SÉNÈQUE
Sénèque, le Philosophe, était d’origine espagnole. Il naquit à Cordoue, colonie patricienne, l'an 2 après J. C., sous le règne d'Auguste, Son père l'amena à Rome, encore enfant. Il fut de bonne heure formé à l'art oratoire par son père, dit le Æhéteur, dont il nous reste un intéressant recueil de Déclamations. Ses débuts au barreau eurent un grand succès. Il obtint la Gesture sous le règne de Claude et il ouvrit en même temps une école de philosophie; son Traité de lu colère date de cette époque. Tombé en disgrâce, il fut exilé pendant deux ans. Il s'adonna au travail, à la philosophie, réunit les matériaux de ses Questions naturelles, où il traite les plus hautes parties des connaissances de son temps. Il devint ensuite le précepteur de Néron qui profita bien mal des leçons de son maître D'instituteur du prince, il était devenu son winistre le plus influent. Les heureux débuts du règne de Néron furent dus à l'influence du philosophe. Tout le bien qu'il fit dans sa haute position, et le mal qu’il réussit souvent à empêcher, justifient assez son entrée aux affaires en ce temps où, comme le dit Tacite, la carrière semblait ouverte à tous les mérites. Son traité de la Clémence est une leçon déguisée qu’il adressait au prince. Ses richesses, tout imposées qu’elles étaient par Néron, l'exercice d'un pouvoir qui dura trop peu pour le bien du monde, mais qui semblait trop long à d'umbiticux rivaux, le contraste si facile à relever du désintéressement prêché dans ses livres et l'éclat de sa position officielle, ses talents littéraires enfin lui suscitèrent une foule de détracteurs et d’envieux. Il mourut à l'âge de 63 ans sur l’ordre du cruel Néron. Délivré du seul
frein qui le retenait encore, le tyran se livra à une foule d’atrocités sans noms,
Sénèque, dit Quintilien, avait de nombreuses et de grandes qualités, génie facile et abondant, beaucoup d'études, vastes connaissances qui trompèrent parfois néanmoins ceux qu'il chargeait de certaines recherches. Il a cultivé presque tout les branches de la littérature; on cite en effet de lui des discours, des poésies, des lettres et des dialogues, Peu arrêté dans ses doctrines philosophiques, du reste, il excelle dans la censure des vices, il offre une multitude de pensées remarquables, beaucoup de choses à lire pour le profit des mœurs; mais sa façon de dire en général peu saine, est d'un exemple d'autant plus dangereux qu'elle abonde en défauts séduisants. On voudrait qu'il eut écrit avec son génie, guidé par le goût d'un autre; car s’il eut dédaigné certains ornements ou s’il les eut un peu moins recherchés ; s’il n'eut pas été un peu amoureux de tout ce qui tombait sous sa plume, s’il n'eut pas rapetissé par les plus faibles pensées l'importance des sujets, les suffrages de tous les gens éclairés, plutôt que l'engouement de la jeunesse, lui scrait acquis. Tel qu'il est pourtant, des esprits déjà sûrs et d’un genre plus sévère et suffisamment affermi, doivent le lire, par cela même qu'il peut doublement exercer le goût; car il y a chez lui, je le répète, beaucoup à louer, beaucoup même à désirer; il ne faut qu'avoir soin de choisir, et plût aux dieux qu'il l’eut fait lui-même! Elle méritait de vouloir mieux faire, cette riche nature qui a fait tout ce qu’elle a voulu.
Sénèque est un philosophe non de théorie mais d'esprit pratique : c'est un puissant propagateur de vérités faites pour l'usage, un précepteur de morale, un vrai directeur de conscience. Je ne crois pas, dit Joseph de Maistre, que dans les livres de piété on trouve, pour le choix d'un directeur, de meilleurs conseils que ceux qu'on peut lire dans Sénèque. Seneca saepe noster, disait Tertullien.
Ses principaux traités sont la clémence, la brièveté de 1a vie, les bienfaits, la vie heureuse, la providence, l’Apokolokyntose, lettres à Lucilius, ete. Plusieurs de ses écrits sont devenus la proie du temps.