‹ Histoire abrégée de la littérature [microforme]Chapitre 107 sur 221 · LOPE DE RUEDA · texte numérisé non relu

LOPE DE RUEDA

Cependant, l'art n’avançait que lentement. Un parti puissant, les Mousqueteros, avait entrepris de renverser ces représentations qui, en réalité, tranchaient du ridicule. On siffla les acteurs, brisa leur atti. rail, et on les traqua comme des bêtes fauves. Mais un homme d'esprit, quoique sans éducation, un pauvre batteur d’or, avait d’un coup d'œil gaisi ce qui manquait à ces troupes inexpérimentées, Il laissa là son établi, ses outils et commença à parcourir l'Espagne en compagnie de quelques confrères.

Lope de Rueda, car tel était son nom, avait deux grandes qualités : il était à la fois peintre et observateur. Il nous reste de lui quatre comédies, deux colloques en prose et un colloque en vers.

Original comme peut l'être un artisan, homme de bon sens avant tout, il remplit en peu de temps l'Espagne du bruit de son nom. Kon seul but était d'amuser ; il était trop ignorant pour apprécier l'art, N'empêche que son dialogue est aussi vif, aussi piquant que celui de Plaute. Licenciés, bacheliers, docteurs, étudiants, alguasils, hidalgos, tous ces gros bonnets qu’il avait vus poser devant sa boutique, trouvent dans ses drames des plats tout servis. C’est ainsi que Rueda parvint à trouver le vrai chemin de la comédie, sans cependant faire un pas de plus pour atteindre l’art; mais il avait déjà beaucoup fait. Rueda avait deviné l’art de développer les passions, et il réussit dans les détails, Chez lui, la gaicté s'allie à la raison; caustique sans être acrimonieux, philosophe sans être pédant, chaste sans artifice, sa phrase a toujours une allure vive, un tour original.

L'Espagne honora le poëte qui l'avait amusé, et il emporta, en mourant l'estime et l'admiration de ses concitoyens.

Juan de Timoneda marcha sur les traces de son ami et de son maître

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Rueda ; il est plus savant, mais moins original. Parmi ses pièces, on cite la Brebis perdue et un recueil d’historiettes plutôt amusantes qu’utiles : Le Patrantielo.

Alonzo de Ja Véga (1566), laissa trois comédies, et Gil Vicente en fit un plus grand nombre. D’après Cervantes, Naharro serait le successeur de Rueda ; il excellait, paraît-il, à faire des fanfarons poltrons ; il aurait opéré une véritable révolution dans les costumes, placé l'orchestre devant le théâtre, aboli en partie la barbe postiche, indispensable jusqu'à lui, imita les décorations, les nuages, les éclairs, le tonnerre, ete.

Juan de la Cueva (1550-1594), composa un grand nombre d'ouvrages lyriques, épiques et dramatiques, Il est encore l’auteur d’un art poétique. Doué d’une imagination fougueuse, il s'élève trop souvent dans le vague. S'il eut guidé son talent, il aurait fait avancer l’art, mais il visa trop à l'effet et au superficiel.

Nous abordons avec plaisir l’époque la plus glorieuse pour le théâtre espagnol, la période des trois Philippe. C’est alors que l’on voit la poésie se mêler à tout; ‘chaque colline était un parnasse et chaque fontaine une hypocrène ; elle se manifestait partout, dans les fêtes religieuses, les processions, les sérénades, les réjouissances publiques et les combats de taureaux.”

L'Espagne compte, parmi ses plus grands écrivains, Cervantes, Lope de Véga, Caldéron de la Berca. C’est le moment d'examiner à part ces grandes figures de l'Espagne littéraire.

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