POÉSIE DRAMATIQUE
Le siècle de'Léon X. vit naître les premiers germes de la tragédie moderne. Pendant que les Frères de la Passion et les Clercs divertissaient la France avec les Mystères et les Actes des Apôtres, le cardinal Bibiena et le Tressin donnaient, au commencement du XVIe siècle, de beaux spectacles aux lettres de l'Italie. Léon X répandit sur l'art dramatique les mêmes encouragements qu’il prodiguait à tous les arts, Le Tressina lui dédia sa tragédie de Sophonisbe, pièce tirée de l’histoire romaine et imitée des anciens. Cet exemple fut suivi par Rucelli dans sa Rosmonde, fait historique disposé à la manière des Grecs, etson Oreste qui est une imitation d’/phigénie en Tauride d'Eurypide.
La carrière était ouverte; d’autres poëtes ne tardèrent pas à suivre. L'un des premiers fut un jeune Florentin nommé Martelli, qui s'est fait remarquer par sa Zullie, sujet tiré de l'Histoire Romaine et traité sur la scène à la manière grecque. Au reste, tous les écrivains dramatiques de cette époque interrogèrent l'antiquité pour y trouver le secret de leurs drames. L'Antigone d'Alamanni a été écrit avec le même esprit, Cinthio a laissé neuf tragédies et Louis Dolce en compte tout autant, Conace, de Speroni; Torrismondo, du Tasse; Œdipe, de l’'Anguillara ; la Mérope du comte Torelli; la Sémiramis, de Mafredi et l'Orazia, de l'Aretin, sont les meilleurs tragédies du siècle de la Renaissance, Evidemment, l’art a depuis fait un grand pas, et ce serait le faire rétrograder que de prendre ces pièces pour modèles, mais elles développèrent le goût du théâtre et l'amour de l'antiquité.
Les mimes s'étaient perpétués en Italie avec leurs pièces improvisées et non écrites et leurs costumes bizarres, leurs arlequins, leurs seapins, pendant que les derniers dialectes italiens se formaient etque chacun des petits états qui les parlaient prenaient des habitudes, des mœurs, des ridicules particuliers, Quand les mystères ct les représentations sacrés prirent cours, ils les jouaient à leur manière et dans les églises même, Les prêtres se mêlaient à eux et jouaient avec eux. Au XVe siècle, on interdit des églises ces bouffonnerics, ct on défendit aux prêtres de jouer
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dans les temples. Au XVIe siècle, à la renaissance de la comédie régulière en Italie, les mimes continuèrent d’exercer leur art, et le gardèrent dans toute son originalité primitive, en rivalité avec les spectacles nouveaux, Les lettrés écoutaient les imitateurs de comédies grecques, le peuple applaudissait les mimies. Ces deux classes de représentations comiques durèrent pendant un partie du XVIIe siècle. On attribue à Bibiena la première comédie, la Culendria, selon les règles des anciens, L'’Arioste composa cinq comédies, dans le genre de Plaute ; il lance ses traits contre les grands, les magistrats, les juges, les avocats, les moines, mais d'une façon bien modérée. La Mandragora de Machiavel est plus mordante ; elle fut le fruit des délassements d’un génie profond, habituelement occupé de matières abstraites, aussi souple que profond.
A part ces comédies classiques, on peut citer plusicurs pièces secondaires, entre autres les comédies de l’Aretin, de Cecchi et de Lasea,
Ces comédies étaient imparfaites sans doute ; elles donnent trop à l’intrigue et trop peu aux caractères; elles copiaicnt trop servilement des formes et des ressorts d'action qui n'avaient plus, dans les temps modernes, la même ressemblance que chez les anciens, mais enfin, c'était la comédie, un des genres de la véritable comédie, à l’imitation des pièces de Plaute et de Térence. Aucun pays de l'Europe, à ectte époque, pouvait en montrer autant. Quand Molière parut, ce fut autre chose: la comédie française, c’est-à-dire la comédie de caractère, prévalut. Les Italiens eux-mêmes imitèrent celui qui n'avait pris que dans son génie les secrets les plus profonds de son art. N’empêche que les Italiens ont été les premiers à retrouver la bonne comédie,
S'il fallait entreprendre de nommer les poëtes lyriques qui brillèrent en Italie au XVIe siècle, la liste en scrait bien longue, Les imitateurs de Pétrarque se chiffrent par centaines, Ce genre de poésie est le plus facile, et il n’est point de si mince poëte qui se flatte d'y réussir, Cette tendance prouve du moins que l'instruction était alors générale puisque tous les genres y furent cultivés avec succès,
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Le XVITe siècle est l’âge de la décadence en Italie, On ne remarque plus cette ardeur pour les lettres, cet amour passionné pour le beau qui élevèrent en grandeur et en mérite ie siècle de Léon X. Les guerres
civiles, les animosités des seigneurs, les divisions, les haines, les jalousies mal contenues sont autant de causes qui amenèrent cette décadence,
A quelques exceptions près, Rome est la seule ville qui jeta encore quelques lueurs vivifiantes, grâce à la protection d'un Urbain VIII, d'un Grégoire XV, d'un Alexandre VII et du cardinal Frédéric Borromée, Milan doit à ce dernier son immense bibliothèque ambroisienne, vaste dépôt où l’âge moderne se confond avec l'antiquité. Les concetti, souvent trop familiers ct trop rebattus, étaient au XVIIe siècle, pour les Seicentisti, (nom donné aux écrivains du chiffre seize cents) l'expression de la finesse, de la grâce ct du plaisant porté au plus haut degré.
Au reste, comme dans toutes les époques de décadence, les rares beautés que l’on rencontre, persemé:s ici et là, sont insuffisantes à racheter les défauts de style, d'ensemble et de goût. Le Tasse était paru, et son chef-d'œuvre ne pouvant être surpassé, on chercha à l'imiter. Mais de cette imitation outrée naquit l’enflure, l’affeccation et le mauvais goût, comme cela arrive infailliblement à chaque époque d'imitation. Les écrivains italiens au XVIe siècle, donnent encore dans d'autres défauts. Outre l’imitation servile de la forme latine, on leur reproche leur manque d'idées et d'originalité, et une morale parfois relâché,
Comme plusieurs contrées de l’Europe, qui, après avoir favorisé les Belles-Lettres les négligèrent au profit de la science, l'Italie vit surgir de nombreuses universités, où les sciences positives et pratiques prirent un essor digne de louange. Pise, Florence, Sienne et beaucoup d’autres villes comptèrent un grand nombre d'étudiants.
C'est ainsi que les écrits de Bernardo Dovanzati (1529-1606) joignent à la concision le mérite de présenter des notions pratiques. Si sa traduction de Tacite laisse à désirer, il a mieux réussi dans son Æistoire du schisme d'Angleterre. Sa Notice sur le Change, ses Lecons sur les Monnaies, l'Oraison funèbre de Cosme, et son Traité sur l'Agriculture en Toscane sont encore lus.
Baptista Guarini (1537-1612), est le contemporain et le rival de Torquato. Son Pastor jido fit concurrence à l'Amainta du Tasse. C’est, comme l'appelle le poëte lui-même, une tragi-comédie dans le genre pastoral. Ses autres ouvrages sont deux dialogues écrits pour justifier son Pastor fido, malicieusement attaqué, intitulés Vérité Ie. et Vérité Ile., un Xecueil de Poésies et une Correspondance.
Bernadino Baldi (1553-1617), se distingua comme mathématicien,
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philologue, écrivain en prose et en vers. Nous avons de lui un grand nombre d'ouvrages inédits, un poëme didactique, La Navigation, des Poésies diverses, quelques Dialogues, cent Fables et La Vie de Gui doduldo, due d'Urbin. Gabriello Chiabrera (1552), surnommé le Pindare de son temps, a laissé des drames, des pastorales, des poésies héroïques et des odes. Sa plume féconde donna à l'Italie cinq grands poëmes épiques: lo. L'Italie délivrée, 20. La Florence, 30. La Gothiade, 40. L'Amadéide, 5o. Le Roger, et d’autres pièces de moindre importance, Parmi ses pièces de théâtre, on cite Herminie et Hippodami, qui contiennent des beautés. La postérité n’a pas confirmé les louanges qui lui ont été prodiguées par ses contemporains, Cependant, on ne saurait trop louer sa fécondité, l'harmonie toute nouvelle qu’il donna à la poésie lyrique et son goût musical développé.
Il ne nous appartient pas de suivre le célèbre Galeo Galilée (1564- 1641) dans ses études médicales, philosophiques et de mathémathiques, Disons seulement que la physique lui doit les admirables lois sur le mouvement, et l'astronomie a eu en lui un savant défenseur du système cos mographique de Copernic. Comme écrivain, Galilée se fait remarquer par la pureté de son style et l’élégance de sa diction. Son journal, Le Sagittaire, ses Dialogues sur les deux Systèmes, sa Correspondance, sont des œuvres d’érudition et de bonne prose,
Abscondro Tassoni (1565-1635), débuta par des commentaires contre la Cunzonnière de Pétrarque et par des Pensées diverses, maïs il accrut surtout sa renommée par son poëme épique dela Secchia rapita (le Sceau enlevé), poésie burlesque où l’on rencontre de la grâce et de la fine plaisanterie.