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RÈGNES D'ÉLIZABETH ET DE CATHERINE II

Cene fut que sous les règnes d’Elizabeth et de Catherine IT que la littérature russe prit de la consistance et commença à se faire connaître à l'Europe. La première de ces deux femmes fit des arts et des sciences l’ornement de sa brillante cour ; elle fonda, en 1755, l'Université de

Moscou, et en 1758, l'Académie des arts; mais il appartenait à la

dernière de comprendre tout ce qu'il y avait de grand, de gigantesque, dans les projets de Pierre Ler; elle s’en empara pour les faire exécuter dans toute leur étendue. Rien ne l'arrêta, et de sa cour elle fit pleuvoir des marques d'estime et de munificence sur tous ceux qui cultivaient les arts, les sciences et les belles-lettres. Kes libéralités prévenaient les besoins des écrivains ou leur étaient offertes comme une récompense de leurs travaux. Les établissements d'instruction se multiplièrent et couvrirent la face de l'empñe. Des écoles normales s'ouvrirent pour former des instituteurs. L'Académie des sciences prit un grand essor, grâce à des membres aussi distingués que Pallos, Falk, Gmelin, Lepechin, Gyldenstedt, Rumovski. L'Académie des arts reçut une nouvelle extension ; l’Institut des mines fut fondé en 1772, et l'Académie de l'histoire et de l’enseignement supérieur des langues, en 1783 : l'amour des lettres se répandit parmi les Russes, et son influence fut telle dans la noblesse et dans la classe des employés, que Paul Ter en prit ombrage et défendit l'entrée et la sortie de ses états sans sa permission, Il institua l'Université de Dorpat pour empêcher d'aller étudier à l'étranger.

LAMONOSOFF— POÉSIE DRAMATIQUE.

Les efforts de Lamonosoff distinguent cette nouvelle période, qui établit les limites entre l’ancien slave et le russe, et développe la cons-

truction grammaticale de cette dernière langue. Ce fut cet auteur qui le premier écrivit en bonne prose russe, et qui créa le mètre poétique. Ses odes sur les événements de son époque, malgré le peu d'élévation et l'excès d’ornements oratoires qu'on y remarque, favorisèrent les progrès de la langue. Ses tragédies sont trop lyriques et trop peu dramatiques, Quant à son poëme la Pétréide, il renferme des passages d'une grande beauté, mais en général il manque d'intérêt; ses éloges de Pierrele-Grand et d'Elizabeth sont pauvres d'idées, quoique riches de style, On cite parmi les poëtes qui l'ont suivi, Sumarakoff (1718-1777,) célèbre dans tous les genres de poésie; c’est surtout dans le drame qu'il excella.

L'art dramatique russe date du commencement du XVIIe siècle, Il est vrai que ses premiers essais, tentés dans es tableaux historiques tirés de l’Ecriture Sainte, furent encore grossiers. Ils étaient joués par des étudiants de Kief pendant les vacances. On avait vu le moine Siméon de Polock (1628-80) écrire, sous le règne de Fedor IIT, des drames représentés d’abord dans des couvents, puis à la cour. Sumarakoff fut le premier qui composa une bonne tragédie intitulée le Fils perdu. Le premier drame composé en dehors du système religieux est une traduction: du Médécin malgré lui, de Molière, joué par les dames de la cour. La capitale ne posséda un théâtre qu'après 1776. L'amour passionné de Catherine IT pour le théâtre descendit dans le peuple. Sumarakoff publia son premier opéra en 1764. Kniaschmin (1742-91) lui succéda comme auteur dramatique, et quelques-unes de ses comédies, où il attaqua les ridicules de son temps, sont représentées de nos jours. Il l'emporte sur son prédécesseur par la pureté du style; mais il est souvent empoulé et froid. Vizin (1745-92) se distingua dans le genre comique; deux de ses pièces en prose, frappées au coin d’un goût exquis, retracent fidèlement les mœurs de son tempset plaisent encore : aussi est-il regardé comme un des meilleurs prosateurs de son époque.

Nons avons de Cherascoff (1733-1807), outre des tragédies, des odes et des épîtres, deux grands poëmes épiques sur la conquête de Kasan et sur Vladimir-le-Grand, Son -tyle est rapide, entraînant, mais ses poésies sont faibles. Regardé de son temps comme l’homme de la Russie, il n’a pu néanmoins échapper à l'oubli.

Oxeroff, major général (1770-1816) a composé des tragédies en

vers alexandrins, entre autres A'ingal et Œipe. Kon style n'est ni pur

ni élégant; toutefois, son expression ne manque pas d’une certaine

énergie, il peint largement les passions, et offre des passages véritablement pathétiques, des caractères fort bien tracés,

DOLGOROUKI—PETROFF—KARAMSIN,

Le prince Dolgorouki (1764-1823) a écrit des odes philosophiques et des épîtres qui se distinguent par un profond sentiment de naïveté, On doit au comte Chwostoff, né en 1757, des poésies lyriques et didactiques qui peuvent être remurquées à juste titre comme les meilleures productions en leur genre, Bubroff, né en 1810, a composé une quantité d’odes ampoulées, et un poëme descriptif, la Chersonida, véritable cahos à travers lequel percent pourtant quelques étincelles de génie.

Pétrotf (1737-99), poëte riche en idées et en images, mais dont le style manque de pureté, célébra dans ses odes les victoires de la grande Catherine; ses héros sont Potemkin et Rumjanzoff, Il traduisit aussi l'Enéide en vers alexandrins. Bagdanovitch, auteur du poëme de Psychée, s'est fait surtout remarquer par sa naïveté, sa grâce, son originalité, mais il est prolixe et dépourvu de goût.

Dans ia dernière moitié de la même période se distingua Derschawin, auteur de génie, Il chanta la gloire des armes russes sous Catherine IT comme Lamonosoff et Pétroff, mais avec cette différenre que ceux-ci n'étaient que des panégyristes, tandis que Deschawin s’abandonnait sans contrainte à son inspiration. Ses productions brûlantes réveilient tout un monde de pensées patriotiques ; malgré ces qualités, elles ne peuvent pas être regardées comme des chefs-d'œuvre. Si Kapnist n'atteint pas à la même hauteur, il égale au moins Derschawin par la pureté des sentiments et du langage.

Il fallut plus de temps àla prose pour parvenir au degré de perfection qu'avait atteint la poésie. Ici les modèles de Lamonosoff exercèrent une action plus lente, La prose dut ses premières conquêtes à la chaire évangélique, dont les productions déguisent l'absence des pensées sous une rhétorique boursouflée et pédante. Les œuvres posthumes de l'évêque de Moscou, Platon Lawschin (1737-1812) contiennent, outre plusieurs sermons, une histoire de l'Eglise russe. L’archidiacre de Kief, Lewanda (1736-1814) se distingue par la vigueur de l'expression, Dans les matières historiques on cite Schtscherbatow (1733-1790) qui a publié une histoire de Russie, et surtout Boltin (1735-92) qui “est

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