L HISTOIRE
L'histoire eut de nombreux représentants; mais il lui manquait, pour prendre un essor plus élevé, la
(1) Eilitlons Ile Boi-cc: dans la Patrolofjie de Mignc , t. 63, C)4, Paris, 1817; — Pkilosophhtc consolatio, 11. Peiper, Leiitz . , 1 S a I ) b 1 » a r i II s , léna, 184;] .
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liberté de la pensée et de la parole ; elle ne put résister, elle non plus, à l'influence envahissante de la rhétorique. On vit disparaître l'ordonnance scientifique et le libre choix des sujets, ainsi que l'analyse psychologique des motifs ; on cessa d'avoir en vue un vaste horizon ; on se borna davantage aux faits personnels, aux écrits biographiques ; la préférence fut donnée aux minuties, aux anecdotes ; l'histoire devint une peinture des détails, souvent un racontar de valets subalternes. Les anciens histbriens furent accommodés au goût du public et mis à sa portée par des extraits. Avec le triomphe du clunstianisme, les historiens se tourntrent de plus en plus vers des sujets bibliques et ecclésiastiques
Suétone ( C. S u e t o n i u s ï r a n q u i 1 1 u s ) avait déjà écrit sous le règne de Trajan. Né vers 75, Suétone, rhéteur et avocat, fut pendant quelque temps secrétaire intime d'ïladrien ; ayant été congédié par cVàernier, il se livra à l'étude et se mit à écrire sur les genres les plus divers, sur l'histoire du culte, sur la science du langage, sur la chronologie, etc. Outre plu. sieurs fragments de vlris illustrilms (sur la grandeur littéraire de Rome jusqu'à l'époque de Domitien), entre autres, par ex. ceux qui renferment les vies de Térençe et d'Horace, il nous reste de Suétone un de vita Caesaram, renfermant la biographie des 1^ premiers empereurs depuis César (dont le début parait manquer) jusqu'à Domitien. Cette œuvre, composée en 120, est pleine de renseignements précieux, puisés à des sources nombreuses et soigneusement mises à profit ; elle montre chez l'auteur une tendance tout impersonnelle; déjà cependant, par suite de l'intérêt inhérent au sujet, on voit dominer fanccdote et le
I trait personnel, quelquefois mémo le détail irisigniliant
I et trivial. En distribuant son sujet d'après certaines divisions (par ex. vices, vertus, habitudes extérieures), Suétone néglige la marche chronologique et la liaison réelle des faits . ainsi que l'exposé psychologique des motifs. Son style est simple, naturel et facile à comprendre (1).
Déjà les historiens suivants sont bien inférieurs à Suétone :
FI or us (le mémo peut-être qu'un certain P. Annius Morus. poète et rhéteur) écrivit, probablement sous Hadrien, lieUoriDii omiuam ((nnorum DiJl lihri
^ U ; c'est une histoire romaine de Romulus à Auguste, suivant presque toujours Tordre des guerres, peu exacte à Tégard de la chronologie et pleine de faits erronés, d'anaclironismes, et môme d'altérations préméditées ; elle est g.Uée dailleurs par une théologie
Xinepte et alîectée in inajifrcm i/bn-iam populi rouHfni ; l'auteur manqur^ absolument du coup d'œil liistorique, et ne l'ompreinl rien aux influences psycho- , logiques. Le style, surchargé d'ornements oratoires et rempli dcxpressions et de phrases stéréotypées, ne laisse |)as cependant d'être i>;u' intervalles clair et [)ittort\Nque, et d'attfMn<hv li^ ton (jui convient au sujet ['}). Un certain {,. A m p e l i u s , tout-à-fLiit incomm du reste, écrivit, sous Anton in le Pieux, un petit manuel encyclopédique assez sec, le liber me-
(1) KditionH tle Kiu>(oiie t uiivres complètes, le texte seulement. C. L. llo th , Leipz.. 1871; — praeter Caesarum lihros reliquine. grande édition de A. lleifferscheid, Leipz.,
ISCO.
(2) Eflitiotis fie riorns : le texte s>'ul>ment, C. Halm^ Leipz., 1872; — avec notes en latin^ coll. Lemaire.
moriaïis, qui traitait de géographie, de mythologie et particulièrement d'histoire (1).
De Granius Licinianus, qui vivait à la même époque, et qui écrivit un abrégé de l'histoire romaine, nous n'avons plus que quelques fragments.
Il ne nous est rien parvenu des ouvrages de M a ri us Maximus, qui écrivit, vers l'an 230, la biographie des empereurs depuis Nerva jusqu'à Elagabal, et dont le travail fut mis à profit par les écrivains postérieurs, particuhèrement par les écrivains de l'histoire Auguste.
De ceux-ci, les uns écrivaient sous Dioclétien, comme Aelius Spartianus, .'Volcacius Gallicanus et TrebelJius Pollio ; les autres sous Constantin le Grand, comme Flavius Yopiscus, Aelius Lampridius et Julius
^y^.^^^^^^^^"'- 0" ignore par qui et à quelle époque a été formé ce recueil de l'histoire Auguste: il renferme la biographie des empereurs depuis Hadrien jusqu'à Numérien, 117-2S4 ; le récit manque de variété et d'élégance et procède ordinairement par petites phrases courtes ; pas de distinction entre les faits importants et les détails insignifiants; pas de plan dans l'exposé des événements. Telle qu'il est néanmoins, ce travail est fort important, car il constitue la seule source à consulter pour l'histoire de cette époque. De ces biographies, il en est plusieurs qu'on ne sait au juste à qui attribuer; mais la plupart sont l'œuvre de Spartien et de Yopiscus ('2).
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(1) L,. Ampelina: le texte, Ed. Wôlfflin, 1873.
(2) Scriptorcs tiintorlae Anenstae : avec un apparat cri' tique, Peter, Leipz., 1865, 2 vol.; — édition bipontine, 1787.
LITTÉHATURE BOMAINE
Sous le nom d' Au re l i u s Victor, (jui lut gouverneur de la Pannonie sous Thcodose le Grande, nous avons plusieurs ouvrages : de Caesarihus. de César à Constance, compilation sans jugement, écrite dans un style guindé ; cet ouvrage est accompagné d'un Ejniome, qui s'écarte souvent de l'original, et s'étend jusqu'à une époque bien postérieure, celle de Théodose le Grand; cet abrégé puise d'ailleurs à des sources différentes et se comprend plus facilement que le de I Caesarihus lui-même. Ces deux ouvrages sont peut- I être des abrégés d'une œuvre plus considérable d'Aurelius Victor. On ne connaît pas les auteurs de certains ouvrages qui portent également le nom d'Aurelius Victor, un de viris illustribus, "allant de Procas à Cléopâtrc, composé avec assez de bon sens, et une orir/o (jeniis romwiae, de Saturne jusqu'à la mort de Romulus, œuvre extravagante et sans aucune valeur (1).
Un contemporain d'Aurelius Victor, Eutrqge (Eutro pi us) , écrivit sous Valens un breviarium Jiistoriue Romanae en 10 livres, s'étendant de l'origine de Rome jus(iu'ij Jovien ; cet ouvrage, simple en général et exact, est sec dans les premiers livres où l'histoire intéiieure de Rome est complètement mise de côté ; il devient plein de vigueur et abondant en détails dans les livres qui traitent de l'époque impériale et qui renferment de nombreuses peintures de caractères assez justes (par ex. de Trajan, VIII, 4; — de Constantin le Grand X, 7 ; — de Julien, X, l(j ). L'abrégé
(1) Anrcliiin Victor: les (lualrc ouvrages inscrits sous son nom, dans l'édilion bipontino des historiae romanae scriptcres minores, 1781); — de viris illusirihus, F. A. Brohm, 3* éd't., Leipz., 18H0, et E. Keil, Breslau, 2« édit., 187:;;.
d'Eutrope servit fréquemment par la suite de livre d'école (édit. class. avec notes par 0. Eichert (1).
Une œuvre précieuse comme source historique est celle d'Ammien Marcellin (Ammianus Maicellinus) originaire d'Antioche; après avoir longtemps servi dans différentes expéditions, il composa à Rome, vers Fan 390, Rerum gestanim lihri A'A'A'i, histoire de l'époque qui va de Nerva à Valens ; il ne nous reste que les livres 14^31 (époque qui s'étend de 353 à 3/6). Ammien Marcellin écrit à un point de vue païen, en admirateur enthousiaste de Julien l'Apostat ; impartial et fidèle à la vérité, il fait preuve de sentiments sincères et d'un jugement sain ; souvent il exprime des idées qui lui sont propres et raconte d'après ses impressions personnelles. Mais, par contre, le style manque entièrement de naturel et de simplicité ; il paraît être le résultat <ie vastes lectures et d'une accumulation de notions mal digérées, aussi bien que dune éducation insuffisante et inachevée, incapable de saisir le génie de la langue latine; aussi la lecture de cette œuvre est-elle rebutante et fastidieuse (2).
Deux prêtres écrivirent, en se plaçant au point de vue chrétien, des abrégés de l'histoire universelle : laquitain Siil|3i ce Sévère (Sulpicius Sève ru s), vers 400, et son contemporain, l'espagnol Prose (0 ro sius) ; ces abrégés, qui allaient d'Adam jusqu'à
(1) Entrope: l'édition de 0. Eichert {notes en allemand}^ citée par M. Bender, a paru à Hanovre en 1871; -— le texte seulement, G . Hartel, Berlin, 1872; K. Dietsch, Leipz.,
(2) Editions d'Ammieu Marcellin : avec un apparat cri'tique f V. Gardthausen. liCipz., 2 vol. 1874-75;— cum nous variorumy J. A. Wagner et G. A. Erfurt, Leipz., 1808. 3 vol.
l'époque où vivaient les auteurs, n'ont à peu près
aucune valeur (1).
Plus tard, C^assiodore (Magnus Aurelius
Cassiodorius ou Cassiodorus), 480-575,
secrétaire privé de Théodoric, retiré à partir de 540
au monastère de Vivarium, dans le Bruttium, écrivit
+ une Chronique allant depuis Adam jusqu'à l'an 519
^ après J.-C; — une Injtoire des^^^^ q"i ne nous est
parvenue malheureusement que dans un sec abrégé
du Goth Jordanès ( J o r d a n i s , vers l'an 550) ; — J2
t livres Variarum, recueil de documents officiels, —
t ainsi que de nombreux ouvrages théologiques et ency-
clopédiqae:^ « .
[/histoire de la Bretagne, à partir de Tan 449 ap. J.-C, fut écrite au sixième siècle par le Breton Gil- ^ fUs , et rhistoire de l'empire des Francs, par Gr é- J^ go ire de Tours, (il fut évoque de cette ville à partir de :.";:;). Ces deux écrivains unissent à la préoccupation de Fortliodoxie un sentiment éclairé de la vérité
historique {'■)).
' Pour la statistique du bas-empire, on a une source
importante de documents dans une sorte d'annuaire
II) Siupiee si'wère, édit. critique de C. Halm, Vienne, 1866 ; Patrologie de Migne, t. 20; Oro«e, C. Z an^em ei ster (dans \e Corp. scrïptt. ecd. lat. vindoh., vol. V), Vienne, 188:> . patiologie de Migne, t. 31.
(2) Casslodore, T. Mommsen, Leipz., 1F61 ; Patrologie de Migne. t. 09 et 70. Jorclaiil» Bomana et Getica,T. Mommsen dans les MonumentaGeinianiaehistonca, t. 5, pars 1, Berlin, 1882.
(3) Gilclas dans les Monnnienla historica britannica, t. I, Londres, 1848 ; dans la Patrologie de Migne J- ^9; - av^c préface en allemand, San Marte (A. Schulz), Berlin, 1844.
«rt^goirc de Tonre : fatrolcgie de Migne, t. 71.
officiel composé à la fin du quatrième siècle et qui a pour titre: Notitia dignitatum et administrationum omnium tam. civilium qiiam jnilitarium in partibus orientis et occidentis (1),
dj GENRES DIVERS
Le premier rang dans les genres spéciaux appartient à la science du droit. Nationale et essentiellement romaine à toutes les époques, cette science attejgnïï^s^^^^^ sous les empereurs qui suivirent
Hadrien jusqu'en 230 ; le droit civil fut exposé eî étudié d'une façon magistrale par les juristes renommés qui vécurent à la cour impériale, jouissant d'une haute considération, et dont on suivit pour l'administration de la justice les décisions, les arrêts (responsaj et les traités sur la matïè~re7 Plus tard, quand l'activité littéraire, ^lartir du milieu du troisième siècle, eut cessé de produire des œuvres juridiques, on se mit avec empressement, au quatrième siècle, à recueillir et à codifier les sources du droit que l'on possédait alors.
Les juristes (2) les plus importants de l'époque furent : Salvius Julianus, qui écrivit plusieurs ouvrages et qui composa et publia sous Hadrien, vers l'an 131, Vt:dictu7n perpetuum, recueil d'édits des préteurs romains depuis l'époque de la république ; c'est une source juridique très importante pour les temps qui suivirent.
(1) Editions de la VotiUa, etc. : E. Bôcking, 2 vol., Bonn, 1839-53; — 0. Seeck, Berlin, 1876.
(2) Pour tous ces écrivains, voyez le Corpus juris civilis.
Sex. Pomponius, contemporain du précédent, composa de nombreux ouvrages, souvent consultés après lui.
G a 3 u s composa vers IGO un manuel de droit qui fut très répandu ; les 4 livres d'iiistitutiones (introduction à la science du droit) ; cet ouvrage qui nous -l est parvenu presque en entier, servit de modèle aux Institutes de Justinien.
Un peu plus tard vécurent deux jurisconsultes fort + remarquables : Aemilius Papinian us, préfet du prétoire sous Septime Sévènv mis à mort par ordre de Caracalla, auteur de re^i'uusa. et de quaestiones^ qui furent fréquemment consultées et qui se distinguent par l'étendue des vues , la liberté du plan et le sentiment moral; — en second lieu Doraitius + Uj pja nus, de Tyr, préfet du prétoire sous Alexandre Sévère, assassiné en 2'2S, auteur de nomf breux ouvrages, dont on trouve des extraits surtout dans le Digeste de Justinien.
Un contemporain d'Ulpien, Julius Paulus, se
livra également à ces travaux, et ses œuvres furent
souvent mises à profit dans les Pandectes de Justinien.
Ulpien eut pour élève Herennius Modestinus.
Parmi les recueils des constitutions impériales qui
parurent d'Hadrien à Dioclétien , la première en
4 date est le Codex Gregorianus, œuvre d'un juriste du
nom de Gregorianus; après celui-ci vint le Codex
4 Hcrmogenianus, vers la fin du règne de Constantin le
Grand, à la même époque que les Fragmenta Vatl-
i cana : environ cent ans plus tard, en i-'îS, parut le
i Codex Theodosiamis, qui renfermait en IQ livres les
constitutions établies depuis Constantin le Grand, et
qui fut en vigueur jusqu'au Code de Justinien dans
l'empire romain d'Orient. Enfin cet édifice grandiose de la science du droit eut pour ainsi dire comme clef de voûte le Corpus juris, composé sous le règne de "h + Justinien par une commission de juristes, à la tête desquels se place Tribonianus. Le Corpus Juris comprenait : — le Code de Justinien, qui date de529;i^ les Institutiones, q'ûi en bo}}, furent substituées au\ Code dëlustinien ; les Bi^csia ou pandectes (extraits des principaux juristes, en 50 livres), et une édition augmentée du Code de Justinien, datant de 534. A ce Corpus s'ajoutèrent encore, après la mort de Justinien, trois recueils privés, ordinairement rédigés en grec : -|> \e^Novellae. Le Corpm juris rendit inutiles les traités i des juristes antérieurs, dont il résumait le contenu dans son essence ; il donna au droit une égalité et une stabilité définitives : il resta le point de départ des développements «lui furent par la suite donnés à la l
science du droit.
Outre la jurisprudence, la science du langage et Tétude de l'antiquité furent très cultivées à cette époque. Sous Hadrien, Antonin le Pieux, et Marc Aurèle, les érudits qui se livraient à ces sortes d'é- | tudes, étaient fort considérés et richement rétribués. ! Mais de jour en jour le jugement perdait en indépen- | dance, en sûreté et en justesse ; on continua à abré- | ger et à exploiter les œuvres anciennes sur une plus
large échelle, mais on le fit souvent sans goût, sans
critique, avec une préoccupation exclusive, plus ou moïns inintelligente, d'accumuler des faits et de recueillir des notes. Cette activité eut pour résultat de donner naissance soit à des recueils encyclopédiques et à des compilations sur des sujets de toute sorte, soit à des traités de grammaire, de métrique, d'orthographe,
— IBfi —
de lexicographie, soit h des commentaires sur les anciens poètes, et en particulier sur Virgile. Les plus connus de ces érudits sont les suivants :
1) (jOnipilateurs :
^ Auju-Gelle ( Aulus Gellius), né vers 1:10, fit ses études à Athùiits et vécut ensuite à Rome ; il se donna pour tâche de compiler les œuvres des anciens écrivains, et consigna les résultats de nombreuses années
-f d'études assidues dans ses 20 livres de NocteSjAUicqe, ainsi nommées, parce que l'ouvrage fut commencé en Attique, durant les longues nuits d'hiver. Cette œuvre qui n(V!< '--^ |)arvenue, (moins le livre VIII), traite de la înni^iie, ae la littérature, du droit, de là philosophie et des sciences naturelles. Aulu-Gelle nous y apparaît sous les traits d'un érudit adonné tout entier à son travail, mais dénué de jugemejit personnel; néanmoins l'œuvre a poiu- nous une grande importance intrinsèque, d'autant plus que les sources que l'auteur a mises à profit et dont il nous donne des extraits ne nous sont pas môme parvenues en partie (1).
N o n i u s M a r c e 1 1 u s (probablement originaire d'Afriqu.;; .;oiiipusa, vers l'an 2§0. une œuvre sous forme de lexique (compendiosd doctriiia per litteras!, qui témoigne chez son auteur de peu de critique et de peu do science , mais qui est précieuse pour nous parsês i;itations (2).
(1) Editions (PAala-Gelle : le texte seulement, Martin Hertz, Leipz., 2 vol. 1871-72 ; — grande édit. critique par le même, Berlin, 1883 (le !••• vol. seul a paru).
(2) Edition de Nonlns 9Iarc«lius : L. Ouicherat, Paris,
Un recueil analogue à celui d' Aulu-Gelle, et qui lui fait d'ailleurs de nombreux emprunts, fui composé vers l'an 400, par Macrobe (Macrobius Theodosius) qui revêtit les hautes magistratures, et se convertit probablement au christianisme. Ce recueil, en 7 hvres, intitulé Saturnalia, parce qu'il est écrit sous lâTforme d'un dialogue tenu pendant les Saturnales^ renferme des discussions sur les sujets les plus divers, principalement sur les qualités de Virgile. Nous avons aussi de Macrobe un commentaire sur le Somniuui Sdpionis de Cicéron (extr. du VP^ L de la Républ.) qui nous a été conservé de cette manière (1).
"Martianus Caiiejla, (de Madaurc en Afrique, compatriote d'Apulée et lui ressemblant beaucoup dans son style\ composa vers Tan 4:50 une œuvre encyclopédique moitié prose, moitié vers, dans le goût de Varron, auquel l'auteur emprunte d'ailleurs nombre de faits ; les livres I et II racontent les noces de Mercure et de la philologie, les livres III-IX traitent des sept arts libéraux, savoir : de la grammaire, de la dialectique, de la rhétorique, (qui forment le Trivium du moyen âge), de la géométrie, de l'arilhmétique, de l'astronomie, de la musique (qui formait le Quadnvium). Cet ouvrage fut très étudié dans les écoles du moyen âge (2).
2) Auteurs de traités élémentaires (artes), et de commentaires (commentarii) :
it
(1) Editions de Macrobe : édition critique de F. Eyssenhardt, Leipz., 1868; — avec notes en latin, L. Jan, Qued. linbourg, 1848-52, 2 vol.
(2) Edition de Martianus Capell» : édit. crlt. de F. EySsenliardt, Leipz., 186G.
4. Torentiiis Scaurus composa sous Hadrien une grammaire latine, une* poétique, et différents comrnentaires ; nous n'avons plus aujourd'hui que son ^ traité de orlhograiilna.
C . S u l [) i c i u s A p p o 1 1 i n a r i s . de Cartl uige, maître d'Aulu-Gelle, écrivit des (luacstioncs episfulicae ;
(1)- Helen ius Acro, qui vivait vers Tan 200, composa
des commentaires sur Térence, Horace, et Perse ;
toutefois le recueil de scolies sur Horace qui porte le
nom d'Acron date tout au plus du seî^tiôme siècle.
P 0 m p 0 n i u s V u r p li y r i o , \ ■ ^OQ-^'f), écrivit des scolies sui* Horace qui nous sou l parvenues {'2).
Plot ius Sacenlt>>. sous Dioclétien, composa une Ars 'iroimnalica ij compris la métrique) que nous i)ossédons encore :
^ ï e r e n t i a 1 1 a s M a u r u s , de Mauritanie, qui vi vai t également sous Dioclétien, composa un traité de litteris, syllahis. m 'tris, dont nous possédons la partie ((ui traite de la métrique ; pour l'exposition des différents mètres l'auteur emploie le mètre même dont il est question ;
J u b a , ori'^inaire probablement d'Afrique, vers 3 îO écrivit un traité de métiique, qui fut d'un grand usage par la suite ;
(1) Sulpice Apollinaire composa aassi, pour les comédies de Térencf^. des art,'iiinents de 12 sénaires iaiiibiqiies chacun (on les trouve sous le titre de periocliae en tète des pièces de Térencp) ; il en lit probablement de 15 sénaires, pour le tliéàtre de Plante; i! «écrivit également des arguments pour ie^ 12 livres de l'Enéide, .1' <i hexamètres chacun (Bahrens, poet. lat. min, t. IV, p. KVj; A. Itiese, Anthol. lat., n" 053, pars. I, fasc. 2, p. lOG).
(2) rorphyrioii : Edit. critique, W. Mayer, Leipz., 1874,
Marins Victorinus, vers 850, composa une 4métrique qui noiïs^est parvenue, et des commentaires sur les ôpltres de saint Paul ;
Aelius Donatus, vers o50, composa un traité + de grammaire et un commentaire sur Térence, conservés tous les deux; cependant le commentaire ne nous est pas parvenu sous sa forme originale ;
Flavius Gharisius, vers 880, composa une grammaire qui nous est parvenue en partie ;
Diomède (Dio modes) vivait à la môme époque et se rencontre fréquemment dans ses idées avec Gharisius.
Servius Honoratus, vers 390, composa un commentaire sur Virgile, plein de renseignements
précieux ; . ,
Priscien (Priscianus), vers 500, écrivit 18 livres !T àe Imtiiutiones ijninimaticae, qui forment la grammaire la plus complôle de l'antiquité, et qui servirent à l'enseignement dans les écoles du moyen âge, avec les œuvres de Donat, Diomède et Gliarisius. Cette œuvre exerça, sur les études grammaticales, la plus grande influence (1).
Dans le domaine de la géographie, on peut mentionner :
Une compilation historico-géographiciue ;collectanea
rerum memorablliumJ, composée sans beaucoup de
(l) Pour tous ces auteurs (Plotius - Priscien), voy. la grande édition des Grammatici laiini de Ke i 1 , et les Scnptores latini rei metricae de Gaisford (Oxford, 1837).- Ou trouve le commentaire de l>o«at sur Térence dans plusieurs éditions de ce dernier, entre autres dans celle de Kh. Klotz, Leipz., 2 vol., 18*î8-40 — Du commentaire de Ser*ius sur Viigile, une grande édition par C. Tliilo et II lia ^- en, a paru à Leipz. en 1878; li.e, pour Servius, le travail de E. rhomas, bcoliasU'.s de Virt^lc, Essai sur Servtus, Paris, 1880.
'^Sifeasaha;
critique par le grammairien C. JuHus Solinus,
vers le milieu du troisième siècle ; la partie géograplii'iue repose surtout sur l'Histoire naturelle de Pline (1) ;
Une Cosmograpltie du septième siècle attribuée à un certain A e t h i c u s I s t e r (2) ;
Et surtout, sans compter différents autres traités sans importance, les Itinemria, sortes de manuels à l'usage des voyageurs sur terre et sur mer, qui furent composés au quatrième siècle (o) ;
Les deux catalogues des régions de la ville de Rome : la Noiitia et le Curioisuin urbis Roniae (4) ;
Entin, les cartes géograiihiques, dont une, dressée au temps d'Alexandre Sévère, servit de base à la Table de Peutinger (tabula Peutingeriana), carte routière de l'empire romain dressée à Colmar en 1265 ; cette cartn, ainsi nommée du nom de son premier possesseur, le savant conseiller d'Augsbourg» Konrad Peutinger, se trouve aujourd'hui à la bibliothèque impériale de Vienne.
L'astronomie, ou plutôt l'astrologie, fut traitée avec un respect religieux par le rhéteur sicilien Fi r mie us Ma ter nus, qui composa vers l'époque de Constantin le Grand, un ouvrage plein d'une gravité pieuse et inspiré par la superstition néoplatonicienne, intitulé
(1) Jaillis Solinus : édition critique de Mommsen, Berlin, 1864.
(2) Aethicnii ister : édition de d'Avezac dans les Mém. de l'Acad. des Inscr., Paris, 1852.
(3) Voy. L. Rénier, Itinéraires romains de la Gaule, Paris. 1850.
(4) Voy. H. Jordan, Topographie der Stadt Rom, t. IL Berlin, 1871.
Mathesis, en 8 livres. Ce Firmicus Maternus, qui était païen, ne doit pas être confondu avec le chrétien Firmicus Maternus, son contemporain, qui adressa aux tils de Constantin le Grand un traité de errore profanarum religionum qui invitait à la destruction du paganisme et qui nous est parvenu presque en entier (1).
Dans l'art militaire, nous possédons une œuvre importante, VEpltoma rei militaris de Végèce (Flavius Vegetius), composée vers l'an 890, qui expose l'art de la guerre chez les Romains ; le livre I traite de la levée et de l'éducation des recrues; le livre II, de la discipline; le livre III, de la guerre même ; le livre IV traite spécialement de l'art des sièges (2).
En médecine, on peut citer une sorte de dispensaire, de mcdicamentis, composé sous ïhéodose I, et portant le nom d'un certain Marcelin s Empiricus, (-i) et plus particulièrement les traités de Cael i u s A u r e 1 i a n u s de Numidie (i) : traités des maladies chroniques et [ùgiiès (tardarum et celeru7n ou chronicarum et acutarum passionum), ainsi qu'un catéchisme médical {m'^dicinales responsiones). En outre, beaucoup de traités de médecine furent traduits du grec en latin à partir du cinquième siècle.
(1) Il n'y a pas d'édition moderne de Firmlcas Materons lo païen; N. Pruckner en donna une à Bàle en 1533, puis une seconde en 1551 ; c'est cette dernière qu'on cite le plus souvent. — Editions de FIrmIcns Maternas le cïirétlen :
Patrologift de Migne, t. 12 ;— C. Halm dans le Corp. Scriptt. ecd. vindob., vol. II, Vienne, 1867.
(2) Editions de Végéce : C. Lang, Leipz., 1869.
(3) Bfarceilas Empirions: GornarTus, Bâle, 1536.
(4^ f^aeiiu» Aureiianns : J.-C Amman, Venise, 1757, (l'" édit. du même, Amsterdam, 1709).
iX*
A la médecine se rattache encore, en partie, en tant du moins qu'il traite de Fart vétérinaire et de différentes questions médicales, un ouvrage sur l'économie rurale dont nous possédons des fragments, composé au troisième siècle par Gargiiius Martialis (1). Une grande partie de cet ouvrage a passé dans le traité d'économie rurale en 14 livres de Pa I - 1 a d i u s R u t i l i u s qui vivait au quatrième siècle (2).
LES DOCTEURS DE l'ÉGLISE ROMAINE
Parmi les écrivains qui travaillèrent, dans l'intérêt immédiat de l'église chrétienne, à défendre et à justifier le ctiristianisme contre les accusations du paganisme, ainsi (ju'à établir et à développer les dogmes et les institutions de riv rlise> écrivains connus sous le nom de Pères de l'Kgiise (littérature patristique), on peut mettre les suivants au premier rang :
^linucius Félix, avocat à Rome, écrivit vers la fm du second siècle un dialogue intitulé Octavius, où il démontre la supériorité du christianisme sur le paganisme, surtout au point de vue des mœurs et de la civilisation. Le style de ce dialogue est soigné et rappelle celui de Gicéron et de Sénèque ; la langue est d'un naturel presque irréprochable pour l'époque (3).
(1) Oarjçilius Martialiîi : V. llose, Leipz., 1875.
(2) PAiiadiiiti Kiitiiiiiii, dans le vol, des agronomes latins de la collect. Dulot.
(;j) KdUiouii lie Miiiiielus Félix .• in usum schol., .1. B, Kayser, Paderborn. 1803;— édition critiqiu; de C. Ilalm dans le Corp. àcriptt. eccl.lat»^ I. U, Vienne, 1867.
Tertullien (Q. Septimius Florens Tertullianus), 150-2:'.0, de Carthage, rh^theur et avocat àPtome, plus tard prêtre à Carthage et montaniste, était un esprit original et plein de feu , cherchant à concevoir le divin sous une forme concrète. Rêveur ascétique et dialecticien subtil , il a une langue pleine de de caractère, mais qu'il manie suivant son caprice et qui lui demeure spéciale. Le plus remarquable de ses nombreux écrits est VApologeticus composé en 199 (1).
St-Gyprien (Thascius Caecilius Gyprianus) , évéque de Garthage, martyr en 258, composa un ouvrage important pour rétablissement des institutions de l'église : de iDiitate Ecclesiae (2).
A r n 0 b e ( Arnobius) de Sicca en Numidie, composa vers 295 sept livres adversas nationes (contre les ♦païens), écrits en un style déclamatoire et inégal, sans connaissance profonde de la doctrine chrétienne (3).
Par contre, on considère comme le Gicéron chrétien, au point de vue du style. Lacta n c e (Lactancius Firmianus), rhéteur à Nicomédie sous DiocléLien, et qui fut ensuite chargé de l'éducation du fils de Constantin le Grand, Grispus. Ses ouvrages, entre autres surtout ses divlnarum institutionum libri VII,
(1) E<litioii$) de Tertullien: — Apologcticus J.-B. Kayser, Paderborn, 1865; — le môme avec les deux livres ad nationes^ notes en latin, Fr. Oehler, Halle, 1849;— de spectaculis E. Klussmann , Lludolstadt,. 187G. — Voyez aussi Patrologie de M igné, t. 1-3.
(2) Editions fie st-CIyprlen : Patrologie de Migne, 14.; — grande édition critique de W. llartel, Vienne, 1868-71,3 vol.
(3) Editions d'Arnobe : Patrologie de Migne, t. 5; — édit. critique de A. Reiffersclieid, Vienne, 1875.
i-dRiii»wt.
témoignent d'une connaissance approfondie des meilleurs écrivains et poètes classiques, et d'un esprit éclairé et tolérant (1 ).
La souveraineté de T Église eut un champion redoutable dans Saint-Ambroise (Ambrosius) , mort évêque de Milan, en 3:)8, personnage plus important par la fermeté de son caractère et par son activité personnelle que par ses écrits. Il fut un des principaux réformateurs du cirant d'église, et composa lui-même des hymnes en vers iambiques dimôtres, avec la rime établie en principe (mais il n'est pas l'auteur du Te Dell tu, dit ( l'hymne ambrosien », qui fut composé plus tard) [2),
L'un des écrivains les plus féconds et les plus érudits de l'époque fut Saint-Jérôme, (Hieronymus), de Stridone en Dalmatie, 331-420, « le disputator et le dialecticien de l'Église militante », écrivain familier avec la littérature classique et versé dans la connaissance de l'hébreu ; la plus importante de ses œuvres est sa traduction latine de la Bible, qui servit de base à la Vulgate encore en vigueur aujourd'hui (3).
Mais le plos éminent de tous les docteurs de l'Église fut Saint- Augustin (Aurelius Augustinus), né à Tagaste en Numidie en 354, évêque d'Hippone (Hippo Regius), mort en 430. — Esprit des plus variés,
(1) Editions tl© l^actance : Patrologie de Migne, t. 6 et 8 ; ~ Le BruQ et N. Lenglet du Fresnoy, Paris, 1748, 2 vol. ; — 0. F. Fiitzsche, Leipz., 1842-44, 2 vol.
(2) Edition de st- A.mbrols© : Patrologie de Mîgne, t. 15.
(3) Edition d« St-Jér6ino : Patrologie de Migne, t. 22-30. Goelzer, Etude leocicojraphûjue et grammaticale sur la
latmitè de St-Jérôme, Paris, 1883.
réunissant en lui les qualités et les aptitudes les plus diverses, Saint-Augustin fut un polémiste de la plus haute valeur pour le développement du dogme. Parmi ses ouvrages très nombreux, on met au premier rang ses 22 livres de civitate Dei (de la Cité de Dieu), œuvre historique et philosophique, qui témoigne d'une connaissance approfondie des littératures grecque et romaine, et qui nous en a conservé beaucoup de fragments; mais ses Confessions demeurent son ouvrage le plus populaire (1) .
Parmi les Papes, on peut nommer :
Léon !«'-, dit le Grand, pape de 440 à 461, qui consolida la primauté du siège de Rome et défendit vigoureusement lunité de l'Eglise; ses œuvres qui consistent en sermons, prêches les jours de fête, et en lettres, sont écrites dans un style assez pur pour
l'époque ;
^ G r é g 0 i r e I « '* , dit le Grand, pape de 590 à 604, qui méprisait les règles de la grammaire et les sciences profanes ; ses écrits les plus importants sont ses lettres et ses hvmnes ; il s'occupa très activement de la réforme du chant d'Eglise (2).
(1) Editions de st-Angnstlu, œuvres complètes: Patrologie de Migne, i . 32-47 ; — de civitate Dei, B . D o m b a r t , 3' edit., Leipz., 1877, 2 vol.; - Confessiones Uaumer, Giitcrslob,
Xe5 Con/*t;55wn5, traduction par P. Janet, avec une intro-
duction. Paris.
(2) l.éon 1" et Grégoire !«% voyez Patrologie de Migne t. 54-56, et 75-79.
Addenda
Gorrigenda
P. 8 noto, Zir/ue 5; après (Vime syllal»e fail)lo, ajoutez de pivlude.
P. 12, au lieu de Panirianum, lisez Papirianuni.
P. 23, {noie 2, à la fin], au lieu de Traductions, lisez Traduction.
P 37, Tl/re: »e 80 av. J.C. jusqu'il 11 app.
J.-C. ; M. lîender partout ailleurs (et. notamment p. 5) fait commencer l'àj^e d'or de la littérature romaine en 70 ; il y a sans doute ici une erreur de clnlfie, qui a d'abord éclia])pe à notre attention. Elle est du reste sans importance, les époques d'une littérature ne pouvant guère êtres fixées à des dates précises.
Voici la division adoptée par R. Lallier (Premières leçons d'histoire littéraire A (^roiset, Lallier, Petit de Julleville, Paris 1884, p. 68 suiv.) :
1» Période primitive 754-240 av. J.-G.
2 " Période de formation 240-84 av. J.-G.
3' Période de perfection 8o av. J.-G. — 14 ap.
(Siècle de Cicéron 83-43, siècle d'Auguste 43-14) 4' Période de décadence 14-470 ap. J.-G.
(Dynastie Julienne 14-68 ; Flavicns et Antonins 69- 180 • de la mort de Marc-Aurele à la Im de 1 empire 180-470)
P. 52 (1 17), Usez en titre La Satire. P 53 note : une édition des fraojments des Sat. mén. de * ' Varron, avec notes critiques et commentaire en latin, par L. H a v e t , est en préparation.
P. ce, note /, ajoutez : avec notes en français, remar gués sur la urammnire et la métrique eU\ morceaux choisis <los M('t:tinorphoseH, L. Ariiieugaud, Paris, l,\Si.
P. Oi;, ai' li.'n (h> i 28, lisez % 3'..
P. it2, ligne i. rniK-iriii-. lisez leiiiperear.
— — 5, au lieu de sons le règne, Usez sons les rrgnes.
P. l'?8, note, dernièn' lif/ne. au lieu de dictionnaires lisez diclioini:iir<'.