SCHILLER
Jean Frédéric Christophe Schiller naquit à Morbach, en 1759, et mourut en 1804.
C'est un des plus beaux génies et le plus grand poëte dramatique de l'Allemagne, nl Son père, major au service du Wittemberg, le fit entrer à quatorze ans à l'école militaire. Quelques années plus tard, il étudia la médecine, et il était chirurgien dans le régiment stationnant à Stuttgart quand il
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fit paraître sa première pièce, les Brigands. On reconnait, à une première lecture, l'œuvre d'un jeune homme qui, mécontent de la vie, fait un effort surhumain pour pousser un cri de désespoir, Cette pièce, médiocre par l'exécution, était pernicieuse pour la jeunesse allemande, Elle lui attira des désagréments,
I! abandonna une chaire de philosophie à l'Université d'Iéna pour se rendre auprès du due de Waimar qui le nomma conseiller, Il avait alors 24 ans.
Schiller représente avec honneur, dans l'histoire de la littérature allemande au XVIITe siècle, la passion intense et la grandeur métaphysique à côté de Goëthe qui est le représentant de la compréhension poétique universelle. Sa jeunesse ardente, ses sentiments passionnés en font un violent détracteur des maux civils, Il s'apitoie sur le sort malheureux de certains êtres, il crie haro sur une institution divine, il ne peut en souffrir les conséquences, Pauvre Schiller ! quelques années encore, et comme sa mauvaise humeur n'aura plus la même tournure: il extravaguera sur un autre thème, De même que dans les Brigands, sa colère contre la société éclate sourdement dans sa Conjuration de Triesques. L'Amour et l’Intrique est digne de louange. Quelle chaleur de style, quelle explosion de beaux sentiments! Ce drame est de beaucoup supérieur aux deux premiers,
Don Carlos marque la troisième période de son talent, La marche est naturelle : aprèsla rébellion, la résignation héroïque ; après la colère contre les maux de la société, la résistance du sage contre ses propres passions ; le stoïcisme après la fureur.
A un génie rare, Schiller joignait une bonne foi parfaite. I] était admirable par ses vertus domestiques autant que par ses talents. Il aimait la poésie, l’histoire, la littérature, l'ait dramatique surtout. L'amour de la liberté, le respect pour les femmes, l'enthousiasme des beaux-arts, l'adoration pour la divinité animaient son génie et emflammaient son talent, Ajoutons que sa fin fut consolante et que cette belle âme s’humilia avant de briser le moule qui Ja contenait,
Schiller était à la seconde phase de son talent lorsqu'il entreprit d'écrire cette histoire admirable qui le range au nombre des meilleurs prosateurs de son pays, et qui lui valut le titre d’historien philosophe. Dans son /Listoire de la guerre de trente ans, il considère les faits comme
des raisonnements à l'appui de son opinion, La Révolution des Pays- HH
Bus se lit comme un plaidoyer plein de chaleur et d'intérêt, On lui reproche cependant de ne pas avoir assez étudié les faits dans leurs sources, Son roman inachevé, le Visionnaire, date aussi de cette époque.
Schiller résolut, après quelques années de repos, de se donner de nouveau au théâtre. C’est alors que parurent ces beaux drames qui ont noms: Jeanne d'Arc, Guilluume Tell, Wallenstein, la Fiancée de Messine, Marie Stuart. Quel pas de géant! Schiller s’est surpassé luimême,
La gloire de Schiller est ineffaçable ; elle brille dans le passé à côté de celle de Goëthe d’un éclat aussi vif, sinon toujours aussi soutenue, “ Poëte, historien, philosophe, Schiller fut un des plus grands génies des temps modernes ; comme poëte, il sut peindre avec puissance et dans toute sa grandeur, l’idéale beauté de l'âme humaine ; comme dramatique, il n'a pas été surpassé, et comme lyrique, Goëthe seul peut lui être comparé, Ses écrits historiques, empreints d’un grand caractère, sont regardés comme des modèles du genre; ses traités d'esthétique, fondés sur les principes philosophiques de Kant, régissent encore l'étude des arts en Allemagne. Ses deux traités sur le Naïf et le Sentimental, dans lesquels le talent qui s'ignore et le talent qui s’observe lui-même, sont analysés avec une sagacité prodigieuse ; mais dans son essai sur la Grâce et lu Dignité et dans ses lettres sur l’Æsthétique, c’est-à-dire la théorie du beau, il a y trop de métaphysique. Schiller tenait à la littérature par son talent, et à la philosophie par son penchant pour la réflexion ; ses écrits en prose sont aux confins des deux régions; mais il empiète trop souvent sur la plus haute; et, revenant sans cesse à ce qu’il y a de plus abstrait dans la théorie, il dédaigne l'application comme une conséquence inutile des principes qu'il a posés.” (1)
On à encore de lui plusieurs volumes de poésies légères, épîtres, ballades, élégies, ete, On cite surtout ses odes : Le Chant de la cloche, la Fête de lu Victoire, où le Départ de la flotte des Grecs, qui révèlent chez l’auteur un véritable talent lyrique.
‘ Comme dramaturge, dit Ph. Chasles, on peut lui contester quelques qualités nécessaires. A force d'éviter les détails il laisse échapper certaines particularités de la vie; il ne saisit que les traits principaux. Ses personnages emploient des phrases sonores pour exprimer des choses
(1) Mme de Staël De l'Allemagne.
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simples. En fuyant les formes frivoles il touche à l’emphase. Mais la noblesse des pensées, l'élévation du style, la largeur et la franchise du coloris, rachètent ou compensent ces défauts de réalité vivante, cette marche solennelle et lente à laquelle nous ne pouvons nous empêcher de préférer l'allure simple et hardie de Shakespeare.”
Schiller est le disciple poétique de Fichte, le disciple d’Téna. Comme son maître, il avait en honneur et évaluait au plus haut degré de sagesse ce courage moral du moi humain : théorie qui fait de l’homme un diru par l’orgueil de la vertu. À 45 ans, il disait adieu à ses amis rassemblés autour de son chevet. Mourir si jeune et être déjà proclamé, après Goëthe, le premier poëte de son pays! Aussi, quel deuil par toute l'Allemagne! Car Schiller est avant tout le poëte national et populaire. Chaque année, en Allemagne, on chôme celui qui, jeune encore, et d'une main ferme, posa sur son noble front le diadème de l’immortalité.