POËSIE DRA MATIQUE
Avant que la tragédie fut devenue un genre particulier à Athènes, l'épopée et l'ode avaient cu leurs glorieux représentants, Les récits d'Homère et les chœurs de Pindare de Thèbes étaient connus et adinirés. Le drame naquit de ces deux genres. Il emprunta le récit des événements au genre épique et le chant des chœurs au genre lyrique,
L'origine de cette poésie est, en outre, essentiellement nationale et
{) Lamennais, Zsquisse d'une philosophie, 2e partie, liv. IX, chap. III.
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religieuse, Les fêtes des dieux et les réjouissances publiques consistaient surtout en des chœurs qui se faisaient l'écho du peuple en prononçant des paroles appropriées aux circonstances, Quelquefois, on ajoutait la danse au chant et pour mieux représenter les sentiments qui animaient les chanteurs on joignait le geste aux paroles,
Le chœur fut done longtemps toute la tragédie grecque et la poésie lyrique son seul langage, Mais Thespis, contemporain de Solon et de Pisistrate, adjoignit un acteur chargé de débiter quelques récits ou de représenter une action relative au chant du chœur. Thespis, dit Horace, inventa le genre inconnu de la tragédie et promena sur des chariots les acteurs qui chantaient ses poëmes,
L'objet de la tragédie était une fête religieuse, morale et politique donnée par les magistrats, Ce but moral donna au chœur un caractère particulier. C’était dans sa bouche que le poëte plaçait presque toutes les moralités de son sujet. Il se tenait toujours sur la scène en sorte que la tragédie n'était qu'une représentation continuelle jusqu’à la fin. Après quelques intervalles, les acteurs se retiraient mais le chœur restait et continuait à chanter; ainsi, il n'y avait ni acte, ni entr'acte comme chez les mordernes,
Le disciple de Thespis, Phrynichos, continua l’œuvre de son maître. Il devint remarquable par sa pièce, l« Prise de Milet, On le fit mettre à l'amende parce qu'il avait trop vivement ému la sensibilité des spectateurs. Chorillos, contemporain d'Eschyle, ajouta du relief au nouveau genre en donnant au costume des acteurs une plus grande magnificence, Il eut l'honneur de voir Athènes entière assister à ses représentations et déterminer cette ville à bâtir le premier théâtre,
Eschyle est appelé le père de la tragédie parce que le premier il donna au drame une forme régulière, Il fut l'inventeur du dialogue en ajoutant un second acteur au premier. Il réunit au chœur la fable qui jusque À n’était qu'une partie secondaire, Le héros de la pièce devint un acteur ct ainsi le chœur vit son rôle diminué,
Par la suite, Sophocle introduisit un troisième et un quatrième acteur et Eurypide en fit autant. Sophocle porta la tragédie grecque à son plus haut dégré de perfection, A vingt-neuf ans, il avait remporté le prix sur Eschyle.
Eurypide, se rappelant les leçons de Socrate, d'Anaxagore et de Pro-
ticus, dont il avait été l'élève, transporta sur la scène les idées et Le lan- F
gage de la philosophie sans négliger pourtant la rhétorique et les mou-
vements passionnés. qu
ESCHYLE. l'âr
Eschyle d’Eleusis, surnommé le père de la tragédie grecque, naquit l'an de
526. Il avait une âme forte et ardente, II fut avec gloire à Marathon, cou
à Salamine et à Platée, De R vient ce ton fier, ces accents guerriers Tag
qui réchauffent et animent ses ouvrages, et qui font dire à Aristophane, les
en parlant de la tragédie des Sept chefs devant Thèbes, que c'était une trio
pièce pleine de l'esprit de Murs. Plutarque, dans sa Vie de Cimon, nous pou
rapporte qu'Eschyle fut vaincu par Sophocle dans un concours de poésie, plus
I ne pût dévorer sa honte à Athènes et son dépit l’amena à la cour N
d'Hiéron, roi de Sicile, où il mourut à l’âge de 69 ans, en 456, Il com- et d
ln qe posa lui-même son épitaphe à il ne fait mention que de ses exploits Les |. jh guerriers : “Ce tombeau renferme Eschyle, Athénien, fils d'Emphorion, tion [| A L mort dans la fertile Gela. Les bois de Marathon rediront sa vaillance, imag [HA ! 1 le Mède à l’épaisse chevelure l’a éprouvée.” ches [te RE On ne peut s'empêcher d'admirer son talent inventif pour tout ec qui Fom] { | concerne le mécanisme et la pompe théatrale, On lui doit l'idée, l'in- 49 pu vention de ces robes majestueuses que les prêtres adoptèrent peu après quele f u 11 dans leurs rites sacerdotaux. sont | la Eschyle écrivit plus de 100 tragédies; quarante furent couronnées Pr 118 par toute la Grèce dans des assemblées publiques. Kpt seulement nous dérol | À sont parvenues, 10. Prométhée, 20. les Sept chefs devant Thèbes, 30, Fore: |l { || les Perses, 40. Agamemnon, 50. les Coephores, 60, les Euménides, To. case ; ji les Suppliantes. perd | L' Mes pièces, disait Eschyle, ne sont que des relicfs des festins d'Ho- meme | à 4 mère, et il avait raison, A les lire, on reconnaît L: pu de développe- Le ro | rl | ment du genre dramatique. EÆElls tiennent plus d: l'épopée, où du captif | | } récit de l’action, que de la représ ntation de l’action même, ési en | bi D: toutes les tragédies qui nous restent de et aut ur, Prométhée pas J |A enchaîné paraît être son chef-d'œuvre. Malheureus ment, nous n'avons AA pas LS autres parties qui se rattachent à cette pièce. Evidemment celui Prométhée ne peut demeurer enchaîné sur son roch r. Ce n'est là que tombe le nœud d’une action. C’est aussi ce que nous indiqu: le titre de Ce
deux autres pièces perdues, ct qui étaient l’une, l’ xposition du sujet, à pièce
l'autr , le dénouement : Prométhée apportant le feu du ciel et Prométhée traite action
déchi îné,.
Le caractère distinctif d'Eschyle c’est, comme on l'a dit, l'épouvante qui marche devant lui la tête levée jusqu'aux cieux. Il accable l'âme par la terreur et la crainte pour la relever ensuite par le sentiment de sa dignité et par l’idée de sa force. Il n’entreprond pas de faire couler nos larmes, il craindrait d’amolir nos cœurs et détremper le courage des âmes toujours trop pusillanimes. Sa verve électrisait tellement les esprits qu'après une de se représentations le peuple le porta en triomphe aux champs de Marathon. Si puissants étaient ses moyens pour exciter l'émotion, inspirer la terreur, imprimer l'épouvant, que plusieurs spectateurs moururent d'effroi, dit-on, à sa scène des furies,
Ses plans sont d’une extrême simplicité. Il regardait l’unité de temps et d'action comme nécessaire, l'unité de lieu comme moins nécessaire, Les caractères et les mœurs de ses personnages sont convenables, Na diction est empruntée de sa pensée. Sans son pinceau tout se change en images frappantes par leurs beautés sans qu'il s'assujettisse aux recherches de l'élégance et de l'harmonie, Son syle est sublime et parfois pompeux jusqu’à l'enflure,mais il ne connaît pas l’art de nouer et de dénoucr une ‘action, [len résulte que dans ses pièces l’action s'arrête quelquefois. Il est peut-être trop prodigue de figures, et ses épitètes ne sont pas toujours du meilleur choix,
Prométhée, c’est un dieu que le maître des dieux veut punir d'avoir dérobé le feu du ciel et d'avoir enseigné aux hommes tous les arts, La Force et la Violence, ministres de Jupiter, l'attachent sur i» mont Caucase; à le malheureux exhale ses plaintes amères, Preméthée ne perd pas courage cependant ; il attend sa délivrance de gupiter luimême ; ilse vante de posséder seul le secret de la puissance du maître, Le roi de l'Olympe sera donc obligé de le lui réclamer, et le malheureux captif ne dévoilera le secret que si ses chaînes sont rompues, Mercure est envoyé pour connaître ce secret; il lui déclare que s’il ne le révèle pas Jupiter va le foudroyer, et le laisser en proie à un vautour qui déchirera ses entrailles. Prométhée garde le silence, brave les menaces de celui qu'il nomme le tyran des dieux. L'arrêt s'exécute, la foudre tombe, le rocher vole en éclat et la pièce finit là.
Cela ne peut pas même s'appeler une tragédie et le sujet de cctte pièce est monstrueux. Les Coephores est la seule pièce où l'auteur traite un sujet dramatique et où on commence à voir quelqu’idée d’une action théâtrale. Eu résumé, dit LaHarpe, Eschyle a inventé la scène,
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