‹ Histoire abrégée de la littérature [microforme]Chapitre 45 sur 221 · JULES CÉSAR · texte numérisé non relu

JULES CÉSAR

Prendre une part active aux affaires publiques ; opérer dans le monde politique une révolution étonnante ; tour à tour proscrit, captif, racheté, se montrant partout digne de Rome; fier comme un monarque, libéral à l'excès, gai compagnon, aimable débauché, mais ayant partout voix prépondérante ; éblouir Rome par ses exploits et marcher à la victoire avec un courage indomptable, une énergie de fer, une activité dévorante ;

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devenir tour à tour dans Rome l’objet de l'amour le plus passionné et de la haine la plus implacable ; pousser la vengeance jusqu’à prononcer ce mot terrikle : le sort en est jeté, passons le Rubicon ; se faire remarquer par des talents universels: orateur puissant, diplomate rusé, historien remarquable, poëte élégant, homme du monde, aussi aimable dans les salons que farouche sur les champs de batailles :—tel nous apparaît Jules César.

Si cet homme extraordinaire se fut consacré à une spécialité il n'aurait pas été surpassé. Dans toute l’histoire romaine, histoire qui représente une longue suite d'hommes illustres, aucun nom ne resplendit d’un éclat aussi brillant que celui de César. Vent, vidi, vinci, écrivait-il au peuple romain; et en effet, l'éclat de son nom, le prestige de sa puissance faisaient tomber les armes des mains de ses ennemis,

Cicéron le proclame le plus élégant des orateurs romains. I] s’illustra au barreau pendant sa jeunesse, ses plaidoyers annoncent de la force, de la vivacité et du mouvement. Le génie guerrier s’y fait sentir et anime à un haut degré une élocution facile, Ses qualités brillantes étaient relevées par une extrême élégance.

Mais cet homme supérieur, éloquent, se servit de l’art oratoire que que pour arriver à un but, S'il plaide, c’est pour son intérêt; s’il harangue la multitude, c’est pour armer une foule de débauchés de son âge qui devaient être plus tard ses plus fermes soutiens dans l'exécution de ses plans gigantesques. S'il se fut entièrement consacré aux lettres, César aurait fait avancer d’un pas le progrès intellectuel. On peut tout supposer d’un homme de génie qui parvient à dominer une époque remarquable. S'agit-il de son intérêt, de promouvoir ses opinions, d'éteindre les soupçons qui planaient sur sa conduite, voyez-le à l’œuvre ! Prendra-t-il des moyens ordinaires, répondra-t-il au sarcasme par un mutisme vulgaire ou par de simples négations banales ? Nullement. Attendez, César va opérer une merveille, une entreprise colossale, extraordinaire, inouïe: un grand moteur, un journal, espèce de moniteur quotidien, connu sous le nom d’Actes Diurnaux, va dorénavant se lire dans les rues de Rome ébahie, C’est la première feuille périodique que l'histoire mentionne.

Nous concevons qu’un homme puisse opérer une révolution lente dans les idées, mais changer prestement un état de choses qui durait depuis

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300 ans, imposer à la nation une institution antipathique indique un génie puissant.

Cicéron jugeant César comme historien dit : Oui, il a écrit d'excellents Commentaires. Le style en est simple, pur, gracieux et dépouillé de toute pompe de language. C’est une beauté sans parure. En voulant fournir des matériaux aux historiens futurs, il a peut-être fait plaisir aux petits esprits qui seront tentés de charger d’ornements frivoles ces grâces naturelles ; mais pour les gens sensés il leur à ôté à jamais l'envie d'écrire, car rien ne plaît autant dans l’histoire qu’une brièveté correcte et lumineuse.

César est l'historien de ses actes. Nul pouvait le faire mieux que lui et personne n'aurait pu juger avec cette profondeur de vue les événements qu’il à fait naître. Si ses Commentaires sur la querre des Gaules et la guerre civile l'ont illustré comme historien, ses ouvrages sur la grammaire (analogia), sur l'astronomie (auguralia), sur la religion (de auspiciis) et sur la poésie le font connaître comme penseur.

César avait consacré sa jeunesse à la poésie. Sa versification est harmonieuse, coulante et pleine de feu. Les grandes questions de l’état l'entraînèrent plus tard loin du bocage qu'habitent les muses, sans quoi il aurait été un de leurs heureux favoris. Il composa les tragédies d'Œuipe, d'Adrasse et de Julie, un poëme sur le Mouvement des astres, des Louanges à Hercule et quelques poésies fugitives, qui comme le reste sont disparues.

Varron d'Attace (82), imita les Argaunuutiques d’Apollonius de Rhodes et donna à son poëme le titre de Jason. Il fit un récit épique de la guerre de César contre les Séquariens, et un ouvrage intitulé Æsopa, dont nous ignorons le sujet,

Mecène (18), le célèbre conseiller d’Auguste, a écrit un recueil de poésies et deux tragédies : Prométhée et Octavie, un traité sur La Parure, des travaux sur l'Histoire Naturelle et des Mémoires pour servir à l’histoire du règne d'Auguste. Mecène est le protecteur des lettres ; c’est là son plus beau titre de gloire.

Auguste (63-14) a donné son nom au grand siècle littéraire de Rome, Son règne, au lieu d’être comme on pouvait le supposer le commencement du despotisme, fut plutôt le magnifique coucher de la République romaine, À Athènes la littérature était cultivée par les premières familles ; à Rome jusqu'au temps d’Auguste, elle fut souvent l'apanage

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des dernières classes de la société. Mais ce prince habile attira à sa cour tous les talents et s’en servit comme l’ornement de son règne, Il les combla de présents et en retour il obtint leurs louanges,

Cette complaisance pour le souverain s'explique assez. L'homme de lettre à Rome n'était pas le même qu’à Athènes, leur rôl: différaient essentiellement, En Grèce le poëte est mêlé à la politique; à Rome, la puissance ombrageuse des empereurs ne lui laissait aueune autorité, Les poëtes jouèrent donc à ectte époque, à leur insu, un rôle singulier : ils préparent les esprits à l’obéissance en donnant aux empereurs une origine céleste et en accolant leurs noms aux divinités.

L'avènement d'Auguste marque done une ère nouvelle dans les lettres. Sa bienveillante protection lui valut l'honneur de donner son nom à un des quatre grands siècles littéraires. Il laissa en outre quelques écrits, surtout un livre en vers hexamètres intitulé: Sicile, un petit Recueil d'Epigranmes, des Exhortations à la philosophie, des Mémoires de sa vie et un Aecueil de Lettres, une Vie de Drusus, un abrégé de l'Histoire de l'empire romain, La prose de l’empereur a éprouvé le même sort que ses vers, car de bien courts fragments sont arrivés jusqu'à nous.

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