LA FLUTE EKCIIAXTÉE (MOZART
fallut le talent de M me Nilsson, et plus lard, celui de M me Miolhan-Carvalho pour oser l’aborder. Un morceau de basse d’un grand style, « La haine et la colère », précède le chœur des prêtres d’Isis d’un sentiment très noble et très religieux. L’accompagnement d’orchestre est très ingénieux et souligne spirituellement les couplets « La vie est un voyage », accompagnés par la sonnette magique. Enfin le duo bouffe entre Papagena et Papageno, le dernier morceau de l’ouvrage, est admirablement traité.
La Flûte enchantée n’est pas la plus parfaite des partitions de Mozart. Elle manque d’unité et le libretto en est la cause, mais elle est remarquable par l'ingéniosité des motifs, la variété des procédés et surtout la richesse des idées. Le compositeur y a semé, à profusion, les thèmes et les phrases. Il y a là les germes de plusieurs partitions et il semble qu’écrivant sa dernière œuvre, Mozart ne voulait plus rien conserver de ses trouvailles mélodiques. C’est un écrin merveilleux renfermant des joyaux inestimables; aussi la Flûte enchantée restera-t-elle toujours au répertoire, à la condition qu’on trouve encore des chanteurs capables de la chanter comme le compositeur l'a écrite (i).
(i) M. Carvalho a monté la Flûle enchantée au Théâtre Lyrique avec le ténor Michot, MM. Troy, Depassis, Lutz et Fromont ; trois chanteuses remarquables, M mes Carvalho, Ugalde, Psilsson ; trois fées, M ,les Albreclit, Estagel et Font! ; trois initiés, Mmes Daram, Willème et Peyret ; en tout 18 rôles chantants.
Finale de la 7 e symphonie.
(beethoven)
La septième symphonie est surtout célèbre par son andante, en réalité un allegretto, et elle paraît avoir été composée antérieurement à la Pastorale et a Y Héroïque \ son numéro d’ordre serait donc celui de sa publication.
Nous n’étudierons de cette symphonie que le finale, bien que les autres parties soient remarquables par les développements du thème principal et par la quantité des formules rythmiques. Mais ce finale est également abondant en combinaisons et en modulations agréables.
Le thème présente quelque analogie avec celui de l’ouverture à?Armide 5 mais a peine 1 oreille est-elle frappée de cette similitude, que la façon dont 1 orchestre est traité, enlève toute idee de ressemblance ! Bien plus, la phrase de Beethoven a plus de fraicheui que celle de Gluck. Berlioz prétend même qu’elle aurait bien plus de charme « si les accords frappés a l’aigu par les bois et les instruments a vent ne do-
138 FINALE DE LA 7 e SYMPHONIE (BEETHOVEN)
minaient trop les premiers violons qui chantent clans le medium, pendant que les seconds violons et les altos accompagnent la mélodie en dessous par un trémolo en double corde ».
Dans le cours de ce finale, fauteur a tiré des effets extraordinaires de la transition brusque du ton d’u£ dièze mineur à celui de ré majeur.
Empruntons aussi à Berlioz son appréciation au sujet des hardiesses harmoniques que renferme ce finale. Il discute surtout la grande pédale sur la dominante mi, brodée par un ré dièze , d'une valeur égale à celle de la vraie note. « Parfois, par les combinaisons de raccord de septième, le ré naturel des parties supérieures se rencontre avec le ré dièze des basses ; on peut croire qu’il en résultera une horrible discordance, ou tout au moins un défaut de clarté dans 1 harmonie; il n’en est pas ainsi cependant, la force tonale de cette dominante est telle que le ré dièze ne l’altère en aucune façon et cju’on entend bourdonner le mi exclusivement. »
La coda est amenée par cette pédale, et elle se développe avec une rapidité merveilleuse et un éclat fulgurant. Le coloris est tel dans les instruments, la vivacité des mouvements, la délicatesse des timbres donnent une si forte impression d’éclat que ce finale peut être considéré, a bon droit, comme un chefd’œuvre d’habileté technique et d’inspiration.
Pourtant, quand les amateurs parlent de la 7 e symphonie, ils mettent de suite hors de pair Y Adagio,
FINALE DE LA 7 ° SYMPHONIE (BEETHOVEN) l3c)
dont l'effet surprenant consiste uniquement dans un dactyle suivi d’un spondée, frappes sans lelache, tantôt dans trois parties, tantôt dans une seule, puis dans toutes ensemble. 11 n’en est pas moins vrai qu’elle partage, avec la 5 e , le premier rang dans les productions du grand maître allemand.
Obéron .
(vveber)
Cet opéra, en 3 actes, paroles de Wieland, a été représenté à Londres le 12 avril 1826, peu de temps avant la mort du compositeur, qui se produisit le 5 juin de la même année.
On prétend que l’insuccès de l’ouvrage augmenta la mélancolie de Weber et qu’elle le conduisit à la tombe.
Ln 1800, 1 œuvre fut représentée avec un succès relatif sur le Théâtre allemand, et en 1867 au Théâtre-Lyrique, sur une traduction de MM. Nuitter, Beaumont et Chazot. Il existe aussi une traduction du librettiste Crevel de Charlemagne.
Le libretto d Obéron est tiré d’un poème en douze chants de YV ieland paru en 1780. Inspiré de l’Arioste et de Shakespeare, 1 auteur s’est servi des personnages du vieux poeme d ïluon de Bordeaux dont voici succinctement la trame.
Le chevalier Huon de Bordeaux, ayant commis un meurtre, est envoyé en disgrâce par Charlemagne, â Bagdad. Pour obtenir sa grâce, il doit faire subir
OBÉRON (\VEBEr) I/| F
mille vexations au Sultan, faire tuer son Grand Vizir et épouser sa fille. Jamais le chevalier ne viendrait à bout d'une telle entreprise sans le secours du sylphe Obéron qui, fâché avec Titania, ne peut se réconcilier que s’il découvre un couple d’amants heureux et constants. Huon lui paraît réaliser les conditions exigées pour l’homme ; reste à découvrir l’amante. À cet effet le chevalier reçoit un cor enchanté qui a pour effet de faire danser les auditeurs.
Huon accomplit ses exploits et il enlève Amanda, la fille du Sultan ; mais les deux amants ne doivent être l’un à l’autre que lorsqu’ils seront arrivés à Rome. Ils manquent à leur serment, et le vaisseau qui les transporte fait naufrage, et sombre. Poussés par les Ilots les deux époux abordent sur une île déserte où la jeune femme met au monde un fils. Sur ces entrefaites, Obéron et Titania s’étant réconciliés, IIuon et Amanda reviennent à la Cour de Charlemagne, qui pardonne au Chevalier.
La musique d 'Obéron présente le même caractère fantastique que celle du Freischutz, mais elle est plus douce et plus mélancolique.
Après l’ouverture, qui est restée célèbre et que la Société des Concerts du Conservatoire a inscrite à son répertoire, on doit remarquer surtout le chœur d’introduction des génies, et l’air de Rezia suivi d'un charmant duo. La marche qui suit est originale, accompagnée de fioritures et de nombreuses vocalises.
14a obéron (weber)
Au second acte, on cite la scène de l’orage, qui est restée célèbre, une jolie barcarolle et le chœur du ballet aquatique.
Les critiques ont admiré, au troisième acte, le duo assez original de Cherasmin et Fatine, et la cavatine de Rezia, qui est bien la plus belle inspiration de Weber.
Il est à remarquer que le compositeur allemand a écrit sa partition sur des paroles anglaises, pour le théâtre de Covent-Garden. De là, la place prise par les personnages de Pück, d’Obéron et de Titania, popularisés en Angleterre par le Songe crâne nuit d'été.
On dit qu’une grande cantatrice anglaise, Miss Paton, s’épuisa dans l’étude du grand air de Rezia et qu’elle y perdit la voix. J’ignore si le fait est exact, mais en tout cas, il est difficile de trouver dans tout le répertoire un morceau d’une interprétation plus délicate et plus compliquée.
Principaux « Lieder ».
(sciiümann)
Schumann a composé 5 o mélodies, plus exactement 52 , sur des poèmes divers qui ont tous été traduits en français. 25 constituent des mélodies détachées avec des accompagnements très simples, très touchants, et quelques-unes sont empreintes d’une mélodie bien explicable quand on songe au caractère plutôt élégiaque de leur auteur.
Une seconde partie, composée de 16 mélodies, a pour titre Les Amours du Poète (Dichtcrliebe). La troisième partie, l’Amour d'une Femme (Frauenliebe undLeben) n’en comprend que 8.
Les plus connues sont les suivantes : « Dis-moi, pauvre hirondelle », « Ton regard », « Les frères ennemis », « Les deux grenadiers », « Désir », « Cest là que nous aimons », « U Hidalgo », « A ma fiancée », « Berceuse », Au loin », « Recueillement », « Dans la Forêt », « Au Rayon du Soleil ».
La traduction française de ces mélodies est due à
ï/,4 PRINCIPAUX « LIEDER » (SCHUMANN)
la plume experte de Jules Barbier, le librettiste célèbre de Faust et de Roméo et Juliette.
La mélodie de Y Hirondelle vaut surtout par le motif : « Soudain l'oiseau s'élance », dans lequel l'accompagnement par sa fluidité exprime bien le vol de l’oiseau dans l’immensité du ciel. La mélodie « Ton regard » demande à être chantée avec âme et une chaleur communicative. « Les deux grenadiers » se trouve dans le répertoire de toutes les basses. C’est une ballade de IL Heine, pleine de chaleur, guerrière, avec la Marseillaise comme accompagnement, qui vaut surtout par l’invocation à l’empereur qui la termine. Elle est peut-être la plus connue du recueil. « Le Désir » est un agitato, en /a, avec une mesure de douze-seize, pleine de passion tumultueuse dont l’accompagnement en contre-temps exprime admirablement la passion et l’espoir.
L 'Hidalgo, mélodie, exige de la coquetterie et un peu de bravoure. La Berceuse, avec ses trois couplets, donne une impression de fraîcheur ravissante. Le Recueillement « Divin murmure des grèves », avec son six-huit lent, est d’une suavité rare. Dans la Foret, petite fantaisie très courte, est bien plutôt un morceau de diction ; et le Rayon du Soleil, fantaisie un peu lourde, dans le style populaire, clôt la série d’un recueil fort apprécié par les chanteurs, surtout par les chanteurs mondains ; car il laut bien le dire, la mode s’en est un peu mêlee, et Schumann, qu on conteste encore parfois en l’accusant de manier For-
PRINCIPAUX « LIEDER » (SCHUMANN) l/*5
chestre avec difficulté, Schumann, dans ses lieder, s’est montré vraiment poète et délicieusement inspiré.
^ La seconde partie, Les Amours du Poêle (Dicliterliebe) — op. 48 — se compose de 16 mélodies dont les plus connues sont les suivantes, avec leurs numéros d’ordre : n° 2 « Mes larmes », n° 7 « fai pardonné », n° 11 « Un homme aime une femme », n° i 5 « O! grâce enchanteresse » et n° 16 « Chansons et Rêveries » .
Ces mélodies sont d'une brièveté voulue, généralement de seize à trente-deux mesures. Elles exigent une diction parfaite et produisent l'impression cherchée par l’auteur, lorsqu’on y met le sentiment qui les met en lumière.
Les « larmes » avec un accompagnement en syncope et le chant double à la main droite donnent une impression de tristesse poignante. Le numéro 11, en mi bémol, est soutenu par un accompagnement en contre-temps obstinés. Le numéro i 5 présente plus de développement et produit un effet de clarté et de grâce. Le numéro 16, amplifié aussi, se termine par une andante expressivo qui commente ia partie chantée.
Y LWmour d'une Femme (Frauenliebe und Leben) — op. 42 — constitue la troisième partie. On ne cite guère que deux morceaux, les numéros 2 et 4> sur les 8 qui la composent. Le premier demande une interprétation chaleureuse et vivante, le second « Ah !
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