LE THÉATRE EN ALLEMAGNE
Il est temps de dire un mot duthéâtre allemand, La plupart des bons écrivains allemands ont fait des tragédies, mais leurs pièces sont toutes tragiques ; la comédie n’y est pour rien. Si on veut rire on empruntera de quelques opéras français; mais c’est un fait reconnu, l'Allemand ne déride pas l'Allemand. |
Les pièces allemandes, dit un critique, ressemblent d'ordinaire aux tableaux des anciens peintres’ !s physionomies sont belles, expressives, recueillies; mais toutes les fig 1res sont sur le même plan, quelquefois confuses, ou quelquefois placées l'une à côté de l’autre, comme des bas-reliefs, sans être réunies en groupes aux yeux des spectateurs. Les Français pensent avec raison que le théâtre comme la peinture doit être soumis aux règles de la perspective. Si les Allemands étaient habiles dans l’art
dramatique, ils le seraient aussi dans tout le reste ; mais en aucun genre, ils ne sont capables même d’une adresse innocente ; leur esprit est pénétrant en ligne droite; les choses belles d’une manière absolue sont de leur domaine; mais les beautés relatives, celles qui tiennent à la connaissance des rapports et à la rapidité des moyens, ne sont pas d'ordinaire du ressort de leurs facultés, En général, ils savent mieux peindre les caractères que les personnes, |
Zacharias Werner (1768) a tout ce qu'il faut pour être poëte; il a beaucoup d'enthousiasme ct d'imagination, Ses meilleures tragédies sont : les Fuls de la Vallée, ln Croix sur la Baltique, les Croisées, Murtin Luther, Attila, le Vingt-Quatre Février, Adolphe Krunmacher (1763) a de l'âme et de l'originalité. Ses écrits, pour la plupart destinés à la jeunesse, sont remplis de cette grâce qui charme, de cet abandon naïf qui encourage et fait lire. On cite avec raison ses Paraboles, ses Apologues, le Monde des enfunts, le Petit livre des fêtes, des drames, et particulièrement l« Souffrance, la Mort et lu Résurrection de Notre Seigneur, en douze tableaux,
Frédéric de Hurdenberg (1772), dont le nom répond au pseudonyme Novalis, était amateur de la fantasmagorie, Ses poésies sont, comme son
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LITTÉRATURE ALLEMANDF, 515
esprit, mélancoliques, tendres et rêveuses. Ses chants religieux sont considérés comme les plus parfaits du XVIIIe siècle. Il laissa encore les Disciples de Saïs, Henri d'Ofterdingen, les Hymnes à la nuit, les Fragments de philosophie, et un recueil intitulé : AReliques.
Ladislas Pyrker de Felsae-Eoer (1772) est le poëte épique de la troisième période. Sa Tunisiade et son Rodolphe de Hasbourg, ses poésies religieuses, Perles de l'antiquité sacrée, contiennent des beautés de premier ordre. Son style est saupoudré de figures.
La Motte Fouqué (1777) connu sous le pseudonyme de Pel/égrine, est un poëte tragique et lyrique. I] fit aussi des romans. Il est doué d’une imagination riche et gracieuse. Ses derniers romans eurent moins de succès que les premiers. Il avait le malheureux défaut de se répéter ; 21 descriptions sont trop longues et trop multipliées. Ses drames les plus connus sont A/win et les Héros du Nord. Ses meilleurs romans sont Ondine, les Voyages maritimes de Thiodalfs, la Bague enchantée, le Chantre de la Wartbourg. Il épousa une femme célèbre, Mme veuve Rochow qui est l’auteur non-seulement de romans agréables, mais encore des Lettres sur la mythologie, d'Essais sur la vie du monde actuel et des Femmes dans le grand monde.
Adolphe Mullner (1777), chef de l’école fataliste, était un poëte de mérite. Ni cette malheureuse idée du sombre hasard ne se fût pas constamment trouvée dans ses écrits, il mériterait les éloges que quelques critiques lui ont prodigués. C’est la terreur qui règne dans son théâtre, Son Die Nchuld (l'expiation) est son chef-d'œuvre, le Vingt-Neuf Février, le Roi Jugurd, et l'Albanaire ont leur mérite.
Houward (1778) se distingue par la pureté de son style et l'élégance de sa versification. Il est l’auteur des Accords romantiques, du Livre des enfants de la classe élevée, des Tableaux de la jeunesse. Il excelle surtout dans ses drames:/e Prince et le Bourgeois, les Ennemis, le Pirate et le Portrait.
Aloys Schreiber (1775), critique éclairé et poëte dramatique estimé a laissé des recueils de poésies sous lestitres de Vases d'automne, Couronne de Myrte, Cornelia, ete. Ses légendes rhénanes méritent surtout l'attention du lecteur.
Chamisso (1781) possède toutes les richesses que peut offrir la langue qu'il parle. Son Pierre Schlemehl, œuvre fantastique, digne de la plume d'Hoffmann, et la relation de ses voyages, sont regardés comme des modèles de style descriptif et scientifique.
Ludwig Achim d’Arnim (1781), médecin et poëte, publia des récits dramatiques, les Consolutions de la Solitude, le Jardin d'hiver, les Révélations d’Ariel, les Gardiens de lu couronne, ou la critique des progrès des différents âges. On a encore de lui des ballades et des chants composés en commun avec son ami le poëte Clément Brentano, intitulés le Cor merveilleux des enfants.
Raupach (1784) est un des meilleurs poëtes dramatiques de l’Allemaene, Son chef-d'œuvre, le Trésor des Niebelungs, ainsi que Raphuël et la Fille de l'air, renferment des sentiments passionnés, un style plein de mélancolie et d'élévation. Johann Lud Whland (1787), docteur en droit, écrivain sérieux qui enrichit /’Almanach poétique de nombreux morceaux fort goûtés, laissa en outre un volume de poésies mêlées, deux tragédies: Ærnest, duc de Souabe et Louis de Bavière, et l'histoire du célèbre Minneseaenger, Walter de Walgelweide. Ses écrits se distinguent par le coloris, la profondeur des sentiments et la verité de l’expression, |
Schulze (1789) de qui nous avons Psyché, la Rose enchantée et Cécilia est considéré comme un des premiers poëtes épique de l’époque. C’est l'amour qui lui fit faire des vers, et à l'exemple de Pétrarque il voulait immortaliser sa chère Cécilia, jeune fleur qui ne venait de naître que pour mourir. C’est encore le peintre de la tempête.
Franz Grillparzer (1790) se livra d’abord à la poésie dramatique. Il se fit fataliste à la façon de Mullner. Ila des défauts d'ensemble mais on rencontre dans ses écrits des passages du plus haut lyrique, Srpho, le Roi Attacor, son chef-d'œuvre, et le Fidèle serviteur sont encore de belles pièces. “ Grillparzer, dit Lord Byron, est grand, antique, pas si simple que les anciens, mais très simple pour un moderne, parfois trop Staëliqne. Somme toute, c'est un écrivain fort distingué.”
Kœrner (1791), poëte et guerrier, est le Tyrthée de l'Allemagne, Ses chants: lu Lyre et lEpée, sont connus par toute la vieille Saxe. Kes Boutons naissants fleurissent encore,
Gustave Schwal (1792), le traducteur des Héditations de Lamartine et du Napoléon en Egypte de Barthélemy et Méry, publia des ballades, des légendes, des chansons, etc, sous les titres de; les Rives du Vicker, les Alpes souabes, le Lac de Constance et le Rheinthal, la Suisse et ses châtauæ-forts ; des drames dont le principal estson Charles Stuart. Comme on le voit, la multitude des essais indique le penchant naturel
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de la nation allemande. Les Allemands improvisent pour ainsi dire en écrivant ; et cette grande facilité est le véritable signe du talent dans les beaux-arts, car ils doivent, comme les fleurs du midi, naître sans la culture; le travail les perfectionne, mais l'imagination est abondante lorsqu'une généreuse nature en à fait don aux hommes. Il est impossible de citer tous les poëtes allemands qui mériteraient un éloge à part. Les poésies allemandes détachées sont plus remarquables encore que les poëmes ; et c’est surtout dans ce genre que le cachet de l'originalité est empreint.
L'unité allemande préparée avec habileté, exécutée avec éclat, a pu être le résultat d’une grande conception politique, mais il est douteux que le résultat en soit favorable aux lettres. Toutes ces petites cours allemandes, maintenant disparues, offraient un centre, un point de ralliement pour les penseurs, les esprits éclairés et les littérateurs, un théâtre pour le poëte, ie philosophe et le rhéteur ; aujourd’hui tout plie sous le sceptre d’un pouvoir centralisateur, omnipotent, fondé exclusivement sur le militarisme. La littérature s'est faite servile et officieuse, ou bien sectaire et socialiste. Le journal et le pamphlet envahissent la librairie allemande. Il ne faut done pas se faire d’illusion: le grand fond d'activité intellectuelle qu'on remarque dans l'Allemagne contemporaine ne laissera pas des travaux littéraires comparables à ceux du siècle dernier, ÆEn attendant le réveil des libertés publiques les bons esprits se livrent aux études abstraites, à l’histoire du droit, à l'économie politique; mais la critique indépendante n’est pas possible avec le régime actuel,