‹ Histoire abrégée de la musiqueChapitre 10 sur 69 · ILE N DEL · texte numérisé non relu

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les moyens de s’y rendre et même en lai garantissant un traitement. Hændel passa par Halle embrasser sa vieille mère atteinte de cécité, et il débarqua à Londres en décembre 1710, déjà précédé d’une véritable réputation.

A peine arrivé, Hændel reçut une commande du directeur du théâtre de Hay-Market, et il composa en quinze jours un opéra, Rinaldo, qui n’eut, paraîtil, qu’un médiocre succès; il n’obtint en effet que quatorze représentations, mais l’éditeur, un nommé Walsh, gagna quinze cents livres sterling à sa publication.

Suivant la promesse faite à l’électeur, Hændel retourna à la cour de Hanovre où il composa pour la princesse Charlotte douze duos de chambre, sans pourtant perdre l’espoir de retourner en Angleterre. En eiTet, deux ans après, rompant avec ses engagements et sollicité, dit-on, par la reine Anne, il revint à Londres, l’année même du traité d’Utrecht, et il composa un Te Deuni qui fut exécuté dans l’église Saint-Paul. Cette même année, la reine Anne mourut et l’Électeur de Hanovre devint roi d’Angleterre sous le nom de Georges I er . Cet événement imprévu causa la disgrâce du compositeur, disgrâce qui se prolongea encore durant quelques annéesi

Rentré en faveur, Hændel composa deux opéras allemands, Thœsus et Amcidis, et 11 pastor fido dans le genre italien. La faveur des grands lui était acquise et, à l’abri du besoin, il pouvait écrire à sa

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fantaisie. Il composa donc à loisir vingt antiennes très appréciées, une pastorale Acis et Galathée, et obtint le privilège de l’Académie royale de musique. L’ouverture de ce sanctuaire de l’art se lit avec un ouvrage de sa composition, Radamisto, qui alla aux nues. Mais le caractère violent du directeur ne devait pas tarder à lui aliéner les sympathies. Il se lâcha avec tout le monde, si bien que la commission d administration du théâtre lui adjoignit deux compositeurs, Ariosti et Bononcini, chargés d’enrichir concurremment avec lui le répertoire courant.

Le premier ouvrage qui suivit était en trois actes, écrits chacun par un compositeur. A la représentation, Hændel écrasa ses deux rivaux de sa supériorité ; aussi continua-t-il à composer seul de 1720 à 1^26 plus de dix opéras, dont le dernier fut Alessandro. Mais des différends avec le chanteur Seresino et les chanteurs Bordoni et Cuzonni, qui se détestaient, amenèrent une débâcle financière sous laquelle l’Académie royale de musique sombra.

Hændel essaya de lutter, et s'associant avec un vieux directeur nommé Heideggar, fonda un nouveau théâtre pendant que ses ennemis en créaient un également. Durant cette période, le grand compositeur écrivit les partitions de Parthénope, Ezio , Sosarmes, Porus et refit presque entièrement Orlando. Pourtant le théâtre voisin luttait avantageusement, grâce au concours du fameux chanteur italien Farinelli.

llændel transporta ses pénates au théâtre de Co-

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vcnt-Garden et mit en répétition un Alceste qui ne fut jamais représenté, mais dont la musique fut adaptée à l’ode de Dryden, Alexander's feast.

Tant de surmenage avait altéré la santé du compositeur si peu habitué à l’adversité, et peu après il était frappé d’une paralysie du bras droit. Il guérit pourtant et donna à la scène Justin, Atalante, Bérénice, Arminius, Alexandre Sévère, Phararnond, le Parnasse, Déidcimie et ïmeneo, mais la faveur du public ne le suivait plus.

Hændel comprit que le seul moyen de s’imposer encore à l'attention du public anglais était de se confiner dans l’oratorio, genre dans lecpiel il ne pouvait avoir de rivaux. Aussi le carême de 1740, pendant lequel les théâtres étaient fermés, fut-il célèbre par la production de l’oratorio Saül, auquel on adjoignit un concerto pour orgue exécuté par l’auteur.

Le succès fut immense et rappela aussitôt l’attention des dilettantes sur les oratorios antérieurs du maître, Esther, Debora, Athalie et Israël en Égypte.

O11 peut dire que Ilændel atteignit à cette époque le summum de la gloire avec le Messie, œuvre admirable composée en vingt jours, qui restera comme un monument de l’art musical et un témoignage du génie du maître.

Le public fut un peu troublé par l’adjonction des chœurs, un dialogue incessant et la fugue appropriée 1 aux situations dramatiques, mais les Irlandais ayant proclamé la maîtrise de l’ouvrage, les Anglais ne

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voulurent pas cire en reste cl admiration et portèrent aux nues, non seulement le Messie, mais eneoie un Samson écrit sur des poésies de Milton, cpii vit le jour l’année suivante.

Puis, vinrent successivement Joseph, Se/nelé, Hercule, Balthazar, Suzanne , Théodora , Jephté , Alexandre Balus, le triomphe du temps et de la vérité et Judas Machabée . Entre temps et comme en se jouant, Hændel composait dix-liuit concertos d’orgue, douze concertos pour hautbois, et le Te Deum en re, témoignages certains de son labeur incessant.

Tant de travaux eurent raison de la robuste constitution de Hændel, qui ressentit, vers la fin de 1760* les premières atteintes de la cataracte dont 1 operation fut tentée deux fois sans succès. L’année suivante, le malheureux compositeur était complètement aveugle. Il vécut encore huit ans avec cette triste infirmité, cédant la direction de ses oratorios à son élève favori, Smith, et il mourut le i 4 avril 1709*

Les funérailles de Ilændel furent splendides. On accorda à sa dépouille les honneurs de 1 abbaye de Westminster, réservée à la famille royale et a quelques rares grands hommes. L n tombeau en marbre blanc lui fut érigé. Pendant de longues années, un concert était donné annuellement pour honorer sa mémoire, avec un nombre considérable d instrumentistes, et en 1787 on compta un orchestre de huit cents exécutants.

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Fétis a ainsi caractérisé le génie d’Hændel : « Chez « lui le caractère dominant est la grandeur, l’éléva- « tion, la solennité des idées. La modulation quoique « souvent riche est toujours douce et naturelle; mais « sa mélodie est environnée de détails si riches « qu’elle ne peut être sentie que par une oreille « exercée et délicate. La puissance de ses chœurs « est telle que, loin d’y ajouter par le luxe de l’ins- « trumentation moderne, on ne pouvait que les affaire blir. Hændel représente donc une époque dans <( l’histoire de la musique et il en est l’expression «. réalisée de l’ordre le plus élevé. »

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