‹ Histoire abrégée de la musiqueChapitre 54 sur 69 · PRINCIPALES MÉLODIES (SCHUMANN · texte numérisé non relu

PRINCIPALES MÉLODIES (SCHUMANN

viens calmer ma fièvre » est passionné et tendre. L'accompagnement, très lié, doit être comme estompé et dans une teinte amortie.

Schumann est de plus en plus apprécié en France, la mode l’imposant. En réalité tous les lieder sont aujourd’hui l’objet de l’admiration et de l’étude des chanteurs ; leur choix devient une question d’appréciation personnelle.

(Oratorio de Mendelssohn)

Mendelssohn n’avait que trente-sept ans lorsqu’il produisit son oratorio A'Elie, qui est supérieur dans son ensemble à Paulus et qu’on considère, à bon droit, comme son œuvre capitale.

Le sujet est tiré de l’Ancien Testament, et malgré la prodigalité de la science harmonique qu’on y découvre, jamais la mélodie n’y fut plus abondante. On ne peut dire que l’œuvre soit originale, car on y trouve de nombreuses réminiscences des maîtres anciens.

L’ouverture exprime la détresse du peuple d’Israël soullrant d’une trop longue sécheresse. La plainte musicale manque de grandeur, mais la prière en chœur qui suit est intéressante avec sa forme de litanies et ses répons. Elie ressuscite l’enfant de la veuve de Sarepta et le duo qu’elle chante avec Elie ne laisse qu’une impression de froideur, étant donné que la situation très tragique commandait un accent inspiré, en raison de la transition d’une douleur sans

ELIE (mENDELSSOHn)

bornes à une joie inespérée. En revanche la lutte des prêtres des deux religions rivales, celles de Baal et de Jéhovah, est très réussie, bien qu’on ait reproché au compositeur le manque de couleur locale produit par les contrastes des deux cultes.

Le n° 1 4 , une invocation d’Elie pour implorer la foudre, est magnifique de largeur et tranche avec le choral suivant, dont la couleur est fantastique. On remarque ensuite le miracle causé par la chute du feu du ciel, avec l’adoration du peuple qui, brûlant ce qu'il a adoré, supplicie les faux prêtres. Ici la figure d’Elie se dessine magnifiquement et celte page est la partie capitale de l’oratorio. Quelques commentateurs ont reproché à Mendelssohn, dans l’anathème contre Judas, une réminiscence de la Passion de Bach ; mais la phrase initiale seule prête à la ressemblance et les développements en sont tout différents. On a critiqué le numéro suivant, le chœur du peuple demandant la pluie, le prophète consultant un guerrier qu’il a placé en vedette sur le bord du rivage, afin d’être prévenu quand viendra l’orage.

La déclamation se ressent de cette consultation à distance, par suite des interruptions qu’elle produit ; mais le finale est éclatant et d’une couleur remarquable. On ne peut citer dans la nombreuse théorie des oratorios aucune page qui ressemble à celle-ci. La tempête, en effet, produit un sentiment d’allégresse par suite des souffrances précédemment endurées et le compositeur a parfaitement su dépeindre forigi-

eue (me.ndelssoiin) 1-^9

nalité de cette situation, en les exprimant à l'orchestre par des arpèges et des bruissements de cordes.

Un air de soprano, adagio en si mineur, ouvre la deuxième partie « Ecoute , Israël ». C’est la perle de la partition. La répétition du motif en trois-huit, retournée et mélangée au motif mélodique, est du plus gracieux effet. Le chœur des partisans ameutés contre le prophète est plein de vigueur, mais je préfère le choral des anges berçant Elie pendant son sommeil, qui rappelle un peu la manière d’Haendel. L’andantino en ut pour contralto précède la grande scène de l’Horeb, dont le début est encore une tempête pour finir dans une prière champêtre, qu'on aurait pu croire écrite par Beethoven.

Citons pour terminer l’adieu d'Elie au désert, d’un accent modçrne, et Pai r du tén or n° 3 g « Dana verden die Grechten » débordant de vigueur et de lyrisme.

Cet oratorio, malgré ses beautés, n’a été joué que par le Conservatoire, et n’a pas été repris depuis de très longues années.

Guillaume Tell.

(rossoi)

Cet opéra, en 4 actes, dont les paroles sont dues à la collaboration de Hippolyte Bis et Jouy, fut représenté, pour la première fois, le 3 août 1829 à l’Académie royale de Musique.

Dernier ouvrage de Rossini, le trente-septième, constitue un ensemble remarquable de richesses mélodiques et de trouvailles harmoniques. Le drame de Schiller a inspiré au grand compositeur italien une suite descènes, champêtres, gracieuses, guerrières ou tragiques. On y trouve à la fois le charme de la mélodie française, la vieille cavatine italienne, le grand duo classique, mais aussi une recherche harmonique qu’on ne rencontre guère, à l’époque, que dans les compositions allemandes.

Le succès de la première fut considérable et Fétis écrivit ceci :

« Guillaume Tell manifeste un homme nouveau dans le même homme et démontre que c'est en vain quon prétend mesurer la portée du génie. Cette production ouvre une carrière nouvelle à Rossini. Celui qui a pu se modifier ainsi peut multiplier ses prodi-

GUILLAUME TELL (rOSSINi)

idf

qes et fournir longtemps un aliment à l admiration des vrais amis de l'art musical. »

Le poème suit pas à pas le drame de Schiller, il est coupé très heureusement pour la scene et il est intéressant. Malheureusement, si quelques vers sont lyriques et se gravent dans la mémoire, d’autres sont emphatiques, boursouflés et trop souvent ridicules. C’est ainsi qu’on sourit lorsqu’on entend des naïvetés comme celles-ci : « Mes pas ont osé jusqu’à vous se frayer un passage » ou « ma hache sur son front ne s’est pas fait attendre ». La redondance et 1 ampleur creuse semblent être le privilège des librettistes et Scribe, dont on a tant médit, n’est jamais allé jusque-là.

L’ouverture, restée célèbre, est divisée en quatre parties. D’abord un cantabile de violoncelle dépeint les solitudes champêtres. Il est suivi du ranz des vaches, duo de cor anglais et de flûte, puis l’orage éclate, tous les éléments sont déchaînés ; le calme revient dans la nature, mais il est suivi presque aussitôt du bruit de la bataille et d’un chant de victoire.

Au premier acte, nous voyons les paysan^ reunis lorsque le pêcheur Leuthold se précipite et raconte qu’il a tué un soldat qui, sur l'ordre du gouverneur, tentait d’enlever sa fille. Les phrases mélodiques fameuses se succèdent sans interruption. D'abord le récit de Guillaume :

Contre les feux du jour que mon toit solitaire Vous donne un abri tutélaire.

i 52 GUILLAUME TELL (ROSSINl)

Ensuite la cavatine d’Arnold :

O ! Mathilde, idôle de mon âme, suivie de cette autre phrase :

O ! ciel ! tu sais si Mathilde m’est chère,

dont l’eflet de quinte augmentée à la seconde mesure est très sensible. Vient ensuite le chœur : « Enfants de la nature », dont la poésie laisse fort à désirer, l’accent du second temps de chaque mesure portant à faux avec le texte.

Enfin le finale, d'une vigueur remarquable, produit un contraste étonnant entre la brutalité des soldats de Gessler et l’attitude suppliante du peuple.

Le deuxième acte s’ouvre sur un chœur à quintes successives, accompagné par une cloche. L’effet est très doux. Puis vient l’air fameux de « Sombres forêts » chanté par Mathilde, d'une grâce émue, avec de jolis détails et le duo d’amour avec Arnold, accompagné en triolets et suivi d’un andante « Doux aveu et tendre lancjacje » où la grâce italienne ne le cède en rien à la vigueur de l’accentuation.

Aussitôt après commence le célèbre trio pour ténor, baryton et basse :

Quand l’Helvélie est un champ de supplices Où l’on moissonne ses enfants.

Que de Gessler tes armes soient complices.

Combats et meurs pour nos tyrans !

La situation est très forte et très belle. Kossini y a révélé tout son génie ; et quand les créateurs, Duprez,

GUILLAUME TELL (ROSSINl)

Barroilhet et Levasseur terminèrent, ce fut un enthousiasme indescriptible. Beaucoup de spectateurs pleuraient, d'autres se levaient pour acclamer les artistes. Ce fut vraiment l'age d’or de l'opéra français.

Bientôt la sonorité orchestrale s’atténue. Le silence est troublé par l’arrivée des conjurés, dont les dispositions témoignent tantôt de l’espérance, tantôt du découragement. Guillaume Tell ranime les courages et l’acte se termine par un ensemble de quatre chœurs « Jurons par nos dangers » qui s’épanouit sur un unisson « Si parmi nous il est un traître » et se résoud par le fameux cri « Alix armes ! »

Au troisième acte, Gessler entre en scène et la fête qu'il ordonne sert de prétexte à un ballet qui est resté classique. Citons la tyrolienne chantée et dansée : « Toi que ïoiseau ne suivrait pas », un air pour deux Hôtes et le pas des soldats. Puis vient la fameuse scène du chapeau, suivie d'un quatuor où domine la tendresse du père et la touchante voix de Jenny. Le cantabile de Guillaume : « Sois immobile », avec accompagnement de violoncelle, est considéré comme un des morceaux types du répertoire. En revanche, le finale si mouvementé paraît un peu trop mélodique.

Le quatrième acte renferme un grand air de ténor : « Asile héréditaire », d’un accent profond, qui avait été supprimé par Nourrit et fut rétabli par Duprez, où celui-ci fit entendre pour la première fois Yut de poitrine.

Le reste de l'acte disparait un peu, bien qu'ilcon-

WÈtmmÈmmÊmk

GUILLAUME TELL (rOSSINi)

tienne les stances guerrières avec chœurs, le trio de femmes en canon à l'unisson et la scène de la tempête, traitée avec fougue, scène qui servit de modèle à beaucoup d’autres ouvrages qui lui ont succédé. De meme, l'orchestration du chœur final, avec les harpes et les triolets de violon à l’aigu, donne au chœur des Suisses comme une sonorité claire, présageant faurore d'une liberté naissante.

L’usage a prévalu, en province, de ne conserver, au dernier acte, que le seul air de ténor que Nourrit, au début, supprimait. Et pourtant que de beautés ! Aucun ouvrage ne renferme plus de splendeurs, aucun ne fut plus outrageusement mutilé I On y supprima à loisir une quantité de morceaux, au gré des chanteurs et du public, et personne ne protesta contre ces coupures sacrilèges.

Les créateurs de Guillaume Tell furent Adolphe Nourrit (Arnold), Dabadie (Guillaume Tell), Alexis Dupont (le pêcheur), M me Dabadie (Jenny), M mc Damoreau (Mathilde) et M c,,e Mori (Iledwige).

Chaque rôle fut ensuite tenu par de grands artistes : Duprez, dont toutes les traditions ont été scrupuleusement observées, Barroilhet, l’excellent baryton, et N au.

Guillaume Tell est l’opéra réformateur de l'ancien récitatif ; il est toujours inscrit et restera encore longtemps au répertoire de notre Académie nationale de Musique.

L’Enfance du Christ.

(berlioz)

Celte œuvre a été écrite au moment où Berlioz était en pleine possession de son talent. Elle marque une transformation de la manière de 1 auteur, transformation que rien ne faisait pressentir. Parfois, Berlioz, cherchant l'originalité, tombait dans la bizarrerie. Ici, la simplicité du style, son élévation, sa clarté classèrent son auteur au nombre des maîtres du genre.

L 'Enfance du Christ se divise en trois parties. Le songe d’Hérode, la première, se passe à Jérusalem. Le roi, obsédé par la crainte de sa défaite, consulte les devins qui lui annoncent la venue d un enfant qui doit le détrôner. Aussi ordonne-t-il de mettre à mort tous les nouveau-nés. Joseph et Marie à Bethléem sont prévenus du danger qu ils courent et se préparent à fuir en Egypte.

Les pages saillantes de cette première partie sont la Marche nocturne , remarquable par sa simplicité, le grand air d'IIérode « O / misère des Rois », le chœur des devins « Oui, par le fer qu ils périssent »

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dont la 'fureur est remarquablement dépeinte. La finale, la scène de l’Etable, fait, avec ce chœur, un réel contraste par la douceur qu’elle dégage.

La deuxième partie, la plus remarquable : « la Fuite en Égypte », a souvent été exécutée seule. C’est une sorte d’idylle biblique, remarquable par la fraîcheur des sentiments, qui nous montre la Sainte famille dans sa simplicité. L'introduction d’orchestre, début de cette seconde partie en style fugué, est pleine de grâce, due, paraît il, au ton de fa dieze mineur, sans note sensible. Le motif du début est naïf et pastoral ; on y voit les bergers s’assemblant une dernière fois autour de la famille sacrée, avant le départ.

Le chœur de la crèche et ce départ sont d'une douceur pénétrante. Ils sont suivis d’un morceau descriptif où le récitant raconte que les divins voyageurs font balte sous des palmiers. La phrase est délicieuse qui dépeint musicalement ces deux vers médiocres :

Les voyageurs quelque temps sommeillèrent Bercés par des songes heureux.

arrivée à Sais constitue la troisième partie. La caravane est parvenue au terme de son voyage ; après une marche pénible dans le désert, elle arrive enfin aux portes de la ville. Joseph et Marie, dans un duo touchant, dépeignent leur misère. Ils implorent secours d’un groupe d’habitants, mais ceux-ci les repoussent. La Sainte famille est obligée de continuer sa route

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et, un peu plus loin, elle éprouve un nouveau refus. Sa prière plus pressante reste vaine. Découragés et épuisés, les voyageurs frappent à la porte d’une maison plus humble, et on les accueille enfin. Le chef de famille partage avec les inconnus- son pain, son laitage, son toit. Le travail sera fait en commun et ainsi sera soustrait à 1 édit d’Hérode le Jésus naissant.

Ici, les récitants qu’on a vus dans les deux premières parties sont remplacés par des chœurs. On cite surtout le morceau final, chœur sans accompagnement dans lequel Berlioz prévoit le trépas de l’enfant devenu homme qui, par son sacrifice, îaclietera l’humanité. Le sentiment mystique dont cechœur est empreint donne a cette partie une grandeur et une poésie indéfinissables ; elle n’a pour ainsi dire pas rencontré de détracteurs.

L ''Enfance du Christ , en effet, a toujours été acceptée par le public. Les amateurs éclairés du début furent approuvés par les auditeurs suivants et, bien que la versification de Berlioz laisse beaucoup a désirer, il n’y eut qu’une voix pour admirer cet oratorio.

La première exécution en fut donnée en 1 854 et, depuis, la sincérité, le charme un peu voilé de cet ouvrage sacré le désignèrent au choix de nos chefs d’orchestre les plus éminents.

Ruth.

(Oratorio de César Franck)

Ruth est la première œuvre importante composée par César Franck sur un sujet biblique. Afin de la faire connaître au public, fauteur organisa un concert dans la salle du Conservatoire le 4 janvier 1 846 . Les soli étaient chantés par MM. Hermann Léon, Jourdan, M ,,es Lavoye, Moisson et Caut. Les personnages sont ceux de Booz, Ruth, Noémi, Orplia et d’un moissonneur coryphée.

Le succès fut assez sensible et le duc de Montpensier, qui assistait au concert, promit que l’œuvre serait exécutée à la Cour, promesse qui ne fut jamais tenue. Spontini et Meyerbeer, présents à l’exécution, en firent l’éloge. Bien que le critique de la Gazette musicale ait écrit que Franck était naïf et que sa naïveté l’avait bien servi dans cette églocjue biblique , le style de l’œuvre, quoique simple, n’est pas ingénu et révèle, au contraire, des qualités de facture peu communes.

Le 1 5 octobre 1871, fut exécuté au Cirque

ruth (césar franck) 109

d'Eté, dans un concert organisé au profit des incendiés de Saint-Cloud. Elle fut beaucoup plus appréciée. Parmi les morceaux qui charmèrent 1 assistance, on remarque le prélude, très pittoresque, le chœur des Moabites déplorant le départ de Noémi « si vous parte: , o ! bien-aimée » le grand air de Ruth, la marche en sol mineur et le chœur des Bethleemites donnant accueil à Noémi.

La seconde partie renferme le chœur des moissonneurs, qui se signale par un rythme très net, peu habituel chez César Franck ; le duo de Ruth et Rooz, dans lequel on distingue un andantino exposé par la flûte, a pu justifier dans une certaine mesure, par sa simplicité biblique, la critique de la Gazette musicale. Ce duo est exposé par le quatuor et le sentiment y est très pur. Pourtant, les vers du librettiste Guillemin prêtent peu à l'inspiration. Quelques-uns même frisent le ridicule, on est surpris de la fraîcheur d’idées de ce duo écrit sur une telle prosodie.

On cite encore l’air d’allégresse de Noémi accompagné par les harpes et le finale ou Booz prédit la gloire réservée à ses descendants.

La déclamation de Ruth est vigoureuse, et si la conclusion semble un peu vulgaire, elle vaut surtout par son accentuation. Cette partition rappelle un peu, par le charme, le Joseph de Méhul, avec plus de modernité et une plus grande technique.

Reyer, qui tenait alors la plume dans le Journal des Débats , a écrit ceci : « J ai été charmé par ces

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mélodies touchantes, naïves, par cette instrumenta¬

tion élégante et sobre, par la sonorité de bon aloi de h ces masses si habilement accouplées. »

Le public s’aperçut enfin que, depuis trente ans, César Franck végétait comme organiste vivant de ses leçons, et que sa réputation n’avait pas franchi le cercle de ses amis. Peu après, on le nomma professeur d’orgue au Conservatoire, en remplacement de son maître Eugène Benoist, et l’année suivante (1873) il obtint sa naturalisation (1).

En 1872, la Société des Concerts du Conserva toire a exécuté divers fragments de Ruth, la marche et le chœur, les strophes de Noémi, l’air de Ruth et le chœur qui suit, le chœur des moissonneurs, le duo de Ruth et Booz, avec les artistes suivants : M mcs Marie Battu et Fursch-Madier, MM. Bouliy et Bosquin.

La meme année, le chef d’orchestre Danbé en donna, aux concerts du Grand Hôtel, une exécution intégrale. Depuis, on n’a guère entendu, dans les concerts, que le duo de Ruth et de Booz.

(1) Quelques critiques ont trouvé une certaine analogie entre Ruth et Rcbecca, qui a été exécutée en 1881, et qui est aussi une scène biblique avec soli, chœurs et orchestre ; mais s’il y a une similitude dans le choix des sujets, les styles des deux oratorios ne se ressemblent guère. Pourtant le chœur d’introduction et celui des chameliers, avec leur simplicité mélodique, ont en effet une parenté presque complète, bien que l’harmonie soit plus étudiée dans le dernier.

Samson et Dalila.

(SAINT-SAENS)

La première audition de Samson et Dalila eut lieu a Croissy dans la villa de M ,nc Yiardot en 1874, et Saint-Saëns, qui avait composé son opéra, sur un livret de M. Ferdinand Lemaire, dans la période comprise de 1869 à 1874, n’avait jamais trouvé l’occasion de le produire. M me Yiardot, le ténor Nicot, et le baryton Ànguez chantèrent le second acte, accompagnés au piano par l’auteur.

L'année suivante, M. Colonne exécuta à ses concerts le premier actede l’ouvrage, et en 1876 les deux airs de ballet (1). Mais toutes ces exécutions furent froidement accueillies du public et le directeur de l'Opéra, Ilalanzier, ne voulut pas entendre parler de •cet ouvrage lyrique.

Grâce à l’obligeance de Liszt, ami de l’auteur, •tout-puissant à la cour de Weimar, Samson fut reçu

(1) En 1880, trois ans après la représentation de Samson et Dali'a à Weimar, M. Colonne exécuta le second tableau du 3 e acte.

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SAMSON ET DALI LA (SAIXT-SAENS)

au théâtre du Grand-Duc, avec une traduction du librettiste allemand Richard Pohl, et joué sous la direction du capellmeister Edouard Lassen, en 1877.

Le succès fut très franc ; le grand duo de la séduction au 2 0 acte enleva tous les suffrages, et les quelques amis qui avaient accompagne le compositeur a Weimar furent heureux de son triomphe. Seule la presse française resta à peu près muette.

L’ouvrage fut ensuite exécuté intégralement à Bruxelles, par la Grande harmonie, en forme d'o/atorio, sous la direction de l’auteur, mais il fallut la représentation au Theatre des Arts de Rouen ctsuitout la série donnée à I Edcn de Paris, en 1891 (1) pour que la direction de l’Opéra songeât à se l'approprier. Il y vit enfin le feu de la rampe le 23 novembre 1892, et il est resté au répertoire (2).

M. Lemaire, le librettiste, a suivi docilement la légende de Samson, telle que l’Écriture nous la transmet. Toutefois, il a modifié le caractère de Dalila, et en a fait une patriote qui livre son amant, poussée par un délire patriotique. Elle a, en somme, 1 héroïsme de Judith. Il a évité aussi la scène delà trahison, dangereuse à mettre au theatre. Dalila vient assister, dans le temple de Dagon, à l'orgie des Philis-

(1) Los artistes chargés de l’exécution à l’Éden étaient MM. lalazac, Bouhy, Ferran ; M™« Rosine Block.

(a) La distribution de l’Opéra comprenait le ténor Vergnel, le baryton Lassalle, les basses Cbambon et Fonrncts, le con-* tralto de M me Dcschamps-Jéhin, et la mime Laus.

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