‹ Histoire abrégée de la littérature [microforme]Chapitre 213 sur 221 · HOLBERG · texte numérisé non relu

HOLBERG

L'histoire de la littérature danoise moderne commence réellement à Holberg, né à Bergen, à la fin du XVIIe siècle (1684).

Jusqu'à lui, dit Ampère, (1) elle n’offrait guère autre chose qu’une contre-épreuve de la littérature allemande. Là, comme partout, on avait commencé par les chroniques, les moralités, les mystères, dont les originaux, quelquefois latins, venaient ordinairement d'Allemagne. Ces sortes d'ouvrage, si l’on y joint quelques légendes mystiques et un grand nombre de récits chevaleresques, composaient à l’époque de la réforme, toute la richesse poétique de la littérature danoise. En s’introduisant en Danemark, les nouvelles doctrines religieuses produisirent dans les esprits un mouvement dont les lettres se ressentirent, on traduisit et on composa des poëmes satyriques dirigés contre les abus de la papauté; à l'exemple de ces beaux chants sacrés que Luther et les premiers réformateurs enseisnèrent à l'Eglise nouvelle, on eut des livres de psaumesen langue nationale et des cantiques, dont quelques-uns sont arrivés de recueil en recueil jusqu’à nos jours, et se chantent presque sans altération dans les églises de Copenhague. Dès lors se prononçait ce double caractère de la littérature üanoise, qu’elle a toujours conservé depuis, d'une part une humeur comique et railleuse, de l’autre une tendance religieuse exaltée, mystique. La première fut représentée dans la suite

() Littérature du Nord, II. p. 137.

par Holberg et Wessel, la seconde par Ewald et Œlenschlæger ; toutes deux, combinées d'une manière bizarre, ont produit le talent moqueur et enthousiaste, rêveur et bouffon du pauvre Baggesen,

Après avoir passé la première partie de sa vie à voyager, Holberg débuta dans la carrière littéraire par quelques travaux historiques sans importance.

Son premier essai en poésie fut Pierre Pors, poëme héroï-comique, où sont racontées avec une pompe homérique les aventures d’un artisan danois, qui fait une traversée de plusieurs lieues pour aller voir sa duleinée. Cet ouvrage fit sensation, Il publia ensuite ses satyres, au nombre de cinq. Désenchanté de la poésie à cause des jalousies qu'elle lui suscitait, il reprit un travail autrefois commencé sur la constitution ecclésiastique et civile du Danemark et de la Norwège., Mais au milieu de ses recherches, le génie comique se réveilla de nouveau en lui et il conçut l'idée de doter sa patrie d’un théâtre national. Au bout de trois années ce plan était accompli, Il fit représenter vingt comédies auxquelles il doit surtout sa renommée et son surnom de Molière du Nord,

Ses principales pièces sont le Potier d'étain politique, Jean de France, le Dormeur éveillé, la Chambre de l'accouchée, la Fête de Noël, le Fuux Savant.

Holberg, excella dans la farce proprement dite, Une verve intarissable de satyre et de gaieté anime plusieurs de ses pièces, dont l’ensemble n’est pas disposé avec un grand art. Son dernier ouvrage satyrique fut Les Voyages souterrains de Nicolas Klimm. Il mourut en 1753.

Le Danois Holberg et le Vénétien Goldoni, remarque M Ampère, sont les seuls étrangers qui aient marché avec quelques succès sur les traces de notre grand comique, tous deux remarquables pour avoir nationalisé leur imitation, pour avoir, non copié les peintures, mais dans la mesure de leurs forces, reproduit la manière du maître, Ces deux hommes semblent s'être partagés Molière : on dirait que chacun d'eux s’est emparé d'une moitié de son génie. L’Italien a pris le naturel et la vivacité du dialogue ; l’homme du Nord, l'intention philosophique. Mais dans l’arithmétique de l'art les deux moitiés ne font pas le tout, additionnez toutes les fractions imaginables, et vous n'aurez pas encore la majestueuse unité du génie; d’ailleurs, ces deux hommes distingués

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n'ont point porté aussi loin que Molière les qualités par lesquelles il lui ressemblent, La facilité ingénieuse de Goldoni n'est pas cette verve intarissable de gaieté forte et franche, qui débordait pour ainsi dire du génie de Molière, Holberg n’a pas cette profondeur de conception qui étonne dans le Turtuffe ; sa gloire est de rappeler quelques-unes des qualités essentielles de son modèle en restant parfaitement naturel pour la peinture des caractères et des mœurs, (Cette gloire est encore assez grande, et nulle littérature en Europe ne peut opposer au nom d'Holberg un nom qui en soit plus digne.

Holberg n'avait point eu de prédécesseur, il n’eut point de concurrent, Ilresta seul, debout comme une haute colonne, au milieu de la littérature de son temps: personne n'arriva jusqu'à lui, Vers la fin de sa vie, il put remarquer une sorte d’affaissement dans la tendance poétique de sa nation. L'ascendant que la France avait pris en Allemagne venait de s'étendre jusqu'au Danemark ; les princes se bâtirent des châteaux sur le modèle de Versailles ; ils se promenaient sous de grandes allées de charmilles arrondies en berceaux ; s’habillaient selon l'étiquette de la Cour de France, et donnaient leurs audiences à la manière du grand roi. Les nobles imitèrent l'exemple des princes et les riches bourgeois tachèrent d’imiter l'exemple des nobles. Partout le bon ton fut de parler français, de suivre les modes françaises, On jouait les œuvres de Molière, on lisait Racine, et les œuvres de Holberg, recherchées par la foule, étaient peu goûtées dans les salons. Le sentiment de convenance l'emportait sur le sentiment de nationalité, On aimait mieux s'ennuyer avec Boileau, que de se réjouir avec Holberg. La poésie danoise, manquant d'encouragement et de point d'appui, soupira dans l'ombre quelques accents confus; elle vécut comme par le passé, dans l'enceinte isolée des presbytères plutôt que dans le tumulte des villes, et s'essaya à reproduire les reflets de la poésie étrangère, au lieu de choisir elle-même ses couleurs et de composer ses tableaux. Ce qui montre à quel point de décadence la poésie en était arrivée même après les chants relisieux de Kingo, c'est le recueil de poésie élégiaque publié à la mort de Christian VI. Chaque poëte y apporta son œuvre, et chacune de ces œuvres est un modèle de mauvais style et de mauvais goût. (1)

Parmi les écrivains du XVIITe siècle on cite Schoung (1780), auteur d'une Aistoire de Norwège; Rothe (1795) qui publia un ouvrage

) Marmier.—Littérature scandinave, p. 175

important intitulé des Effets du Christianisme sur les peuples du Nord ; Guldberg (1806), adversaire de Voitaire, qui laissa une /istoire * du Monde, Tullin, poëte lyrique remarquable, Ewald, auteur de chants religieux ; Wessel, poëte dramatique; Baggesen, littérateur élégant et pur, et.

ŒHLENSCHLÆGER.

La plus grande personnification littéraire du Danemark au XIXe siècle est Adam Œhlenschlæger ; (1779-1850) c’est le chantre des dieux et des héros du Nord; ila puisé dans les sources antiques de ces traditions primitives, dans les dogmes sombres et mélancoliques de la religion d’Odin et de la mythologie scandinave, A ce genre se rattache surtort sa belle et grande tragédie, la Mort de Balder.

Mais son imagination ne s’est pas exercée seulement sur les sujets empruntés aux traditions du Nord. Il a fait des excursions dans le Midi et dans l'Orient. Dans son drame du Corrège il veut faire de son héros, ce peintre italien, joyeux et ardent, mais il ne réussit qu’à demi et on retrouve plutôt l'artiste sérieux ct mélancolique de l'Allemagne du moyen-âge.

Starkother, Hakon Jarl, Axel et Valbor, sont trois tragédies qui ont immortalisé l’auteur et l'ont presque rendu l’égal de Goëthe. Chacune d’elles se rattache à une des trois époques de la civilisation scandinave, Elles ne sont pas purement idéales comme celle de Balder, mais elles tiennent encore du merveilleux. La première se rattache à l’âge païen, la seconde à l'époque où la religion chrétienne vint disputer les froides régions du Nord à leur ancien culte; la troisième au temps où cette religion ayant triomphé, les sentiments chevaleresques, développés par son influence, avaient peu à peu tempéré, puis presqu'entièrement adouci la rudesse de l'héroisme barbare. Œlenschlæger est encore l'auteur d’un poëme bizarre et obscur, mais plein d'imagination, intitulé Vie de Jésus-Christ, représentée dans les saisons de l'année. Ce poëme, dit un critique, respire le mysticisme exalté de l'Allemagne, mêlé à cette tendance mise à la mode par certains esprits français du dernier siècle, qui voulaient expliquer toutes les idées religieuses par des faits physiques. C’est quelque chose de l'enthousiasme de Klopstock et du système de Dupuis. L'auteur, chrétien à sa manière, retrouve dans chaque phase de l’année un des moments de la vie de Jésus. Il lit dans

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la nature le même mystère d'amour que révèle l'Evangile. Le spectable des saisons lui présente d’abord la naissance de l'enfant divin que le printemps berce sur la verdure. Sa doctrine est prêchée par la voix des forêts, par le chant des oiseaux, par la beauté et le parfum des fleurs. Ses miracles, ce sont ceux qu'il accomplit par l’action merveilleuse et bienfaisante de la nature, qui rend la vue à ceux qui étaient aveugles, qui fait revivre les cœurs glacés par un froid mortel. La lumière des jours brûlants qui, en éclairant, consume ; c’est la science éblouissante et stérile des pharisiens. Les troncs desséchés, au feuillage flétri, ce sont les Sadducéens, ces tristes sages dont les doctrines arides tarissent la sève de la vie. Quant à la communion sainte, l’année ne nous en offre-t-elle pas le symbole dans le cercle qu'elle décrit? Le vin ne vient-il pas après les jours de sécheresse, désaltérer et fortifier l’homme, comme la participation aux secours célestes vient le ranimer après les temps d'épreuve et lui rendre la verdeur de sa première innoceence ? Mais arrive la saison des tempêtes ; les puissances de la nuit prévalent, les tènèbres se répandent, la vie du monde expire, le Dieu disparaît et semble mourir; et au lieu d’un bel enfant couché sur la verdure il ne reste plus qu’un cadavre suspendu à un tronc dépouillé. Cependant, les discipies du Christ font entendre un chant de triomphe ; celui qu'ils invoquent subsiste au sein de cette mort apparente, Le désordre du monde peut voiler et comme ensevelir un moment et non détruire le Dieu qui l’habite. ‘ Tu es le bon, tu es l'Eternel, lui disent-ils, tu ne peux périr.” Et ainsi finit par un chant de foi et d'amour, adr»ssé au principe impérissable du bien, ce singulier hymne à la bonté divine, où se confondent dans une même extase le eulte du beau moral, l'apothéose de la nature et l’adoration du Christ. (1)

Cet écrivain fécond s'est essayé dans la poésie légère, On a de lui une foule de petites pièces pleines de grâce et d'imagination. On les sait par cœur à Copenhague. A tous ces titres Oblenschlæger est le poëte pational du Danemark,

La Littérature danoise fut longtemps stérile et ignorée, Elle se forma après les autres, et se sentant faible et peu propre à prendre son essor d'elle-même, elle chercha un sout'en autour d'elle, :t S'appuya tantôt sur l'Allemagne, tantôt sur la France; mais au XVITTe siècle, elle crandit tout à coup avee Holberg, Ewald, We:sel et Beegesen,

Tous avaient

(1) Ampère,

apporté à cette littérature le tribut d’un esprit joyeux ou d’une poésie sévère, la chanson insouciante, ou l’élégie, la comédie ou le drame, Il manquait encore à cette littérature la tragédie nationale, Œhlenschlæger la lui donna. Dès ses premières productions, il prit place à côté de Holberg, et laissa derrière lui les autres poëtes. Peu d'hommes, dit Marmier, ont été doués d’un génie aussi fécond, aussi facile qu'Œhlenschlæger ; aussi s'est-il exercé dans tous les genres, et presque toujours avec succès. Il a composé des drames, des comédies, des opéras, des romans, des poëmes lyriques et des poëmes mystiques. Comme il trouvait son public danois trop restreint; il s’est lui-même traduit en allemand, et il à traduit dans la même langue toutes les œuvres de Holberg. Jamais il n’a connu ni l'effet, ni la fatigue du travail; les vers tombent de sa plume comme l’eau coule d’une source ; ils se suivent, se succèdent, et se renouvellent sans cesse. De à vient qu’il a un style charmant de grâce, de flexibilité, d'abandon, mais souvent très néglivé ; de là vient aussi qu'il entremêle ses plus belles compositions de pages inégales qu'un goût plus sévère aurait corrigé ou fait disparaître ; car c'est un enfant de génie qui s’ignore lui-même, c'est un musicien que le charme de l'inspiration entraîne, et qui chante parfois sans s’apercevoir que les cordes de sa harpe sont détendues, et que l'instrument a baissé de ton. Sa vraie gloire n'est donc pas d'avoir été plus fécond que Goëthe, et plus varié que Schiller, d'avoir promené sa fantaisie du Nord au Sud, d'avoir su trouver sur sa palette des couleurs pour peindre les féries de l'Orient et les sombres paysages scandinaves. Sa vraie gloire, c'est d'avoir produit quelques œuvres fermes et fortes, qui ont pris racine parmi le peuple et qui resteront ; c’est d’avoir compris la poésie du Nord, la poésie nationale, qu'Éwald avait simplement indiqué dans Rulf Krage et Bualders Düd,

Un nom populaire en Danemark est Grundtvig, poëte original, philosophe religieux, d'une nature parfois bizarre et confuse mais grandiose comme celle des Gocrres. Rask a saisi le génie de toutes les langues ; Muller est sagace dans l'étude des antiquités scandinaves.

Le roman historique n'a pas de plus digne représentant au Danemark que B. Ingemann dont le style brille par la netteté et la couleur et qui a fait une peinture des mœurs de l’époque ; il a aussi écrit un grand nombre de poëmes qui dénotent une émotion vraie et une imagination des plus fécondes, L'historien Worsade a rendu des services signalés

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aux lettres danoïses, ainsi que M. Petersen, qui a écrit une histoire de la littérature danoise et de charmantes chroniques islandaises.

Parmi les auteurs contemporains du théâtre danois il faut distinguer Jean Louis Heiberg qui débuta dès 1814 par quelques essais dramatiques. Il introduisit le vaudeville dans la littérature dramatique de son pays. Il est aujourd’hui l’auteur le plus fécond et le plus populaire du Danemark. On lui trouve des ressemblances avec Scribe, dont il a la facilité, l'observation superficielle et l'entente scénique. Il s’est aussi essayé dans la comédie de caractère et les poëmes d'opéra. Boye, Holst, Mœller, et d’autres ont marché sur ses traces, mais la plupart d’entre eux se font remarquer par des imitations du théâtre français en empruntant aux auteurs en vogue le sujet de leur drame,

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La littérature slave comprend la littérature russe, polonaise et bohôme.

La famille des langues slaves peut se diviser en trois branches,

I. Branche slavonne.—Cette branche comprend le s/avon ou servien, parlé par les Slaves les plus méridionaux, la plupart habitant les empires autrichien et ottoman. Cette langue, riche en mots et en formes grammaticales, et très harmonieuse, renferme aujourd’hui un certain nombre de mots allemands, tures, hongrois et vénitiens. Sa littérature est la plus ancienne de toutes les littératures slaves.

Le slavon se divise en deux rameaux: le s/awenski ou russe ancien, slavon pronrement dit. Parmi les plus anciens monuments du slawenski, dont les premiers datent de 863, on remarque le Code de Yaroslaf, qui est du onzième siècle, le poëme d'Igor et la chronique de Nestor, qui sont du douzième, Ilfut jusqu'à Pierre-le-Grand, la langue écrite de la Russie, où il est maintenant éteint et devenu la langue ecclésiastique,

Le plus ancien monument du slavon proprement dit est une histoire de la Dalmatie composée vers 1170. Sa littérature est riche et variée ;

presque toutes ses productions sont dues aux Ragusains et aux Serviens de l'empire d'Autriche, où l’on publie actuellement une gazette en cette langue.

Les principaux dialectes du slavon sont: le servien proprement dit, KK

parlé surtout en Servie et en Croatie, et se subdivisant en sous-dialectes de Bosnie, de Montenegro, de Ragçuse, ete. L'uscoque, parlé par les Uscoques ou Morlaques disséminés dans la Croatie, la Servie, la Carniole, ete. Le bulgare, parlé dans la Bulgarie et quelques villages de la Crimée et du gouvernement de Kherson. j

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