PASCAL—PORT-ROYAL
C'est encore à cette époque que l’abbaye de Port Royal rendit d’immenses services aux lettres. Parmi ces savants et pieux solitaires, on remarque surtout les deux frères Arnauld d'Andilly, Le Maistre de Is ont écrit en commun des ouvrages très utiles: Za Logique, lu Méthode grecque, La Méthode latine, Essais de Morale, Bible, dite de Sacy,
Histoire Ecclésiastique, ete.
Kacy et ses deux frères, Nicole, Lancelot et Lenain de Tillemont.
Sur ces entrefaites, survient la fameuse querelle entre les Jansénistes et les Molinistes. Port-Royal y avait déjà pris une part active dans la personne de Duvergier, ami de Jansénius, lorsqu'apparut ‘ un homme qui, à douze ans, avec des barres et des rongs avait créé les mathématiques ; qui, àseize ans, avait fait le plus savant traité des coniques qu'on eût vu depuis l'antiquité; qui, à dix-huit ans, réduisit en macline une &ience qui existe toute entière dans l'entendement ; qui, à vingt-trois ans,
démontra les phénomènes de la pesanteur de l'air et détruisit une des grandes erreurs de l’ancienne physique; qui, à cet âge où les autres hommes commencent à peine de naître, avait achevé de parcourir les sciences humaines, ettourna ses pensées vers la religion …. cet effrayant génie se nomme Blaise Pascal” (1623-1662). (1)
Derrière les Provinciales se cacha la doctrine du Jansénisme, Sous le rapport du style c’est le plus beau livre qui était paru jusqu'alors, ct c'est encore un des plus beaux monuments de la langue française,
[ a rendu à la langue française des services aussi signalés que la Divine comértie à la langue italienne, Les Pensées de Pascal ne sont que les matériaux épars d’un grand ouvrage sur la chûte de l’homme et la rédemption, mais que la mort ne lui a pas permis d'achever. Pascal est aussi grand par le sentiment que par la raison. ‘De I ce style grand sans exagération, partout rempli d'émotions, vif sans turbulence, personnel sans pédanterie et sans amour-propre, superbe et modeste
tout ensemble, qui fut le plus parfait dans le siècle des écrivains parfaits, Sa rhétorique était dans son âme et son langage était grand et noble, naturellement, parce que son âme, encore plus élevée que son esprit portait en elle la noblesse et la grandeur.” (2)
Arnauld (1694) était le théologien, l’âme de Port Royal. Il publia son livre, De la fréquente communion, et avee Nicole, son célèbre traité De la perpétuité de la foi. Ses œuvres se composent de 30 volumes in 40. Pierre Nicole (1625) est plutôt moraliste quethéologien Kes Lssuis de morule et son Traïté sur les moyens de conserver la puix avec les hommes prouvent qu’il était une des plus belles plumes de l'Europe” (3). Un autre janséniste, l'oratorien Duquet (1649-1733) s’est montré théologien et moraliste distingué dans l'Znstitution d'un prince et Les six
jours de la création.
HOTEL DE RAMBOULLET,
A côté de Port-Royal, institution purement savante, il y avait le fameux Hôtel de Rambouillet qui datait du temps de Henri IV. et qui avait surtout pour objet l'étude du beau. Au XVITe siècle, l'Hôtel de Rambouillet était encore ce lieu ‘où se rendaient tant de personnes de qualité
(1) Chateaubriand : Génie du Christianisme, (2) Frugère.
(3) Bayle : Dictionnaire historique.
tior à la abic môt idée et d l'in) vifs Mn Laf à sa la ve mêm des 1 tout selle s'est houil Main
gné,
Fr paux
e des
utres rir les ayant
ous le rs, et
que la 1e sont ne et Pascal :e style ulence, nodeste parfaits, t noble, n esprit
publia re traité umes in S Essais es hom- 6” (3).
é théolo-
es six
fameux ui avait e Ram- > qualité
et de mérite qui composaient une cour choisie, nombreuse sans confusion, modeste sans contrainte, savante sans orgueil, polie sans affectation, (1) On y voyait les plus beaux talents de l'époque : Voiture, Balzac, Segrais, Chapelain, Castar, Sarrazin, Mairet, Patru, Godcau, Rotrou, Scarron, Benserade, Ménage, La Rochefoucaud, le marquis de la Salles, Mulleville, Desmarets, Bautru, Collin, Colletet, Corneille, Fléchier, le Prince de Condé, Bossuct, ete. Les femmes d'esprit n'y manquaient pas non plus : Mesdames de Longueville, Scudéry, de Suze, Paulet, de la Fayetette, de Maintenon, de Sévigné, de Montausier, ete., se faisaient admirer autant par la tournure de leur esprit enjoué, délicat et délié que par l'éclat de leur beauté, ‘Ce fut alors que naquit réellement la conversation, cet art charmant dont les règles ne peuvent se dire, qui s'apprend à la fois par la tradition et par un sentiment inné de l’exquis et de l'agréable, où la bienveillance, la simplicité, la politesse nuancée, l'étiquette même et la science des usages, la variété de tons et de sujets, le choc des idées différentes, les récits piquants et animés, une certaine façon de dire et de conter, les bons mots qui se répètent, la grâce, la malice, l'abandon, l'imprévu se trouvent sans cesse mêlés et forment un des plaisirs les plus vifs que des esprits délicats peuvent goûter.” (2)
La femme la plus célèbre de l'hôtel de Rambouillet est sans contredit Mme de Sévigné (1626-1696). Elle est pour le genre épistolaire ce que Lafontaine est à la fable: on ne les à pas surpassés depuis, Les Lettres à sa fille sont au-dessus de tout éloge—la grâce, l'engouement, le naturel, la variété des tons, la simplicité, la vérité des sentiments, la naïveté et même l'élégance s’y confondent, Mme de Lafayette s'est illustrée par des nouvelles littéraires : Mudemoiselle de Montpensier, Zaiïde, et surtout par son beau roman, la Princesse de Clèves. Les vers de Mademoiselle de Scudéry sont moins ennuyeux que ses romans, Madame Dacicr s'est rendue célèbre par ses traductions. Les Bergeries de Mme Deshouillières n'ont pas toujours le naturel voulu ; les Lettres de Mme de Maintenon sont loin d'atteindre la perfection de celles de Mme de Kéviné,