PHILOSOPHIE
La philosophie était divisée en trois écoles, désignées sous les noms d'Ionique, à laquelle se rattache l'école Atomistique, Pytagoricienne et Eléatique, lorsqu'apparut le représentant du bon sens, Socrate ; il combattit les coryphés du sophisme dans les personnes et les écrits de Gorgias, de Protagoras, d'Hippias, de Prodicus, de Thrasymaque et de Tinas.
Par la suite, parurent l'école Cyrénaïque, dont le chef, Aristippe, rapportait tout à la volonté ; l’école Cynique, fondée par Antisthène et un grand nombre d'autres qui n’égalèrent jamais l'Académie et son digne représentant, Platon, ni l’école Péripatéticienne et son illustre chef, Aristote,
Plus tard, Epicure jeta les bases d'une école Sensualiste et Zénon celle du Portique. Ces deux écoles se réunirent dans la suite aux nouveaux académiciens et au néoplatoniciens d'Alexandrie,
Parmi les principaux poëtes gnomiques de ces écoles, qui ont écrit des poëmes philosophiques, on cite Solon, Théognis de Mégare, Hénophane de Colophon et Pythagore. Ces poésies gnomiques consistaient en des sentences mises en vers par les philosophes ou les législateurs pour être plus facilement comprises et retenues par le peuple. “On y trouve, dit l'abbé Drioux (1), des exhortations à la vertu, des préceptes de morale excellents, des tableaux simples et nobles de la nature humaine et de ses inconséquences, mais on y rencontre aussi des maximes relachées, et des sentiments qui laissent entrevoir les vices et les passions du premier des sept Sages de la Grèce.
L'histoire chez les Grecs est née de l'épopée. Pendant longtemps les exploits des guerriers et les victoires des nations ne furent transmis à la postérité que par les poëtes qui avaient voulu marcher sur les traces d'Homère. Dans leurs compositions diverses, ils ont épuisé tous les grands événements des temps héroïques, et souvent ils en ont raconté simplement tous les détails, comme l'aurait fait un historien, sans trop
(D) /istoire de la littérature Grecque,
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se mettre en peine des fictions et des ornements poétiques. Bientôt on quitta le langage de la poésie pour s'en tenir à celui de la prose, et chaque peuple se contenta d'écrire ses annales pour laisser aux âges futurs un souvenir de son existence,
Les premiers historiens où ZLogographes, comme on les appelait, dit Denys d'Halicarnasse, rédigèrent les uns les histoires des Grecs, les autres celles des barbares ; mais ïis ne lièrent pas ces récits entre eux ; ils les divisèrent par nation et par ville, et les publièrent séparément n'ayant qu'un seul et même but, de recueillir les monuments et les écritures conservés par les habitants de chaque pays et de chaque eité, soit dans les temples, soit dans les lieux profanes, et de les porter à la connaissance publique, comme ils les avaient trouvés, sans y rien .jouter, sans y rien Oter.
Il s'y mêlait quelques légendes auxquelles on avait foi depuis longtemps et quelques catastrophes de théâtre qui paraîtraient des contes puérils aux hommes de notre siècle. Quant à la diction, cile est presque généralement la même chez tous ceux d’entre eux qui ont adopté le même dialecte : c'est ua parler clair, usuel, simple, court, accommodé aux choses, et où l’on ne voit paraître aucun arrangement artificiel Une certaine fleur de jeunesse brille sur leurs ouvrages, et une grâce plus vive chez les uns, moindre chez les autres, mais sensible chez tous ; e’est par elle que leurs écrits subsistent encore,
Les plus célèbres d'entre ecux qui précèdent Hérodote sont Cadmus de Mikt, Hécatée, Charon de Lampraque, Hillanicus de Lesbos, Damase de Sigée, Xenomède de Chio, Xantus de Lydie, Mais aucun d'eux ne connurent l'art de lier entre cux les éléments divers qui peuvent entrer dans le corps d’un ouvrage sérieux. Hérodot: (484), appulé le le père de l'histoire à su combler cette lacune. Après avoir parcouru les pays qui avaient été le théâtre des guerres médiques, il rassembla Les matériaux de lhistoire des premières guerres entre les Perses et les Grecs, histoire qui embrasse 120 ans, depuis Cyrus jusqu'à X rsès.
Hérodote, dit Sainte-Croix (1) n'est plus un simple chroniqueur qui enregistre sèch ment les faits, où un analyst: qui se eont nte de les développer année par année, C’et plutôt un poët: qui prend pour motif de ses chants un épisode, ou si l'on veut une période de la vie de l'humanité, qui en dramatise tous les moindres détails avec une
() Æxamen des historiens d'Alexandre-le-Grand.
| LITTÉRATURE GRECQUE. 57 ; É tot on ( habilité merveilleuse et qui dans la mise en scène sait rapporter à un { ose, et même point tous ses moyens d'actions. Tout, dans Hérodote, rappelle i Ë x ges À Homère, Son style en a la simplicité et la grâce, ses récits sont graves | fi et majestueux, ses descriptions pleines de mouvement et de grandeur, et ‘1 it, dit sa marche est tellement semblable à cecile de l'épopée que souvent on ‘1 cs, les serait tenté de prendre plusieurs de ces pages pour des feuillets détachés no C EUX ; de l'Illiade. : rément Comm. Homère, il donne de la vie et de l'intérêt à tout ee qu'il écrit, 1 ri »s écri- Soit qu'il raconte la chute de Crésus et son entretien avee Solon, l'avè- i e eité, D nement de Darius au trône, son entrevue avec Polycrate, soit qu'il l er à Ja représent: Aristagoras dans le conseil de Sparte, Xersès s'entrotenant jouter, sur le sort de son armée avec Artaban, la mort de Biton et de Céobis, ou d'autres événements, tout est chez lui dramatique. Il combat avec s long- les Grecs et fuit avec les Perses. Mais il ne semble prendre part à l'accontes tion que pour la placer sous les yeux même de ses lecteurs et les y f presque intéresser davantage, I fait parler et agir ses personnages de manière | e même qu'on croit être à la fois juges et témoims des événements auxquels ils La choses, ont coopéré, [ne disserte pas sur la politique ; il ne dogmatise pas sur :-rtaine la morale; ses Leçons sont dans le récit et ses maximes dans le résultat, ve chez Faut-il discuter des intérêts, établir des principes? C'est l'objet des par elle discours qui prépare l’action où qui en dépcadent et en indiquent les | causes, Prononcés par des acteurs qui ne quittent pas la scène ils ins- | di jadinus ï truisent encore des desseins et des motifs particuliers de ceux qui agis- pe t L5b08, sent. Décrit-il une contrée ? on y voyage avec lui, on vit avee les habi- ITR aucun tants et on apprend d'eux leurs usages. Parle-til d'une religion ? on hi À eu vent : entr: dans ses temples, on assiste à ses cérémonies et on confère avec ses i bp ié le ministres, fn un mot, rien ne Janguit, l'attention est sans cesse réveil Lare uru les D Jéc, ct l'auteur cherche toujours à la fixer, non sur lui-même, mais sur d: s muté- les objets qu'il peint avec des couleurs aussi varices que naturelles, Le ARE. Grecs, sentiment qui vivifie tout est encore un des attraits de la narration A d'Hérodate. li iiqueur ( Thucydide (471) fut le créateur de l'histoire politique, On reconnaît i de mtnte en dut le guerrier, l’homme d'état et le philosophe, Spectateur et même prend acteur daus les événements qu'il raconte, Thucydide a écrit avec vérité, Le de Ja impartialté ct chaleur l'Æistotre de la guerre du Péloponèse qui embrasse i ec une les 21 premières années de cette dispute civile, Il passe pour avoir, le # j;
premier, introduit dans l'histoire les discours et les harangues, [I sut
répandre, a dit Daunou (1), tant d'intérêt et de vie dans chacun de ses récits, qu'on lui pardonne aisément son manque d'unité et d'ensemble, On a toujours admiré, et on admirera toujours, parmi ces narrations éloquentes, la description de la peste de l’Attique qui a été imitée par Lucrèce, Ovide, Virgile et une foule d’autres écrivains, et le tableau de la catastrophe des Athéniens en Sicile. Rien n’est omis ni négligé de ce qui en peut rendre sensible les causes, les avant-coureurs, les circonstances et les résultats. Le septième livre où cet événement est raconté est pleins d'événements militaires et politiques à jamais mémorables et savamment décrits. Mais nous sommes obligés d’avouer que dans le huitième les récits froids et décolorés semblent n'être que des esquisses. Le ton de l’auteur s’abaisse tout-à-coup et s’affaiblit à tel point qu’on dirait qu’il ne prend plus le même intérêt à sa matière; sa diction ne ressemble à celles des livres précédents que parce qu'elle est parfois obscure ; elle devient moins précise, plus monotone, moins élégante.”
Xénophon (445) se distingue par des talents universels. Philosophe profond, littérateur distingué, puissant orateur, général consommé, il fut de bonne heure le disciple docile de Socrate, Sa Retraite des dix mille l'a illustré comme guerrier et comme écrivain, La douceur continue de ses écrits, la pureté et l'élégance de son style lui valurent le surnom d’Abeille attique. I] continua l'histoire de Thucydide jusqu’à la bataille de Mantinée, Il laissa encore des Mémoires sur Socrate, ainsi qu'une vie du grand Cyrus, monument qui nous est parvenu sous le nom d'Æelléniques. T1 mourut en 356.
Suivant un critique peut-être trop sévère, Xénophon ne fut jamais un homme de réflexion profonde, un vrai penseur, Il n'eut jamais en philosophie de doctrine à lui, il ne faisait que recueillir les idées des autres et de les revêtir de tout l'éclat de son style, Son élocution facile et son imagination enchanteresse l'ont placé au premier rang, parmi les écrivains d'Athènes, sans qu'il ait eu besoin d'acheter cet honneur, comme Hérodote et Thucydide par des efforts constants, dirigés toujours vers le même but. En parcourant tous ses ouvrages, on voit qu’ils ne sont point le résultat d'un plan formé mais uniquement le fruit des cireonstances,
S'il fallait d'un mot résumer le caractère des trois grands historiens
() Biographie Universelle.
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que nous venons de nommer, nous dirions que l’histoire fut dramatique avec Hérodote, politique avec Thucydide et philosophique avec Xénophon. Dans tous les écrits de ce dernier, on rencontre toujours le disciple de Socrate. A chaque page de ses Helléniques, de son Anabase et de sa Cyropédie éclatent tous les principes qu’il avait puisés à l'école de ce grand maître.
Après ces historiens célèbres, la Grèce vit encore paraître des hommes d'un grand talent qui se consacrèrent à l'étude des ses propres annales ou de celles des peuples voisins. On fit même des recherches les plus curieuses sur toutes les questions d’origine; on compulsa les fastes nationaux et religieux de chaque cité, on pénétra dans les sanctuaires pour y lire les annales qui y étaient conservées, on recueillit toutes les inscriptions et on employa tous les moyens possibles pour ravir à l’antiquité son obscurité mystérieuse. Tous ces efforts eurent pour résultat une foule de traités particuliers sur les points que la science avait le désir d'éclaircir. Malheureusement, ces travaux ne nous sont pas parvenus, Indépendamment des grands ouvrages des trois historiens que nous venons de citer, nous n’avons que de rares fragments des autres écrivains et même nous ne connaissons souvent que le titre de leurs ouvrages.
ÉLOQUENCE
Les plus grands orateurs de la Grèce apparurent dans le même temps. L'éloquence naquit à Athènes quoique l’art fut inventé en Sicile. Dans la longue suite des orateurs qui apparurent en ces temps
} glorieux,on remarque surtout Antiphon (479) ; il nous reste 15 dis-
cours relatifs à ses procès particuliers qui nous donnent une idée de la procédure d'alors ; Andocide (468-400), dont il nous reste 4 discours qui offrent des aperçus intéressants sur l’histoire de la Grèce ; Périclès (400), l'homme le plus éloquent de son temps; Lysias (459-380) de qui nous avons 34 discours judiciaires sur les 230 qu’il prononça ; Isocrate (436-338) le plus célèbre de tous les rhéteurs ; il nous reste 31 de ses discours. Son école produisit les plus grands orateurs de la Grèce; Isée, Lycurgue, Hypérides, Démosthène, Son chef-d'œuvre, en fait de discours, est le panégyrique en faveur d'Athènes et sa prééminence sur les autres villes. Il avoue lui-même qu'il passa dix ans à composer ce travail: c’est un modèle de pureté attique. Hypéride fut
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le disciple de Socrate et de Platon, Le temps n'a respecté qu'un seul I {
de ses discours, Cet orateur a été souvent mis en parallèle avec Démos- “SE | thène par l'antiquité : ceci est suffisant pour lentourer d'une haute À ae ( considération, Isée (350) cut l'honneur d'avoir Démosthène pour dis nu | gl ciple, Des G4 discours qu'on Jui attribue il ne nous en reste que dix, de remarquables par un style énergique, Eschine (352) a été le rival de FA L Démosthène et e’est à son plus beau titre, Nous avons trois de ses dis | ss cours qui se distinguent surtout par le choix exquis, l'abondance, la Pre ji #] 1) clarté des idées ct par une facilité prodigieuse, Fes neuf épitres ne me |lE qi nous sont pas parvenues. Dinarque (320) vient généralement après 1° de | 4 1. Hypéride, par la sagesse de ses conceptions oratoires, Es LA procès | DÉMOSTHÈNE. AE aux d | Le plus puissant des orateurs comme l'appelle Plutarque naquit dans de ne Ù ! un bourg de l'Attique, l'an 385 avant J, €. Enfant, Il perdit son père Les qui était un riche armurier, Ses tuteurs dilapidèrent sa fortune, | un ET A Résolu de les poursuivre un jour devant les tribunaux, il lut la rhéto- RE a {l { l rique d'Esocrate et étudia pendant quatre ans sous la dircetion d'Isée, à En Na di A dix-spt ans il composa cinq plaidoyers pour défendre ses droits mis en Rue {4 ; À , stra Di pl danger par la malhonnèt:té de ses tuteurs, On | i Al “Lorsqu'il essaya, dit Villemain, de parler dans l'assemblée publi: à DE | | que, il s'aperçut de tout ce qui lui manquait encore: deux fois il fut : an | | repoussé par des huées, Les Athéniens, peuple instruit et railleur, nes l \ » 3 . . cette 1 | se moquèrent de son style pénible ct de sa prononclation naturellement Ru If | | | cmbarrassée, L'acteur Katyrus le ranima et lui donna des leçons, Pé- ne RE mosthène mit en usage une obstination infatigable et ingénieuse pour ps | il | | jormicr sa voix, fortificr sa poitrine, corriger ses gestes, ct acquérir ce S pe | LU | | grand art de l'action, qu'il estimait Je premier de tous, sans doute en 5 | proportion des efforts qu'il lui avait coûté. Il ne poursuivait pas avec dues hi! É pl moins de zèle l'étude du style et de léloquence, Les anciens nous par- à ! Lo Lu lent de cv eabinet souterrain, dans lequel il demeurait enfermé plusicurs k : ke ! qi mois, la tête à demi rasée, copiant Thueydide, s'exerçant à tout ex- a | | | prauer en orateur, préparant des morceaux pour toute occasion, sans DS ; qi il cesse déclamant, méditant, écrivant.” pee | Î | EE reparut à la tribune à l'âge de vint-cinq ans, et obtint un brillant pu 11) suceès contre Leptine, citoyen puissant, auteur d'une loi qui déféndait a) sû | qu'aucun Athénien, excepté les descendants d'Iarmodius et d'Aristo-
un seul Démose haute our disque dix, rival de ‘ses dis lance, la pitres ne nt après
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giuon, fût exempté des magistratures onéreuses, Il écrivit ensuite beaucoup pour le barreau. Ces travaux, étaient, après son patrimoine, la souree principale de sa fortune, On ne peut douter qu’il n'ait composé beaucoup de discours que nous n'avons plus, On remarque, dans le grand nombre de ceux qui nous restent, que presque aucun n’est apoloectique, Le caractère âpre et violent de Démosthène le portait au rôle d'accusateur, si pénible pour Cicéron ; il le remplit plus d'une fois en son noi et pour ses propres injures.
La principale gloire de Démosthène lui est venue de ses discours politiques. La force de son génie lui assura la plus grande influence pour gouverner Athènes; Athènes, démocratie imprudente, avide de procès et de scandales detribune, usant 1e reste de ses forces à applaudir aux délations apportées chaque jour à des milliers de juges passionnés, ou perdant, par les indiscrétions inséparables de ses délibérations tumultuouses, autant que gagnait Philippe de Macédoine, adversaire maitre de ses secrets comme de ses soldats; démocratie brave encore, mais trop vaine de ses ançgiens exploits pour croire qu'elle eût besoin de se sisnaler sur de nouveaux champs de bataille; remettant à des mercemures, qui la ruinent et la trahissent, ectte épée de Marathon, qu'elle scra bientôt réduite à faire passer, par une humiliante et périlleuse néecssité, dans la main de ses esclaves, vinat fois plus nombreux que leurs maitres; démocratie spirituelle, mais énervée et languissante, qui, à la voix de son plus grand orateur, rallie à grand peine quelques membres de ectte nation grecque, née divisée, et poussée à un dernier combat à coups d'éloquence, n'y saura pas plus vaincre que n'avaient fait, un sècle et demi plus tôt, les barbares d'Asie lancés par le fouct de leurs chefs sur les lances immobiles des soldats de Miltiade et de Thémistocle ; démocratie envieuse, préférant les généraux avides et inhabiles qui la littent, à Phocion, qu’elle récompensera bientôt de ses services ct de ss vertus par la ciguë; démocratie mendiants, qui, aux fêt:s solenniles, ne sait plus que s’emivrer de spectacles, après avoir tendu la main aux aumones du trésor; démocratie, enfin, assez dégénérée pour exicir que l'éloquence déploie toutes ses ressources, pas assez pour être sourde à ectte grande voix qui la retiendra un moment sur le bord de l'abime, (1)
() Stievenart : Œuvres de Démosthene.
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Ce fut donc la chute imminente de la liberté grecque, menacée par le conquérant macédonien, qui éveilla toute la sollicitude de Démosthène, Il puisa ses inspirations dans le patriotisme le plus élevé et le plus pur. Sa politique avait sa source dans les plus intimes affections de son cœur.
Depuis le moment où Démosthène résolut d'arrêter, avec les seules ressources de la parole, la Macédoine débordant sur la Grèce, sa carrière publique n'eut plus qu’un seul objet: guerre à Philippe. Pendant quatorze années, le rusé conquérant ne put faire un pas sans se retrouver en face de ce redoutable adversaire, qu'aucune tentative de sa part ne réussit à corrompre,.
Le caractère publie de Démosthène n'est pourtant pas sans tache, Guerrier, il montra peu de courage à la bataille de Chéronée ; ambassadeur à la cour de Macédoine, peu de dignité et de présence d'esprit. Il fut aussi convaincu d’avoir accepté de l'or de la Perse: mais dans quel but? pour contrebalancer l'effet désastreux de l'or de Philippe, et susciter à ce prince de nouveaux adversaires.
Démosthène succomba dans cette lutte contre l'ennemi de l’indépendance nationale, Philippe mort, il se hâta de former des ligues nouvelles; mais le jeune Alexandre, après avoir livré Thèbes aux flammes, vint demander la tête de plusieurs orateurs, au nombre desquels était Démosthène, Athènes aurait obéi, si Démade, orateur aimé du nouveau monarque, n’eût obtenu grâce pour les proscrits. Cependant Démosthène reçut la plus belle récompense que, dans les mœurs grecques, la patrie reconnaissante pût accorder à un citoyen vertueux: Athènes lui décerna une couronne d’or. Ce prix lui fut contesté par Eschine: le combat d’éloquence qui s’éleva alors entre les deux plus célèbres orateurs attira dans la capitale de l’Attique un concours immense de curieux, Démosthène l’emporta, et son antagoniste partit pour l'exil. À peine descendu de la tribune, l’orateur victorieux accourut vers son ennemi, et lui offrit une partie de sa fortune.
L'orateur d'Athènes mourut en essayant de soulever une fois encore le patriotisme de ses concitoyens contre la Macédoine ; cette dernière ligue, vaincue par Antipater, la mort de l'orateur fut ordonnée, Démosthène sortit d'Athènes avec quelques amis. Sur le point d’être saisi il se donna la mort en portant sur ses lèvres un stylet empoisonné Il avait plus de 60 ans.
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Depuis le moment où il paraît sur la scène du monde, jusqu'à celui où il avale le poison dans le temple de Neptune, nous le voyons dans une lutte cont nuelle contre son destin, qui semble se jouer de lui avec cruauté, Le destin le terrasse à diverses reprises, jamais, il ne le dompte. Quels mouvements tumultueux cctte alternative perpétuelle d'espérance tour à tour conçues et trompées n'a-t-elle pas dû exciter dans cette âme forte! Combien il était naturel que ce visage grave fût, ainsi que nous le voyons dans son buste, sillonné par le chagrin et l'indignation.
Les Œuvres de Démosthène, telles qu’elles nous sont parvenues, doivent être classées ainsi :
Size discours du genre délibératif, ou harangues politiques.
Quinze plaidoyers politiques.
Trente plaidoyers civils, ou pour causes privées, que l’on peut ranger sous sept chefs, d'après les divers genres d’affaires auxquels ils se rapportent;
D:ux discours d’apparat, mis sous le nom de Démosthène ; soixantecinq exordes, et six lettres,
L'antquité tout entière applaudit aux chefs-d'œuvre oratoires de Démosthène, Denys et Longin sont, chez les Grecs, les échos cnthousiast's de cette admiration, accueillie sur parole par nous autres modernes, poër tout ce qui tient aux beautés de style. Selon le rhéteur de Paluyre, il est plus facile de regarder d’un œil indifférent les foudres tombant du ciel, que de n'être pas ému des passions violentes qui partout éclatent dans les ouvrages de Démosthène. ‘ Lorsque je prends un discours de c:t oratur, dit le critique d'Halicarnasse, je suis, il me semble, possédé d'un dieu; je cours ça et là, emporté par des passions opposées, la défiance, l'espoir, la crainte, le dédain, la haine, la colère, l'envie; je reçois toutes les émotions qui peuvent maîtriser le cœur de l’homme, et je ressemble aux Corybantes, aux prêtres de la Grande Déesse célébrant les mystères, soit que la vapeur, ou le bruit, ou le souffle des dicux agite leur âme, et la remplisse de mille images diverses.”
Déniosthèn: semble avoir posé, dans la Grèce encore libre, les bornes de l'art. Ce n’est pas que d’autres n'aient eu des qualités quilui manquaient; mais les plus éminentes, il les possédait toutes, et toutes à un degré qu'on n'a point égalé. Quel que soit son sujet, il l’agrandit naturellement et sans effort, A mesure qu'il se dessine, vous y voyez l’em-
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preinte d'une puissance extraordinaire : on dirait le torse d'Hereule, Dans tous les membres de ce corps on sent couler une vie énergique. Ses mucles tendus se gonflent et palpitent; un souffle plus qu'humain bruit profondément dans sa large poitrine, Le colosse se mout, lève le bras, ct, avant même qu'il ait frappé, nul ne doute un instant que la victoire puisse être indécise, Ce qui domine dans Démosthène, c'est une louique sévère, une dialectique vigoureuse, serrée, un étroit enchaînemeut d'où résulte un tout compact et indissoluble, Ne cherchez point en lui la souplesse élézantt, la grâce flexible et molle, l'insinuation craintive, la ruse. qui s'enveloppe et fuit pour revenir : il va droit à son but, renversant, brisant de son seul poids tous les obstacles, Ka diction est nerveuse, coneise, et cependant périodique, Pas une phrase ois-use dans Le discours; pas une mot oiseux dans la phrase, Il forec la conviction, 1 entraine à sa suit: l'auditeur maîtrisé; et, S'il hésite, ouvrant une soudaine issue à la tempête qu'il retenait en soi, il l'emporte comme les vents emportent une feuille sèche, (1) Démosthène possédait Le scerct de ectte chaleur d'argumentation, de 6e don du eiel, si rare ct si grand, qui transforme le raisonnement en passion, ct fait de la dialectique une arme irrésistible, Ses reproches sont terribles, ses exhortatons pressantes, son ironie amère, Chez lui, la force de l'action oratoire, ectte vie de l'éloquenee, était prodigicuse, Surtout, à part la chaire chrétienne, jamais orateur ne sut, Comme Démosthène, s'adresser à tout ce qu'il y a de grand et de beau dans le cœur de l’homme, non par de vaines déelamations, mais par des appels énergiques à des sentiments que l’on rougirait de ne point partager, Digne élève de Platon, il avait pris de la philosophie de son maitre ee qu'elle a de plus sublime et savait faire aimer la vertu pour sa seule beauté.