COURIER
Intelligence nourrie dans le commerce de l'antiquité grecque, Courier (1772-1825) a contracté dans ce commerce quelque chose du dénigrement spirituel, de l'impatience de toute règle, de l'ennui de toute supé. riorité, traits particuliers du caractèr athénien.
Romancier, publiciste, critique, phi. ophe, poëte, Courier est surtout pamphlétaire, c'est le roi du pamphlet, à cette époque où Cormenin, Armand Carel et Benjamin Constant, s’illustraient, eux ausai, dans ce genre de littérature. Courier a trouvé le secret d'écrire Ges pages durables sur des sujets passagers, Sa Lettre à Messieurs de l'Académie des
Inscriptions et Belles lettres est écrite avec un sel attique. Nulle part, le pamphlétaire n’a répandu avec plus de bonheur les traits d’une satyre à la fois bouffonne et sérieuse, qui excite le rire en même temps qu'elle soulève l’'indignation et le mépris, telle qu’on l’admire dans les Provinciales, Les Lettrés au censeur, le Simple discours, fer chaud appliqué sur l'épaule des courtisans, comme Armand Carel appelle cet opuscule, la Pétition des villageois qu'on empêche de danser, Le livret de Paul Louis,la Gazette du village, croquis délicieux, boutades spirituelles d'un ennemi du gouverne. ment, parurent successivement de 1820 à 1825. Le pamphlet des pamphlets est son chef-d'œuvre. Son Jean de Broe et le Simple discours eurent un succès fou.
Courier s'est peint tout entier dans cette phrase: la nation fera mar. cher le gouvernement comme un cocher qu'on paye et qui doit nous mener, non où il veut et comme il veut, mais où nous prétendons aller et par le chemin qui nous convient.
En 1829, un autre polémiste de talent, Armand Carel, écrivait Non, Courier n’est pas oublié et ne le sera point. La place qu'il occupa dans nos rangs demeurera vide jusqu'à la fin du combat. Mais avant de rencontrer sa destinée, il a du moins gravé sur l’airain tous les sentiments qui lui furent communs avec nous, et qui absoudraient cette génération, si jamais elle était accusée d'avoir été muette spectatrice de toutes les hontes de la France depuis quinze ans.
Voici maintenant comment M. Nettement, un royaliste, juge Courier, Courier, dit-il, a tout attaqué dans la société: les lois, l’ordre judiciaire, le clergé, la force publique, l'autorité et les instruments de l’autorité, la hiérarchie des rangs et l'honneur des familles. Cet homme savant, cet éloquent pamphlétaire, qui avait trempé sa plume dans la rage acerbe de Lucien, d'Aristophane, de Perse, de Juvénal et de Rabelais; cet écrivain original, vif, piquant, spirituellement paradoxal, plein de verve, de saillie, à l’ironie immense, était encore le plus grand helléniste de son temps. Mauvais logicien mais admirable chicaneur, il manque encore d'autorité et de vues larges et profondes.