‹ Histoire abrégée de la littérature [microforme]Chapitre 154 sur 221 · VICTOR HUGO · texte numérisé non relu

VICTOR HUGO

Dans les premières années de la Restauration, on lut un jour, à Chiteaubriand, une pièce de poésie qui fit éclat en France. On lui dit que l’auteur n'avait que 13 ans! L'auteur du Génie du Christiansime, s'écria: Quel enfint sublime ! cet enfant était Victor Hugo.

Victor Hugo naquit, le 2 février 1802, à Besançon ; il termina ses études en 1819, Son enfance avait été troublée par des malheurs domestiques, ce qui à peut-être contribué à rendre sa poésie sèche, roide, mélancolique et parfois amère,

L'ode religieuse, morale et politique, furent les premières manifestations de son talent ; on ne pouvait s'attendre, dans un aussi jeune homme, à cette correction qui ne vient qu'avec les années, ni à cette égalité toujours soutenue qui est le propre des maîtres dans le métier ; mais il y a de la sève, de la vivacité, de l'élan, de l'énergie, de l'éclat, et c'était promettre beaucoup pour l'avenir, L'élévation de la pensée, la richesse du

iers chants

ué, Par ses iniste ; son 28 passions issu de la

Louis-Phi.

e 1848, I] ulaire, Il a,

Louverture

l'épreuves, ient mis À n publiant

puvenir du

ir, à Chàui dit que Éstiansime,

rmina ges [heurs dohe, roide,

manifestae homme, walité tous il ya de it promoetchesse du

rhythine effacent les négligences, même fréquentes, qu'on remarque dans sse premiers débuts. Il réussit surtout dans la poésie politique. Avec quelle noblesse ne demande-t-il pas compte à la France du sang inutilement versé pendant la Révolution ; comme il se fait l'écho des longues plaintes qui durent sortir des cœurs encore fidèles, lorsque Marie Antoinette présentait sa tête au bourreau ?

Rien, dit M. Nettement, dans les premières années du poëte ne sentait l'innovation systématique. La jeunesse était dans l'inspiration, la nouveauté dans le mouvement de la poésie, dans la vivacité de l'expression qui répondait à la vivacité d’un sentiment vrai et bon, dans des changements apportés à la prosodie, dans une réforme du mécanisme du vers, Le talent de M. Victor Hugo avait sans doute moins d'haleine qu'il ne devait en avoir plus tard, maïs on rencontrait dans ses odes des stances entières d'une fraîcheur de sentiment, d’une beauté naïve de rhythme qu'il n'a surpassée ni même égalé depuis.”

Ses meilleures poésies, qui datent de cette époque, sont les Odes et Ballurles, les Orientales et les Feuilles d'Automne.

De ces premiers débuts Victor Hugo fit un pas immense, Il a écrit deux romans Bugjargal et Han d'Islande, où se font remarquer son amour du terrible, et ses tendances vers l’atroce et l'horrible.

Ii épousa en 1822 Mademoiselle Lahorie, et commença à exercer une véritable influence sur la littérature de son temps. Il convoquait dans son salon les jeunes intelligences et les préparait au mouvement qu'il voulait imprimer. En 1823, il publia une pièce de vers qu'il intitula Le dernier chant ; c'était ses adicux à la poésie, se plaignant de l'inutilité de ses efforts. Ii publia en 1824 un manifeste, où il se présente comme un conciliateur. Il ne dédaigne pas les principes qu'il l'ont inspiré jusqu'ici, il invoque encore les lois du goût et le respect de la langue, mais il demande un peu plus d'indépendance, Mais il ne devait pas s'en tenir là. Sa reforme littéraire se change en une révolution complète, C’est dans la préface de sa pièce, Cromwell, qu'il développe, pour la première fois, son manifeste effectif,

En 1830, la nouvelle école s'empara du théâtre. Victor Hugo ct Alexandre Dumas firent répresenter chacun un drame, le premier en vers ct l’autre en prose: Aernani et Henri IIL, où l'on jette aux orties les règles d'Aristote, La victoire fut complète, Victor Hugo fut proclamé chef de l’école romantique.

mile

Chassé de sa patrie, le 2 septembre 1852, par Napoléon, Victor Huvo se retira en Angleterre où il publia plusieurs romans. :

Les grandes œuvres récentes en prose de Victor Hv::0 sont les Mise. rables, les Travailleurs de la Mer, l'Homme qui rit, et Quatre-vingt-treize, Elles tiennent, dit un critique, par certaines peintures au roman de mœurs à la Balzac; par d’autres, comme l'épisode de Waterloo, duns les Misérables, et le chapitre de la Convention, dans Quatre-vingt-treize, de l'histoire à la Michelet. On y rencontre à la fois les suaves figures de femmes de Walter Scott, les rêves délirants d Edgard Poë, les grotesques grimaçants d'Hoffman, les conceptions philosophiques du germanisme, des pages d'un intérêt poignant coudoient des dissertations sur l'état social, le drame émouvant alterne avec les descriptions pittoresques et les théories humanitaires ; tout cela nous charme, car ce grand esprit transf. gure tout ce qu'il touche, et crée à volonté, dans l’horrible ou dans le beau, des types souverains. De grands défauts d'équilibre ou de composition déparent les Misérables, si remarquables par d’autres côtés; ces défauts sont encore plus visibles dans les Travailleurs de la Mer, dont quelques pages ravissantes ou terribles ont peine à pallier la longueur monotone ; enfin, jamais le œoût du bizarre, de l'héroïsme, du monstrueux, n’a rien inspiré de comparable aux imaginations prodigieuses, au grotesque exagéré et prolixe de l'Æomme qui rit ; jamais ce cerveau trop forte puissance, et qui ne conçoit rien sans l'agrandissement, ne s est livré à une telle orgie de peintures et de visions incohérentes; jamaisil n'y eut entassement pareil d’érudition, de dissertations, de descriptions, d'analyses perdues et noyées dans un flot d'aventures dont on perd et retrouve vingt fois le fil au milieu d'un dédale, Quatre-vingt-treize offre aussi, à côté de pages magistrales et d'aperçus lumineux, ces flots intarissables d’érudition, ces antithèses gigantesques et puériles qui font partie de l'art poétique du maître. Cependant, aucun roman contemporain ne présente autant que ceux-là de leautés grandioses, de figures d'un relief sculptural, de types doués de vie.

Les romans de Victor Hugo sont toujours le développement d'une théorie philosophique ou sociale. Ce qui le préoccupe, ce n’est point l'intrigue de son sujet, ce ne sont point les aventures plus ou moins vraisemblables qui font le mérite des œuvres de Dumas, Ponson du Terrail, Féval, Souvestre cet Soulié; non, c'est l’idée philosophique qui pénètre par tous les pores de ses romans. Des théories, souvent enveloppées d'un

ictor Huvo

nt les Mise.

vingt-treixe, | roman de 00, dans les gt-treize, de s figures de 8 grotesques ermanisine, s sur l'état esques et les sprit transfi.

> ou dans le ou de com- 28 CÔLÉS ; Ces a Mer, dont la longueur du monstruligieuses, au erveau ent, ne & est s; jamaisil descriptions, n perd et ret-treize offre ka flots intales qui font in contempofigures d'un

nt d'une thét point l'inins vraisendu Terrail, qui pénètre loppées d'un

nuage de ténèbres, et un certain vague obscur qui se fait surtout remarquer dans ses derniers écrits, le préoccupent constamment : le romancier s'efface derrière le moraliste, Sous ce rapport, il se rapproche beaucoup d'Eugène Sue. Quelle est l'idée philosophique et morale qui règne dans ses trois grands poëmes en prose : Notre-Dame de Paris, les Misérables et les Travailleurs de la Mer ? I] l'indique lui-même dans une de ses préfaces. Ecoutons-le et tâchons de saisir l’idée dans l'étrangeté du style. “La religion, la société, la nature; telles sont les trois luttes de l'homme. Ces trois luttes sont en même temps ses trois besoins. Il faut qu'il eroie, de là le temple; il faut qu'il crée, de R la cité; il faut qu'il vive, de là la charrue et le navire. Mais ces trois solutions contiennent trois mystères. La mystérieuse difficulté de la vie sort de toutes les trois. L'homme a affaire à l'obstacle sous la superstition, sous la forme préjugé, et sous la forme élément. Un terrible anaké (néant) pèse sur nous, l'anaké des dogmes, l’anaké des lois, l’anaké des choses. Dans Notre-Dame de Paris, l'auteur a dénoncé le premier ; dans les Misérables, il a signalé le second ; dans les Travailleurs de la Mer, il indique le troisième, À ces trois fatalités qui enveloppent l'homme se mêle la fatalité intérieure, l’anaké suprême, le cœur humain.”

L'Homme qui rit est une satyre déguisée contre l'aristocratie anglaise. On rencontre dans cet ouvrage les défauts et les qualités qui se trouvent dans ses autres romans. Îl y a des pages admirables de style, d'expression, de sentiment, de passion ; mais la passion du terrible, l'amour du vague, du nombre, du nébuleux, rendent obscur et surchargé la moitié de son livre.

Depuis soixante ans, la plume de Victor Hugo n'est pas restée un seul jour inactive, Voici par ordre de date les productions de cet incroyable génie, Hernani, Notre-Dame de Paris, Les feuilles d'automne, Marion Delorme, le Roi s'amuse, Lucrèce Borgia, Chants du Crépuscule, Marie Tudor, Claude Gueux, les Voix Intérieures, les Rayons et les Ombres, Littérature et Philosophie mêlées, Angelo, Ruy-Blas, le Rhin, les Burgraves, Napoléon le Petit, les Châtiments, les Contemplations, la Légende des Siècles, les chansons des rues et des bois, les Misérables, les Travailleurs de la mer, l'Homme qui rit, l'Année terrible, la Libération du territoire, Avant l'exil, Pendant l'exil, Depuis l'exil, Mes fils, Quatre-vingttreize, Pour un soldat, l'Histoire d'un crime, l'Art d'être grand'père, le

ES

Pape, la Pitié suprême, les Enfants, Livres des mères, Williim Shakes. peare, la Voix de Guernesey, le Christ au Vatican et Torquemada,

Nous n’apprécierons pas dans Victor Hugo l'homme politique, il s’est dépeint lui-même dans ses Contemplations :

Toujours la même tige, avec une autre fleur,

Mais en littérature, il est, pour la France et pour l'étranger, le chef incontesté de l’école romantique, et même si quelques-unes de ses œuvres doivent passer, ia révolution qu’il a consommée n'en marquera pas moins parmi les grandes époques littéraires.

Page 1