‹ Histoire abrégée de la littérature [microforme]Chapitre 53 sur 221 · PHÈDRE—LUCAIN—-PERSE · texte numérisé non relu

PHÈDRE—LUCAIN—-PERSE

On ignore l’histoire de Julius Phaedrus. Il vivait sous le règne d'Auguste.

Phèdre, c'est l'Esope de l'ancienne Rome. Il nous reste de lui 91 fables en vers iambes, intitulées Æsopiennes, et d'autres morceaux détachés.

C'est plus qu'un fabuliste, c'est encore un conteur. Aussi, voit-on l'ancedote varier son récit.

Son style ne laisse rien à désirer. Il est clair sans être diffus, concis sans être obscur, Sa diction est toujours pure; on sent à le lire qu'il appartient au siècle d'Auguste. Lafontaine seul a pu le surpasser, Cependant on dit que la littérature était pour lui un métier. LaHarpe, d'ordinaire si réservé dans ses louanges, reconnaît le mérite du fabuliste Romain, Van Effen abonde dans le même sens, /oici ce qu'il en dit,

A l'esprit des Romains sa plume a retracé, Les utiles leçons d’un esclave sensé.

De ses termes choisis l’élégante justesse Sert chez lui de grandeur, de grâce et de finesse, Sans tirer de l’esprit un éclat emprunté, Le vrai plait en ses vers par la simplicité.

Phèdre eut le mérite d’avoir, le premier, fait connaître aux Romains les fables d’'Esope, non que toutes ses fables soient des traductions de celles du philosophe phrygien; mais les deux tiers qui paraissent originales sont dans la manière d'Esope. Mais Phédre a le mérite de l'invention dans la disposition de ses matières, et il est un poëte aussi original que Lafontaine, qui lui aussi, a pris ailleurs le sujet d'une grande partie de ses fables, Son style est simple, mais sa diction n’en est pas moins élégante, quelque fois même un peu trop recheren”:.

Cordoue est la patrie de Lucain. Il vit le jour, l'an 38 de notre ère. Ses premiers succès furent éclatants.

Son principal ouvrage, celui qui lui a assuré l’immortalité est la Pharsale, ou les guerres civiles de César contre Pompée, C’est le récit embelli des événements de cette lutte entre deux géants, La peinture des caractères l’a rendu digne de fixer le regard de la postérité. Malgré ces beautés, qui supposent un grand poëte, Lucain est tombé dans le défaut des poëtes de la décadence, l’enflure. Il y a, dans certains endroits de son poëme, de la déclamation outrée, sans règle et sans goût.

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ain n’a pu terminer son œuvre; la mort le surprit, à 27 ans, Ceci témoigne beaucoup en faveur du poëte ; à cet âge, on n’a pas encore cette maturité que forme l'expérience,

“ La Pharsale, dit Bocher, ne saurait être mise au rang des belles productions de la muse épique. Le jugement des siècles est sans appel, La Pharsale, où l’on ne peut méconnaître du génie et de beaux traits d’éloquence, reste frappée de deux défauts invincibles, le froid et la déclamation. Le style de ce poëme, qui brille souvent par la précision, la force et de grandes images, appartient à une époque de décadence et de faux goûts.”

Corneille et Voltaire faisaient grand cas des vers de Lucain.

C'est avec raison que l’on a disputé à la Pharsale le titre de poëme épique : l'invention poétique et les machines qui sont de l’essence de l'épopée, y manquent absolument et le sujet convenait mieux à ce qu'on a appelé poëme héroïque, genre dans lequel s'étaient exercés les poëtes d'Alexandrie, L'événement qui fait le sujet de la Pharsale était trop rapproché des temps du poëte pour qu’il fut permis à son imagination de l'orner par des fictions. Considéré sous ce dernier rapport, on peut dire que l’auteur ne pouvait choisir un sujet plus embarrassant pour ses compatriotes que l’histoire de cette lutte entre César et Pompée, où comme ks patriotes l’envisageaient, de la victoire remportée sur la liberté romaine : ce grand événement amena la révolution que la corruption des mœurs et l'étendue de l'empire avaient depuis longtemps rendue inévitable. Rapporter cette catastrophe, sans y mêler rien de surnaturel ; l'orner de toutes les descriptions poétiques que la vérité historique comportait; donner à ses acteurs le caractère qu'ils avaient montré, et le faire ressortir en peignant les différentes situations où ils s'étaient

trouvés ; développer des sentiments nobles et dignes d'hommes libres, proclamer les maximes que tous les efforts des tyrans ne sauraient renverser ; parler à ses concitoyens un langage pur, éloquent et énergique ; réveiller en eux le patriotisme qui pourrait les délivrer un jour du joug honteux que des maîtres féroces leur avaient imposé : telle fut la tâche glorieuse que Lucain se proposa de remplir. S'il est resté au-dessous de son sujet, si quelquefois il a manqué de jugement et de goût, il ne faut pas oublier que la Pharsale est l'ouvrage d'un jeune homme, et plaindre le destin qui ne permit pas à l'homme fait de corriger cet essai et de nous laisser des ouvrages composés avec un jugement fortifié par l’âge

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et un goût épuré qui lui auraient assuré un rang à côté des plus grands poëtes de tous les temps, (1)

Le patriotisme de Lucain porta ombrage au farouche Néron ; il décréta la mort du poëte. Sénèque devait périr par le même décret de proscription.

Aulus Persius Flaccus naquit à Valterre en Toscane (34-62) d'une famille puissante, Le jeune Perse s’initia de bonne heure aux secrets poétiques et devint un des plus ardents disciples des muses. La satyre fut son champ de bataille. Il aimait à fronder les vices et les ridicules de son époque. Il passa une grande partie de sa vie à voyager, faisant la connaissance de tous les savants et devenant l'hôte des familles distinguées, Son caractère aimable, la pureté de sa morale, l'aménité de ses manières, le sel de son esprit lui attiraient tous les cœurs.

Il nous reste de lui que six satyres. LaHarpe vante la gravité de son style, la sérénité de sa morale, la concision et le sens qui le distinguent, Ce sont, dit-il, les attributs particuliers de Perse, mais l'excès de ses bonnes qualités le fait tomber dans les défauts qui en sont voisins,

Qui n'est que juste est dur, qui n’est que sage esttriste, a dit Voltaire, et cela est vrai des ouvrages comme deshommes., La gravité stoïque de Perse devint sécheresse, Sa sévérité que rien ne tempère nous attriste et nous cffraie: sa concision outrée le rend obscur, et ses pensées trop pressées nous échappent.

Perse, dit Quintilien, a mérité beaucoup de gloire et de vraie gloire,

Nous voyons une louange au lieu d'un reproche dans ces vers d'un critique français :

Perse en vers obscurs, mais serrés et pressants Affecta d’enfermer moins de mots que de sens,

Valerius Flaccus se rendit célèbre par son poëme des Argaunotiques qu'une mort prématurée empêcha de terminer. Suivant Bathius, le ton, le jugement, le savoir se rencontrent dans le poëme de Valerius. Bocher dit qu'il est parfois difficile à comprendre, à cause des constructions embarrassées ou d’une certaine obscurité d'expression produite par l'accumulation des figures, qui souvent paraissent recherchées.

Le temps n'a épargné, des divers travaux de $ilius Italicus, que son poëme sur la Seconde guerre Punique. Cet écrivain ne possède pas

(1) Scholl. Litt. Romaine II. 291.

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un génie inventif, mais il répand assoz de variété dans ses écrits, qui fourmillent de combats. Il a su éviter la plupart des défauts où sont tombés les poëtes de son temps ; son style est soutenu sans affectation.

Sénèque, Martial et Juvénal figurent avec honneur au milieu des décombres de la troisième période. Ils savent flétrir le vice comme il le mérite et vouèrent aux imprécations l’histoire de cette triste cohue des misères de l'humanité. Stace, Claudien et Ausone sont des noms qui méritent d'être mentionnés.

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