KOTZEBUE—HOFFMANN—TIECK—HERDER
Auguste Frédéric Ferdinand de Kotzebue naquit à Waimar, en 1761, et mourut assassiné en 1819,
Son caractère peu estimable lui attira un grand nombre d’ennemis. Il pri une part active dans les affares politiques de son pays. Un libelle injurieux intitulé Bahrdt, ou la Tête de fer, le fit unanimement détester.
Envoyé en ex] en Sibérie, pour des déclamations furibondes et insolentes à l'adresse de Paul Ier de Russie, il y écrivit l'histoire de sa captivité sous le titre de Z« plus Mémorable Année de ma vie. Ses écrits en faveur de la Révolution française achevèrent de lui gagner la haine publique. Il périt victime de ses opinions outrées et de ses écrits violents.
Au aombre des deux cents drames, tant tragiques que comiques, qu'il a laissés, on cite Misanthropie et Repen!ir, les Deus Frères, les Æuisites, les Croisés, les Espagnols au Pérou, la Mort de Rolla, Jeunne de Montfaucon, Agnès de Breslow, Jules de Turente, le Noble pauvre, Don Diego et £'éonore.
Le grand mérite de Kotzebue est son heureuse fécondité. La politique, le journalisine, la poésie, l’histoire, le pamphlet, le roman, devinrent tour à tour le théâtre de son esprit actif et pénétrant.
Il est regrettable que son caractère revêche et maussade lui ait sus-
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il a les
cité tant d’ennemis. Desuite on reconnait, en lisant ses drames, l'homme rude manquant du vernis des gentilshommes et d'éducation. Ce qu'il recherche, c'est la bouffonnerie, la farce basse et stupide, Il s’ensuit que son style ne se fait pas remarquer par l'élévation de la pensée, la noblesse du sentiment et l'élégance de la phrase. Ses personnages n’intéressent pas; il n’a pas su leur tracer un caractère bien tranché. Mais personne ne sait mieux ménager l'effet théâtral et adapter la scène aux situations : il est français sous ce rapport. Il émeut parfois en créant des situations embarrassantes et par des sentiments romanesques, ce qui valut à ses pièces un succès général et assez mérité, Bref, Kotzcbue n'avait pas les grandes qualités qui font les poëtes dramatiques, mais il avait l'accessoire. Ses romans sont médiocres.
Théodore Ernest Guillaume Hoffmann naquit à Koœnigsberg, en 1776, et mourut en 1822. La bizarrerie de son caractère se retrouve dans ses écrits. Jeune encore on le voit sans cesse occupé à faire des niches à ses camarades, à troubler la paix du foyer paternel, à faire souffrir les animaux domestiques, à cacher la bible de son grand père et la tabatière de sa grand'mère, Il se fit recevoir avocat, obtint un emploi lucratif et le perdit par une mauvaise plaisanterie. Pauvre, il est toujours content ; riche, il se livre au libertinage : tel était ce personnage excentrique,
Les principaux écrits de ce conteur célèbre sont: Fantaisie à la manière de Collat, la Vision sur le champ de bataille, les Nocturnes, l'Elixir du diable, les Tribulations d'un directeur de théâtre, les Frères Séruphion, les Méditations du Chatmurr, lu princesse Brambillo, Maître Floh, les Contes fantastiques, nocturnes, etc., les derniers Contes, ete.
Tous ces écrits sont très populaires en France. Ils ont été reproduits sous tous les formats et avec tous les ornements de l'illustration. Il y a, en effet, dit un de ses biographes, chez ce bizarre écrivain tant d'originalité profonde et naïve, un luxe tel de dévergondage, de sensibilité et de moquerie, une satyre fine et piquante entremêlée d’extravagances si naturelles, qu’il est aussi pénible de le quitter quand on s’est familiarisé avec lui que de se reposer d’un songe qui plaît,
Personne mieux que lui n'a connu les vrais sentiments qui surgissent dans le cœur de l'artiste. Personne ne sait mieux peindre d'un seul trait toutes les émotions, toutes les jouissances et toutes les souffrances de ceux qui vont à la recherche de l'idéal. Personne encore ne sait mieux
donner des traits particuliers, profonds et marquants aux natures excentriques. Sous ce rapport, on peut l'appeler à juste titre le Balzac de l'Allemagne,
Ludwid Tieck naquit à Berlin, en 1773,
Il passa la plus grande partie de sa vie à voyager, Il contribua, de concert avec le philosophe Fichte, les deux critiques Schlegel, le poëte jyrique Novalis, à faire la révolution littéraire du romantisme.
De tous ces grands poëtes, dit Mme de Tastu, ses adversaires comme ses émules, il demeure seul, mais debout, mais puissant encore et toujours honoré, Une polémique hardie, et presque unique, une imagination vive, brillante, éminemment humoristique, une rare et malicicuse finesse cachée sous les apparences de la simplicité et de la grandeur, une âme tendre et élevée, un cœur allemand avec une tête italienne, telles sont les qualités attribuées à Tieck par ses compatriotes et qui les consolent de la perte de tant de bons génies, auxquels il était digne de succéder, Depuis quelques temps il s'occupe plus spécialement de critique dramaiique ; on lui reproche de mettre en peu de Shukespearomanie dans ses jugements.
Tieck a écrit un grand nombre d'ouvrages. On lit surtout avec intérêt les comédies intitulées: Octavien et le Prince Zerbin; d'autres compositions dramatiques, sans être cependant destinées à la scène, le Chaprron rouge, le Chevalier Barbe-Blue, Geneviève Fortunatus ; une critique littéraire : Panthasus ; des romans : la Révolte dans les Cévennes, Stermhold, ete : des contes populaires, des recueils de poésies, etc,
Herder est remarquable ; son âme, son génie, sa moralité l'ont illustré. Ses écrits sont de trois classes différentes : l'histoire, la littérature et la théologie. Il s'est beaucoup occupé de l'antiquité, surtout des langues oriental:s. Son livre intitulé: la Philosophie de l'histoire est peut-être le livre a'lemand écrit avec le plus de charme. Son Æssai sur la poésie hébraïqre exprime le génie du peuple prophète, pour qui l'inspiration poétique était un rapport intime avec la Divinité. Son AÆecueil de chansons populaires contient des romances et des poésies détachées où sont empreints le caractère national et l'imagination des peuples. Herder a mêlé la religion à tous ses écrits. On aime dans son style ce laisser aller qui indique une supériorité décidée. “ Herder, dit l’auteur de l’Allemugne, n'était pas scrupuleusement orthodoxe; cependant il rejetait, ainsi que ses partisans, les commentaires érudits qui avaient pour but de sim-
LITTÉRATURE ALLEMANDE, 511 NUE °n- plifier la Bible, et qui l’anéantissaient en la simplifiant, Une sorte de | de théologie poétique, vague, mais animée, libre, mais sensible, tient la l
place de cette école pédantesque qui croyait marcher vers la raison en retranchant quelques miracles de cet univers ; et cependant le merveilleux de est à quelques égards peut-être plus facile encore à concevoir que ce qu'on || ëte est convenn d'appeler le naturel.” | ime ÉCRIVAINS SECONDAIRES, !
jurs , D Es ion Parmi les écrivains du second rang nous nommerons le célèbre fabuliste re Con rad Pfeftel, Ses fables et ses Contes, se font remarquer par un esprit | qur, judicieux, de la raison, une imagination riante, , ne, un sincère enthousiasme pour le bien, le beau et l’honnête, qui Burger (1748) est le poëte populaire de l'Allemagne, On rencontre le .* dans ses odes, ses élégies, ses sonnets etses ballades, la véritable inspira- ! que tion, C'était encore un versificateur élégant. | Outre un grand nombre | Pr d'écrits sérieux sur la langue et le style il traduisit en beaux vers /’{Uliade 1! et les œuvres de Shakespeare. On cite surtout sa ballade Lenore, | o La terreur est en Allemagne une source inépuisable d'effets poétiques: | ee les revenants et les sorciers plaisent au peuple comme aux hommes éclaiste rés : c'est un reste de la mythologie du Nord; c'est ‘une disposition dtie qu'inspirent assez naturellement les longues nuits des climats septentriounes, naux : et d’ailleurs, quoique le christianisme combatte toutes les craintes non fondées, les superstitions populaires ont toujours une analogie quel- Ltré. 2% conque avec la religion dominante. Bürger est de tous les Allemands EU + la “ celui qui a le mieux saisi cette veine de superstition, Aussi, ses roman- 1 Eos ces sont-elles connues de tout le monde, ZLonore et le Féroce Chasseur | âtre se placent à côté de la Fiancée de Corinthe de Goëthe. ven Hoelty (1748) est un lyrique justement estimé; c'est le chantre des bob joies de la famille, du doux retour du printemps, des amours chastes et k nu fécondes. Il écrit avec pureté, grâce et élégance. Stolberg (1750) est où un admirateur de l'antiquité. Il a laissé des traductions de la plupart Hoi des auteurs grecs, Ses poésies se font remarquer par le brillant des aller pensées, par l'éclat des figures, par la hardiesse de son jet. Les Æpitres MUt- et le poëme Uranie placent Tiedge (1752) au nombre des bons écrivains PE allemands. Ses poésies sont éminemment religieuses. ie Tout le monde connaît les œuvres d’Auguste Lafontaine (1758). il)
allemand de naissance mais français d’origine. Il fut longtemps pro-
fesseur de philosophie à l’Université de Halle. C’est un des plus féconds romanciers du siècle dernier. Ses livres sont en général plus intéressants par les détails que par la conception même du sujet. Il écrit avec vérité les scènes de famille. I] a l'esprit perspicace et pénétrant, Son Tableau de famille, ou Journal d'un pasteur de campagne, le Testament, l'Aveu au tombeau, Falkenstein, Welf Budo, sont ses meilleurs ouvrages,
La foule des romans d'amour publiés en Allemagne a fait tourner un peu en plaisanterie les clair de lune, les harpes qui retentissent le soir dans la vallée, enfin tous les moyens connus de bercer doucement l'âme. Les Allemands, comme les Anglais, sont très féconds en romans qui peignent la vie domestique, La peinture des maux est plus élégante dans les romans anglais ; elle a plus de diversité dans les romans allemands. Il y a en Angleterre, malgré l'indépendance des caractères, une manière d’être générale donnée par la bonne compagnie ; en Allemagne rien à cet égard n’est convenu. (1)
Frédérick de Matthisson (1761) est un des meilleurs poëtes de l’Allemagne. On ade lui des poésies, quelques drames, des lettres et les Souvenirs de Voyages. Il y a de la pureté dans sa poésie ; sa prose est plus affectée. II peint la nature en maître ; aucune beauté ne lui échappe.
Ajoutons encore à ces noms Jos. Karl Musacus, dont la précieuse érudition remet en lumière les contes populaires et traditionnels de la nation ; Henri Schubart, poëte satyrique plein d'originalité et qu'une longue captivité a rendu cher à l'Allemagne, Hippel, écrivain humoris tique qui a peut-être ouvert la carrière où Jean Paul s’est illustré ; Gas. pard Lavater, plus célèbre comme auteur de la science physiognomonique; F. H. Jacoby, l’auteur de Waldemar, roman philosophique qui a joui d'une grande réputation; Solimann, un des meilleurs écrivains populaires de l'Allemagne, auteur d'une foule d'excellents écrits sur l'éducation ; Henri de Pastalozzi, son digne émule, que sa méthode d’enseignement, féconde en heureux résultats, a rendu célèbre; Compe, l'auteur de Ÿ Ami des enfants, naturalisé en France par Berquin, et de tant de bons écrits qui ont été traduits ou imités dans toutes les langues ; Blumenbach, le Cuvier de son temps; Eichhorn, investigateur de l’antiquité; Max Klenger, auteur des Jmeaux, drame dont le succès balança celui du Goetz de Berliechingen de Goëthe ; Konrad Haunert, historien
et géographe distingué ; Claudius, autre ami des enfants ; Arnold H. L.
(1) Mme de Staël.
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Hoeren, auteur d'un grand ouvrage, la Politique, les Mœurs, le Commerce des peupludes de l'antiquité; Wred. Hang, le poëte satyrique le plus spirituel de l'époque; J. T. Béœttiger, l’antiquaire, auteur des Matières d'un drame romuin ; Genty, un des publicistes les plus renommés de l'Allemagne ; enfin Ancillon, ministre et directeur de j'instruction publique en Prusse, écrivain profond, judicieux qui fit autorité en politique et qui écrivit en français.
On peut diviser en trois classes principales les différents écrits historiques publiés en Allemagne : l’histoire savante, l’histoire philosophique et l'histoire classique. Mascow, Schopflin, Schloezer, Galterer, Schmidt, appartiennent à la première classe par leurs recherches immenses, Schiller est à la tête des historiens philosophiques et Muller est le modèle des historiens classiques. Son ÆListoire de la Suisse est un chef-d'œuvre où l’on découvre l’érudit et l'écrivain de grand talent. Il était, s'écrie Mme de Staël, d’un savoir inouï et ses facultés en ce genre font vraiment peur. ‘‘n ne conçoit pas comment la tête d'un homme a pu contenir ainsi un monde de dates et de faits. Les six mille ans à nous connus étaient parfaitement rangés dans sa mémoire et ses études avaient été si profondes qu’elles étaient vives comme des souvenirs. Muller lisait habituellement les auteurs grecs et latins dans leur langue originale; il cultivait la littérature et les arts pour les faire servir à l’histoire.
Avec notre siècle commence la troisième période de la littérature alle: mande. C'est de là que date aussi l’école romantique. La critique allemande rattachele roman au genre épique comme invention poétique, bien que l'écrit soit en prose, On le vit apparaître sous toutes ses formes : romans historiques, sentimentals, philosophiques, psychologiques, fantastiques, chevaleresques. Walter Scott et Cooper ayant préconisé le genre, les esprits se tournèrent vers ces nouveaux astres.
L'esprit d'imitation se manifesta dans toutes les branches : dans les arts, l’éloquence, la poésie, L'histoire est plus dignement représentée,
Une foule d'écrivains pédagogues apparurent dans ce temps. Leurs travaux sont généralement estimés, mais leur méthode est la même ; ils répètent des idées analogues dans un texte varié. Le cardinal
Schmidt brille au premier rang de ces écrivains dont les travaux s'adressent à l'enfance. Il faut aussi citer l'ouvrage si remarquable de Rohrbacher, l'Histoire de l'Eglise, vaste monument en vingt-et-un vo-
lumes.