MARINI
Giambatista Marini (1569-1625), ou le Cavalier Marin, comme on le nommait en France, est le grand corrupteur du goût, prêchant par ses écrits l'extravagance dans la métaphore, l’affectation dans le style, l’ampoulé dans les descriptions, ee qui occasionna plusieurs querelles littéraires. Outre des idylles, des canzoni, des épithalames, des panégyriques, des églogues, il se recommande surtout par son poëme d’Adonis, en vingt chants, Son style a de l'harmonie et il se fait remarquer comme peintre, mais que de défauts à travers ces quelques beautés! C’est le Gongoura de l'Italie. Clodio Achillini, Jérôme Préti, et un grand nombre d’autres, marchèrent sur ses traces,
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| L'harmonie du style de Marini, la vivacité et l'éclat de ses images, la | peinture voluptueuse et toujours nouvelle de toutes les nuances de ji 4 l'amour, dans lequel il se montrait inépuisable, lui attirèrent des suf- He frages qu'on ne peut lui refuser encore aujourd’hui. Bientôt, il se trouva Aie | à la tête d’une secte poétique, et tandis que ses partisans prétendaient que lui seul avait osé puiser dans les trésors de l'imagination, s’abandon-
ner à toute la chaleur de l'imagination poétique, ses adversaires mainte-
absurdes, ces descriptions ampoulées qu'il avait mis à la mode et que ses
| paient contre lui la pureté du goût du siècle précédent. Il est vrai | qu'ils n'avaient pas conservé une ctincelle du feu du génie qui brillait 1: | alors. Les talents de Marini, sa richesse d'imagination, la vivacité de | | 18 son esprit font excuser chez lui ce style précicux et affecté, ces métaphores HE ï imitateurs considèrent comme des beautés de premier ordre, de PL ral L'Adonis de Marini est une espèce de poëme épique et romanesque : fé l'amour de Vénus et d’Adonis en est le sujet; il commence au moment ii à où Cupidon irrité contre sa mère, la blesse de ses flèches, et lui inspire ls j l'amour pour Adonis qu’il fait venir du fond de l'Arabie dans l'Ile de 15 Chypre. Chacun de ses chants forme comme un petit poëme où l’auteur | Fe peint plus qu’il ne raconte. Les idées de moralité et de convenance ne HA: le vèncnt pas plus dans ses tableaux, que celle du goût et de la saine criti- | RE que dans la distribution de son ouvrage. Mais le lecteur s'étonne de la [LE prodigicuse variété d'images, de sentiments, de rafinement, de tendresse He | et de volupté, et de cette ivresse d'amour qui au dix-huitième chant est Fi porté au comble, Fi Je 4 Marini a joui, pendant tout le XV ILe siècle, d’une réputation colossale ; ju | ses partisans le plaçaient au-dessus des classiques du siècle de Léon X. 1 LI E Les Espagnols l’imitèrent ; il s'associa à Gongoura pour préparer la déca- Let
dence de la littérature espagnole.
Les Scudery, les Voiture, les Balzac imitèrent ce style précieux et
affecté qui eut un moment de vogue en France, Mais Boileau et Molière y firent renoncer leurs contemporains. Ces réformateurs du goût conçurent un grand mépris pour la littérature italienne, au point que l’auteur de l'Art Poétique ne voyait que du clinquant dans son or le plus pur. Ils donnèrent au mot concetti, qui signifie conceptions, idées, et qui est reçu en bonne part en Italie, une acception différente, en l’assimilant aux jeux d'esprit affectés. Leurs efforts n’arrêtèrent pas seulement le mauvais goût en France mais réagirent même en l'Italie, et ils amenèrent la litté-
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rature italienne à se soustraire, après un siècle de réaction, à l'influence des poët s seicentisti.
La tragédie lyrique, l'ÆZurydice,a acquis une certaine célébrité à Otta. vio Rinuceini qui laissa en outre d’autres poésies. Fulvio Testi (1593. 1646) s’exerça au théâtre. Son style est ampoulé.
Anigo Catherino Davila (1576-1631) composa une Jistoire des guerres civiles en France, e’està-dire des guerres de religion. Il raconte avec assez de naturel et de clarté, mais son style n'a pas toute la pureté désirable. Guido B;ntivoglio (1579-1644) laissa des Mémoires sur sa vie, une Æistoire des querres de F'lindre et une Correspondince. Il est supérieur à ses prédécesseurs, C'est peut-être le mcilleur écrivain italien au XVIe siècle. Sforza Pallavicino (1607-1667) se recommande par la noblesse de son style. Son meilleur ouvrage est une Histoire du Concile de Trente ; on à aussi de lui un Traité du style et du dialogue, des Dialogues sur le bien et des Lettres.
Carlo Dati (1619-1675) a écrit une vie des peintres de l'antiquité, un recueil de prose florentine, des Lettres, des Discours, des Dissertutions académiques, et un grand nombre de brochures remarquables par l'érudition, la clarté et la simplicité du style. Ces qualités se retrouvent dans l'Histoire de la Compagnie de Jésus, de Daniello Bartoli (1608-1685). Les sermons et les panégyriques, ainsi que les livres: La munne de l'âme et l'Instruction chrétienne, de Pollo Signeri (1624-1694) en font un des écrivain les plus chatiés du XVII siècle.
Le naturaliste Francesco Redi (1626-1698) a rendu de grands services à la médecine, dans ses Expériences de la génération des animaux, les Vipères, Sur les choses naturelles qui appartiennent aux Indes, etc. Son Dithyrambe de Bacchus en Toscane en fait un des meilleurs poëtes classiques de l'Italie. Antonio Maria Salvini (1635-1729), contribua par ses Sonnets, son volume de Proses sacrées et de Proses Toscanes à rétablir le bon goût en Italie. C’est le Declille de son pays. I] laissa des traductions en vers italiens d'Homère, d'Hésiode, de Théocrite, d'Anacréon, d'Iorace, d'Ovide, de Perse, de Boileau, d'Addison, ete.
Vincenzo Filicaja (1642-1707), jouit d’une réputation européenne, Il est l'heureux rival de Pétrarque, dans ses Conzoni. C'est le véritable Pindare de l'Italie. Celui de ses sonnets qui commence par Jtalia ! Italia ! est peut-être le morceau le plus célèbre de la littérature italienne au XVII siècle. Benedetto Menzini (1646-1708), écrivain estimé dans
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les langues latine et italienne laissa des Poésies lyriques, trois chants d’un poëme épique, le Paradis terrestre, Academia tusculana, mélange en prose et en vers, une poétique et des satyres. Ces deux derniers ouvrages méritent surtout l'attention du critique.
Vincenzo Gravina (1664-1718) a écrit en latin et en italien, entre autres ouvrages d’érudition, de critique, de philosophie, ete., un Zraité de la tragédie, et les tragédies : Palumède, Andromède, Appius Claudius, Papianus et Servius Tullus.
Avee le XVITTe siècle, l'Italie vit renaître le bon goût dans la littérature. Grâce aux efforts généreux de quelques écrivains distingués, l'école marine que tomba pour ne plus se relever. On rencontre bien encore certains littérateurs affectés, mais il y eut aussi des critiques éclairés pour les dénoncer. C'était le contraire dans le siècle précédent, l'enflure et le maniéré étaient devenus un genre à la mode, en sorte que les traits de la critique s’émoussaient à le poursuivre.
La renaissance du goût fut marquée par trois écriains distingués :
Métastase dans le genre lyrique, Maffeï dans la tragédie, et Goldoni dans la comédie,