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Il a peut-être un peu trop mêlé les souvenirs du paganisme à ceux du catholicisme, Cet abus était un tribut qu'il payait à son siècle,
Le Tasse peut être comparé à Homère, à Virgile et à Milton sous tous les rapports, excepté pour la simplicité où il est surpassé par Homère, la sensibilité par Virgile et l'audace du génie par Milton.
La langue d'Homère, dit M. de Bonald (1) est plus héroïque que son sujet, et le sujet du Tasse plus héroïque que sa langue. La langue italienne, faible, molle, et sans dignité, convient plutôt au genre familier, Lorsqu'elle parle l'épopée, on croirait entendre jouer le vieil Horace par l'amoureux du théâtre italien. C'est Hermide qui prend les armes d'Ar. gant pour combattre Tancrède. Aussi, remarquez que les reproches que Despréaux fait au Tasse portent principalement sur les Concetti de sa langue et que ceux qu'Horace fait à Homère portent sur la conduite du poëme. De‘là vient qu'Homère et Virgile perdent tout à être traduits, et que le Tasse y gagne peut-être, ou du moins que son poëme ne perd rien à être traduit dans toutes les langues qui sont plus mâles et plus héroïques que sa langue naturelle.”
Les poëmes romanesques, ou romans épiques, qui avaient inondé l'Italie, avaient semé dans la langue et dans les imaginations italiennes un grand nombre d'expressions et d'idées ennemies du bon goût, et même du bon sens, pris dans cette acception positive que lui donne Horace quand il en fait la première règle de l’art d'écrire. Nourri dans la lecture de ces ouvrages, ayant lui-même figuré parmi les poëtes romains; malgré les notions saines qu'il acquit ensuite sur la véritable épopée il lui fut impossible de ne pas conserver dans un poëme héroïque quelquesuns des défauts qu'il s'était habitué à excuser et même à imiter dans les romans. (2)
Le siècle du Tasse, même dans son injuste rigueur, lui décernait un rang des plus élevés, lorsqu'il mettait en discussion lequel l’emportait de lui ou de l’Arioste : Arioste, le poëte du libre élan, de la fantaisie parlante, mais contenue, qui plaisante avec son sujet et les lecteurs, qui rompt les octaves etles vers comme les épisodes, qui entremêle quatre ou cinq événements parallèles, et se fait tout pardonner par une élegance limpide et une douce animation ; le Tasse dont la grâce est toute artificielle, qui ne s'écarte jamais de la forme plastique, pauvre dans la langue,
(1) Legisl. prim., tome 6.
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boîteux dans l'octave, qui prétend justifier chaque passage par des exemples et ne hasarde aucun développement, sinon pour retarder ou accélerer l’action principale, Arioste est l'expression de la Renaissance païenne au temps des Médicis, avec cctte ivresse de la forme extérieure, du charme corporel, avec la fougue des sens, l'impétucuse ardeur de la vie et l'éblouissement de l'imagination. Le Tasse signale le retour de l'esprit chrétien dans l'impression qu'il laisse, dans la générosité de ses chevaliers, dans les rites sacrés, dans la componction, dans la dignité sévère qui règne d’un bout à l’autre de son poëme. Seulement, l'invention et la mémoire usurpent trop souvent la place de la foi réelle ; ls prodiges vacillent entre le miracle et l'explication naturelle; les Musulmans et les chrétiens parlent le même langage, aiment de la même manière, Ce mélange de faux et de factice, cette douceur maladive révèlent la largueur qui envahissait la littérature comme la nation, qu’elle réduisait à une fausse rhétorique, à une poésie savante, comme alors qu'on a perdu le sens de la poésie créatrice. Le Tasse est plus classique que tous ceux qui l'avaient précédé, et ce qui a rendu son poëme si populaire sont les épisodes. L'intérêt est toujours vif et les obstacles croissent toujours jusqu'à ce qu’une catastrophe, qui, pour être annoncée dans le titre, ne cesse pas d’exciter la curiosité. Mais jamais il ne s'élève à une grandeur véritable ; il laisse échapper les occasions d’être poëte, à ce point que les esprits médiocres s’en aperçoivent eux-mêmes, At-il à décrire le paradis, il traduit, lui chrétien, le songe de Scipion. Les ambassades sont copiées dans Tite-Live ; il calque le voyage de l'Atlantique sur celui d’Astalfe dans Arioste; il demande à l’art chevakresque de son temps la description des duels, aux livres de rhétosique gs discours compassés, aux livres de morale scolastique les sentences pompeuses de son Godefroy, qui offre un général parfait, mais d'une vertu trop calme et toujours supérieure aux passions. Tancrède, héros véritable, s'abandonne à des amours cfféminées qui l’avilissent au lieu de lu inspirer de nobles actions. Renaud est brave; caractère nul, s’il n'était réservé par le destin à tuer Soliman et à devenir la souche des ducs d'Este. Le Tasse paya largement son tribut à l'esprit adulateur de son siècle, auquel il accorda les Concetti dont on a voulu, à grand tort, le faire l'inventeur. Il cherche, dans la grâce artificielle de son travail, à reproduire les beautés de tous ses prédécesseurs ; mais souvent il les altère en les exagérant ; il gâte les situations les plus intéressantes et les
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plus tendres par des arguties ; et pourtant, il a tant de charmes qu'on n'éprouve pas moins de regret à le censurer qu’à dire les défauts d’un ami. (1)