ROSSI XI
Les débuts pourtant n’y furent pas heureux. L’hostilité sourde de Berton et de Paër, qui avaient beau jeu de disséquer les parti lions du musicien italien, l’insuccès, au moins au début, du Rarbiei de Séville rendaient la critique aisée ; sa syntaxe musicale en effet n’était pas sans reproches. Malgré tout, son génie s’imposa, et les ouvrages qui suivirent allèrent aux nues. Le Siège de Corinthe, Moïse , un oratorio transformé en opéra, le Voyage à Remis écrit pour le sacre de Charles X et qui devint le Comte Oiy, toutes ces partitions montrèrent les impérissables beautés d’un style peut-être insuffisamment châtié, mais toujours saisissant et original. Du reste llossini s’étudiait davantage. Au contact de Cherubini, de Lesueur, d’Auber, sa manière se transformait, son orchestre était plus puissant, plus travaillé, plus sonore.
C’est à cette époque (1829) que Rossini donna son chef-d’œuvre, Guillaume Tell f son dernier ouvrage écrit dans toute la maturité de son talent. Le succès fut incontesté; les airs: « O Mathilde! », le trio de la conjuration, « Asile héréditaire » soulevèrent la salle d’enthousiasme. Sans doute satisfait, arrivé à son but, Rossini ne produisit plus rien.
On s’est perdu en conjectures sur le silence obstiné de ce génie. Les uns y virent une sourde jalousie contre Bellini et Donizetti ses émules et ses rivaux applaudis, d’autres crurent que la Révolution de i 83 o, en brisant ses relations, éteignit la source
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de sa production. Toujours est-il que Rossini se retira du théâtre, vécut d’une vie bourgeoise — il venait de se remarier après avoir perdu sa première femme — et mit toute sa gloire à confectionner du macaroni.
Retiré dans son appartement du boulevard Montmartre, il affectait de mépriser la musique, meme la sienne, qu’il adorait au fond, et il plaisantait ses confrères, notamment Halévy et Meverbeer, disant qu’il ne reprendrait la plume que lorsque « les Juifs auraient fini leur sabbat ». Il recevait beaucoup, les critiques assistaient à son petit lever comme à celui d'un roi, il contait des anecdotes avec une verve intarissable et passait partout le premier, comme si cela lui était dû. Blaze de Bury a dit de lui que « lorsqu'il parlait, son style ressemblait plus à Fatiblas qu’à Plutarque ».
Au fond, il est probable que Rossini, en dédaignant; sa propre renommée, feignait l’indifférence, de meme que sous ses apparences de scepticisme il était en réalité superstitieux et crédule.
Il retourna en Italie vers i 835 , mais Paris lui manquait. 11 y revint et sortit de sa retraite volontaire pour donner en 18/41 le Stabal Mater , oratorio peutêtre de second plan, mais que la renommée a consacré comme l’égal des productions religieuses des grands maîtres.
Rossini sentit, vers i 855 , les premières atteintes de la maladie de la pierre, qui pourtant n’altérait Boyer. 0
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pas sa bonne humeur. Sa dernière production date de 1867, où il écrivit la cantate de l’Exposition universelle. Sans doute la musique allemande l’avait influencé, car il s’y livra à une véritable orgie de ces sonorités orchestrales qu’il détestait. Ce fut cette meme année qu’à l’occasion de la cinq centième représentation de Guillaume Tell, les artistes de l’Opéra lui offrirent une couronne d’or aux applaudissements du monde entier. L’année suivante (1868) la mort enlevait le glorieux compositeur.
Blaze de Bury a dit de Rossini « qu’élève d’Haydn, « il connaissait toutes les dissonances et les modu- « lations de l’orchestre, mais que s’il avait emprunté « aux Allemands leur orchestre, il avait toujours reste pecté leur métaphysique ». La vérité est que chez Rossini la phrase mélodique passait avant tout, mais qu’il dut à son séjour en France de concilier les progrès de l’harmonie moderne avec l’impérieux besoin de la mélodie.
L’Italie peut revendiquer Rossini comme un de ses plus glorieux enfants.
Rubini (1795-1854). —Célèbre ténor italien, né a Bergame, où il était choriste au théâtre de la ville. Refusé à Milan, il alla passer en i 8 i 5 le carnaval à Brescia. Le fameux Barbaja, l’impresario de Rossini, l’engagea à Naples aux appointements de 80 ducats par an, qu’il réduisit à 70. Le premier ouvrage où Rubini se fit apprécier fut la Gazza Icidra, et ses appointements passèrent à 60 000 francs.
Engagé au Théâtre-Italien de Paris en i 8 a 5 , Rubini créa les