’année suivante, de manière à comprendre la plus grande partie de ce qu’on avait précédemment appelé le Keewatin, jusqu’au 60® de latitude nord et la baie d’Hudson. Cette province acquérait par là certains ports de mer qui promettaient de lui être de la plus grande utilité, en vue surtout de la construction déjà commencée d’un chemin de fer reliant les prairies canadiennes à la baie d’Hudson, par où l’on pensait pouvoir exporter beaucoup de blé.

Malheureusement, cette extension même des frontières provinciales fut l’occasion d’un nouveau sujet de mécontentement. Les catholiques du Keewatin avaient eu jusque-là des écoles séparées reconnues par les autorités civiles : Borden refusa de pourvoir à leur continuation dans l’acte qui ajoutait ce territoire au Manitoba, ce qui augmenta encore le malaise qui régnait dans le pays tout

entier par suite de la position anormale dans laquelle se trouvaient, au point de vue de l’éducation, des citoyens amis de l’ordre qu’on forçait à payer double taxe ou à violenter leur conscience.

163. Education catholique. — En mars 1912, une mesure avait pourtant été prise par la législature du Manitoba qui, dans l’intention de celui qui l’avait proposée, M. Georges-R. Coldwell, ministre de l’éducation, devait mettre un terme à cette pénible situation. Cette mesure n’eut malheureusement pas les résultats qu’on avait en vue.

Les catholiques de Winnipeg essayèrent bien d’en profiter en offrant de mettre leurs écoles sous le contrôle du bureau d’Education local, afin de pouvoir jouir des octrois dont bénéficiaient les écoles publiques de cette ville (igi3). Mais ce bureau ne A^oulut les admettre qu’à des conditions qui en auraient essentiellement changé le caractère, ce à quoi la conscience catholique s’opposa.

Plus heureux étaient alors ceux d’Edmonton. Non seulement ils se créaient à leur gré des écoles primaires reconnues par le gouvernement, mais les Jésuites, par l’intermédiaire du P. Théophile Hudon, y établissaient, dans l’automne de 1913, un collège qui promet beaucoup pour l’avenir.

Cette même année, les Bénédictins d’Angleterre avaient voulu doter Calgary d’une semblable institution, mais leurs efforts n’avaient point abouti.

164. Progrès catholiques. — Au cours de 1913, on créa un nouveau diocèse catholique dont le siège fut à cette ville et qui fut confié à un prêtre de l’Est, l’abbé John-T. McNally, pendant que celui de Saint-Albert était transféré à Edmonton et son titulaire, Mgr Legal, promu à la dignité archiépiscopale. Le nouveau métropolitain avait dès lors pour suffragants l’évêque de Calgary, le vicaire

DERNIERS ÉVÉNEMENTS 1 *

apostolique de l’Athabaska et celui du Mackenzie, tandis que celui de Saint-Boniface conservait dans sa province les évêques de Prince-Albert et de Régina avec le vicaire apostolique du Keewatin.

Au point de vue politique, les catholiques pouvaient

TOUT CE QUI REisTE DU FORT GARRY.

aussi se réjouir de nouveaux progrès dans TExtrême-Ouest. Grâce à une intelligente campagne de colonisation française qui s’y était faite et s’y continuait, l’élément catholique s’était tellement fortifié dans le nord de l’Alberta que, lors d’élections provinciales qui ramenèrent au pouvoir M. A. Sifton, premier ministre depuis 1910, pas moins de quatre députés canadiens-français y furent élus par leurs compatriotes, tandis qu’un cinquième était appelé à représenter un comté anglais.

HISTOIRE DE l'oUEST CANADIEN

Enfin, comme conséquence de l’extension de ses frontières, le Manitoba imitait l’exemple de ses deux provinces sœurs de l’Ouest et commençait (iqivS) l’érection d’un palais législatif digne de son rang et de son ancienneté.

165. Paroisses urbaines et Ministres de Langue française. — Cependant les colons galiciens, maintenant très nombreux dans l’Ouest, aA^aient vu leurs vœux comblés par la nomination, le lo juillet 1912, de Mgr Nicétas Budka au poste d’évêque du Canada pour les Ruthènes, rite auquel appartiennent ces étrangers. Le siège du nouveau prélat était alors fixé à Winnipeg.

Pour avoir une idée des progrès religieux accomplis dans les principaux centres de l’Ouest canadien, il suffît de savoir qu’à la fin de igiS Winnipeg ne comptait pas moins de II paroisses catholiques, de rite latin ou ruthène, Edmonton, 8, Calgary, 5 et Régina 2. La plus nombreuse de toutes les paroisses du pays était celle de Saint-Boniface qui, en juillet de la même année, avait reçu pour pasteur un évêque, Mgr Arthur Béliveau, précédemment nommé auxiliaire de Mgr Langevin.

En même temps, dans le monde politique deux nominations honoraient les catholiques de l’Ouest. C’étaient celle de M. Joseph Bernier, qui devenait membre du gouvernement Roblin avec le portefeuille de secrétaire provincial du Manitoba (17 avril igiS), et celle de M. Wilfrid Gariépy qui, un peu plus tard (28 novembre), était promu au rang de ministre des Affaires municipales pour l’Alberta. Comme M. A. Turgeon était déjà depuis longtemps procureur général de la Saskatchew^an, il s’ensuit que les Canadiens-français étaient dès lors représentés par un des leurs dans le gouvernement de chacune des trois provinces de l’Ouest.

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