ARISTOPHANE
“ Les Grecs cherchant un sanctuaire indestructible trouvèrent l'âme d'Aristophane.” C'est Platon qui parle ainsi dans un distique qui nous a été conservé. On rapporte que St. Jean Chrysostôme avait continuellement au chevet de son lit les œuvres du grand poëte comique de la Grèce. C’est qu’en effet Aristophane est un génie qui savait allier toute la finesse de l’atticisme à une verve comique intarissable, Ilest pour ainsi dire le seul poëte comique grec dont nous ayions les pièces entières,
Ses comédies sont la meilleure peinture des mœurs privées et publiques d'Athènes. Il jette le ridicule et le sarcasme sur tout ce qui prête le flane à la critique. Orateurs, généraux, magistrats, même le sage Socrate, il ne ménage personne. La décadence des mœurs grecques y est clairement décrite. L'inconstance d’une épouse, la malhonnêteté et le désordre du père, les minauderies de Ja jeune fille, les flagorneries des ambitieux, la cupidité des avares, il attaque tout avec énergie et avec une grande vérité de coloris. On l’accuse d’être licencieux. Ce n'est certes pas une fausseté, mais ses comédies tenaient aux mœurs du temps. Si elles nous paraissent licencicuses, il n’en était pas ainsi pour les Grecs de la décadence.
L'invention et les sources que lui fournit la fable laissent quelque chose à désirer. Il aurait pu développer son action davantage et se servir de la fiction avec plus d'habileté. Ses dialogues sont admirables. Les réparties fines, les traits perçants, les allusions niquantes, les jeux de
mots abondent et tiennent le lecteur indécis de savoir s’il donnera la préférence aux traits mordants d’un acteur ou à l'admirable réplique que lui fait son adversaire. Ajoutons à cela un style toujours pur et l’on pourra se faire une idée d’Aristophane et de son talent,
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Les critiques ne s'accordent pas sur le nombre de ses pièces. Suidas, dont l'opinion est d’un grand poids, les portent au nombre de 54, d'autre disent 44, Quoiqu'il en soit 11 seulement sont passées à la postérité. En voici les titres : 10, l’Assemblée des femmes, 20. les Fêtes de Cérès, 30. les Grenouilles, 40. les Chevaliers, 50. les Oiseaux, Go. la Paix, To, les Acharmiens, 80. Lysistrate, Jo. les G'uêpes, 100. Plutus, 110. Les Nuées. A cette dernière comédie se rattache un incident pénible, elle fut la première cause de cette inique persécution contre Socrate qui se termina par la mort de ce sage.
Le Plutus d'Aristophane marque lère de la comédie moyenne, à laquelle on avait laissé pour objet que la satyre seulement,
La comédie des Chevaliers est une satyre impitoyable contre la démocratie. Elle est spécialement dirigée contre Cléon qui, par sa parole entraînante, commandait aux multitudes. A la lecture de cette pièce on se fait une idée exacte des attributions de la comédie ancienne, A ce point de vue elle peut être considérée le chef-d'œuvre de l’auteur.
Le lieu où naquit Aristophane, ainsi que la date de sa naissance, ne nous sont pas connus. Suivant ses biographes il serait né à Athènes ou bien à Rhodes, ou à Egine, l’an 434. Les Athéniens, pour honorer son talent, lui avaient accordé le droit de cité. De tout ceci il demeure certain que ses dix premières comédies furent représentées pendant la guerre du Péloponèse, c’est-à-dire de 431 à 444.
Aristophane a longtemps été une passion pour bien des hommes. Molière lui emprunta le sujet de plusieurs de ses pièces, La Harpe à eu tort de le dénigrer autant qu’il l’a fait, et son étonnement à la vue de l'admiration que lui prodigua l'antiquité, vient de ce qu'il n'a pas lu les pièces d’'Aristophane ou qu'il ne les a pas comprises. Nous préférons nous écrier avec Barthélemy : ‘ Quelle élégance, quelle pureté dans la diction ! quelle finesse dans les plaisanteries! quelle vérité, quelle chaleur dans le dialogue ! quelle poésie dans les chœurs! A la vérité, cet auteur fourmille de défauts, mais il fourmille aussi de beautés, Ce sont les irrégularités de la nature, laquelle, malgré les imperfections que notre ignorance y découvre, ne paraît pas moins grande aux yeux attentifs.” (1)
Après Aristophane fvinrent Crates, qui fut à la fois poëte et acteur ; Chérécrate, inventeur d’un mètre employé depuis par Horace ; Amip-
(1) Voyage d'Anacharsis.
sias, dont on ne connaît que le titre de ses pièces. Ces auteurs appartiennent également à l'ancienne comédie,
Platon (446), personnage autre que le philosophe, est regardé comme le prince des écrivains de la comédie moyenne, Ménandre inventa la comédie nouvelle et eut pour émule Philémon, poëte comique remarquable, qui vécut plus de cent ans. Il fut souvent l'heureux vainqueur de Ménandre, Ses ouvrages étaient, dit-on, du genre plaintif et larmoyant,
La poésie lyrique eut son plus illustre représentant dans la personne de Pindare, Il s'était perfectionné au contact de Lasos, de Simonide, de Myrtis et de Corinne, qui furent ses premiers maîtres. La poésie lyrique avait déjà jeté un vif éclat dans la première période, Pindare la perfectionna et ses inspirations font encore l'admiration des poëtes modernes. Bacchilyde, qui fut en faveur auprès d'Hiéron, s’est distingué par ses pensées profondes et sa diction élevée,