CHAPITRE III
HÆNDEL
Georges-Frédéric Hændel naquit à Halle, le 2 !\ février 1684, d’un père habile chirurgien, qui détestait la musique et fit tous ses efforts pour neutraliser les dispositions qu'il crut discerner chez son fils.
Malgré tous ses soins, l’enfant ayant découvert dans le logis paternel une vieille épinette, la monta, aidé d’un domestique, dans un réduit isole du reste de l’appartement. Là, à l’aide de sa seule oreille, il chercha à reproduire les chants qu’il sentait germer dans son cerveau et à réaliser les accords.
Plus tard, ayant en toute liberté ses entrées à la cour du duc de Saxe Weissenfels, il essaya tous les clavecins des salons et, un jour, s’étant introduit dans la chapelle déserte, se mit au grand orgue et préluda. Le duc, qui passait non loin de la, entendit des accords, s’arrêta et découvrit l’enfant s’escrimant sur le clavier. Lne telle disposition pour la musique parut au duc de nature à dissiper les préventions du chirurgien, et il se chargea de l’amener a composition
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en confiant l’éducation du jeune Ilændel au célèbre organiste Zacliau. Au bout de deux ans l’enfant s’exerçait à la fugue et au contrepoint, et à dix ans il composait des motets qui furent chantés à l’église.
Vers sa treizième année, le jeune Ilændel vint à Berlin où on le présenta aux directeurs de l’Opéra, Bononcini et Àriosti. Ce dernier l’accueillit fort bien et se chargea de le faire entendre au roi qui, charmé dé ce talent naissant, exhorta le jeune artiste à aller se perfectionner en Italie, aux frais de sa cassette (i). On ne sait pourquoi l’offre ne fut pas acceptée, et Ilændel revint à Ilallc où il perdit son père ; c’était en 1708.
Vêtant plus retenu par aucun lien au pays natal, le jeune compositeur se rendit à Hambourg où il fut engagé comme second violon à l’orchestre de l'Opéra, pour prendre bientôt la succession de Keiser au clavecin. Ce fut dans cet emploi qu’il composa nombre d’ouvrages, écrits à l imitation de Keiser, sans pour cela négliger l’orgue.
Ayant concouru à Lubeck pour la succession de l’organiste Buxtéhude, il fut classé le premier, mais refusa la palme, l’obtention du prix étant subordonnée, parait-il, à l'union préalable avec la fille du vieil or-
(1) L’Allemagne était alors tributaire de l’Italie, qui lui envoyait ses artistes. Au commencement du xvii« siècle, un nommé Sclmts mit en musique le livret de la Daphné de Rinuccini, mais sans succès. Ce n’est que cinquante ans plus tard que Keiser créa le véritable opéra allemand.
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ganislc. Après ce refus matrimonial Ilændel revint à Hambourg, où il fit représenter, le S janvier 1700, son premier opéra Almira , et un mois après un autre ouvrage Néron .
Ces deux productions paraissant n’avoir eu qu’un succès honorable, leur auteur songea à aller étudier en Italie, et il y composa deux opéras, Florinda et Daphné , qu'il fit jouer à son retour à Hambourg. A Rome il se livra surtout à la composition religieuse avec un Laudate assez peu connu, et la Résurrection jouée en 1708 et dont la réputation est aujourd’hui universelle.
En Italie il donna successivement à Florence Rodrigo, son premier ouvrage italien chanté par la grande-duchesse Yittoria, puis Agripina à Venise, et à Rome II triumpho del tempo. Le caractère un peu ditficile d'Ilændel, ses emportements, hâtèrent son retour en Allemagne. Il se rendit dans le Hanovre et fut présenté par Steffani à l’Electeur, qui lui fit offrir le titre de maître de chapelle avec un traitement de
I 5 oo écus. Hændel, qui avait déjà formé le projet de passer en Angleterre, refusa ces offres brillantes, mais le séjour de Hanovre ne lui fut pas défavorable.
II y acquit en effet de Steffani le charme dé la mélodie et la grâce des motifs qui, chez lui, parais saient jusque-là subordonnés à la facture et à la science.
L'électeur ayant été informé du désir de Hændel, facilita son passage en Angleterre en lui fournissant
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