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ÉLOQUENCE RELIGIEUSE AU XVIIIE SIÈCLE

Nous sommes loin de la parole savante de Bourdaloue, des élans sublimes de Bossuet, et des formes simples qui rendaient leur pensée plus forte. C’est plutôt l'école de Massillon qui domine au XVIIIe siècle dans l'éloquence de la chaire; on négligea le dogme au profit de la morale ; on n'annonçait les grandes vérités éternelles qu'avec une espèce de crainte et de défiance.

Le père de Neuville (1693-1744), a beaucoup de connaissances, des vues profondes, une argumentation serrée, un style clair ; mais on blâme son débit trop rapide, ses longues énumérations qui fatiguent l'auditeur et ses pléonasmes trop fréquents.

L'Abbé Poulle (1712-1781) avait reçu dela nature le talent oratoire, mais il ne l'a pas perfectionné par l'art, Il éblouit plus qu'il ne persuade, Ses Erhortations de charité sont ses deux meilleurs discours, on loue l'imagination féconde et brillante, l’onction, le pathétique de L'Abbé de Boismont (1715-1786). Il est supérieur aux deux premiers.

Le véritable orateur de la chaire au XVIITe siècle est un pauvre missionnaire, le père Bridaine (1701-1767). On remarquait dans tout ce qu'il disait une éloquence naturelle, qui jaillissait des sources du génie; des élans dont la vigueur agreste découvrait plus de talent et plus d'idées que l’indigence superbe de limitation ; des tours naturellement oratoires, des métaphores très hardies, des pensées brusques, neuves et frappantes ; une élocution très simple mais assez noble dans sa popularité; des apologues ingénieux, attachants, quelquefois sublimes; le secret merveilleux de gagner précisément ses auditeurs et de Jes faire pleurer à volonté, l'accent de l'indulgence mêlée aux eris déchirants d'une indignation douloureuse ; tous les caractères d’une riche imagination, des beautés originales et inconnues, que les règles des

rhéteurs n'ont jamais devinées; quelques traits ravissants, parfois

même des morceaux entiers traités avec une voix qui tempérait son ima-

gination, et dans lesquels la régularité de sa composition attiédissait heureusement sa chaleur ordinaire (1).

A cette époque, la poésie n’eut que de bien faibles échos. On cite cependant Saint Lambert (1717-1803) qui se fit une réputation durable par son poëme descriptif des Suisons. Le poëte n'a pas assez de chaleur pour se soutenir, ses épisodes sont monotomes, et on lui reproche encore un certain vice d'ensemble.

L'inspiration manque à Lemierre ; on ne rencontre, dans son poëme des Fastes de l'année, que quelques beaux vers qui nous font regretter leur rareté dans ce poëme.

Delille est le aeilleur représentant de cette poésie qui emprunte la pensée et l'inspiration des autres pour les revêtir.

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