MALHERBE
François de Malherbe naquit à Caën, vers 1556.
Son premier essai fut un recueil de poésies: Le Bouquet des fleurs de Sénèque (1590), où il commente en chrétien des pensées de morale payenne ; on voit déjà chez lui cette netteté, cette précision, cette fer-
(1) Géruzez : Essais d'histoire littéraire.
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En 1605, Malherbe vient à Paris, fut présenté à Henri IV. et entreprit, comme il le dit, de dégasconner la Cour. Les services qu'il a rendus à la langue sont incalculables. Une seule passion remplissait sa vie, le culte exclusif de la pureté du langage. (Cette passion ne le laissa qu'avec la vie, sur son lit de mort, il voulait imposer silence à son confesseur, parce qu’il employait des mauvais termes en lui parlant du Ciel. C'était bien là l’homme qu'il fallait à son siècle, ‘“ Malherbe, on le voit, était beaucoup plus grammairien que poëte, plus éplucheur de mots que chercheur d'images ou remueur d'idées. Chez lui, en effet, la pensée est souvent nulle le sentiment faux, l’image écourtée. La phrase ample et flottante du XVIe siècle devient logicienne sous sa plume; pas un mot n'est admis, qu’il n'ait fait ses preuves de noblesse, pas une phrase qui ne puisse être facilement analysée, la poésie y perd souvent, mais la langue y gaune. Aussi, Malherbe n'a t-il pas fait une pièce excellente d'un bout à l’autre, parce que la poésie ne saurait vivre en dehors de l’émotion et de la pensée; mais il a fait des strophes qui sont dans toutes les mémoires.” (2)
Malherbe, disait Lafontaine, pèche par être trop beau, ou plutôt, trop embelli. Est-ce un blâme? Dans tous les cas, son mérite est d'avoir fixé la langue française; aussi, pouvait-il se dire avec un noble orgueil :
Ce que Malherbe écrit dure éternellement.
Outre ses poésies, il a laissé des traductions de Sénèque, de Tite-
Live, et des Observations de ménage.
(1) André Chénier, (2) J. Fleury.
Il mourut en 1628.
Les Bergeries de Racan se distinguent par la pureté, l'élégance, la naïveté. Ses Odes, ses Stances et ses Sonnets manquent d'énergie, I] n’a pas su se mettre en garde contre la monotonie, Son talent diminte à mesure qu'il s'éloigne de la poésie pastorale. Despréaux a dit:
Malherbe, d’un héros peut vanter les exploits, Racan chanter Phillis, les bergers et les bois.
Balzac (1594-1655) a donné la main à Malherbe pour opérer le grand œuvre de la réforme littéraire, Son nom se rencontre un des premiers dans les archives de l’Académie française, Il conçut, antérieurement à beaucoup d’autres, les grands pouvoirs de l’éloquence. Descartes a exalté bien haut ses Lrettres; d’autres critiques les ravalent, Pour ge défendre, Balzac publia le Prince Laristippe, qui ne réussit guère, Le Socrate vhrétien est son dernier traité. Le ton déclamatoire se fait sentir dans toutes ses œuvres. Le père Goulu, dans ses Lettres de Phi. larque à Aristote, lui reproche ‘*ses sottes et ridicules affections d'yperbo. Jes extravagantes, de manières recherchées de s'expliquer qui sont nouvelles parce qu'elles sont sauvages et monstrueuses.”
Voiture ferme le XVIe siècle et la première période de la littérature française. Causeur agréable, railleur délicat, homme de tact, esprit délié, il fut le roi des salons dans son temps. Il vécut à la cour, où ses manières aimables le faisaient rechercher. ‘“Ilaurait pu, dit M. Nisard, employer sa finesse d'esprit à pénétrer le fond de tant d’intrigues politiques, et sa plume à en écrire gravement ; il aïma mieux le plaisir que les affaires et la vogue du bel esprit que la considération d’un moraliste.”” Flatteur avec les hommes, galant à l'égard des dames, ses Lettres ‘ toutes pures d'amour, pleines de feu, de flèches et de cœur navrés,” finissent par donner dans le fade, Mais ila mérité de la France pour avoir travaillé de toutes ses forces à fixer la langue.
Un événement important devait faire plus que tous ces écrivains re-
marquables pour assurer l’immortalité à la langue française; cet événement fut la fondation de l’Institut de France.
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Avec le XVIIe siècle, commence l’âge d’or dela littérature française, le siècle de Louis XIV. Le goût du beau et le besuin des jouissances de
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LITTÉRATURE FRANÇAISE. 305 l'esprit devinrent les traits distinctifs du caractère national. L'éclat d'un long règne soutenu par de brillantes victoires, les nombreux génies qui s'illustrèrent dans toutes les branches, l’universelle souveraineté d’un langage poli, la munificence d'un grand roi protecteur des lettres, donnent au XVIIe siècle quelque chose de la majesté et de la puissance romaine au siècle d'Auguste.
Richelieu fonda en 1635 l'Académie française pour ‘ établir des règles certaines de la langue, et rendre le langage français non seulement élégant, mais capable de traiter tous les arts et toutes les sciences.” Les premiers académiciens, ces ouvriers en paroles travaillant à l'exal tation de la France, comme ils s’appelaient, promirent à Louis XIV, dans leur enthousiasme, de ‘rendre immortels tous les mots et toutes les syllabes consacrés à la gloire de leur auguste protecteur.” Bossuet voyait dans cette institution ‘“ un conseil souverain et perpétuel dont le crédit, établi par l'approbation publique put réprimer les bizarreries de l'usage et tempérer les règlements de cet empire trop populaire,”
L'intention, le but de l'académie naissante se personnifie dans Vaugelas, homme de mérite qui consacra toute sa vie à la perfection de l'œuvre. Il a écrit en prose un ouvrage sur la langue intitulé, Remarques etnon Décisions, ce qui n'empêche pas que les règles qu'il a posées sont restées.