‹ Histoire abrégée de la littérature [microforme]Chapitre 202 sur 221 · LESSING · texte numérisé non relu

LESSING

Gothald Epraïm Lessing naquit à Camentz, en 1729, et mourut en

Un jugement sain, un esprit pénétrant, une imagination féconde, sans être préjudiciable à la solidité et à la justesse de son raisonnement, une dialectique serrée, une connaissance profonde de l'antiquité, un goût épuré, ardent polémiste, critique distingué, philosophe, théologien et poëte : tel était Lessing,

On le distinait d'abord à l'étude de la théologie ; il obtint même ses degrés à Wittemberg dans cette science, mais un goût prononcé pour la littérature devait l'emporter.

Il s’associa aux principaux écrivains de l'époque et entreprit cette croisade méritoire contre le mauvais goût par ses savantes dissertations sur les théories de l’art, Les services qu'il a rendus à la littérature de son pays sont incalculables.

L'Allemagne, on le sait, est la patrie de l'esthétique. L'esprit contemplatif, réiéchi, sérieux et abstrait de l'Allemand se prête volontiers aux sciences théoriques. Lessing, Winckelmann, Schiller, Richter et d’autres encore élevèrent l'esthétique à un degré qu'elle n'a pas encore atteint chez les autres peuples.

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Lessing se place avantageusement à côté de Klopstock et de Wieland, Il n’a peut-être pas l'inspiration, la chaleur du premier, mais il surpasse le second en exactitude, en bon goût, Son esprit d'analyse, qui tendait plutôt au sérieux qu’à l'imaginaire, plutôt au réel qu’au conjectural, en fait un prosateur plutôt qu'un poëte, un versificateur plutôt qu'un déclamateur, un critique plutôt qu’un artiste. Pourquoi remarque-t-on chez lui l'absence de ce feu qui est l'apanage du poëte? Ah! c'est que Lessing, comme Goëthe, a gâté son talent lyrique par son scepticisme avancé. Il appartenais à la philosophie du XVIITe siècle,

Lessing a quelque chose d’âpre dans le caractère, qui lui faisait trouver les paroles les plus incisives et les plus mordantes. Son style a quelques rapports avec la concision vive et brillante des bons prosateurs français : il tend à rendre l'allemand classique. C’est un esprit neuf et hardi, dit un de ses admirateurs, et qui reste néanmoins à la portée du commun des hommes; sa manière de voir est allemande, sa manière de s'exprimer européenne. Dialecticien spirituel et serré dans ses arguments, l'enthousiasme pour le beau remplissait cependant le fond de son âme; il avait une ardeur sans flamme, une véhémence philosophique toujours active et qui produisait, par des coups redoublés, des effets durables.

La brièveté et la simplicité qui règnent dans la plupart de ses Fables en font un des meilleurs fabulistes de l'Allemagne. Gelbert et Lichter seuls, lui disputent ce prix; le premier à cause de sa gaieté franche, le second! par ses suillies heureuses.

Ses comédies manquent en général de gaieté; il faut pourtant en excepter Minna de Burndehein qui est sa meilleure, et Æmelir Gulotti. Sa tragédie, Nathan le sage, renferme des maximes * qui, selon l’expression de M. Chasles, ne sont jamais vraies, mais que les sophismes rendront toujours vraisemblables.” Mais le grand mérite de Lessing comme dramatuge n'est pas tant d’avoir excellé jusqu'à un certain point dans ce genre, que d’avoir fondé pour ainsi dire la scène allemande, soit en préparant la voie à Goëthe dans ses théories sur le théâtre, en donnant une idée exacte du drame et des ressources laissées à l’auteur, soit en tra-

çant les règles et en les mettant en pratique dans ses propres tragédies. Ses pièces ont été publiées dans les Che/s-d’'œuvre du théâtre étranger et traduites par M. de Barante,

Sa Dramaturgie et ses Lettres sur la littérature renferment des remar-

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ques justes et des idées profondes sur la philosophie, les belles-lettres et les arts. En Allemagne on lui préfère son Zaocoon, ou des Limites de la poésie et de lu peinture, critique excellente sur ces deux arts, Sous le titre de Fragments d'un inconnu, il à publié un grand nombre d'ouvrages précieux et ignorés. Ses Considérations sur l'éducution du genre humuin, regardées longtemps comme son chef-d'œuvre sous le rapport du style et de l'expression, n’ont pu soutenir la réputation qu’elles s'étaient d’abord acquise. On a encore de lui une savante Dissertution sur Béranger.

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